Chapitre 25 : Promesses/ Promises
« Mais est-ce qu'au moins je pourrais décorer la maison ? »
Alice avait vraiment l'air d'y tenir. Elle avait déjà été assez déçue de devoir oublier la grande cérémonie et la fête, plusieurs semaines auparavant. Mais à présent, il me semblait qu'un décor particulier ne s'imposait plus : je me mariais quelques jours après la disparition de Charlie, pour le symbole que cela représentait et au cas où notre vie devrait s'achever plus tôt que nous ne le souhaitions. Je n'avais pas le cœur à me réjouir ou à m'inquiéter des apparences.
« Il n'y aura pas grand monde, Alice, ce n'est sans doute pas la peine de te donner du mal…
_ Mais je ne me donnerais pas de mal, au contraire ! Je serais ravie ! Il faut quand même… un peu de glamour, non ? Bella… c'est un moment important !
_ Je sais, Alice, mais je préfèrerais que ce soit sobre.
_ Je te promets que ce sera sobre. Sobre et raffiné. Tu ne me fais pas confiance ?
_ Bien sûr que si… »
Alice était réellement loin des préoccupations et des sentiments humains ! Néanmoins, je ne voulais pas la contrarier et briser tous ses élans romantiques. Sa capacité à s'enthousiasmer et son désir de rendre toujours les choses plus belles qu'elles n'étaient, se révélaient tout à fait déconcertants par moments. Déconcertants et touchants. De plus, elle m'inquiétait. Elle n'était vraiment pas dans son état normal depuis qu'elle et Jasper étaient rentrés à Forks. Je n'y avais pas pris garde quand Edward me l'avait expliqué, j'avais d'abord cru à un simple malaise, étant donné les circonstances, mais c'était autre chose. Alice était très perturbée, je le voyais bien. Elle clignait souvent des yeux, ce qui ne se produisait jamais d'ordinaire, et se massait le front du bout des doigts.
« Comment, vas-tu, Alice ?, demandai-je en considérant sa mine défaite. Edward m'a dit que tu ne te sentais pas bien…
_ Oh, j'ai la tête qui… vibre en permanence maintenant. On dirait qu'elle ne va plus tarder à exploser », souffla-t-elle avec lassitude.
Cependant, elle se ressaisit aussitôt :
« Mais tant qu'elle reste sur mes épaules, ça ne m'empêchera pas de…
_ Ecoute, Alice, je suis d'accord, si tu me promets que ce sera très discret. »
Malgré ses traits tendus, elle sourit d'excitation.
« Je te le promets, Bella, je ne suis pas si futile que j'en ai l'air.
_ Ce n'est pas ce que je voulais dire… Tu sais que je t'apprécie, Alice, c'est juste que… enfin, tu comprends…
_ Oui, je comprends. »
Elle déposa un baiser léger sur ma joue, frais comme un battement d'aile de papillon. Elle avait saisi mes mains.
« J'ai déjà ta robe, ajouta-t-elle.
_ Ah bon ?
_ Oui, je l'ai achetée… il y a un moment, quand nous sommes partis en Australie. »
Il m'apparut qu'en dépit des évènements, Alice n'avait jamais douté. Elle avait toujours été convaincue que j'épouserais Edward. Elle l'avait vu… avant de ne plus rien voir.
« Tu penses qu'elle m'ira ?, demandai-je pour aller un peu dans son sens.
_ Oh, oui. Mais tu feras un essai, quand même… Le révérend a confirmé qu'il était libre la semaine prochaine ?
_ Dans une dizaine de jours, en fait. Le 6.
_ Bon, ça nous laisse un peu de temps. »
Alice et moi descendîmes au salon. Edward était au piano. Il jouait en sourdine un air apaisant, du Satie, me semblait-il. René et Esmé discutaient à voix basses. Elles avaient l'air de bien s'entendre. Même si Esmé était, en apparence, bien plus jeune qu'elle, son caractère doux et généreux avait séduit René. Une intimité de mères s'était instaurée entre elles, renforcée par la douleur de la perte que nous subissions, à laquelle les Cullen se montraient très sensibles. Les liens créés par le bonheur et le malheur sont de ceux qui s'avèrent, souvent, les plus solides. René ne semblait pas s'inquiéter une seconde de l'étrangeté des Cullen. Leurs yeux uniformément mordorés, alors qu'ils n'étaient pas du même sang, leurs peaux pâles, leur beauté quasi anormale… rien n'avait paru la choquer. Elle avait sans doute remarqué leur différence, comme quiconque les fréquentait d'un peu plus près -c'était évidemment la raison pour laquelle ils ne fréquentaient réellement personne-, mais cela ne la préoccupait pas. René ne s'intéressait qu'à ce que chacun d'entre eux était au fond de lui, et elle les appréciait pour leurs qualités propres, ce qui me rassurait beaucoup. Je réalisais que René avait une sensibilité certaine, sous des apparences et des comportements parfois irrationnels. Elle ressentait les choses essentielles de manière instinctive, et son instinct la trompait rarement.
« Bella, ma chérie…, dit-elle alors que j'approchais, Esmé et moi sommes parfaitement du même avis : Edward et toi devriez partir quelque temps, après le mariage… sortir de Forks te fera du bien, tu dois prendre soin de toi, penser à la vie, à ton avenir… »
René était sensible mais elle ne pouvait pas tout envisager cependant, tout comprendre. Elle ne savait pas. Ses paroles réveillèrent soudain en moi une angoisse vive qui s'était tue depuis quelques jours, depuis que j'avais arrêté de penser à quoi que ce soit. Ma mine dut s'obscurcir.
« Oh, ma chérie…, reprit René, je sais que c'est dur… »
Elle ne pouvait pas savoir combien cela l'était.
« … mais tu as la vie devant toi !, acheva-t-elle. »
Esmé comprenait mon trouble. Elle me sourit affectueusement. Il fallait que cela cesse. Je ne pourrais pas supporter davantage de réflexions à ce sujet, sans basculer totalement dans l'abattement. Aussi, je proposai à René de rentrer, ce qu'elle accepta un peu à regret. Nous étions restées chez les Cullen une paire d'heures, et elle aurait sans doute souhaité poursuivre sa conversation avec Esmé. Elle aurait l'occasion de la reprendre, plus tard. De plus, j'avais l'intention d'aller à La Push : je devais parler à Jacob et j'avais besoin de toute mon énergie pour cela.
Sur le trajet, René voulut cependant continuer ses recommandations. Je savais qu'elles partaient d'une bonne intention, qu'elles exprimaient ses inquiétudes maternelles, pourtant, la crainte des pensées qu'elles engendraient me poussèrent à répondre un peu plus rudement que je ne l'aurais voulu.
« Bella, j'aimerais vraiment que tu te soignes davantage, dit-elle, tu as tellement maigri depuis quelque temps… il faut que tu penses à ta santé…
_ Je te promets de devenir bientôt énorme dans ce cas, maman ! », avais-je soufflé.
Au moment où je prononçai ces paroles, je réalisai ce qui avait inconsciemment dû me pousser à les formuler. J'espérai que René ne ferait pas de remarque, qu'elle ne soupçonnerait rien, ou ne demanderait pas « déjà ? » d'un air triste. Je me souvenais l'avoir entendue affirmer, à plusieurs reprises de par le passé, qu'avoir des enfants trop tôt n'était pas une bonne chose, selon elle. Effectivement, elle ne dit plus rien mais, comme je jetais un coup d'œil dans sa direction quelques minutes plus tard, je constatai qu'elle me regardait. Son expression était indéfinissable. Elle ne ressemblait pas à de la déception pourtant.
Une fois que nous fûmes rentrées, René s'attela à terminer le rangement et le ménage que nous avions déjà entamés dans la matinée. Je la quittai, peu après, pour me rendre chez Billy.
Ce dernier me reçut avec beaucoup de tendresse. Il me sembla que c'était la première fois qu'il me manifestait son affection de manière aussi évidente. Il saisit ma main, sourit et planta son regard noir dans le mien.
« Bella, dit-il, tu sais que j'aimais ton père… que je l'aime. Tu dois penser que ceux qui disparaissent ne nous quittent jamais vraiment. Ils sont partout au contraire, dans le vent, dans l'eau, dans les arbres et les fleurs qui reviennent à chaque saison nouvelle. Nous faisons tous partie du même monde. C'est ce que je crois. »
Je ne savais pas quoi répondre. Alors je me contentai de hocher la tête. Billy ne lâcha pas ma main immédiatement. Son regard sombre me scrutait et j'y lisais une confiance, une foi, qui calmèrent un peu l'anxiété que la conversation avec René avait fait naître un moment plus tôt.
« Bella… »
Jacob venait d'entrer dans le salon. La large main de son père défit son emprise autour de la mienne et il s'éloigna en silence.
« Jake…, je venais te voir. Tu veux bien que nous allions marcher un peu ?
_ Bien sûr. »
Je pensais que j'aurais besoin d'air pour parvenir à choisir les bons mots, ceux qui exprimeraient au mieux ma pensée. Tout devait être très clair, autant que cela l'était dans mon esprit. Mes mots devaient suivre ce que me disait mon cœur également, maintenant que mon esprit et mon cœur s'étaient enfin accordés tous deux. Néanmoins je craignais la réaction de Jacob.
Nous prîmes le chemin de la plage. Il faisait beau mais frais, déjà. La pluie continue, la brume et le froid reviendraient bientôt. J'étais perdue dans mes pensées, quand Jacob allongea un bras qu'il posa autour de mes épaules. Il ne disait rien. Sa présence me suffisait. Il attendait de savoir ce que je pouvais bien avoir à lui apprendre.
Je m'appuyai contre un rocher.
« Comment tu te sens, Bella ?, demanda-t-il au bout d'un moment.
_ Je ne sais pas trop. En fait, je ne me sens pas… du tout. Je crois que je suis un peu anesthésiée.
_ C'est normal. »
Il sourit.
« Qu'est-ce qu'il y a ?
_ Tu… ton odeur est plus forte, aujourd'hui... »
Cette remarque me fit l'effet d'un électrochoc qui me ramena à la réalité. Mon cœur bondit, et se mit à cogner plus fort. Une chaleur se répandit à travers tout mon corps. C'était la première fois que je prenais conscience de ma grossesse… avec une sorte de plaisir, m'apparut-il, presque avec bonheur. Maintenant que je l'avais acceptée, que je m'étais déterminée, que je savais où je voulais aller, peu importaient les obstacles qui se dresseraient sur ma route et l'issue qui m'attendait, je me sentais en paix. Ce sentiment était particulièrement fort, et rassurant.
« Justement, Jacob, je voulais te dire plusieurs choses. J'aimerais que tu m'écoutes attentivement, que tu me laisses parler jusqu'au bout avant d'intervenir. J'ai beaucoup réfléchi et… tout m'est finalement apparu de manière évidente. Je sens… je sais ce que je dois faire, ce que je veux faire. A ton tour, je te demanderai de bien réfléchir avant de parler. J'espère que tu te souviens de la promesse que tu avais exigée de moi… »
Jacob posait sur moi un regard grave. Il écoutait.
« Edward…, repris-je, Edward m'a demandé, à nouveau, de l'épouser. »
Je me tournai vers Jacob pour anticiper une éventuelle protestation, mais il ne réagit pas. Alors, je continuai :
« Il se peut… je ne sais pas quand au juste, que les Volturi décident que nous devions être punis pour la promesse qu'Edward leur a faite et qui n'est pas respectée. Qui ne sera pas respectée… pas de sitôt, en tout cas. C'est ce que j'ai vu dans mon rêve, tu le sais. C'est déjà ce qui… a entraîné la mort de Charlie. »
Je marquai une pause. Ce que je disais n'était pas nouveau pour Jacob.
« Si nous devons mourir, Edward souhaite que nous soyons mariés. C'est important pour lui… et ça l'est pour moi aussi, je m'en suis rendu compte. Il a accepté de ne pas faire de moi un vampire parce que j'ai décidé de vivre, et de mettre notre enfant au monde, Jake. Je suis persuadée que c'est ce qu'il faut faire, et cela me rend… heureuse d'avoir compris cela. Tout a l'air de prendre un sens. Cet enfant est tellement important ! Il est celui du seul… être humain que j'aurais jamais aimé dans ma vie, et je suis infiniment reconnaissante à Edward de comprendre cela… mieux même, de souhaiter cela avec moi. Mais nous risquons tous notre vie à présent. Nous ne ferons pas le poids face aux Volturi. Ni les Cullen, ni les Quileutes, ne feront le poids. »
Même s'il restait très sérieux, le visage de Jacob s'était éclairé. Il ne se préoccupait pas du danger, de la menace, de la mort certaine… Jacob se préoccupait seulement de la vie, et il était en train de se réjouir des paroles que je venais de prononcer. C'était la seconde fois que je lui avouais ma résolution de ne pas devenir vampire, mais j'avais dû me montrer moins convaincante, la première fois...
Je le considérai un moment, tout à la fois accablée et admirative.
« Ce que je voulais encore te dire, Jake, c'est que je n'ai pas oublié ce que je t'ai promis. Je ne sais pas si tu considères ce serment comme étant toujours d'actualité mais, si tu le souhaites, je ferai ce que tu m'as demandé après avoir épousé Edward. »
J'en avais fini. Tout était sorti assez simplement, me semblait-il. Assez explicitement.
Jacob détacha son regard de moi, et le posa sur la mer. Il fronçait les sourcils. Je le laissai à sa pensée. Je comprenais qu'il puisse avoir besoin de réfléchir, et regardai moi-même les vagues couleur d'acier qui brillaient sous les rayons du soleil déclinant. A l'horizon, quelques oiseaux volaient assez bas sur les flots, et j'entendais des voix d'enfants et de promeneurs qui arpentaient la plage. C'était une fin d'après-midi calme, vraiment sereine.
« Si c'est un garçon…, intervint tout à coup Jacob dans un demi-sourire qui me stupéfia, si c'est un garçon, j'aimerais bien qu'il s'appelle Ocean. Au moins comme deuxième prénom…, qu'est-ce que tu en dis, Bella ? »
Ma bouche s'était ouverte mais je ne trouvai rien à répondre. Jacob rit tout à fait.
« J'aime beaucoup ce nom, continua-t-il, même s'il peut paraître un peu… inhabituel. »
Sa réaction m'avait complètement déstabilisée. Mais peut-être avait-il raison, après tout. Peut-être valait-il mieux se projeter dans l'avenir, comment s'il était une certitude. Après quelques secondes, je retrouvai un peu mes esprits pour répondre quelque chose :
« Et si c'est une fille, Jake… ? Parce qu'il est possible que ce soit une fille, tu sais…
_ Une fille ?... Mmmh, je ne sais pas… moi, je vois plutôt un garçon…
_ Ah, ça ! »
Je lui assénai un petit coup de poing sur le bras. J'allais rire.
« Bella… », reprit-il soudain, en plongeant ses yeux dans les miens.
Son visage avait une telle expression que mon rire s'étrangla dans ma gorge.
« Bella, c'est bien que tu restes humaine et que tu penses à… notre enfant. Il aura besoin de toi… enfin, je veux dire qu'il me semble que tu devrais rester humaine… même après. »
Je comprenais ce que Jacob voulait dire, mais cela, je ne pouvais pas le lui promettre. Si par miracle les Volturi nous épargnaient assez longtemps, je ne pourrais pas me permettre de mettre indéfiniment en péril l'existence d'Edward. Cette éventualité, je ne l'avais pas encore réellement envisagée. Peut-être même, si le temps passait trop… Tout à coup, je craignis qu'Edward ne veuille plus de moi. Jacob me forçait à réfléchir à un futur qui ne m'était encore jamais apparu concevable. Comme je ne répondais rien, il poursuivit, sur un ton plus détaché, en tournant à nouveau son visage vers la mer :
« Je suis d'accord.
_ Quoi ?, m'exclamai-je un peu confuse en sortant de ma réflexion.
_ Tu m'épouseras, après.
_ Ah…
_ Je t'expliquerai. Tu viendras. Seule.
_ Bon. C'est bien. »
Jacob me regarda. Il n'avait peut-être pas saisi le sens de mes dernières paroles. En mon for intérieur, il m'apparut que les choses progressaient, comme elles devaient le faire. J'épouserais Edward et j'épouserais Jacob. Cela me semblait juste. C'était insolite, également, mais nos existences l'avaient toujours été.
« Par contre…, articula Jacob sur un ton un peu morose, tu ne m'en voudras pas de ne pas assister à ton mariage avec… l'autre… »
Cette discussion avait quelque chose de parfaitement absurde qui m'apparut tout à coup et m'amena à sourire.
« Non, Jake, bien sûr… Il y aura peu d'invités, de toute façon… Peu d'invités, pas de grande fête, ni de nuit de noces… Rien de normal, comme d'habitude !
_ Pour la nuit de noces, je pourrais peut-être… faire quelque chose…, ajouta-t-il avec une moue provocatrice.
_ Tu l'as déjà fait, Jake… », conclus-je dans un soupir, en lui donnant à nouveau un petit coup contre l'épaule.
Puis j'y appuyai mon front. Nous avancions, encore, sur un chemin qui n'existait pas. Comment pouvais-je être poussée par une telle certitude que c'était, pourtant, la bonne direction ?
La seule.
La semaine qui suivit fut toute en demi-teintes. Une certaine tension se faisait tout de même ressentir, une émotion, bien naturelle, devant un événement important de la vie, régulièrement contrebalancée par la peine lancinante de la trop fraîche disparition de Charlie. J'essayai de me figurer le moment où je me présenterais devant nos familles réunies, où je m'engagerais envers Edward… Je penserais très certainement à mon père, qui ne serait pas là pour me conduire, qui n'assisterait pas à nos vœux. J'espérais que l'émotion ne me submergerait pas à cet instant, et que je parviendrais à garder le contrôle de moi-même.
Alice se montra très discrète, à la mesure de ce qu'elle m'avait promis, peut-être, également à cause de l'état particulier dans lequel elle se trouvait et qui l'empêchait d'être pleinement à son enthousiasme. Elle conseilla Edward au sujet du costume qu'il porterait, l'entraîna à Seattle pour faire quelques essais, commanda des fleurs blanches et rouges en quantité raisonnable, et s'occupa auprès d'un traiteur de faire préparer un buffet pour ceux qui auraient faim. Ils seraient peu nombreux mais, si certains Quileutes étaient présents, cela se révèlerait nécessaire.
De mon côté, je me chargeai d'inviter les quelques personnes dont j'estimais la présence opportune. Le premier que je contactai fut Seth Clearwater. Je me doutais que la nouvelle le surprendrait mais il me semblait qu'il appréciait suffisamment Edward et sa famille pour nous faire l'honneur de sa présence. Il me répondit effectivement par l'affirmative. Je lui demandai de transmettre l'invitation à sa sœur ainsi qu'à Johnny, mais il me répondit que, les concernant, il ne pouvait rien me promettre, ce que je comprenais parfaitement. Leah n'appréciait pas la compagnie des Cullen, c'était dans sa nature et je ne pouvais pas le lui reprocher. J'appelai ensuite Angela, lui expliquant la situation et la simplicité voulue de la cérémonie qui nous avait fait négliger les traditionnels faire-part. Elle semblait sincèrement ravie, quoiqu'un peu étonnée -de toute évidence, son père ne lui en avait pas parlé-, émue cependant, et je profitai de son émotion pour lui demander d'être mon témoin. Après tout, elle était celle –la seule !- qui avait vu naître ma relation avec Edward de manière favorable et qui m'avait accompagnée dans cette période difficile de doute et de solitude, alors que je venais d'arriver à Forks. A mon grand soulagement, elle accepta avec joie. Je lui demandai si elle pensait que Ben, Jessica, Mike et Tyler souhaiteraient se joindre à nous, mais elle m'apprit que seul Ben était en ce moment présent à Forks, comme j'avais pu le constater la semaine précédente. Les autres étaient partis assister au festival du Burning Man, dans le Nevada, et n'étaient pas encore rentrés. Ils avaient prévu de faire un détour par San Francisco, avant de regagner l'Etat de Washington pour les derniers jours de congé. Je téléphonai donc à Ben immédiatement ensuite. Il fut beaucoup plus surpris qu'Angela par la nouvelle, mais il se ressaisit rapidement et me garantit sa présence le jour dit.
J'avais fait le tour de mes invités potentiels, me semblait-il. Ils n'étaient guère nombreux. Il me restait encore à convier Billy à la cérémonie. Je ne doutais pas de sa présence, ne serait-ce que par respect pour la mémoire de Charlie, même s'il verrait sans doute cette union d'un mauvais œil. Phil ferait le déplacement, également, et il repartirait avec René, le lendemain.
J'avais compté sur Edward pour annoncer, de manière tout à fait diplomatique, la nouvelle à Sam et lui proposer d'être des nôtres. Mais il m'apprit qu'il avait décliné poliment l'invitation, sans chercher d'excuse cependant. Il avait expliqué que leurs traditions ne lui permettaient pas d'approuver ouvertement une telle union, ce que nous pouvions tout à fait comprendre. Toutefois, il laissait chaque membre de la meute libre de ses actes. Edward l'avait assuré, en notre nom à tous, que nous n'aurions, à l'avenir, aucune animosité à leur égard à cause de ce choix.
