Chapitre 7 : L'enlèvement
Shûichi et Eiri étaient installés dans la chambre du blond. Shûichi lisait Pretties, le deuxième tome de la saga Uglies. Eiri, quant à lui, fumait une cigarette en écrivant. Il avait fait venir Shûichi car il se sentait plus inspiré en sa présence. Shûichi avait été très flatté de l'apprendre.
Bien qu'il ne soit pas très bavard, Shûichi se sentait étrangement bien en compagnie d'Eiri. Il se sentait à l'aise et en sécurité. Curieusement, lorsqu'il ne le voyait pas au lycée, il le cherchait du regard. Il sentait qu'il avait de plus en plus besoin de sa présence. C'était bizarre. Si Eiri avait été une fille, Shûichi aurait pensé qu'il était amoureux. Mais Eiri n'était pas une fille, aussi beau fut-il. Car il était très beau. Shûichi trouvait qu'il était de plus en plus beau, chaque jour. Il y avait une lueur mystérieuse dans ses beaux yeux dorés. Normalement, Shûichi aurait dû ressentir le même trouble, plus fortement, devant sa cousine, Eri, qu'il avait vue lors de la représentation théâtrale. Elle ressemblait beaucoup à Eiri, avec ses cheveux blonds et ses grands yeux dorés. Elle était très belle. Shûichi aurait dû être attiré par elle, plus que par Eiri. Mais ce n'était pas le cas. Non seulement il avait appris à apprécier le jeune homme mais il s'était attaché à lui, à sa façon d'allumer sa cigarette à la Humphrey Bogart, à sa manière de mettre ses lunettes quand il écrivait, au sourire moqueur qu'il esquissait lorsqu'il écrivait.
Shûichi commençait à comprendre que ce trouble et cette attirance étaient plus que de la simple amitié, plus que de l'admiration. Peut-être les mœurs de ce lycée étaient en train de déteindre sur lui. Quoi qu'il en soit, cette attirance n'était probablement pas réciproque.7A l'instar d'Hiro, Eiri était un coureur de jupons. Il ne ratait jamais une occasion de draguer les jolies filles. C'était sans doute pour cela qu'ils étaient devenus amis, tous les deux. Eiri ne s'intéresserait pas à un garçon, même une princesse.
Toutefois, il lui arrivait parfois de regarder Shûichi avec insistance. Avec une certaine frustration dans le regard. Shûichi ignorait d'où elle venait. De plus, il lui avait toujours accordé plus d'attention que nécessaire. Que ce soit au début, lorsqu'il se montrait hostile et s'en prenait à lui ou maintenant, à présent qu'ils étaient devenus amis. Il décelait parfois une lueur de tendresse dans son regard. C'était très agréable.
- J'ai fini mon chapitre, déclara Eiri, tirant Shûichi de sa rêverie.
- Déjà ? Tu es rapide ! Remarqua Shûichi, impressionné.
- Tu veux y jeter un coup d'œil ? Lui proposa Eiri.
- D'accord ! Accepta Shûichi et il referma son livre, non sans avoir marqué la page.
Il s'installa en face de l'ordinateur, à côté d'Eiri. Ce dernier dégageait une odeur agréable, citronnée. Shûichi parcourut l'écran. Il n'était pas très à l'aise pour lire des romans, alors sur un écran d'ordinateur, c'était encore plus difficile. Néanmoins, il allait faire un effort. Pour Eiri. Cela parlait d'amour, apparemment. Eiri lui avait expliqué que toutes les histoires qu'il publiait dans le Papillon Noir étaient des histoires d'amour. C'était un peu sa marque de fabrique. En tout cas, c'était très bien écrit. Tout d'un coup, Shûichi se sentit déprimé. Il avait le sentiment d'être complètement dénué de talent, comparé à Eiri. Il comprenait mieux la sévérité de ses critiques, à présent. Cependant, il n'allait pas se laisser abattre. Il allait progresser, grâce à l'aide d'Eiri.
- Alors, qu'en penses tu ? Demanda Eiri lorsqu'il eut terminé.
- C'est très bien écrit, le complimenta Shûichi.
-Merci. Et que penses tu des livres que je t'ai prêté ?
- Cette saga est passionnante. Merci beaucoup de me les avoir prêtés.
- De rien. Ecoute, j'ai une de ces envies de shortcakes à la fraise…tu pourrais aller m'en acheter ?
- Je croyais que je n'étais plus ton larbin ! S'exclama Shûichi, scandalisé.
- En effet. Je te le demande comme un service, à un ami.
C'était la première fois qu'il le qualifiait d'ami. Cependant, Shûichi n'était pas dupe.
- Et pourquoi n'y vas-tu pas toi-même ?
- J'ai la flemme, avoua Eiri. Et je dois me dépêcher de finir mon roman, je dois le rendre après demain à Mizuki.
- Qui est Mizuki ? Demanda Shûichi, curieux.
-Mon éditrice, bêta.
- Je croyais que tu passais par un journal pour publier ! Riposta Shûichi, piqué au vif .
- C'est le cas mais Mizuki est l'intermédiaire entre le journal et moi.
- Je vois, fit Shûichi.
- Allez, dépêche toi d'aller me chercher ces shortcakes !
- Hé ! Je n'ai pas encore accepté ! Tu ne m'as même pas dit s'il te plaît !
Eiri esquissa un sourire et retira ses lunettes. Il se pencha vers lui, plongeant son incroyable regard doré dans le sien.
- S'il te plaît, dit-il. Si tu acceptes, je t'invite au café Cat's eyes demain. Ils font des glaces délicieuses.
Voilà une offre que Shûichi ne pouvait pas refuser. Il adorait les glaces.
- D'accord. Donne moi ton portefeuille.
-Ok. Je vérifie qu'il y a assez d'argent dedans, dit Eiri en sortant son portefeuille. Il inspecta rapidement l'intérieur, puis le tendit à Shûichi.
- C'est bon. Allez, vas y vite, car il est tard, le supermarché va bientôt fermer. En plus, tu ressembles à une fille, donc tu risques de te faire embêter.
-Mais non ! Dit Shûichi, agacé. Je sais me défendre ! Allez, à tout à l'heure !
- À tout à l'heure ! répondit Eiri en remettant ses lunettes.
Shûichi enfila son manteau et quitta le dortoir. Il faisait déjà nuit. Shûichi allait devoir se dépêcher. Il se rendit au supermarché à pied et se rendit au rayon des sucreries. Son rayon préféré. L'odeur lui mettait l'eau à la bouche. Heureusement qu'il avait aussi pensé à prendre son portefeuille. Il prit une douzaine de shortcakes à la fraise pour Eiri et une douzaine d'éclairs au chocolat et au café pour lui. Heureusement, il pouvait s'empiffrer de sucreries sans prendre un gramme. Il paya et se rendit à l'arrêt de bus. Il n'avait pas envie de marcher. Il était fatigué. Hélas, les bus étaient en grève. Shûichi poussa un profond soupir. Il allait devoir marcher à pied. Avant cela, il allait faire une petite pause. Il s'installa sur le banc et mangea un éclair au café. Il était délicieux.
Ensuite, il se leva et prit le chemin du retour. Il sortit sa bombe lacrymogène, par prudence.
Soudain, quelqu'un l'attrapa par derrière, le désarma et plaqua un mouchoir sur sa bouche et son nez. Shûichi perdit connaissance.
Shûichi se réveilla avec un horrible mal de tête. Où était-il ? Quel jour on était ? Que lui était-il arrivé ? Peu à peu, les événements passés lui revinrent à l'esprit. Il faisait ses courses, quand quelqu'un l'avait enlevé. Il avait du mal à y croire. C'était encore difficile à réaliser. Il espérait que tout cela n'était qu'un cauchemar mais cela lui paraissait bien réel, hélas. Qui avait bien pu faire cela ? Et pourquoi ? Pour de l'argent ? Les parents de Shûichi n'étaient pas riches, ils n'auraient pas de quoi payer une rançon. À moins que le maître chanteur vise plutôt l'école et Tôma Seguchi. Mais comment savait-il qu'il était au lycée Fujimori ? Peut-être était ce un pervers, qui l'avait pris pour une fille. Sauf si ce pervers avait un penchant pour les jeunes garçons comme lui.
Shûichi se redressa sur le lit. Il était plutôt confortable. Il tenta de se lever mais son poignet était menotté à la barre du lit. Il regarda autour de lui. C'était une chambre qui lui semblait assez normale. Cependant, il ne voyait pas très bien. Les volets étaient fermés et elle était plongée dans l'obscurité. Il y avait un réveil près du lit. Il indiquait vingt et une heures passées.
Shûichi tenta de faire sortir sa main de la menotte. En vain. Il fallait qu'il sorte d'ici. Mais comment ? Il se rallongea et réfléchit. Qui pouvait bien lui en vouloir ? Tout le monde l'aimait beaucoup, au lycée Fujimori. Sauf les Ask. Cependant, ils n'iraient quand même pas jusqu'à faire une chose pareille. Du moins, Shûichi ne le pensait pas. Il réfléchit. Qui pourrait bien lui en vouloir, en dehors du lycée Fujimori ? Il ne connaissait personne dans la ville. Il n'avait pas non plus d'ennemis, dans son ancien lycée. Il avait beau réfléchir, il ne voyait que les Ask. Mais ils n'iraient pas jusque là. Ce n'était pas parce qu'on n'appréciait pas quelqu'un qu'on prenait de telles mesures.
Restait l'hypothèse du pervers. Shûichi se sentit mal. Qu'allait-il lui arriver ? Qu'est ce que son ravisseur allait-il faire de lui ? Il n'allait quand même pas le…Shûichi ne voulait même pas y penser. Qu'on puisse abuser de lui était intolérable. Il inspecta sa tenue. Heureusement, le ravisseur ne l'avait pas déshabillé. C'était peut-être bon signe. Shûichi voulait le croire. Il avait besoin d'être optimiste. Même si dans une situation pareille, c'était difficile.
Peut-être quelqu'un allait-il se rendre compte de sa disparition. Eiri. Mais oui. Il était avec lui, avant de sortir. Ce dernier l'attendait. Il s'inquiéterait sûrement. Il allait se demander pourquoi Shûichi ne revenait pas et avec un peu de chance, il préviendrait la police. La police se mettrait à sa recherche. Mais comment ferait-elle pour le retrouver ? Elle y arriverait. Shûichi avait besoin d'y croire.
En attendant, il se félicitait d'avoir pratiqué les arts martiaux. Il se défendait bien. Très bien, même. Toutefois, ce serait difficile de se défendre avec une main menottée. Il ferait comme il pourrait. Il n'avait pas le choix.
Shûichi se recroquevilla sur le lit. Il avait envie de pleurer. Il ravala ses larmes. Ce n'était pas le moment de craquer. De plus, son ravisseur pouvait entrer d'un moment à l'autre. Il ne voulait pas qu'il le voie en position de faiblesse. Même si en réalité, c'était le cas.
XXX
Eiri avait écrit deux autres chapitres et Shûichi n'était toujours pas là. Il commençait à s'inquiéter. Que pouvait-il bien fabriquer ? Eiri l'ignorait. Il avait une furieuse envie de shortcakes à la fraise. Cela faisait une heure qu'il patientait alors que le supermarché n'était qu'à dix minutes du lycée. Au début, il se sentit énervé contre Shûichi. Faisait-il exprès de se laisser désirer ? En avait-il profité pour faire ses courses pour la semaine ?
Peu à peu, il commença à s'inquiéter. Pour un garçon, Shûichi était frêle et il ressemblait à s'y méprendre à une fille. Surtout avec son manteau, qui masquait son absence de poitrine. Peut être s'était-il fait agresser. Ou pire. Eiri secoua la tête. Il ne voulait pas l'imaginer.
Il composa le numéro de Shûichi. C'était Hiro qui le lui avait donné. Le téléphone sonna pendant un long moment, puis il tomba sur sa messagerie. Il sourit en reconnaissant la musique de Nittle Grasper. Puis il se reprit. Ce n'était pas vraiment le moment de sourire. Shûichi avait disparu. Eiri éteignit son ordinateur, enfila son manteau et se rendit à la supérette. Comme d'habitude, sur le chemin, il croisa des filles qui lui jetaient des coups d'œil appréciateurs. Au bout d'une dizaine de minutes, il arriva à la supérette. Heureusement, elle n'était pas encore fermée. Il se rendit tout d'abord au rayon sucreries. Shûichi n'y était pas. Au passage, il en profita pour prendre trois shortcakes à la fraise. Il mourrait de faim. Il se rendit dans les autres rayons. Il ne vit pas le moindre signe de la petite tête rose. Il eut alors une idée.
Il se rendit à l'une des caisses. La caissière était jeune, ses cheveux étaient décolorés. Elle lui adressa un sourire aguicheur. Eiri poussa un léger soupir. Son physique avantageux lui permettait d'avoir toutes les filles qu'il voulait mais parfois, c'était lassant. Surtout quand les filles ne lui plaisaient pas spécialement.
- Bonsoir, jeune homme, roucoula-t-elle. Je peux faire quelque chose pour vous ?
-Oui, répondit Eiri. Auriez-vous vu un garçon aux cheveux roses, petit de taille ? Il ressemble beaucoup à une fille.
La caissière écarquilla les yeux d'étonnement. Elle sembla réfléchir un moment puis secoua la tête.
- Non, ou du moins, je ne m'en souviens pas. Désolée, finit-elle par dire.
- Je vois. Dans ce cas, pourriez-vous l'appeler ?
-Bien sûr ! Comment s'appelle-t-il ?
-Shûichi Shindô.
La caissière prit son haut parleur.
- Shûichi Shindô est demandé à la caisse deux. Shûichi Shindô est demandé à la caisse deux, répéta-t-elle.
Eiri attendit un moment mais Shûichi ne vint pas.
- Voulez vous que je réessaie ? Proposa la caissière.
- Je veux bien, merci, répondit Eiri.
-Shûichi Shindô est demandé à la caisse deux. Shûichi Shindô est demandé à la caisse deux.
Shûichi ne vint toujours pas. Eiri commençait à s'inquiéter sérieusement.
- Je suis désolée, nous allons bientôt devoir fermer, dit la caissière.
-Je comprends. Merci beaucoup, dit poliment Eiri. Il quitta le supermarché, très angoissé. Ce n'était pas normal. Shûichi avait disparu. Qui avait bien pu s'en prendre à lui ? Il ne ferait pas de mal à une mouche.
Eiri rentra au dortoir et se rendit à la chambre d'Hiro. Avec un peu de chance, Shûichi serait avec lui mais il n'y comptait pas trop. Si cela avait été le cas, il serait sans doute allé le voir d'abord. C'était logique.
Hiro lui ouvrit. Il était torse nu, ses cheveux étaient mouillés et il avait une serviette sur les épaules. De toute évidence, il venait de prendre une douche.
- Salut, Eiri. Si tu veux qu'on sorte draguer, ce n'est pas possible. Je dois réviser mon anglais, dit-il. Mais tu peux entrer. Il tourna le dos à Eiri et celui-ci vit qu'il avait un superbe dragon tatoué dans le bas du dos.
-Je ne suis pas venu ici pour cela, dit Eiri en pénétrant dans la pièce. Je suis venu voir si Shûichi était avec toi, ajouta-t-il en regardant autour de lui. Pas de trace du garçon à la tête rose.
- Comme tu peux le voir, il n'est pas là, dit Hiro. D'ailleurs, je croyais qu'il était avec toi.
-C'était vrai il y a un peu plus d'une heure. Je l'ai envoyé faire des courses mais il n'est pas revenu.
-Tu crois qu'il se serait perdu ? S'étonna Hiro.
-Cela m'étonnerait, le supermarché n'est qu'à dix minutes d'ici à pied et il suffit d'aller tout droit. Je sais bien que Shûichi n'est pas vraiment une lumière mais quand même…
-Ne parle pas de Shûichi comme ça ! Protesta sévèrement Hiro. Je sais qu'entre vous deux ce n'est pas toujours facile mais ce n'est pas une raison. Même s'il peut se montrer parfois immature, Shûichi est loin d'être bête, tu sais.
-Ok, excuse moi, soupira Eiri. En attendant, nous ne savons pas où il est. Cela m'inquiète. Comme il est petit et frêle, il s'est peut-être fait agresser…
-Shûichi sait bien se défendre, assura Hiro. Cela dit, tu as raison, c'est inquiétant. Tu crois qu'on devrait appeler la police ?
-Peut-être. Je vais d'abord prévenir Seguchi, décida Eiri.
-Il est rentré chez lui, à l'heure qu'il est, fit remarquer Hiro.
-J'ai son numéro de portable, dit Eiri. Je vais l'appeler. Toi, appelle Maiko. Enfin, si tu as son numéro.
-Oui, je l'ai, répondit Hiro en sortant son portable. Je l'appelle tout de suite.
Pendant ce temps, Eiri composa le numéro de son beau frère. Il décrocha presque aussitôt.
- Oui, mon petit Eiri ? Roucoula-t-il.
-Allô Tôma ? Je t'appelle parce que je suis inquiet. Shûichi Shindô a disparu. Il est allé faire les courses et il n'est pas revenu.
- Vraiment ? Le pauvre garçon. As-tu prévenu la police ?
-Pas encore. J'attendais de t'appeler pour le faire.
- Tu as bien fait. Bon, ne bouge surtout pas, j'arrive tout de suite.
Peu de temps après, Tôma était dans la chambre d'Hiro, en compagnie de K et de Maiko.
Hiro avait enfilé une chemise bleue qui mettait ses yeux en valeur.
-Qu'est-il arrivé à mon frère ? S'affola Maiko, au bord des larmes.
-Ne vous inquiétez pas, mademoiselle Shindô, dit Tôma en posant une main réconfortante sur son épaule. On va le retrouver.
Cela ne suffit pas à calmer Maiko.
-C'est mon seul frère ! Je tiens énormément à lui, poursuivit-elle.
- Je vous jure qu'on va le retrouver, promit Tôma avec douceur.
Eiri ressentit un élan de tendresse pour son beau-frère, même s'il se serait cassé un bras plutôt que de l'avouer. Tôma pouvait se montrer monstrueux et calculateur mais en cet instant, il était vraiment gentil. Il semblait sincère, qui plus est.
Hiro s'approcha de Maiko et lui caressa doucement les cheveux.
- Monsieur le directeur a raison, lui dit-il d'un ton réconfortant. On va retrouver Shû-chan.
- Connais tu des gens qui pourraient en vouloir à ton frère ? Lui demanda K.
-Heu…non, dit Maiko. Mais pourquoi n'appelle-t-on pas la police ?
K lui fit un clin d'œil.
-Je suis bien plus efficace que la police, assura-t-il en brandissant son revolver. Maiko frémit.
- K, cela suffit ! Le réprimanda Tôma. Vous faites peur à mademoiselle Shindô, avec votre arme ! Rangez la, vous n'en avez pas besoin pour le moment !
K rangea son pistolet, à regret.
- Mademoiselle Shindô, reprit Tôma, êtes vous sûre que votre frère n'a pas d'ennemis ? Au lycée, ou ailleurs ?
Maiko réfléchit.
-Je ne crois pas…Shûichi était déjà très apprécié de tout le monde, dans notre ancien lycée. Il a toujours été très populaire…
- Il y avait peut-être des gens jaloux de sa popularité, non ?
-Non. Ah, attendez ! Il ne s'entend pas bien avec les Ask.
-Je les avais complètement oubliés, ceux là, soupira Hiro.
Quelqu'un frappa à la porte. Hiro alla ouvrir. C'était Shaolan.
- Bonsoir, tout le monde, dit Shaolan, surpris de voir autant de monde dans la chambre d'Hiro. Bonsoir, monsieur le directeur, ajouta-t-il poliment.
- Salut Shaolan, dit Hiro. Tu n'aurais pas vu Shûichi, par hasard ?
-Non, justement. C'est pour cela que je suis venu ici. Je pensais qu'il était avec toi.
-Il était avec Eiri mais il a disparu, révéla Hiro. Il est parti faire les courses et il n'est pas revenu.
- Nous sommes tous très inquiets, ajouta Tôma. Nous allons mener notre petite enquête. Veux-tu te joindre à nous ?
-Heu…oui, bien sûr, accepta Shaolan.
-Right ! Dit K. Plus on est de fous, plus on rit !
-Mon frère a disparu ! rappela Maiko, scandalisée. Cela n'a rien de drôle !
-Oh, sorry, baby, dit K en adressant un sourire à la jeune fille. Celle-ci leva les yeux au ciel.
-Je ne suis pas un bébé, marmonna-t-elle.
-Je devrais peut-être prévenir Fujisaki, proposa Shaolan. Sinon, il risque de se sentir exclu.
-Bonne idée, dit Tôma. Allez le chercher, s'il vous plaît.
Shaolan sortit et revint un peu plus tard avec Suguru. Ce dernier semblait alarmé.
-Qu'est-il arrivé à Shindô ? dit-il.
-On l'a probablement enlevé, dit Tôma. Nous étions en train de réfléchir à qui aurait bien pu s'en prendre à lui. Nous ne voyons que les Ask mais nous ignorons s'ils auraient pu aller jusque là…
-Je crois qu'Aizawa n'est pas à l'internat, en plus, dit Eiri. On pourrait essayer de les joindre sur leur portable.
-Bonne idée, dit Hiro. Quelqu'un a leurs numéros ?
-Moi oui, je les ai, dit Tôma. Je vais les appeler, dit-il en sortant son portable.
Il composa le numéro d'Aizawa et attendit. Puis il raccrocha, dépité.
- Cela ne répond pas, dit-il. Je vais essayer avec les autres membres du groupe.
Il composa un autre numéro. Cette fois ci, on décrocha.
-Allô, Ma-kun ? C'est Tôma Seguchi à l'appareil. Oui, je vais bien, merci. Excusez-moi d'appeler aussi tardivement mais Shûichi Shindô a disparu. Vous savez, le chanteur de Bad Luck. Nous ne voyons personne qui puisse lui en vouloir à part vous. Je vois. À part Taki Aizawa, alors. Bon, très bien. Non, merci, c'est gentil de le proposer. Merci. Au revoir.
Tôma raccrocha.
-Alors, qu'a-t-il dit ? S'enquit Hiro.
-Il a d'abord dit que lui n'avait personnellement rien contre Shûichi et Ken-chan non plus mais que ce n'était pas le cas d'Aizawa. Cela dit, il ne pense pas qu'il irait jusqu'à l'enlever. Il a proposé de venir nous aider mais je lui ai dit que ce n'était pas la peine qu'il se dérange. C'est gentil de sa part, en tout cas.
-Hé ! s'exclama subitement K, vous m'avez donné une idée, avec vos portables ! J'ai glissé un émetteur dans le portable de Shûichi. Je peux retrouver Shûichi à l'aide de mon ordinateur en un rien de temps !
Tôma poussa un soupir exaspéré.
-K, vous n'auriez pas pu y penser plus tôt ? S'impatienta-t-il.
-Désolé ! Dit K en riant et il sortit son ordinateur portable de son sac.
XXX
Shûichi luttait contre le sommeil. Il ne fallait pas qu'il se rendorme. N'importe quoi pourrait lui arriver, tant qu'il serait inconscient. Même s'il était conscient, d'ailleurs. Quoi qu'il en soit, il préférait rester alerte. C'était difficile, car il était épuisé.
Soudain, la porte s'ouvrit. Shûichi sursauta. C'était un homme assez grand, qui arborait un masque ridicule. Il tenait un plateau avec des shortcakes et des éclairs. Il le posa sur les genoux de Shûichi.
- Tiens, mange, dit-il d'une voix trafiquée, probablement par une machine. Shûichi ignorait que c'était possible.
Il s'agissait probablement des gâteaux qu'il avait lui-même achetés. Shûichi obéit et mangea, car il était affamé. Dans un autre contexte, il aurait trouvé les gâteaux délicieux.
Le ravisseur le regarda manger. Du moins, il semblait le regarder, car avec son masque, c'était difficile à dire.
-Qui êtes vous ? Osa finalement lui demander Shûichi.
-Ne compte pas sur moi pour te le dire, répondit le ravisseur.
-Qu'est ce que vous me voulez ? Insista Shûichi.
Le ravisseur émit ce qui ressemblait à un ricanement.
- Cela non plus, je ne te le dirai pas. Tu vas rester ici sagement pendant quelque temps.
-Combien de temps ? Demanda Shûichi
-Je l'ignore, répondit le ravisseur.
Shûichi respira. Au moins, il n'avait pas l'intention de le tuer. Du moins, pas tout de suite.
-En fait, cela dépend de toi, reprit le ravisseur.
-Comment cela ? Demanda Shûichi.
-Je te relâcherai, dit-il, à une condition.
-Laquelle ?
-Si tu quittes le lycée Fujimori et renonces à ta carrière de chanteur, tu seras libre.
Shûichi écarquilla les yeux. Tout devenait clair.
- Je sais qui tu es.
Le ravisseur émit un second ricanement.
- Ah oui ?dit-il. Alors dis-moi, qui suis-je ?
Ils furent interrompus par un grand bruit. Quelqu'un venait de donner un coup de pied dans la porte. Shûichi et le ravisseur tournèrent la tête. C'était Eiri. Il semblait furieux. Une lueur étrange brillait dans son regard. Un regard de tueur.
-Bordel ! Qu'est ce que tu fous là ? S'exclama le ravisseur. Eiri lui décocha un coup de poing dans la mâchoire, faisant tomber son masque. Shûichi avait deviné juste. C'était Taki Aizawa.
Il vacilla, puis retrouva son équilibre. Il tenta de frapper Eiri à son tour mais celui-ci esquiva lestement.
Puis K arriva, un revolver en main. Il semblait inhabituellement sérieux.
-Right. Maintenant, tu vas sagement délivrer Shûichi, ordonna-t-il à Aizawa.
Ce dernier acquiesça d'un signe de tête. Il semblait terrifié par K et Eiri.
-Je vais chercher la clef, dit-il et il sortit. Une minute plus tard, il revint, une petite clef dans les mains. Il la donna à Eiri. Ce dernier délivra Shûichi. À sa grande surprise, il le serra contre lui. Surpris et touché, Shûichi resserra son étreinte. Eiri était venu le sauver. Cela voulait dire qu'il tenait à lui. Il était heureux.
Tôma Seguchi fit son entrée. Lui aussi semblait furieux. Son habituel visage affable avait fait place à un visage glacial. Shûichi frissonna. Aizawa aussi semblait terrifié.
-Mon…monsieur Seguchi ! Je…je voulais juste faire une blague à Shûichi, je…
Comme si Seguchi allait croire une chose pareille.
- Vous êtes allé trop loin, Aizawa, dit-il. C'est fini pour vous. Vous êtes viré. Viré du lycée et je dissous les Ask.
Taki blêmit.
- Je…je vous en supplie ! Ne faites pas ça ! Je ne recommencerai plus, je…
-Vous auriez dû y réfléchir avant.
Ensuite, il s'approcha de Shûichi, l'air inquiet.
-Shindô, est ce que ça va ?
-Heu…oui, acquiesça Shûichi.
-Voulez vous porter plainte ?
Shûichi hésita. Il regarda Aizawa, qui semblait pâle de terreur. Un sentiment étrange naquit en lui. De la pitié. Malgré tout ce qu'il lui avait fait.
-Non, il a été assez puni comme cela, déclara-t-il enfin.
Eiri, K et Seguchi le regardèrent avec étonnement.
-C'est très gentil à vous, Shindô, dit Seguchi. Aizawa, vous avez beaucoup de chance. La prochaine fois, ce sera la prison.
-Il n'y aura pas de prochaine fois, dit Aizawa. Merci, Shindô. Je suis allé trop loin. Je suis désolé.
-Vos excuses ne suffiront pas, déclara Seguchi. Allons-nous-en.
Shûichi regagna le dortoir, escorté par K, Tôma et Eiri. Lorsqu'ils arrivèrent, Seguchi lui adressa un sourire bienveillant.
-Nous allons prévenir Hiro que l'on vous a retrouvé, dit-il. Il est très inquiet.
-Hiro est au courant ? S'étonna Shûichi.
-Tout le monde est au courant, bêta, lui répondit Eiri.
-Hé, je ne suis pas un bêta ! Protesta Shûichi.
Eiri esquissa un sourire moqueur.
-Ah ouais ? Il faut pourtant être bête pour se faire kidnapper par le premier venu, le provoqua-t-il.
-Cela n'a rien à voir avec de la bêtise ! Riposta Shûichi, furieux. C'est...
-Je plaisante, dit Eiri. Je suis content qu'on t'ait retrouvé.
Shûichi rougit. Le regard d'Eiri était étonnamment tendre. Il ne l'avait jamais vu ainsi.
Ils se rendirent à la chambre d'Hiro. Shûichi vit avec étonnement que Shaolan, Suguru, ainsi que Maiko étaient présents. Celle-ci se jeta au cou de son frère.
-Ne me refais jamais ça ! Dit-elle, grognant presque.
Après avoir fêté le retour de Shûichi, Seguchi et K ramenèrent Maiko au lycée pour filles. Shûichi raccompagna Eiri à sa chambre.
-Tu sais, fit Eiri, tu peux dormir avec moi, si tu veux, ce soir. Si tu as peur.
Shûichi faillit éclater de rire mais il se rendit compte qu'Eiri n'avait pas l'air de plaisanter. Il avait toujours ce regard doux. Et bouleversant. Il s'approcha lentement de Shûichi. Leurs lèvres se touchèrent. Tout doucement. Puis Eiri recula.
-Pardonne-moi, dit-il à Shûichi.
-Pardonné, répondit Shûichi, avant de l'embrasser à son tour.
