Chapitre 22 : Max

Réveille-toi.

« Quoi ? »

Allez, Bella…

« Mmmh… »

Bella, debout !

« Non, je ne veux pas… »

Debout, c'est aujourd'hui.

« Quoi aujourd'hui… ? »

Allez, c'est aujourd'hui que tu meurs.
Courage…

Je saisis le réveil. 9h40.
26 août.

Mon cœur fait un bon. Ma tête tourne.

J'ai dormi. Plus que je ne l'aurais pensé. Quand me suis-je endormie, au juste ?

Oh… ma tête tourne…

Respire, ça va passer.

« Bon, je me lève. »

Salle de bains. De l'eau fraîche… Boire.

Un jour gris.

Il n'y a personne.

M'habiller, puis descendre…

Ne pas réfléchir. Faire. Tu dois faire ce qu'il faut.

« Je vais… bien trouver un moyen. Dans le garage, Charlie doit avoir une corde, quelque chose… »

Tu sauras t'en servir ?

« Peut-être pas… »

Sûrement pas. Quoi faire, alors ?

« Je vais prendre la camionnette. Rouler, jusqu'à ce que… je trouve une falaise. »

C'est mieux, sans doute.

« Oui, plus simple. En descendant vers Jefferson Cove… »

Oui, voilà.

Allez.

Je descends l'escalier.
Le salon.

« Mais qu'est-ce que… ? »

Il était là.
Aussi surpris que moi, l'homme me dévisagea. Je tenais encore la rampe.
Je le reconnus tout de suite. Mais il était… très différent. Il avait l'air affolé, le teint livide, les yeux cernés et rouges. Des yeux fous. Il était agité de tics nerveux.

Danger

Il porta la main à sa ceinture. Un objet argenté apparut. Long. Une lame.

Cours !

Je fis un bond en arrière, en direction de l'entrée, mais il me saisit par le bras, agrippa mon t-shirt. Je luttai, tombant à genoux. Son bras se referma autour de mon cou. J'allais crier mais sa main se plaqua sur ma bouche. Instinctivement, je voulus mordre. Je donnai des coups de pieds.
Je reçus un coup de poing, entre les épaules, qui me coupa la respiration. Mes bras étaient emprisonnés vers l'arrière. L'homme glissa la lame sous ma gorge.
« Tu bouges plus, garce, compris ? Et ça ira vite. »
Je hochai la tête.
Me tirant en arrière, il me releva.
« Max, s'il vous plaît…
_ Comment co… ? »
Il me jeta contre le canapé et je m'écroulai au sol.

L'assassin me considéra un moment. Apparemment, il cherchait quelque chose. Sans doute se demandait-il si nous nous étions déjà croisés. Puis il vint s'accroupir devant moi, brandissant son couteau sous mon nez. Il en appliqua la pointe contre ma joue.
« Qu'est-ce que tu sais, au juste ? »
Il avait l'air terrorisé.
« Rien, je ne sais rien.
_ C'est quoi ces conneries ? Y en a d'autres qui savent comment je m'appelle ? Mais vous êtes qui, tous ? »
Il se mordait les joues et reniflait bruyamment. Peut-être drogué, à ce qu'il me semblait… imprévisible, donc.
« Max, vous pouvez… juste vous en aller. Je ne dirai rien.
_ Ben ça ! C'est sûr que tu diras rien. Mais j'ai un boulot à faire. On m'a payé assez pour ça. Et je veux la suite ! »
Il attrapa mon menton d'une main, examina mon visage.
« Je croyais pas que tu serais si jeune, quand même. Qu'est-ce que tu as bien pu lui faire pour qu'elle t'en veuille à ce point ? Si les gosses se tuent entre eux, maintenant… Enfin, c'est des gosses riches en tout cas.
_ On vous a payé pour venir me tuer ?
_ Payé, à moitié, et… promis que je pourrais en profiter un peu… J'avais espéré que tu lui ressemblerais davantage… »
Il sourit et son visage se tordit en une grimace écoeurante.
« Elle avait dit que ce serait facile et sans danger, que j'aurais le temps… Si je faisais exactement ce qu'elle disait. Mais j'aime pas que tu connaisses mon nom… D'où tu connais mon nom ? »
Je n'étais pas sûre de pouvoir réellement expliquer ce détail et je n'avais aucun mensonge plausible à servir en échange, alors je ne répondis pas.
Je reçus une gifle.
Le choc me fit réagir. Avec une violence dont je fus moi-même étonnée.
« Oui, il y en a d'autres qui connaissent votre nom. Ils sont assez nombreux, ils vous retrouveront sans aucune difficulté et ils ne seront pas tendres, si vous me faites du mal, vous pouvez en être certain. »
L'homme eut un hoquet. Ses yeux s'écarquillèrent. Il ne s'était pas attendu à une telle réponse. Il se mit à trembler.
« Bon Dieu de… Mais c'est quoi cette histoire ? C'est... la mafia ? »
Il se releva, marcha de long en large, son couteau à la main. Il hésitait.
« T'as pas l'air bien dangereuse, toi, en tout cas… l'autre me fait… vraiment peur. Elle est trop jeune et trop belle pour parler comme elle parle ! »
Je n'avais pas besoin qu'il m'explique qui lui avait demandé d'en finir avec moi.
« Vous devriez partir vite, répondis-je dans l'espoir de le déstabiliser davantage, il se peut que mes amis arrivent d'un moment à l'autre. »
Il s'arrêta. Sa main se referma sur la poignée de la lame. J'avais mal apprécié ce qui pourrait mieux le convaincre. Mes menaces ne valaient pas l'effet que Jane avait eu sur lui.
« OK, on va se dépêcher alors, tu as raison. »
Il se jeta sur moi, empoigna mes bras, me releva.
« Allez, viens, gamine, on va faire un peu de bruit. »
Je ne saisis pas ce qu'il voulait dire. Il m'entraîna vers la télévision, attrapa la télécommande. Il passa quelques chaînes avant de trouver ce qui l'intéressait, puis il monta le volume à fond. En un éclair, je compris tout. Je me débattis, hurlai, mais je ne percevais même plus le son de ma propre voix.
Sa main se referma sur ma gorge. Il voulait que je cesse de bouger. Je vis sa bouche articuler « tranquille » alors qu'il posait la pointe de son couteau près de mon œil en secouant la tête pour me faire comprendre le genre de menace que c'était-là. Valait-il mieux souffrir davantage ou non ? J'aurais voulu réagir, saisir son bras et détourner la lame, mais je n'en avais pas la force. Et si je tentais quoi que ce soit, sans doute me le ferait-il payer davantage. La situation était atroce.
Il avait l'air si sûr de lui ! Certainement, avait-il déjà eu l'occasion de procéder de la sorte. Il ne me fallut pas plus d'une seconde pour décider de ce que j'allais faire. De toute ma force, je donnai un coup de genou en avant. La lame glissa sur ma joue. Max se plia. Je me dégageai, mais ses mains se refermèrent autour de mes jambes et je m'étalai sur le sol. Il me roua de coups.
Au moins, il me tuerait sans y avoir pris de plaisir.

Je tendais mes bras devant moi pour me protéger comme je le pouvais, quand il se produisit quelque chose de parfaitement inattendu. Quelque chose qui n'aurait pas dû se produire. La porte s'ouvrit, et je vis Charlie apparaître sur le seuil, les sourcils froncés par l'incompréhension. Quand il nous découvrit, sa bouche s'ouvrit en une expression de surprise. Je remarquai qu'il n'était pas seul. Quelqu'un se tenait à côté de lui. C'était Johnny. A cause du vacarme, mon agresseur ne les vit pas immédiatement. Ce fut mon regard qui le fit se détourner de moi. Il se releva promptement. Déjà, Charlie avait tiré son arme de service et en menaçait Max. Alors, il détala, son couteau à la main, et s'enfuit en direction de la forêt par la porte-fenêtre qui donnait sur l'arrière de la maison, celle-là même par laquelle il avait dû entrer.
Charlie fit un signe à Johnny, me désignant du doigt, et il s'élança à la poursuite de Max. Je tendis les bras en avant pour le retenir, mais il avait déjà disparu.
Je voulus me relever. Mon corps me faisait mal, je trébuchai. Johnny me retint. Son geste m'effraya et je le repoussai violemment. Un instant, je pensai qu'il pouvait aussi avoir été mandaté pour finir le travail s'il en était besoin, après tout, je ne connaissais rien de lui. Jane était assez perfide pour avoir imaginé un pareil plan. Devant mon expression apeurée, Johnny leva les mains et me fit signe de me calmer. Il chercha du regard dans la pièce, ramassa la télécommande du téléviseur et coupa le son. Ce fut comme si tout s'arrêtait d'un coup. Je m'effondrai.
« Il faut… il faut suivre Charlie !, haletai-je. Cet homme est dangereux, il est drogué.
_ Ton père sait ce qu'il fait », affirma Johnny en se rapprochant de moi.
Il plongea la main dans sa poche et me tendit un mouchoir. Je ne comprenais pas.
« Tu as une entaille. »
Ma main se posa contre ma joue, elle était collante. Mes doigts étaient rouges quand je les retirai, et j'acceptai le mouchoir proposé par Johnny en le remerciant.
« Comment vas-tu ?, demanda-t-il.
_ J'ai mal partout, mais ça va.
_ Que s'est-il passé ?
_ Quand je suis descendue tout à l'heure, il était là.
_ Tu le connais ? »
Je ne répondis pas immédiatement. Johnny s'était agenouillé près de moi, c'était la première fois que je le voyais d'aussi près. Ses yeux étaient très noirs, légèrement étirés, posés comme deux billes de jais au dessus de ses pommettes saillantes et brunes. Bizarrement, j'eus l'impression de le connaître. Il me semblait que j'avais déjà eu l'occasion de plonger dans ce regard.
Johnny perçut mon trouble et il se recula un peu.
« Non, répondis-je, jamais vu.
_ Tu sais ce qu'il voulait ?
_ Aucune idée. Voler quelque chose, j'imagine. »
Mes paroles devaient sonner faux. Johnny me regarda attentivement. Avait-il compris que je mentais ? A nouveau, je ne pus m'empêcher de le détailler. Ses joues étaient creuses, tout son visage tendu et nerveux. Je reconnaissais sans peine les traits caractéristiques de l'Indien en lui, les cheveux raides et noirs, le nez droit, la peau d'un bronze mat, la bouche large et fine. Cependant, quelque chose que je ne parvenais pas à identifier m'intriguait. Je reconnaissais en lui autre chose, qui le rapprochait dans mon esprit du clan des Quileutes, sans qu'il leur appartînt pour autant. Mais pourquoi donc me semblait-il si familier ?
« Vous…, commençais-je comme pour moi-même, êtes un peu… différent…
_ Tu connais bien les Indiens qui vivent ici, hein ? »
Il eut un petit sourire.
« Oui, tu as raison, poursuivit-il, je suis Cherokee par ma mère… Mais mon père était Quileute. Il l'a rencontrée quand il est parti vivre sur la côte est. »
Ses dents étaient parfaites et blanches. Très régulières. Son sourire avait plissé la peau de ses joues autour de sa bouche et je remarquai sa texture étrange. On la voyait à peine. On aurait dit du cuir tanné, imperceptiblement parcheminé…
J'arrêtai de le dévisager.
« Ce n'est pas ce que je voulais dire, ajoutai-je simplement. »
Il plissa les yeux et son sourire tomba. Je me demandai s'il n'était pas également un Transformateur. Son père était Quileute, il se pouvait qu'il ait hérité du don. Il serait le plus âgé de ceux que je connaissais, alors. Quel âge pouvait-il bien avoir, en réalité ?
Un instant, il me sembla comprendre : cette nuit-là, le vampire que j'avais aperçu fuyait… j'avais bien entendu un loup avant d'appeler Jacob. Leah avait été blessée et entraînée au loin, il aurait pu chercher à la défendre. Si tout ceci n'était pas seulement le produit de mon imagination, il se pouvait tout à fait que Johnny soit, lui aussi, capable de transmuter. Peut-être pas seulement en loup, d'ailleurs. Mais il ne souhaitait pas que cela se sache, apparemment. Il ne faisait pas partie de la meute de La Push.
« Je crois que tu peux comprendre que tout le monde a des secrets, Bella », dit-il en baissant le regard.
J'allais lui montrer que je saisissais, par un hochement de tête quand, dans le lointain, retentit un coup de feu qui me fit sursauter. Le temps de réaliser, une deuxième détonation se fit entendre, puis une troisième. Je me redressai.
« Il faut y aller !, gémis-je en bondissant vers la porte-fenêtre.
_ Il faut surtout appeler la police, répondit Johnny, où est le téléphone ? »
Je lui désignai l'endroit où se trouvait l'appareil. Que devais-je faire ? Il m'était insupportable de rester immobile. Je piétinais pendant que Johnny expliquait la situation.
« Ils disent de ne pas bouger, ça pourrait être dangereux. Ils arrivent. »
Je sortis, néanmoins. Je scrutais les bois. Charlie allait surgir d'un moment à l'autre. Il avait mis l'homme en fuite, l'avait effrayé, il n'allait pas tarder à revenir.
Les minutes passèrent comme des heures.