Chapitre 26 : Union sacrée/ Sacred union

Un jour que je me trouvais chez les Cullen, assise au piano près d'Edward (René conversait passionnément avec Esmé et Rosalie), Alice me proposa d'essayer la robe qu'elle me réservait pour mon mariage. Je détachai ma joue de l'épaule d'Edward, qui continua sa mélodie en m'escortant tendrement du regard, et la suivis à l'étage.
Quand elle ouvrit la grande boîte mauve dans laquelle la robe se trouvait, je m'assis, et pris une profonde inspiration.
« Qu'y-a-t-il, Bella ?, s'inquiéta immédiatement Alice. Oh..., elle ne te plaît pas !
_ Non, Alice, elle est magnifique… c'est juste… que je l'ai déjà vue, cette robe.
_ Oh, non ! J'aurais dû te la montrer plus tôt… je suis sûre que nous pouvons en changer ! Nous irons à Seattle, dès demain…
_ Ne t'inquiète pas Alice, soufflai-je, je ne l'ai pas vue… en vraie. Je l'ai vue… dans un de mes rêves, il y a quelque temps.
_ Oh ! »
A cet instant, tout me revint : le mariage, le sang, l'enterrement… Est-ce que tout cela avait eu un sens ? Je passai ma main sur mon visage. Pourquoi ne pouvais-je pas tout comprendre, tout saisir des messages cachés dans ces visions, s'il y en avait réellement ? Un moment, je me demandai si cette image de moi-même dans un cercueil, que j'avais vue sans parvenir à en déchiffrer la signification, n'annonçait pas tout simplement que j'allais devoir m'abandonner moi-même. N'avait-elle pas voulu me dire que celle que j'étais alors allait définitivement disparaître ?… Quelque part, c'était ce qui s'était produit. A la mort de Charlie, une Bella avait péri. L'enfant, l'adolescente, que j'étais… avant, avaient disparu. Je n'envisageais plus la vie de la même manière. J'avais compris, ou enfin éprouvé, certaines choses. J'allais me marier et j'y trouvais un sens, j'en comprenais la nécessité. J'allais être mère et j'en ressentais l'envie. Je me battrais pour cela, s'il le fallait, jusqu'à mes dernières forces.
« Tu veux bien l'essayer quand même ?, demanda Alice avec hésitation.
_ Bien sûr. »
Elle était splendide. En tulle et soie. A la fois belle et simple. Elle me donna l'impression d'être une danseuse, moi, qui aimais si peu l'idée de devoir danser ! Le haut était un bustier uniformément lisse et chatoyant comme la surface d'une perle. Le bas était recouvert de tulle, sur lequel s'étendaient en arabesques de grandes roses de soie blanche qui glissaient progressivement, et semblaient se répandre au sol. Je devrais la soulever pour me déplacer. Je n'aurais pas à danser cependant. Cette épreuve traditionnelle des mariages que j'aurais certainement redoutée, dans d'autres circonstances, me serait épargnée.
« J'étais sûre qu'elle t'irait !, s'exclama mon amie.
_ Elle est parfaite, Alice, comment te remercier ?
_ Oh, je t'en prie, Bella !, protesta-t-elle. Je pense qu'on pourrait attacher tes cheveux et y piquer quelques petites roses rouges… ce serait très bien, très lumineux. »
En me regardant dans la grande glace en pied qui se trouvait dans la chambre d'Alice, je passai instinctivement une main sur mon ventre. Aurai-je le temps de le voir prendre le volume que je lui avais vu dans mon rêve ?
Tout à coup, la main d'Alice se crispa sur mon bras et je poussai un cri. Elle me lâcha, mais se raccrocha au cadre massif du miroir.
« Qu'est-ce qui se passe, Alice ? Tu te sens mal ?
_ Oh, non, gémit-elle, ça recommence !
_ Quoi, la questionnai-je, qu'est-ce qui recommence ?
_ J'ai encore une vision… blanche. Il y a juste… cette angoisse affreuse… et ce vide… lumineux. Ce silence… comme si tous mes sens étaient étouffés… annihilés.
_ Je vais chercher Edward.
_ Non, reste ! Là, ça va passer… Elles ne durent pas longtemps. »
Alors je restai près d'elle, en silence, mon cœur battant à mes oreilles. Au bout d'une minute environ, elle reprit :
« Voilà, ça s'éloigne. Je ne comprends pas…
_ Oh, Alice… ! »
Nous étions accroupies sur le sol. Je tenais une de ses mains dans l'une des miennes, de l'autre, je caressais ses cheveux. Nous étions l'une et l'autre impuissantes à comprendre ce qu'il nous arrivait, à maîtriser nos dons ou ce que notre existence voulait bien faire de nous.
Alice posa ses doigts fins sur ses paupières closes puis appliqua sa main sur son front, comme si elle s'attendait à y trouver de la fièvre.
« Oh, Bella, souffla-t-elle, je n'en peux plus de cette chape de plomb permanente dans mon esprit, d'avoir l'impression que quelque chose… va finir par faire exploser mon crâne. Il faut que cela cesse ! »
J'étais désolée. Je ne pouvais rien pour la soulager. J'étais moi-même tellement soucieuse chaque fois que je fermais les yeux, je craignais tant que le sommeil ne m'amène d'autres images affreuses ! Cela faisait plusieurs jours que j'avais été épargnée, mais jusqu'à quand le serais-je ? Il était possible que cela ne se reproduise jamais et, pourtant, chaque soir, je m'endormais dans l'appréhension. Je déposai un baiser appuyé sur le front frais, lisse, et dur comme du marbre d'Alice. J'espérais lui faire ressentir mon affection et que ma chaleur, si elle ne pouvait pas effacer son malaise, lui serait au moins agréable. Ce geste la fit sursauter, mais il me sembla qu'il lui apportait tout de même un certain réconfort.
« Ne t'inquiète pas, Alice, murmurai-je, ça va passer tu verras, cela ne peut pas durer toujours… Tu comprendras ce qu'il t'arrive et tu trouveras la solution.
_ J'espère, Bella…, répondit-elle tristement en se relevant, j'espère vraiment. »

Le matin du 6 septembre, Alice fut à la maison avant même que Renée et moi ayons eu le temps de finir notre petit-déjeuner. La veille, nous avions débarrassé le salon, poussant les quelques meubles contre les murs, et disposé un certain nombre de chaises de manière à former quelques rangées, où viendrait s'installer l'assistance. Il ne restait pas grand chose à faire si ce n'était d'attendre les livraisons du fleuriste et du traiteur. Nous devions nous habiller aussi mais la bénédiction n'avait lieu qu'en toute fin d'après-midi. Phil allait arriver en milieu de matinée. En tout, nous serions une quinzaine et cela me semblait très bien.
« J'ai demandé à Angela de me prêter une paire de chaussures, annonçai-je à Alice. Pour faire un peu traditionnel, j'ai besoin d'emprunter un accessoire à quelqu'un… et comme je n'en ai aucune qui fasse l'affaire pour l'occasion…
_ Mais j'en avais moi !, s'exclama-t-elle.
_ Je doute, Alice, d'être capable de tenir sur aucun de tes talons plus extravagants les uns que les autres !, l'assurai-je dans un sourire. Et, franchement, je m'en voudrais de m'étaler en rejoignant Edward… Angela m'a promis que les siens sont raisonnables. En plus, c'est une paire quasiment neuve… Elle lui est un peu trop petite, ce sera parfait pour moi.
_ Quelle couleur ?
_ Elle a parlé de quelque chose d'argenté, je crois… on ne les verra pas sous la robe, de toute façon. »
Alice haussa les épaules. Apparemment, le coloris lui convenait.
« Edward va passer te voir avant midi, ajouta-t-elle. J'ai essayé de le convaincre de ne pas le faire, mais je crois qu'il tient à t'apporter quelque chose.
_ Ah ? »
Effectivement, La Volvo grise d'Edward se gara devant la maison, vers midi moins le quart. J'étais dans ma chambre, à rassembler tout ce dont j'allais avoir besoin, à essayer de me rassembler moi-même surtout, car mon émotion allait en empirant au fur et à mesure que la journée passait. Heureusement, j'avais bien dormi, et je me sentais reposée. Pas de cauchemar. Je me demandais si mon état n'était pas pour quelque chose au calme de mes nuits. Sans doute mon corps comme mon esprit avaient besoin de repos… ou bien avaient-ils, tout simplement, trouvé le repos.
Au rez-de-chaussée, Alice, René, Rosalie et Esmé disposaient les fleurs et les couverts pour le buffet. Phil réorganisait les derniers meubles afin de rendre la pièce la plus accueillante possible. J'entendis l'escalier craquer. Edward faisait sans doute exprès d'annoncer son arrivée. Il frappa enfin, mais resta derrière la porte.
« Tu n'essayes pas ta robe, au moins ?, demanda-t-il. Alice en mourrait si je te voyais avant le moment opportun… »
La robe était posée sur le lit de la chambre de Charlie.
« Non, Edward, tu peux entrer. »
La porte s'ouvrit doucement, et je vis sa chevelure cuivrée et ses yeux de topaze apparaître dans l'entrebâillement.
« Tu ne me crois pas ?, pouffai-je.
_ Ce n'est pas ça, sourit-il, je voulais juste… garder cette image dans mon esprit. C'est la dernière fois que je te découvre… en Mademoiselle Swan. »
Il s'approcha de moi, m'enlaça.
« Nerveuse ?
_ Quand même…
_ Moi aussi. »
Je m'assis sur le bord du lit et le regardai. Il avait l'air ravi. Peut-être devais-je moi aussi laisser le bonheur se répandre en mon cœur, au moins pour la journée. Je sentais… je sentais qu'il ne demandait qu'à ce que je lâche la bride…
« Oh, Edward, soufflai-je… tu aurais préféré quelque chose de plus… grand, n'est-ce pas ? De plus somptueux… Tu ne seras pas trop déçu ? Les choses ne sont pas vraiment idéales…
_ La perfection n'existe pas, Bella, et l'idéal ne s'atteint jamais, répondit-il en secouant légèrement la tête. Cependant… mon vœu le plus cher se réalise aujourd'hui et je ne pouvais espérer rien de plus, rien de mieux. Toi, seule, m'importes. Mais, si tu en ressens l'envie… nous aurons l'occasion de nous remarier. De quantité de manières différentes…
_ Ah ? »
Il avait peut-être raison. Si jamais je partageais sa nature un jour, j'imaginai que nous nous remarierions dans un esprit plus... vampire.
« J'aimerais, reprit-il soudain, et sa voix se fit plus vibrante, que tu portes ceci aujourd'hui. Que tu la portes toujours, désormais. »
Il me tendit le petit boîtier que je reconnus immédiatement. Je pinçai les lèvres en un sourire ému, et acquiesçai d'un hochement de tête. Je tendis la main gauche. Edward ouvrit délicatement le boîtier, en sortit la bague qui avait appartenu à sa mère, la saisit respectueusement et la glissa à mon doigt. Je refermai ma main sur la sienne. Ce geste, cet instant, me semblèrent plus forts que ce qui aurait lieu plus tard dans la journée. Je me sentais déjà unie à lui, je l'avais toujours senti au fond de moi -dès la première fois que mon regard avait croisé le sien- mais à présent plus que jamais.

J'entendais piaffer les invités au rez-de-chaussée… La lumière, à travers les carreaux de ma fenêtre entrouverte, avait un peu décliné. Le moment approchait. Je finissais de me préparer, sous le regard attentif quoiqu'un peu las, d'Alice, quand René entra dans la chambre. Elle me considéra un moment et je vis les larmes lui monter aux yeux.
« Ne pleure pas maman, s'il te plaît, lui dis-je, tu dois m'aider à… garder le joli maquillage que m'a fait Alice le plus longtemps possible.
_ Oui ma chérie, répondit-elle avec un petit reniflement. Je voulais t'apporter ceci : ils étaient encore dans le placard de la chambre de ton père, exactement là où je les avais rangés, la dernière fois.
_ Qu'est-ce… ?
_ J'ai pensé qu'il aurait voulu… et puis il te faut bien quelque chose de bleu… avec la merveilleuse bague ancienne qu'Edward t'a apportée, tout à l'heure, tu as tout ce qu'il faut maintenant. Ce sont des peignes en argent. Je les ai portés pour mon mariage. Puis je les ai laissés… en partant. Ils appartenaient à ta grand-mère Swan. »
J'avais déjà vu ces peignes. Dans mon premier rêve, ils m'avaient été offerts par René et Charlie pour la même occasion… Tout était si différent pourtant ! Du bout des doigts, je caressai les petits strass bleus qui ornaient les motifs floraux entrelacés surmontant les dents. Malgré moi, je sentis soudain peser, sur mes épaules, le poids des générations qui m'avaient précédée, celui des traditions, des cérémonies, mariages, naissances, deuils… C'était un poids… et un soutien également. Longtemps j'avais voulu leur échapper, alors que ma place, ma vraie place, était parmi eux. J'entrais à leur suite, dans le cours de la vie, dans son flot perpétuel, ni plus, ni moins, malgré tout le caractère exceptionnel de mon existence.
Le moment était arrivé. René me précéda, Alice et Angela me suivirent.
Je m'avançais vers Edward qui se tenait devant M. Weber. Très légère, en arrière-plan, je distinguai une musique. Un air de Debussy, certainement. Une Arabesque. Edward avait sans doute choisi les morceaux qui nous accompagneraient dans ces instants. J'étais sûre de les apprécier tous, et sans doute m'attendriraient-ils les uns après les autres. Je croisai quelques regards et des sourires. Seth s'était fait beau et je le saluai d'un signe du menton. Près de lui, je ne vis ni Leah, ni Johnny, mais Billy, dont le visage, loin d'être celui, sévère et réprobateur, auquel je me serais attendue, exprimait plutôt une certaine bienveillance. Les Cullen étaient regroupés derrière Edward. Rosalie était époustouflante, dans un fourreau doré, Emmett, à ses côtés, avait l'air d'un animal sauvage qui serait, pour l'occasion, rentré dans un costume haute couture et dont le poil aurait été lustré et brossé dans une coupe sage. Il avait l'air très à l'aise cependant et m'adressa un clin d'œil.
Edward… Edward était, bien évidemment, superbe. Sa chemise blanche et son complet gris clair lui donnaient un air intemporel et romantique qui me remua profondément. Il leva lentement son regard sur moi et je fondis. Sa bouche s'élargit en un sourire tendre.
M. Weber procéda à la bénédiction. Quand il prononça les traditionnelles paroles « … jusqu'à ce que la mort vous sépare… », un frisson parcourut mon échine. Ce fut comme si un souffle invisible et froid était passé dans mon cou. Soudain, je vis Jane et son regard étincelant. La mort nous séparerait-elle plus vite que nous ne l'envisagions ? J'avais toujours cru, toujours espéré, qu'elle nous unirait à jamais, plutôt… Je fermai les yeux, pris une inspiration. Nous échangeâmes les anneaux.
M. Weber nous déclara mari et femme. Edward m'embrassa. Mon cœur battait au bord de mes lèvres. J'aurais voulu me blottir dans ses bras, et y rester, toujours.
Tour à tour, les invités nous félicitèrent chaleureusement et, quelque temps après, Carlisle proposa de sabrer le champagne. Puis, chacun s'égailla à sa guise, sur la terrasse ou la pelouse, certains attaquant déjà le buffet qui semblait délicieux.
Je m'approchai du jeune garçon à la peau brune qui alignait consciencieusement quelques petits fours (une bonne dizaine !) dans une assiette.
« Seth… j'espère que tu trouves ton bonheur.
_Je crois, oui !, s'exclama-t-il. Je promets de tout goûter… et peut-être de tout finir, d'ailleurs. »
Je souris en réponse à sa constante bonne humeur et à son énergie vitale débordante.
« Leah va bien ?
_ Ah, oui… ne lui en veux pas… »
Il avait l'air un peu chagriné à présent.
« Elle a vraiment hésité, tu sais, elle t'est réellement reconnaissante… tu lui as sauvé la vie, elle ne l'oubliera jamais. Mais… il y avait trop de vampires ici pour elle, ajouta-t-il en baissant la voix.
_ Pas de souci, Seth, je comprends. Je voulais…, j'hésitai mais puisque l'occasion se présentait…, je voulais te demander : est-ce qu'il t'arrive de te… promener à l'extérieur de votre territoire quand tu … te transformes ? »
J'avais également baissé la voix.
« Rarement, mais ça arrive, pourquoi ? »
Il engloutissait un énième petit-four, mais il était très attentif à notre conversation.
« Connais-tu, quelque part dans la forêt, à l'opposé exactement de votre territoire, une petite clairière où se trouverait une vieille cabane en pierre, éboulée ?…
_ Non, répondit-il, ça ne me dit rien… mais je peux chercher.
_ Si ça ne te dérange pas, fais-le s'il te plaît. Il me semble… que c'est important.
_ Compris. Pas de problème », conclut-il simplement en gobant un canapé au saumon.

La soirée fut très agréable. Toutes les personnes présentes se montraient charmantes et conversaient entre elles avec entrain. Le champagne fut bu. Je ne m'en autorisai qu'une gorgée, pour le principe et le plaisir. Vers le milieu de la nuit, ils se retirèrent peu à peu.
Finalement, René se rapprocha de moi. Elle était fatiguée mais visiblement heureuse.
« Bella, ma belle, dit-elle, Phil et moi allons… Esmé et Carlisle nous ont proposé de passer la nuit dans leur villa. Il ont plusieurs chambres d'amis… Je crois que c'est une bonne idée. Nous allons prendre nos affaires et nous les suivrons. Phil… a l'air de bien s'entendre avec l'ami de Rose, je suis contente. Nous repasserons ici en début d'après-midi, pour vous embrasser avant d'attraper notre avion. »
Je voulus lui dire qu'il n'était pas nécessaire d'imposer leur présence aux Cullen mais, après tout, il en était peut-être mieux ainsi. J'allais quitter la maison dans quelques heures et je préférais que René n'ait pas à se poser de questions si elle s'en apercevait.
« Je suis vraiment très heureuse pour toi, ma chérie, ajouta-t-elle en déposant un baiser sur mon front. Les Cullen sont une famille formidable, je suis ravie qu'elle soit aussi la tienne maintenant. Ils sont tous… extraordinaires. »
René avait raison, et elle ne savait pas à quel point elle avait raison.
Quand je refermai la porte, après être restée un moment sur le perron, à les saluer de la main alors qu'ils disparaissaient dans la nuit, je me retrouvai seule avec Edward. Il s'était assis sur l'accoudoir du canapé, et me regardait en silence.
« Et maintenant…, dit-il. »
Je ne déchiffrais pas son expression. Il s'avança vers moi.
Je dus être surprise car l'étole rouge, prêtée par Rosalie, que j'avais mise sur mes épaules pour me protéger de la fraîcheur nocturne glissa et tomba, en s'enroulant à mes pieds. Je considérai l'image : l'étole au sol semblait une flaque, dans laquelle le bas de ma robe serait venu tremper. J'en fus saisie.
En arrivant à ma hauteur, Edward s'immobilisa et m'observa de pieds en cap.
« Tu es magnifique !, souffla-t-il. »
Ce genre de réflexion m'étonnait toujours dans sa bouche. Comment un être aussi beau, aussi attirant, pouvait-il trouver l'humaine imparfaite que j'étais magnifique ?
Il semblait me contempler. Il s'approcha encore. Je ne bougeais pas, j'arrivais à peine à respirer.
« Tu es ma femme, maintenant, mon épouse… »
Ses mains glacées se posèrent sur mes bras nus. Une tension se forma dans mon ventre. Je ressentis, à nouveau, cette étrange sensation que tout le sang qui m'habitait se mouvait dans mon corps, comme attiré par le vampire qui se collait à présent contre moi.
« Oui, murmurai-je, et tu es mon époux, Edward. »
Il se pencha sur moi. Ses lèvres douces et froides se posèrent sur mon cou. Je frissonnai. Le contact d'Edward était irrésistible.
Ses bras se refermèrent autour de mon corps. Ma tête tournait de plus en plus. La fatigue et l'émotion menaçaient de me submerger. Il pouvait…, en cet instant… J'étais à lui. Il aurait pu … s'il l'avait décidé. Il lui suffisait de le vouloir vraiment.
« Me ferais-tu le plaisir…, Mme Cullen, de danser un peu avec moi, maintenant qu'aucun témoin ne se trouve plus dans les parages ?, demanda-t-il doucement en se redressant.
_ Edward… »
Je ne pouvais plus protester. Après tout, cela devait être possible.
« Sans mes chaussures, alors…, proposai-je.
_ Garde la robe, quand même… elle te va à ravir », chuchota-t-il à mon oreille, comme si on pouvait nous entendre. La réflexion, inattendue, eut pour effet de me faire rougir immédiatement.
Il mit une valse de Chopin et m'entraîna, très lentement d'abord.
Progressivement, je me laissai faire, je me laissai aller.
Nous tournions. Edward me guidait.
Mon esprit s'envolait, loin, par-delà le plafond, le toit, vers les étoiles de la nuit. Mon cœur battait régulièrement, la chaleur inondait mon corps, je souris, je ris.
Le bonheur arriva sans prévenir. Il était là.
Finalement.