Chapitre 3 : La compétition de sport
Pour être plus crédible dans son rôle de prince, Maiko alla se faire couper les cheveux, chez un coiffeur que Tomoyo lui avait conseillé. C'était le coiffeur chez qui allait également Sakura.
Le coiffeur lui fit une coupe courte qui encadrait harmonieusement son visage. Lorsqu'il eut terminé, elle montra le résultat à Fuyuki, Tomoyo et Sakura, qui se répandirent en compliments. Tomoyo voulut même la prendre en photo et elle accepta. Elle la photographia d'abord seule, puis avec Fuyuki et Sakura.
- Dites moi, nous sommes les seuls princes, ou il y en a d'autres ?
- Non, il y a aussi Tenma-chan et moi ! Dit une jolie jeune fille qui venait de les rejoindre, suivie de son amie. Maiko comprit tout de suite pourquoi elle avait été choisie, avec son air fier, ses grands yeux dorés en amande et ses cheveux blonds noués en queue de cheval. Quant à la fille qui l'accompagnait, elle faisait environ un mètre cinquante cinq, avait de grands yeux gris bleus et de courts cheveux noirs qui lui donnaient des allures de prince Saphir.
- Salut ! C'est toi la nouvelle ? Bienvenue ! dit cette dernière à Maiko avec enthousiasme.
Moi, c'est Tenma Tsukamoto et voici Eri Sawachika ! Méfie toi, c'est un vrai tyran et elle m'a forcée à jouer les princes avec elle…aïe ! Mais à part ça, elle est très sympa ! Ajouta-t-elle en se frottant la tête là où Eri venait de la frapper.
- Tss…Idiote ! répondit celle-ci, dédaigneuse. Il aurait été cruel de me laisser m'en sortir seule face à toutes ces filles et tu as à présent tellement de succès auprès d'elles qu'il aurait été dommage de ne pas le faire ! D'ailleurs, heureusement que tu as laissé tomber les couettes, cela n'aurait pas été crédible !
- Les couettes ? Répéta Maiko. Tenma lui adressa un sourire et sortit une photo d'elle.
- Ca, c'était moi avec les cheveux longs, lui dit-elle.
Sur la photo, elle avait de longs cheveux et deux couettes de part et d'autre de son visage qui ressemblaient à des antennes.
- Tu as vu ? Dit Eri. Elle ressemblait encore plus à une gamine que maintenant !
- Eri, tu es méchante de me traiter de gamine ! Geignit Tenma.
- Désolée, mais c'est la vérité ! Rétorqua Eri.
Maiko ne put réprimer un sourire. Cette petite Tenma lui était décidément très sympathique. Elle lui rappelait un peu son frère.
- Kyaaaah ! Une scène de ménage entre le prince Soleil et le prince Saphir ! S'extasièrent quelques filles qui passaient par là.
- Bon, et si on sortait quelque part pour manger ? Proposa Eri. Tenma pourrait en profiter pour se réapprovisionner en pockys…
-Youpi ! s'exclama Tenma. Des pockys, des pockys, des pockys à la fraise !
C'était fou ce que cette fille ressemblait à Shûichi.
XXX
Shûichi attendait devant le lycée. Il avait donné rendez vous à Maiko. Celle-ci ne devrait plus tarder. En attendant, il s'assit contre le portail, sortit une feuille, un crayon et commença à écrire une chanson. Quelqu'un lui arracha sa feuille. Passablement énervé, il releva la tête. C'était Eiri Yuki.
- C'est une manie ! Grommela-t-il.
Le jeune homme lui adressa un sourire narquois.
- Tu écris encore des paroles merdiques ?
- Elles ne sont pas merdiques ! Rétorqua Shûichi, qui sentait la moutarde lui monter au nez.
- Tu sais, je pourrais t'aider à écrire, lui proposa Eiri.
- Je te demande pardon ? dit Shûichi, ébahi.
- J'ai dit que je pourrais t'aider. Tu es sourd ou quoi ?
- Je ne suis pas sourd ! Riposta Shûichi. Je suis surpris, c'est tout ! Tu es sérieux ?
- Est-ce que j'ai l'air de plaisanter ?
Shûichi resta un instant silencieux. Il ferma les yeux. Le regard doré d'Eiri l'empêchait de réfléchir correctement. Lorsqu'il les rouvrit, Eiri le regardait fixement.
- Non merci, je n'ai pas besoin de ton aide, finit-il par dire. Pourquoi tu me proposes cela, de toute façon ?
- Parce que je suis merveilleux ! Se vanta Eiri avec un sourire orgueilleux.
- Ce n'est pas la modestie qui t'étouffe ! Lança Shûichi.
- C'est l'hôpital qui se moque de la charité ! Rétorqua Eiri.
Deux lycéens en uniforme vinrent à leur rencontre. À y regarder de plus près, Shûichi réalisa que l'un d'entre eux était sa sœur. Elle avait les cheveux courts.
- Salut frérot ! dit-elle. Je ne t'ai pas trop fait attendre ?
- Maiko ? Tu t'es fait couper les cheveux ? Et qu'est ce que tu fais dans cette tenue ?
- J'ai décidé de passer inaperçue, comme on est dans un lycée pour garçons ! Je te présente Tenma Tsukamoto, dit-elle en désignant d'un signe de tête la petite brune qui était avec elle. Et toi, tu me présentes ton ami ? Dit-elle en observant Eiri d'un air appréciateur.
- Il s'appelle Eiri Yuki mais ce n'est pas mon ami, répondit Shûichi. L'espace d'un tiers de seconde, Shûichi crut déceler une lueur de tristesse dans les yeux d'Eiri. Probablement un effet de son imagination.
- En effet, je ne suis pas ami avec ce chewing gum bruyant et ambulant, rétorqua le surveillant. Mais je veux bien devenir ami avec vous, dit-il d'un air séducteur aux deux filles.
- Avec plaisir ! Dit Maiko, sous le charme. Tenma, en revanche, ne semblait pas particulièrement séduite. Shûichi allait sûrement bien s'entendre avec elle.
- Dis moi, tu ne serais pas de la famille d'Eri Sawachika ? Demanda cette dernière. Tu lui ressembles beaucoup et elle m'a dit que son cousin était surveillant dans ce lycée !
- Oui, c'est bien moi ! Répondit Eiri avec un sourire séduisant. Shûichi sentit le sang lui monter au nez. C'était la première fois qu'il le voyait sourire ainsi. Cela le rendait dix fois plus séduisant. Shûichi se ressaisit. Pourquoi était-il aussi sensible au charme d'un mec ? Ce lycée avec ses mœurs étranges était en train de déteindre sur lui. C'était effrayant. Il devrait faire attention.
- Bon, tu viens, Maiko ?s'impatienta Shûichi, agacé de la voir dévorer Eiri du regard. Nous sommes convoqués dans le bureau du directeur.
- D'accord, dit-elle à contrecoeur. Yuki-san, c'était un plaisir de faire ta connaissance.
- Moi de même ! Répondit Eiri. Tenma-chan, tu restes un peu avec moi, pour me tenir compagnie ?
- Bien sûr ! Répondit Tenma comme si de rien n'était. On parlera d'Eri !
Maiko les regarda avec envie et Shûichi la tira par le bras, impatient.
Ils se rendirent au bureau du directeur. Celui-ci les accueillit avec un sourire chaleureux. Suguru était également présent.
- Bonjour, leur dit-il aimablement. Vous vous êtes bien intégrés dans votre lycée, tous les deux ?
- Très bien, merci ! Répondirent Shûichi et Maiko d'une même voix.
- J'ai appris également que vous étiez devenus prince et princesse. Je vous félicite.
- Ah bon, cela existe aussi dans le lycée pour filles ? S'étonna Shûichi. Maiko aussi semblait surprise.
Seguchi eut un petit rire.
- Oui, cette tradition existe dans les deux lycées. D'ailleurs, j'ai moi-même été une princesse.
Shûichi resta bouche bée. Il avait du mal à imaginer son idole en princesse.
- Si je vous ai convoqués, en compagnie de Suguru, c'est pour vous présenter votre nouveau claviériste.
- Quoi ? S'étrangla Shûichi. Et moi, alors ?
- Je suis désolé, Shindô. Je ne suis pas satisfait de vos prouesses au synthétiseur. Je souhaite que vous vous consacriez au chant.
Shûichi ouvrit la bouche pour protester mais Maiko le ligota et le bâillonna à l'aide de ruban adhésif.
Seguchi eut l'air embêté.
- Heu…vous êtes sûre que c'est une bonne idée ? Demanda-t-il à Maiko.
- Croyez moi, il est redoutable quand il est contrarié, assura-t-elle. Je le détacherai quand il se sera calmé.
- Bon, si vous le dites. Ce sera tout, je n'avais rien d'autre à vous annoncer, dit Seguchi.
Maiko traîna son frère dehors et l'abandonna dans le couloir. Intérieurement, Shûichi bouillonnait mais il était impuissant. Il devait attendre que quelqu'un vienne le libérer. En attendant, il commençait à avoir des crampes.
Au bout d'une dizaine de minutes, il entendit des pas. Mais son soulagement fut de courte durée lorsqu'il reconnut Eiri. Ce dernier le regarda d'un air surpris, puis il se pencha vers lui avec un sourire malveillant.
- Je ne sais pas ce qui t'est arrivé, mais tu es dans le pétrin, n'est ce pas ? Lui dit-il.
Shûichi hocha furieusement la tête.
- Je vais te sortir de là mais à une condition.
Shûichi leva les yeux au ciel. Il l'aurait parié.
- D'après ce qu'on m'a dit, en tant que princesse, tu as de nombreux privilèges ! Tu économises pas mal d'argent. Tu vas donc devenir mon petit assistant personnel. Cela veut dire que lorsque je claquerai des doigts, tu iras m'acheter des cigarettes ou des short cakes. Tu es d'accord ?
Shûichi répondit par un grognement.
- Je n'ai pas bien compris, susurra Eiri à son oreille.
Shûichi hocha la tête, furieux. Il n'avait pas le choix.
Eiri eut un nouveau sourire.
- Parfait, dit-il et il entreprit de le détacher.
- Tu es vraiment un connard ! Explosa Shûichi lorsqu'il l'eut entièrement détaché et enlevé le scotch qui le bâillonnait. Il partit en courant, à la recherche de Maiko. Elle allait l'entendre.
XXX
Tenma parla un peu d'Eri avec Eiri Yuki, puis celui-ci prit congé d'elle, à regret. Son travail de surveillant l'attendait. Il était vraiment très gentil avec elle. Elle se demanda pourquoi le frère de Maiko semblait autant le détester. Cela dit, ce n'était pas son problème. Elle grignota un pocky à la fraise et alla se promener dans la cour du lycée. Il faisait agréablement frais et la cour était pratiquement déserte. Elle resta un instant prendre l'air et rentra. En attendant de retrouver Maiko, elle se rendit à la bibliothèque.
Là, elle vit un garçon qui dessinait. Curieuse, elle s'en approcha. Le garçon leva la tête vers elle. Il avait une frange noire qui effleurait ses yeux gris foncés au regard mystérieux. Tenma sentit son cœur battre à tout rompre. Elle connaissait ce regard.
- Ka…Karasuma-kun ! s'exclama-t-elle, surprise.
- Bonjour, Tsukamoto-san, répondit le jeune homme d'une voix douce. Tu as changé. L'uniforme masculin te va bien.
- M…merci ! Bégaya-t-elle. Qu'est ce que tu fais ici ?
- J'étudie dans ce lycée, répondit-il. Et toi, pourquoi viens tu nous honorer de ta présence ?
- J'ai une amie qui est venue rendre visite à son frère, expliqua-t-elle. Qu'est ce que tu dessines ?
- Un manga, répondit-il.
- C'est super ! De quoi ça parle ?
- C'est une histoire d'amour. Cela parle d'un garçon extraterrestre qui communique avec les kappas et qui tombe amoureux d'une lycéenne. Il reste un an avec elle mais il doit repartir sur sa planète. Alors il efface sa mémoire pour qu'elle l'oublie et ne soit pas malheureuse, raconta Karasuma.
- C'est triste, commenta Tenma. Honnêtement, je préfère les happy ends.
- Je vois, dit Karasuma. Ton avis compte beaucoup pour moi. Tu voudrais bien m'aider à réécrire la fin ?
- Heu…mais je suis nulle ! Se plaignit Tenma.
Karasuma esquissa un léger sourire. C'était extrêmement rare qu'il sourie.
- Je suis sûr que non. Ton aide me serait très précieuse.
- D'accord, répondit Tenma. Elle ne pouvait rien lui refuser.
- Alors viens t'asseoir près de moi.
Tenma ne se le fit pas dire deux fois. Elle était aux anges.
- Alors, quelles sont tes idées, pour la fin ? Dis les moi, Tsukamoto-san.
- Heu…hé bien…il revient sur terre et elle l'a oublié. Mais lors d'un accident, elle reçoit un choc et tout lui revient à l'esprit. Ils peuvent donc être ensemble.
Pendant un moment, Karasuma resta songeur.
- Ce n'est pas mal, finit-il par dire. Pas mal du tout. Merci, Tsukamoto-san.
- De rien ! Dit Tenma, ravie.
- Peux-tu m'aider à colorier les personnages et les décors, s'il te plait ? Demanda-t-il.
- Heu…oui, bien sûr ! Dit Tenma. Karasuma fit glisser vers elle un flacon d'encre et une plume. Soigneusement, Tenma entreprit de noircir les cases.
Ils travaillèrent ainsi près d'une heure.
- Tu te débrouilles très bien, Tsukamoto-san, la complimenta Karasuma. Accepterais tu de devenir mon assistante ?
- Tu es sérieux ? Lui demanda Tenma, sous le choc.
Karasuma hocha affirmativement la tête.
- Bien sûr ! Répondit-elle avec enthousiasme. Cela lui permettrait de passer beaucoup plus de temps avec l'élu de son cœur. Elle ne pouvait espérer mieux.
XXX
Maiko se promena un peu avec Suguru Fujisaki et fit connaissance avec lui. Il était plutôt gentil mais très sérieux. Tout le contraire de son frère.
- Tu fais drôlement jeune, pour ton âge, lui fit-elle remarquer.
- J'ai quatorze ans, précisa-t-il. En fait, j'ai sauté deux classes.
- Je vois, fit Maiko, impressionnée. Tu dois être drôlement brillant !
- Pas tant que ça, répondit Suguru, modeste.
- Et Shûichi m'a dit que tu étais le cousin de Tôma Seguchi ?
- C'est exact.
- Ce n'est pas difficile à vivre ? S'enquit-elle.
Suguru secoua la tête en signe de dénégation.
- Non, pas du tout. C'est même très agréable, d'avoir un cousin aussi talentueux.
- C'est vrai que tu as de la chance, dans un sens, reconnut Maiko. Shûichi tuerait pour être à ta place !
- J'imagine. Bon, je vais aller à la bibliothèque. Tu viens avec moi ?
- Non, merci, refusa poliment Maiko. Je vais me promener un peu dans le lycée et chercher mon amie Tenma.
- Comme tu veux, dit Suguru. À bientôt !
- À bientôt ! répondit-elle et elle s'éloigna.
En errant dans les couloirs, elle entendit une voix chanter. Elle s'approcha de cette voix, intriguée. Elle venait d'une salle de classe, dont la porte était entrouverte. Elle poussa la porte et entra.
À sa grande surprise, elle reconnut Ryûichi Sakuma. En chair et en os. Celui-ci s'aperçut de sa présence.
- Youpi ! Kumagoro, nous avons de la visite ! Dit-il à l'adresse du lapin en peluche rose qu'il tenait dans les bras.
- Heu…bonjour, dit timidement Maiko. Excusez moi de vous déranger, je vous ai entendu chanter et j'étais curieuse.
- Je t'en prie ! Dit aimablement Ryûichi. Je me présente : Ryûichi Sakuma, professeur de chant. Et toi, qui es tu ?
- Mai…euh… Seichirô Shindô, dit-elle, reprenant le nom de son père.
- Enchanté, Seichirô ! Tu sais que tu ressembles drôlement à une fille ? Tu pourrais être une princesse, tu sais ?
- Ah oui ? Dit Maiko, gênée.
- Mais oui ! D'ailleurs, j'ai moi-même été une princesse, tu sais ?
- Ah bon ! Fit Maiko. Au fond, ce n'était pas très surprenant. Il était tellement mignon.
Shûichi serait choqué en l'apprenant. Maiko tressaillit. Penser à son frère lui fit prendre conscience qu'elle avait intérêt à quitter le lycée avant qu'il réussisse à se libérer.
- Bon, je ne vais pas vous embêter plus longtemps, dit-elle. Je dois y aller.
- D'accord ! Kumagoro, dis au revoir à Seichirô !
Lorsque Maiko sortit de la salle, quelqu'un l'empoigna et la plaqua contre le mur. C'était un garçon qui ressemblait à s'y méprendre à Eiri, excepté ses cheveux et ses yeux noirs.
- Qu'est ce que tu faisais avec mon Ryûichi ? L'interrogea-t-il, menaçant.
Maiko avait peur mais elle n'allait pas se laisser faire par ce type.
- Cela ne te regarde pas ! Lâche moi ! Rétorqua-t-elle en essayant de se dégager mais il la maintenait solidement.
- Tu croyais que tu pouvais profiter de la naïveté de Sakuma-sama pour lui soutirer quelque chose ? De l'argent ?
- Mais non ! Protesta Maiko. Je passais par là et je l'ai entendu chanter alors je suis entrée, c'est tout !
Le garçon la relâcha.
- Ah, d'accord. Excuse moi, je suis un peu nerveux quand il s'agit de Ryûichi. En plus d'être son lycéen, je suis en quelque sorte son garde du corps personnel, expliqua-t-il.
- C'est bien de prendre son boulot au sérieux mais ce n'est pas une raison pour agresser les gens ! Le sermonna-t-elle.
- Je suis désolé. Je m'appelle Tatsuha et toi ?
Maiko s'apprêtait à répondre, lorsqu'elle vit une tornade rose débouler vers elle.
- Il faut que je file, dit-elle. Salut !
Sur ces mots, elle prit ses jambes à son cou pour échapper à son frère.
XXX
Eiri s'installa dans les gradins et s'alluma une cigarette. Aujourd'hui avait lieu une compétition de sport entre les lycées, au stade municipal. Les activités sportives étaient les suivantes : course à pied, saut en hauteur, athlétisme et pour finir match de foot. Shaolan, qui était à un niveau de sport bien plus élevé que les autres, avait remporté les trois premières épreuves haut la main. Des chorégraphies d'encouragement avaient eu lieu entre chaque activité. À présent, le match de foot allait commencer. Une main se posa sur son épaule. Eiri releva la tête. C'était Tatsuha.
- Salut grand frère, dit-il en lui piquant sa cigarette. Tu vas te bousiller la santé, tu sais ?
- Tu es mal placé pour me faire cette remarque, rétorqua Eiri.
Tatsuha tira une taffe.
- C'est sympa, ces rencontres inter-lycée. Il y a pas mal de filles.
-Mouais, je n'ai pas vu de fille qui me plaisait, répondit Eiri.
- Vraiment ? Dit Tatsuha. Tu ne serais pas devenu un peu difficile ?
Eiri ne répondit pas. Depuis qu'il avait vu Shûichi habillé en fille, il avait du mal à trouver des filles qui lui plaisaient. Qu'est ce que cela signifiait ? Qu'il était en train de tomber amoureux de Shûichi ? Impossible. Il n'aimait pas les garçons.
- Salut ! Fit une voix familière derrière eux. Eiri tourna la tête. C'était Maiko. Cette fois ci, elle ne portait pas d'uniforme. Elle portait une courte robe rose, avait retenu ses mèches de devant avec une barrette et était légèrement maquillée. Elle était très sexy.
Tatsuha manqua de s'étouffer.
- Tu es une fille ?
Maiko haussa les sourcils.
- Bien sûr que oui ! Répondit-elle.
- Mais la dernière fois que je t'ai vue, tu portais un uniforme masculin.
- Ah oui ! C'était pour passer inaperçue, comme il s'agissait d'un lycée pour garçons.
- Tu sais, dit Eiri, même si tu es un garçon, tu peux te faire draguer. Tu es venue voir ton frère ?
Maiko acquiesça. À ce moment là, les trois princesses firent leur apparition sur scène. Elles étaient habillées en pom pom girls, avec un sweat portant l'initiale F pour Fujimori, des courtes jupes plissées et des loose socks. Elles se mirent à danser sur Love and Joy de Yuki Kimura.
Eiri observa Shûichi. Il se déhanchait de manière très sexy. En le voyant danser ainsi, il regretta que ce ne soit pas une fille.
Lorsqu'elles eurent terminé leur chorégraphie, les princesses furent acclamées par la foule. Elles saluèrent et vinrent à la rencontre d'Eiri, Tatsuha et Maiko.
- Vous avez été super ! S'enthousiasma cette dernière.
- Merci, dit Shûichi, essoufflé mais ravi.
- Vous étiez très sexy, dit Tatsuha avec un sourire lubrique. Shaolan lui décocha un regard hostile.
Shûichi croisa le regard d'Eiri. Celui-ci lui adressa un sourire narquois.
- Très sexy, en effet, dit-il.
- Fous toi de moi !lança Shûichi.
- Moi ? Non, je suis sérieux, dit-il en se départant de son sourire. Il fixa Shûichi intensément. Celui-ci rougit et détourna le regard. Eiri s'amusait beaucoup, intérieurement. Il adorait lui faire perdre ses moyens.
-Maiko, cela te dirait d'aller faire un tour ?proposa Tatsuha. Eiri regarda son frère. Il avait manifestement le béguin pour la sœur de Shûichi.
-Oui, bien sûr ! Répondit celle-ci. Elle semblait également sensible à son charme. Ils s'éloignèrent tous les deux.
- Shûichi, nous, on va se changer, dit Suguru. Tu viens avec nous ?
- Non, je vais regarder le match, répondit-il. Suguru et Shaolan s'éloignèrent. Eiri et Shûichi se retrouvèrent seuls. Shûichi s'apprêtait à partir, pour se trouver une place plus loin, quand Eiri le retint par le bras.
- Attends, dit-il.
- Qu'est ce que tu me veux ? Lui demanda Shûichi, méfiant.
Embarrassé, Eiri chercha ses mots.
-Tu sais…nous deux, on est partis du mauvais pied…mais cela pourrait peut-être s'arranger, non ?
Shûichi haussa les sourcils.
- Tu es sérieux ?
- Est-ce que j'ai l'air de déconner ? Grommela Eiri.
- J'ai du mal à y croire, rétorqua Shûichi, septique.
- Pourtant, je suis sérieux. On a un ami en commun, Hiro, alors on pourrait lui faciliter la vie en arrêtant de se disputer constamment, non ?
-C'est toi qui n'arrêtes pas de me chercher ! Rétorqua Shûichi.
- Hé bien je m'excuse, voilà, tu es content ? Dit Eiri. Shûichi ne pouvait pas imaginer combien ces excuses lui coûtaient.
Shûichi le regardait avec de grands yeux étonnés. La surprise lui allait bien.
- Tu veux…qu'on soit amis ? Demanda-t-il lentement.
- Je n'irai peut-être pas jusque là, dit Eiri, au comble de la gêne mais…on pourrait commencer par bien s'entendre ?
Ce qui revenait un peu au même. Eiri s'embourbait. Il se voyait mal lui avouer qu'il avait besoin de lui comme muse pour ses écrits.
Pendant l'espace d'un instant, Eiri crut que Shûichi allait accepter.
- Hé bien…hésita-t-il. Hé, attends une seconde ! Cela veut dire que je ne suis plus obligé de te payer tes clopes et tes shortcakes ?
Eiri eut un sourire mauvais.
- Bien sûr que si, rétorqua-t-il. Nous avons conclu un marché.
- Alors non, répliqua Shûichi d'un air furieux. Si tu veux qu'on soit amis, tu peux toujours te brosser.
Sur ces mots, il s'éloigna. Cette fois ci, Eiri ne tenta pas de le retenir. Cela aurait été inutile. Il soupira. Pourquoi fallait-il qu'il se comporte toujours ainsi avec ce garçon ? C'était plus fort que lui. Eiri avait un sale caractère, il en était conscient. Il s'en accommodait plutôt bien, en général. Mais ce garçon, Shûichi, lui donnait parfois envie de changer. De s'améliorer. C'était étrange.
Une main se posa sur son épaule, le tirant de sa rêverie. Eiri tourna la tête. C'était Tôma, qui le regardait en souriant.
- Alors, tu t'entends bien avec le petit Shindô ? Gloussa-t-il.
- Pas vraiment, non, rétorqua amèrement Eiri.
- Ah bon ? Cela a l'air de t'attrister, fit remarquer Tôma.
- Alors là, pas du tout, répliqua Eiri, piqué au vif. Je m'en contrefous pas mal !
Tôma haussa les sourcils.
- Ne t'énerve pas, mon petit Eiri ! Je me fais du souci pour toi, tu sais ?
- C'est inutile, je me porte très bien, dit Eiri en écrasant sa cigarette.
- Vraiment ? Fit Tôma, inquiet. J'ai l'impression que tu ne t'es pas fait beaucoup d'amis. Excepté ce Nakano. Un garçon très bien, soit dit en passant.
- Il y a Shaolan, aussi, précisa Eiri.
- Oui, c'est également un garçon bien. Mais à part ces deux là et ton frère ?
Eiri ne répondit pas.
Tu sais, je pense que tu devrais devenir ami avec le petit Shindô. Penses y, dit-il. Sur ces mots, il ébouriffa affectueusement les cheveux d' Eiri et s'en alla.
