Chapitre 19 : Menaces/ Threats

Personne ne posa de question. Il n'y avait rien à demander. Les choses étaient évidentes. Peut-être étaient-ils tout simplement consternés. Il y avait de quoi.
« Bella, mais c'est merveilleux…, intervint Esmé, rompant le silence. Ne pleure pas, voyons ! »
Au lieu de cela, mes larmes redoublèrent.
« Bella a vu Jane en rêve cette nuit, reprit Edward. Apparemment, les Volturi pourraient décider qu'elle doit mourir si elle ne devient pas un vampire rapidement. »
A ces mots, j'avais entendu Rosalie siffler comme un chat sur la défensive.
Soudain, la sonnerie d'un téléphone portable se fit entendre. C'était celui d'Edward. Il décrocha rapidement.
« Oui. Oui Alice…. Elle est là. Tu veux… ? »
Il s'était approché de moi.
« Bella, Alice souhaite te parler. »
Il me tendait l'appareil. Je me détachai d'Esmé, essuyai mon visage et m'éloignai un peu vers la baie vitrée. Cela faisait longtemps que je n'avais pas parlé à Alice. En fait, j'avais pensé qu'elle ne voudrait sans doute plus jamais m'adresser la parole. Alice savait. Elle avait tout su avant tout le monde. Et elle désapprouvait sans aucun doute le cours des évènements. Elle avait souhaité que son frère fasse en sorte de les modifier. Qu'allait-elle bien pouvoir penser maintenant ?
« Allô, Bella ?
_ Oui, Alice.
_ Oh, Bella, je suis heureuse de t'entendre à nouveau… Je… je regrette d'être tellement inutile ! Je t'aime comme une sœur... tu le sais, n'est-ce pas ? Je ne veux pas que nous… »
Les mots d'Alice me faisaient du bien, elle paraissait vraiment émue, comme si notre séparation, l'absence et le silence qui en avaient découlé, lui avaient vraiment pesé. Elle était la seule amie que j'avais eue, que j'appréciais réellement. J'étais fascinée par sa personnalité fantasque, sensible et intuitive, par son raffinement aussi. Quelque part, Alice était mon parfait contraire. J'avais tellement craint qu'elle ait perdu toute estime pour moi.
« Ne t'inquiète pas Alice.
_ Oh si, je m'inquiète, Bella ! Si tu savais… Je n'arrête pas… Je n'arrête pas d'avoir des visions, ces temps-ci ! Mais elles sont toutes… vides ! Toutes… blanches ! Comme si on avait brouillé le récepteur… débranché l'image et le son.
_ Que veux-tu dire ?
_ Je ne vois plus rien de ce qui se passe à Forks. Je me concentre, j'essaie, mais je n'y arrive pas. J'ai même l'impression que plus j'essaie, moins j'y arrive. Et pourtant, je sens… je sens que c'est affreux. Je sens que ça arrive, que ça se rapproche ! »
Ces dernières paroles m'avaient emplie d'effroi. Une image s'imposa à mon esprit. Je revis Jane et ses yeux étincelants, son air narquois, je ressentis la terreur éprouvée durant la nuit.
« Alice, t'es-tu… as-tu essayé de te concentrer sur les Volturi ?
_ Je ne comprends pas… Je n'ai rien vu les concernant. Mais je ne contrôle pas vraiment mes visions : elles viennent d'elles-mêmes. Pourquoi ? »
J'expliquai rapidement à Alice le contenu de mon cauchemar. Ce qui m'avait semblé le plus clair, en tout cas.
« Edward m'a dit que tu faisais ces rêves, Bella. Comment est-ce possible ?
_ Je ne sais pas. Carlisle m'a expliqué que cela arrivait parfois quand… on est très perturbé. Que c'est quelque chose qui existe depuis toujours, même si ce n'est pas fréquent.
_ Sincèrement, je compatis. Je sais ce que c'est… ces images qui s'imposent… Je vais essayer de me concentrer sur Jane mais, tu sais, elle a vu comment je fonctionne, Aro m'a touchée… ils me connaissent maintenant… »
Elle avait malheureusement raison. Victoria avait bien réussi à agir malgré le don d'Alice, alors les Volturi…
Carlisle venait de passer la porte. Il avait eu l'air un peu surpris de nous trouver ainsi rassemblés dans le salon, mais il avait affiché une attitude immédiatement concernée et attentive à chacun. Il s'était approché d'Esmé, puis d'Edward. Tous deux parlaient à voix basse.
« Ecoute, Bella, avait ajouté Alice, Jasper et moi rentrons immédiatement. Nous n'avons pu trouver de places sur un vol qu'après-demain, mais nous arrivons bientôt. Au fait, je ne t'ai pas demandé mais… comment te sens-tu avec tout ça ? Tu… tu tiens le coup ?
_ Oh, Alice ! Je… »
J'allais me remettre à pleurer si je devais encore mentionner mon état, qui était une véritable catastrophe compte tenu des circonstances.
« Ne… ça va aller, mentis-je, je serai contente de te revoir bientôt. »
Je raccrochai. Edward s'approcha et je lui tendis son téléphone. Tous les visages étaient tournés vers moi.

« Qu'a dit Alice ?, demanda le docteur Cullen en s'approchant de moi.
_ Qu'elle arrive après demain, répondis-je. Et… qu'elle ne peut toujours rien voir. Elle a l'air très anxieuse également. Elle affirme qu'elle sent quelque chose de grave.
_ C'est une bonne chose qu'Alice et Jasper rentrent, Bella. Nous ne serons pas de trop si… les Volturi se manifestent. »
Carlisle envisageait déjà l'affrontement. Il paraissait déterminé à prendre ma défense et celle de son fils. Je ne pouvais pas les laisser risquer leurs vies à cause de moi. Je ne le méritais pas.
« Carlisle… non, je ne peux pas vous exposer à ce danger. Il faut… il faut qu'Edward me transforme rapidement. »
Je jetai un regard circulaire à l'assemblée des vampires qui m'entourait. Esmé regardait dans le vide, son beau visage empreint de tristesse, les sourcils froncés. Edward me fixait, le regard brûlant, il secouait la tête en signe de désapprobation. Rosalie était de dos, une de ses mains appuyée contre un pan du mur et Emmett s'était assis, son menton reposant sur son poing serré. Carlisle s'approcha davantage. Il posa ses mains sur mes épaules.
« Bella, ce genre de choses ne se fait pas. Tu sais ce que cela signifie ? »
Je ne voulais pas envisager la monstruosité d'une transformation alors que je portais une vie, encore bien peu évoluée, certes, mais un être vivant tout de même. Quelle abomination cela engendrerait-il ? Serais-je enceinte éternellement ? Non, ce n'était pas supportable, il fallait envisager autre chose… avant.
« Je vais… je dois… faire ce qu'il faut et… vite, je suppose. »
Carlisle s'était un peu penché vers moi.
« Personne ne te demande de faire une chose pareille, Bella. A moins que tu ne le veuilles, toi-même. Serait-ce ton choix ? »
J'entendis Rosalie soupirer. Elle se retourna vivement : elle trépignait. Elle trépignait de rage, visiblement. Sans doute était-elle scandalisée par ma bêtise, ma faculté à mettre sa famille en péril par mon comportement irrationnel et stupide. Je ne pouvais pas la blâmer. La tension qui régnait à cet instant dans la pièce d'ordinaire si claire, calme et accueillante, me bouleversa et je ressentis dans tout mon corps, dans l'appui pourtant léger des mains de Carlisle sur mes épaules, le poids de mes erreurs passées. Ce fardeau aurait pu me faire m'écrouler sur place à l'instant même.
« Non, murmura Esmé, il doit y avoir une autre solution… Carlisle, n'est-ce pas ? Il faut trouver… »
Elle fut interrompue par des coups frappés à la porte d'entrée, qui nous firent tous sursauter. Ils s'arrêtèrent une seconde, puis reprirent, plus violents encore.
Personne ne bougeait. Le docteur Cullen se détacha de moi, se dirigea vers la porte et l'ouvrit.
« Ah, c'est toi Ja…
_ Où est-elle ? »
Dépassant le médecin, sans lui répondre et sans le regarder, Jacob fit irruption dans la pièce.
« Bella… que fais-tu ? Viens avec moi… s'il te plaît ! »
Je connaissais assez Jacob pour savoir, sans avoir besoin de le regarder, qu'il était extrêmement nerveux et irrité.
« Jacob, ne crois pas…, essaya d'expliquer Carlisle.
_ Laissez-la tranquille !, s'énerva l'imposant Indien en défiant les cinq vampires qui l'entouraient. Sa place n'est plus parmi vous ! Ayez au moins un peu de respect pour…
_ Jacob Black, veux-tu, toi, te montrer un peu plus respectueux et… te calmer, pour commencer ?, souffla froidement Edward en s'avançant vers lui.
_ Toi…, Jacob tremblait de rage maintenant, toi n'approche pas ! Et vous, docteur Cullen, bien que j'aie eu beaucoup d'estime pour vous jusqu'à présent, si vous touchez à un seul de ses cheveux…
_ Je peux t'assurer que nous ne désirons que son bien, répliqua Carlisle en levant la main en signe d'apaisement.
_ Bella… je te ramène chez toi. Viens ! »
La voix de Jacob tremblait. Pourtant, elle avait une nuance autoritaire qui ne m'échappa pas. Je percevais toute la colère qu'il essayait de contenir. Son affolement aussi. Sa peur. Je la comprenais. Je ne l'avais pas vu aussi révolté depuis longtemps. Sa respiration se faisait de plus en plus sonore et rapide. Son exaspération se muait en rage. Emmett ne s'y était pas trompé : il s'était levé et, par réflexe, était venu se positionner, parallèlement à Edward, à la droite de Jacob.
« Que tu le veuilles ou non, c'est à Bella de décider, articula Edward, les yeux rivés sur le Quileute.
_ Oh, non, pas seulement !, tonna Jacob les poings serrés. Je m'y oppose… je m'y oppose tout à fait, j'ai raison et je suis prêt à te l'expliquer plus clairement si tu refuses de le comprendre.
_ Dans ce cas, rétorqua Edward sans s'avancer davantage mais en adoptant une posture plus offensive, j'ai moi-même quelques objections à formuler… parce que tu ne penses plus réellement à l'intérêt de Bella. »
Son ton, bien que plus bas et retenu que celui de Jacob, n'en était pas moins agressif.
« Et toi, Cullen, à qui penses-tu ? Tu crois vraiment qu'un suceur de sang peut se permettre de me faire la morale ?
_ Tu ne devrais pas croire que tout t'est définitivement acquis, Quileute, tu ignores certaines choses et ton orgueil t'égare !
_ Non, s'il vous plaît ! », s'exlama alors le docteur Cullen qui avait pressenti ce qui allait se produire.
Mais il était trop tard. Un tremblement irrépressible s'était emparé de tout le corps de Jacob et il s'était replié sur lui-même tandis que sa silhouette se déployait, s'étendait, s'obscurcissait, déchirant ses vêtements qui tombaient en lambeaux sur le sol… Cela ne dura qu'une seconde, puis un rugissement furieux s'échappa de la gueule de la gigantesque bête qui venait de prendre forme dans le salon.
« Eh ben…mince !, lâcha Emmett en se penchant légèrement en avant, prêt à bondir, c'est nouveau ça ! »
Le colosse qui, debout sur ses pattes arrières, faisait face à Edward en le toisant de toute sa masse corpulente, n'avait en effet rien du grand loup que les Cullen connaissaient, que nous connaissions tous.
Jacob avait transmuté -pour la première fois à ma connaissance- en un monstrueux ours, énorme, sombre, et particulièrement menaçant. Si la pièce n'avait pas eu de si vastes dimensions, il n'aurait pas pu s'y mouvoir comme il le faisait. Il fit un pas en direction d'Edward qui ne bougea pas : on pouvait lire sur son visage qu'il s'apprêtait à attaquer en retour dès que l'attitude du Transformateur aurait dépassé les bornes. L'ours rugit à nouveau.
« Non ! Non !, cria Esmé, arrêtez ça, je vous en prie !... Rose, viens, il faut faire sortir Bella d'ici. »
Je regardai le monstrueux animal, j'étais effrayée. Il paraissait tellement dangereux !
« Jake, s'il te plaît, calme-toi, suppliai-je à son adresse.
_ Jacob, avant d'en arriver à réellement tout casser dans cette maison et à blesser quelqu'un, reprends tes esprits et nous pourrons parler calmement. J'aurais plusieurs choses à t'apprendre, si tu voulais bien m'écouter », intervint Edward, en évitant un coup de patte énorme lancé dans sa direction.