Chapitre 8 : Le mariage avorté
Shûichi se réveilla doucement. Il se demanda s'il avait rêvé tous les événements de la veille. Il avait été kidnappé par Taki Aizawa. Puis Eiri était venu le sauver. Enfin, il l'avait embrassé. Cela lui semblait tellement irréel. Il s'étira, et frôla un corps chaud. Il ouvrit les yeux. Eiri dormait paisiblement auprès de lui. Tout près de lui. Shûichi plaqua sa main contre sa bouche, retenant une exclamation de surprise. Qu'est ce qu'Eiri faisait là ?
Peu à peu, les souvenirs lui revinrent. Les événements de la veille avait bel et bien eut lieu. Eiri l'avait réellement embrassé. Shûichi lui avait rendu son baiser. Ensuite, pour la deuxième fois, Eiri lui avait proposé de dormir avec lui. Pour qu'il n'ait pas peur. Ils s'étaient donc glissés dans le lit d'Eiri, où ils étaient un peu à l'étroit. Surtout pour Shûichi, qui avait l'habitude de se retourner cinquante fois par nuit. Malgré cela, cette nuit avait été magique.
Shûichi regarda Eiri dormir. Il était d'une beauté touchante lorsqu'il dormait. Il paraissait si vulnérable.
Soudain, Shûichi eut une idée. Il allait faire une surprise à Eiri. Pour que cela marche, il fallait qu'il se dépêche. Le plus silencieusement possible, il se glissa hors du lit. Il se rendit à sa chambre, se brossa les dents et s'habilla en quatrième vitesse, en prenant bien soin de ne pas réveiller Shaolan. Puis il sortit et se rendit à la boulangerie la plus proche. Il acheta des shortcakes à la fraise et des croissants. Puis il rentra. Lorsqu'il pénétra dans la chambre d'Eiri,
celui-ci était assis dans son lit, l'air encore endormi. Une larme perlait au coin de son œil. Shûichi pensa à Cry baby. Il était si mignon.
-Ou étais tu ?gémit-il d'une voix ensommeillée. Je te cherchais ! Je me suis réveillé tout seul !
Shûichi le regarda avec attendrissement. On aurait vraiment dit un enfant.
- Désolé, dit Shûichi avec un sourire. J'étais allé nous chercher quelques douceurs. Etant donné qu'hier, tu n'as pas eu le droit à tes shortcakes.
Sur ces mots, il s'installa sur le lit et commença à déballer les sucreries. Eiri eut un sourire ravi.
-Tu es génial, dit-il. Merci.
-Dis-moi, tu es de drôlement bonne humeur, ce matin, constata Shûichi.
-C'est vrai, admit Eiri. Ne crois pas que ce sera ainsi tous les jours. Je suis tellement soulagé qu'on t'ait retrouvé.
Eiri enfourna un gâteau dans sa bouche, puis déposa un baiser sur les lèvres de Shûichi. Il avait goût de fraise et de crème pâtissière.
Shûichi prit un gâteau à son tour, et déposa lui aussi un baiser sur les lèvres d'Eiri.
Celui-ci esquissa un sourire.
-Hmmmm…délicieux, susurra-t-il.
Shûichi mangea un croissant. Il était très bon.
Eiri tapota bord du lit.
-Allez, recouche-toi, dit-il. Tu n'as jamais eu envie de déguster un petit déjeuner au lit ?
-Si, bien sûr que si ! Dit Shûichi. Mais tu ne crois pas qu'il manque quelque chose ?
Eiri haussa les sourcils.
-La boisson ! Dit Shûichi.
Eiri sourit.
-Tu as raison. Je vais nous chercher deux canettes de café.
Shûichi fit la grimace.
-Je n'aime pas le café, c'est amer. Je préférerais du thé.
-Comme tu voudras, dit Eiri en se glissant hors du lit, seulement vêtu d'un caleçon et d'un t-shirt. Un thé et un café, alors. Recouche-toi. Tu es allé chercher les gâteaux, donc je peux bien faire un petit effort.
Sur ces mots, il enfila une robe de chambre bleue. Il déposa un baiser sur les lèvres de Shûichi et s'en alla.
Shûichi enleva son manteau, se mit en caleçon et en t-shirt et se glissa dans le lit, après avoir déposé ses vêtements soigneusement pliés sur une chaise. Il ferma les yeux pendant quelques secondes. C'était agréable. On était samedi, alors il pouvait faire la grasse matinée. Tout allait bien. Il était heureux. Heureux d'être avec Eiri, même s'il avait encore du mal à y croire. Eiri s'était montré si gentil qu'il avait l'impression de rêver. Peut-être ce rêve était éphémère. Après tout, Eiri ne semblait pas être dans son état normal. Par ailleurs, qui aurait cru qu'un garçon comme lui, qui semblait apprécier un peu trop toutes les jolies filles qui passaient, embrasserait un garçon ? Peut-être était-ce l'influence du lycée Fujimori et de ses traditions bizarres. Pourtant, Eiri ne semblait pas sous le charme des princesses. Peut-être était-ce passager. Cela était probablement dû au soulagement qu'il avait éprouvé en retrouvant Shûichi après l'enlèvement. Shûichi ouvrit les yeux, pris de panique. Et si Eiri changeait d'avis ? S'il ne voulait plus de lui ? Shûichi sentit le désespoir l'envahir à cette idée. Il ne voulait pas qu'Eiri le quitte. Il se sentait si bien, avec lui. Même lorsqu'il croyait le détester, il était fortement attiré par lui. Pourtant, il n'aurait pas pensé tomber amoureux d'un garçon.
Eiri rentra, les deux canettes à la main. Il se débarrassa de sa robe de chambre, se glissa dans le lit et déposa un baiser furtif sur la joue de Shûichi. Le contact des lèvres d'Eiri sur sa joue lui donna des frissons.
Eiri lui tendit sa canette.
- Tiens, une canette de thé pour toi et une canette de café pour moi, dit-il.
-Merci, dit Shûichi et il ouvrit sa canette pour savourer le breuvage parfumé. Ensuite, ils se régalèrent avec les shortcakes et les croissants, en prenant bien soin de ne pas répandre trop de miettes sur le lit.
Shûichi était songeur. Eiri s'en aperçut.
- Ca va, Shûichi ? S'enquit-il. Tu ne dis rien, contrairement à d'habitude où tu es bavard comme une pie. Tu sembles…préoccupé.
Shûichi hésita. Puis il se lança.
-Je me demandais…si toi et moi, cela allait durer. Ou si c'est juste passager.
Eiri resta un moment silencieux.
- Je ne sais pas, finit-il par dire. C'est trop tôt pour le dire, j'imagine. En tout cas, j'espère que ça va durer, ajouta-t-il en plongeant son magnifique regard doré dans celui de Shûichi.
Ses paroles emplirent Shûichi de bonheur. Ainsi, Eiri souhaitait que ça dure entre eux. Cela suffisait à le combler. Toutefois, il avait encore des questions à poser.
-Dis moi, Eiri, commença-t-il et c'était la première fois qu'il l'appelait par son prénom, pourquoi m'aimes…pourquoi est ce que tu es attiré par moi ? Je suis un garçon or tu aimes les filles et pas qu'un peu.
Eiri sourit. Il sembla réfléchir un moment.
- C'est vrai, admit-il finalement. J'adore les filles. Cependant, mes relations avec elles se limitent aux flirts. Je me lasse vite et je n'arrive pas à m'attacher, c'est ainsi. Avec toi, c'est différent. Cela fait un moment que je me suis attaché à toi.
-Oui mais pourquoi ? Qu'est ce que tu me trouves ? Demanda Shûichi.
Eiri sourit à nouveau et effleura le visage de Shûichi. Le contact de ses mains sur sa peau électrifia Shûichi.
-Tu es unique en ton genre, déclara Eiri. Tu es mignon, drôle et un petit peu naïf. En plus, tu as du caractère. J'apprécie les gens qui ne se laissent pas faire.
-C'est vrai, dit Shûichi, mais il y a une différence entre apprécier et…tomber amoureux.
Il avait hésité à employer cette expression. Après tout, même si Eiri était attiré par lui, il n'était pas sûr qu'il l'aimait. C'était peut-être trop tôt pour cela.
Eiri reprit la parole.
- Tu as raison mais toi, c'est plus que cela. Tu me fascines.
Shûichi écarquilla les yeux. Il n'en revenait pas. Eiri Yuki, si beau et mystérieux, le trouvait fascinant. C'était le monde à l'envers.
-Ce n'est pas vrai, dit-il. C'est plutôt moi qui suis fasciné par toi, confessa-t-il.
-Et c'est réciproque, dit Eiri. Fais-moi confiance. Tu n'as rien de banal.
Shûichi médita un instant ses paroles.
-Quel retournement de situation, déclara-t-il enfin. Quand je pense qu'au début, on se détestait…
-C'est vrai, rit Eiri. À mon avis, notre relation n'a rien d'ordinaire.
-Je le pense aussi, dit Shûichi.
Eiri se leva.
-Bon, je vais prendre une douche. Tu viens avec moi ? L'invita-t-il en se penchant vers lui avec un sourire provocateur.
Shûichi sentit le sang lui monter au nez et ses joues s'enflammer.
-Heu…non merci ! Balbutia-t-il. C'est trop tôt !
Eiri lui sourit de plus belle, visiblement amusé par son trouble.
-Comme tu voudras, dit-il. Si tu changes d'avis, tu sais où me trouver.
Il enleva son t-shirt, laissant à Shûichi l'occasion d'admirer son dos et se rendit à la salle de bain. Shûichi finit sa canette de thé et reprit un croissant. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas pris son petit déjeuner au lit. Cela remontait à son enfance. Quand ils étaient petits, Maiko et lui, leur mère avait l'habitude de leur apporter le petit déjeuner au lit, le dimanche. C'était le paradis.
Lorsqu'Eiri sortit de la salle de bain, Shûichi crut qu'il allait s'évanouir d'excitation. Une courte serviette était nouée à sa taille, lui laissant voir ses longues jambes et son torse lisse et musclé. Des gouttes d'eau perlaient dans ses cheveux, étincelantes.
-J'ai fini, déclara-t-il. Tu peux y aller.
-D'a…d'accord, bégaya Shûichi.
Il se rendit dans la salle de bain, enleva ses vêtements et pénétra sous la touche. Il activa le jet d'eau chaude. C'était agréable. Il emprunta le gel douche d'Eiri, un gel douche parfumé à la délicieuse odeur de fleur d'oranger. Puis il se savonna avec ardeur. Ensuite, il se lava les cheveux. Il malaxa son cuir chevelu pendant cinq minutes, histoire de se détendre. En vain. Il ne pouvait s'empêcher de penser à Eiri, presque nu dans la pièce à côté. Jamais il n'aurait pensé ressentir un tel trouble devant le corps d'un homme. Il sortit de la salle de bain, enfila un jean et un sweat bleu turquoise. La veille, il avait pensé à ramener des affaires de rechange.
Il s'attacha les cheveux avec une pince pour les empêcher de dégouliner, se brossa les dents et sortit, le cœur battant.
Eiri était habillé. Heureusement. Il portait un jean noir et un pull blanc à col roulé. Il était diaboliquement sexy. Shûichi vint se blottir sur ses genoux. Eiri enfouit son nez dans son cou.
-Tu sens bon, murmura-t-il.
-Toi aussi, dit Shûichi, humant son parfum citronné.
-Qu'est ce que tu as envie de faire, aujourd'hui ? S'enquit Eiri. Tu veux qu'on aille à la bibliothèque, pour bosser ?
Shûichi secoua la tête en signe de refus.
-Ce n'est pas la peine. Grâce à l'aide d'Hiro, Fujisaki et Shaolan, je me suis bien avancé. Je n'ai plus rien à faire pour le week end, déclara-t-il, triomphant.
-Je vois. C'est cool, dit Eiri. Dans ce cas, tu as un plan à me proposer ?
Shûichi réfléchit. Il n'y avait pas d'endroit particulier où il voulait aller. De plus, il ne se sentait pas encore près à s'afficher avec Eiri. Non pas qu'il ait honte de lui mais d'une part, Eiri étant surveillant et majeur, contrairement à lui, ils devaient garder leur relation secrète. D'autre part, il préférait attendre que cela devienne sérieux avant de se montrer officiellement avec lui.
-Je te propose qu'on reste tranquillement ici au chaud tous les deux et qu'on regarde un ou deux films, d'accord ? proposa-t-il.
-Cela me convient parfaitement, dit Eiri. Espérons qu'on ne sera pas dérangés par les autres. Quel film veux-tu regarder ? Lui demanda-t-il en sortant une pile de DVD. Shûichi parcourut la pile de DVD et son choix s'arrêta sur Charlie et la chocolaterie, de Tim Burton, avec Johnny Depp. Il se lécha les babines.
-Cela ne m'étonne pas de toi, ricana Eiri. Tu ne penses qu'à manger.
-Pas plus que toi ! Riposta Shûichi.
Ils mirent le film en marche. Au bout d'une demi-heure de film, quelqu'un frappa à la porte. Eiri poussa un soupir exaspéré et mit sur pause.
-Et voilà, je le savais, grommela-t-il. Il n'y a pas moyen d'être tranquille, ici.
Il se leva et alla ouvrir. Une femme assez grande de taille entra. Elle avait de longs cheveux bruns, des yeux gris et un air autoritaire. Shûichi avait l'impression de l'avoir déjà vue quelque part.
-Qu'est ce que tu fous là, Mika ? Demanda Eiri.
Ladite Mika le gifla.
-En voilà, des manières ! On ne parle pas comme cela à sa sœur ainée ? Le réprimanda-t-elle.
Puis elle se tourna vers Shûichi.
-Tu as ramené ta petite amie ici ? Eiri, je sais que Tôma ne te refuse rien mais tu exagères !
À la mention du nom de Tôma, Shûichi se souvint de l'endroit où il avait vu cette femme. Il l'avait vue en photo, sur le bureau de Seguchi. Mais oui. Seguchi était le beau frère d'Eiri et cette femme prétendait être sa sœur. Tout collait. C'était probablement la femme du directeur.
-Bonjour, madame, dit poliment Shûichi. Je ne suis pas la petite amie d'Eiri, je suis un élève de ce lycée.
Mika écarquilla les yeux de surprise.
-Un élève ? Alors tu es un garçon ? Tu es drôlement mignon pour un garçon.
-Heu…merci, dit Shûichi, intimidé. Eiri passa son bras autour de sa taille avec un air provocateur. Shûichi tressaillit. Être en contact physique avec Eiri lui procurait toujours autant d'effet.
-C'est aussi mon avis, dit-il à sa sœur. Il est tellement mignon que je désire le garder pour moi tout seul. C'est pourquoi j'aimerais que tu nous laisses tranquilles.
L'espace d'un instant, Mika resta sans voix.
-Eiri !s'exclama-t-elle. Ne me dis pas que toi et ce garçon, vous…
-Je n'ai pas besoin de te le dire, il suffit de nous voir, rétorqua Eiri. Aurais-tu quelque chose contre les homosexuels ?
-Pas du tout ! S'énerva Mika. Moi, je m'en fiche mais notre père va être furieux, s'il l'apprend !
-J'en ai rien à cirer, du vieux, rétorqua Eiri. Il croit qu'il peut régenter ma vie mais il est à côté de la plaque. C'est pour me parler de lui que tu es venue ?
Mika acquiesça d'un signe de tête.
-Oui, dit-elle. Je suis venue te prévenir que papa veut te marier à Ayaka ce week end. Il a déjà tout préparé à l'avance.
Shûichi sentit Eiri se raidir.
-Ce week end ? Mais il est fou ! Et c'est maintenant que tu me préviens ?s'alarma Eiri.
-Cela fait deux semaines que j'essaie de t'appeler mais tu es injoignable ! Répliqua sa sœur sèchement.
-Tu lui diras qu'il en est hors de question.
Mika resta un moment silencieuse. Elle poussa un profond soupir.
-Soit. Mais il ne l'entendra pas de cette oreille.
-Je m'en contrefiche, rétorqua Eiri. Maintenant, si tu veux bien nous laisser seuls, Shû-chan et moi…
Shûichi rougit. C'était la première fois qu'Eiri l'appelait ainsi.
-Parfait ! s'exclama Mika et elle partit en claquant la porte.
Eiri esquissa un sourire satisfait.
-Enfin seuls ! Déclara-t-il. Il approcha son visage de celui de Shûichi pour l'embrasser mais celui-ci se dégagea.
- Tu ne m'avais pas dit que tu étais fiancé, dit-il avec raideur.
Eiri haussa les épaules.
-Je ne t'ai rien dit parce qu'elle ne compte pas, pour moi. Je n'en ai rien à cirer, de cette gonzesse.
-Ne parle pas d'elle comme ça ! Protesta Shûichi. Elle reste ta fiancée.
-Pas vraiment, soupira Eiri, agacé. Mon père s'imagine qu'il peut me coller arbitrairement une fiancée sur le dos, cela ne veut pas dire que c'est vrai.
-Oui mais elle, est-elle amoureuse de toi ? S'enquit Shûichi.
-Je crois, oui. Mais qu'est ce que cela peut te faire ? S'impatienta Eiri. Tu veux que je l'épouse, ou quoi ?
Shûichi resta silencieux. Eiri prit son visage dans ses mains avec violence.
-Préfères-tu que je me marie avec cette fille ? Réponds !
-Ce serait peut-être mieux pour toi, lâcha enfin Shûichi. L'espace d'une seconde, il crut qu'Eiri allait le gifler. Mais il le relâcha.
-Tu serais beaucoup mieux avec une fille qu'avec moi, reprit alors Shûichi. Nous n'avons pas le droit d'être ensemble. Si cela venait à se savoir, tu pourrais aller en prison pour détournement de mineur. Nous sommes deux garçons, Eiri. Notre couple n'a aucun avenir.
Les traits d'Eiri se figèrent.
-Bien. Si c'est ainsi que tu le vois, dit-il froidement. Tu as raison.
Il sortit son téléphone et composa un numéro.
-Allô Mika ? Ouais, c'est moi. Tu peux dire au vieux que j'accepte de me marier.
Sur ce, il raccrocha. Alors, il regarda Shûichi d'un air mauvais.
-Tu as eu ce que tu voulais ? Maintenant, dégage.
-Eiri, je… commença Shûichi mais Eiri l'interrompit.
-Dégage ! Répéta-t-il, criant presque.
Shûichi réprima un tremblement. Il sortit de la chambre et éclata en sanglots. Il s'adossa contre un mur, effondré. Il ignorait combien de temps il resta ainsi, à laisser libre cours à son chagrin. Difficile de croire qu'il n'y a même pas une heure, il était si heureux. Lorsque ses pleurs se furent calmés, il regagna sa chambre. Shaolan était présent, ainsi qu'Hiro et Suguru.
Hiro remarqua immédiatement que son ami avait les yeux rouges.
-Shû-chan, mon Shû-chan, qu'est ce que tu as ? S'enquit-il.
Shûichi sentit les sanglots remonter. C'était une réaction automatique, chez lui. Quand il n'allait pas bien et qu'on lui demandait ce qu'il avait, il se remettait à pleurer.
-Je…ne peux pas en parler, hoqueta-t-il.
-Tu sais bien que tu peux tout nous dire ! Promit Hiro. Pas vrai, les garçons ?
Shaolan et Suguru acquiescèrent d'un signe de tête, l'air sérieux.
-Pouvez vous me promettre que ce que je vais vous dire ne sortira pas de cette pièce ?
-Je ne suis pas ton meilleur ami pour rien, répondit Hiro.
-Tu peux compter sur moi, assura Shaolan en le regardant droit dans les yeux, l'air déterminé.
-Je sais garder un secret, promit Suguru.
Shûichi les regarda, ému. Voilà comment on reconnaissait de vrais amis.
-Je suis tombé amoureux d'Eiri, confessa-t-il.
Il raconta tout en détail, comment Eiri et lui avaient passé la nuit et la matinée ensemble. Puis l'arrivée de sa sœur Mika et l'annonce de son mariage. Enfin, leur dispute.
-Il n'est pas trop tard pour arranger les choses, non ? Dit Hiro lorsque Shûichi acheva son récit.
-Mais je ne peux pas être avec lui, dit Shûichi. Si cela venait à se savoir, Eiri aurait des ennuis très sérieux !
-Même si mon cousin l'apprenait, il ne vous dénoncerait pas à la police, assura Suguru. Il aime trop son beau frère pour cela.
-Tu l'aimes vraiment ? Demanda Hiro.
-Oui, répondit Shûichi.
-Alors vous n'avez qu'à rester discrets, dit-il. Deux personnes qui s'aiment et qui ne peuvent pas être ensemble, c'est trop bête.
-Je crois qu'il ne m'aime pas, répondit tristement Shûichi. Il a finalement accepté de se marier.
-Oui mais il a accepté sous le coup de la colère, à cause de ce que tu lui a dit, fit remarquer Hiro.
-Tu crois ? Fit Shûichi.
Hiro lui adressa un sourire.
- Crois-moi, je crois que je commence à bien le connaître, assura-t-il. Bon, maintenant, il nous faut un plan pour saboter son mariage, ajouta-t-il, conspirateur.
-Je crois que j'ai une idée ! déclara Suguru.
XXX
Eiri revêtit son kimono et se regarda dans la glace. Il devait reconnaître qu'il avait plutôt fière allure, ainsi. Son cœur se serra quand il songea que Shûichi aurait sûrement aimé le voir habillé ainsi. Il secoua la tête. Il ne devait plus penser à lui. Il allait être marié à Ayaka, une douce et jolie fille. Honnêtement, il aurait pu tomber plus mal. En plus, elle semblait amoureuse de lui. Avec un peu de chance, peut-être pourrait-elle le rendre heureux. Cependant, cela risquait d'être difficile. Depuis le drame qu'il avait vécu à l'âge de seize ans, il avait toutes les peines du monde à sourire. Le seul qui avait réussi à lui procurer un peu de bonheur était Shûichi. Ce matin, il avait pris le meilleur petit déjeuner de sa vie. Mika avait tout gâché. Quand Shûichi était parti, elle était revenue le chercher et l'avait emmené en voiture jusqu'au temple de son père.
-Bienvenue, mon fils, lui avait dit ce dernier à son arrivée. Je suis content que tu te sois enfin décidé à m'obéir.
-Détrompe-toi, le vieux, avait rétorqué Eiri. Ce n'est pas pour toi que j'ai accepté ce mariage.
Son père l'avait fusillé du regard. Puis il s'était calmé.
-Bien. Va te changer, avait-il dit. Ayaka t'attend.
Il se remémorait leur échange lorsqu'on entra. C'était Tatsuha. Eiri fut soulagé que ce ne soit pas cette chieuse de Mika. Il aimait bien son petit frère.
-Salut ! Dit-il. Alors, tu es sûr de vouloir te marier ?
-Pourquoi me demandes tu cela ?
-Mika m'a dit que tu t'étais dégotté un bon coup. Un mec, en plus. Je n'aurais jamais cru cela de toi, grand frère.
-Alors elle te l'a dit. Elle ne pouvait pas se la fermer ? Grogna Eiri.
-Ouais et elle pense que c'est par dépit que tu as accepté de te marier. Tu avais l'air assez énervé, quand tu l'as rappelée, parait-il. Tu t'es disputé avec ton petit ami ?
-Ce n'est pas mon petit ami, rétorqua Eiri. Et oui, on s'est disputés.
-Ce n'est pas moi qui me marierais pour une raison aussi stupide. Enfin, tu fais ce que tu veux. Tu es prêt ?
-Ouais, acquiesça Eiri.
Ils se rendirent à l'autel, là où son père et Mika les attendait. Il eut la surprise de voir Maiko.
-Maiko ? S'exclama-t-il, ébahi. Que fais-tu ici ?
Maiko lui adressa un grand sourire.
- Tatsuha m'a invitée, dit-elle. Au fait, j'ai lu tes nouvelles du Papillon noir, j'ai adoré !
-Cette demoiselle est charmante, dit le père d'Eiri. Elle ferait une adorable fiancée pour ton frère.
Maiko et Tatsuha devinrent écarlates.
-Arrête, papa, laisse la tranquille ! Dit Tatsuha.
-Monsieur, c'est beaucoup trop tôt !protesta Maiko, embarrassée. Tatsuha et moi ne sommes pas…
-Allons, allons ne soyez pas timide, mademoiselle, roucoula le père d'Eiri. Ce dernier leva les yeux au ciel. Son père était manifestement sous le charme de Maiko. De manière générale, il devenait gâteux dès qu'il voyait une jolie fille.
-Bon, nous n'attendons plus que la mariée pour commencer la cérémonie, dit-il.
À ce moment là une jeune fille fit son entrée. Ce n'était pas Ayaka. Elle portait un joli kimono rose pâle orné de fleurs de cerisiers et avait de longs cheveux roses. Elle était très belle.
Eiri sentit sa mâchoire se décrocher. C'était Shûichi. Le père d'Eiri était bouche bée. Il semblait ébloui par la beauté de la nouvelle venue.
-Ayaka, c'est vous ? Demanda-t-il, septique. En effet, Ayaka était une beauté traditionnelle. Pas le type de fille à se teindre les cheveux en rose.
-Je ne suis pas Ayaka, dit Shûichi. Je suis la petite amie d'Eiri. J'ai pris Ayaka en otage et ne la délivrerait que si vous annulez ce mariage.
Eiri pâlit. Il ne pouvait pas être sérieux. En tout cas, la tête que faisaient son père et Mika valait le détour. Maiko, quant à elle, semblait avoir du mal à garder son sérieux.
-Je ne peux pas faire une chose pareille, mademoiselle ! Dit enfin le père d'Eiri. Vous êtes charmante, mademoiselle mais Eiri est fiancé depuis longtemps !
Shûichi s'approcha du père d'Eiri, des larmes perlant au coin de ses grands yeux violets.
-Je vous en supplie, dit-il. J'aime sincèrement Eiri.
Le père d'Eiri baissa la tête.
-Bon, d'accord, finit-il par céder.
-Merci ! Se réjouit Shûichi en se jetant au coup du père d'Eiri. Dans son enthousiasme, il l'embrassa sur la joue. Le vieil homme devint écarlate.
-J'accepte mais à condition que vous épousiez Eiri à la place d'Ayaka.
-D'accord ! Dit Shûichi avec enthousiasme. Eiri en resta comme deux ronds de flanc.
-Ce n'est pas possible ! Intervint Mika. Papa, la petite amie d'Eiri n'en est pas une. En fait, c'est un garçon !
Le père d'Eiri resta un instant muet.
-Plaît-il ? Finit-il par dire.
-C'est la vérité, admit Shûichi. Vous pouvez vérifier, dit-il en soulevant son kimono. Le père d'Eiri tomba dans les pommes.
Quelques instants après, Shûichi avait enlevé sa perruque et se démaquillait. Eiri lui avait prêté un jean et une chemise. Shûichi flottait dedans, ce qui ajoutait à son charme.
-Je peux savoir ce qui t'a pris ? L'interrogea Eiri.
Shûichi plongea son regard dans le sien, l'air déterminé.
-Je t'aime, déclara-t-il. Et je suis désolé pour ce matin. Je ne te lâcherai plus, maintenant.
-Bon, j'imagine que je n'ai plus d'autre choix que de te supporter, maintenant que tu as ruiné mon mariage, dit Eiri. Sur ces mots, il l'embrassa.
