Salut!

Bon, comment vous dire que vos messages m'ont touché. Mon petit cœur en a pris un coup!
Merci, un grand merci.
Je suis vraiment heureuse que cette histoire vous plaise et je fais tout ce que je peux pour publier au plus vite.

Guest : je suis vraiment flattée par ton compliment. Bella finira bien par craquer à un moment ou à un autre...;)
Une inconnue : halala ma belle! C'est tellement ce que j'essaie de faire, rendre cette histoire réaliste.
D'ailleurs la plupart de mes perso sont inspirés de gens réels ;)
Je ne peux pas te dire à quel point ça me touche que tu le ressentes!
Merci :)
Annabelle : Tu es trop perspicace! ;) J'adore :)
Oui j'aime bien la torture en général :p
Merci de me lire et de laisser un message :)
Figrou : Merci!

Je vous adore ! ! !

Bonne lecture!

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Chapitre 9
I want you

(The Beatles)

Edward

J'ouvre les yeux vers 8h30 sur ma chambre ensoleillée. Un léger mal de crâne m'empêche de me réveiller complètement, alors je mets l'oreiller sur mon visage et je laisse défiler les souvenirs de la veille.

Bella…

Du bout des doigts je touche le plastique qui recouvre mon tatouage tout neuf et je souris comme un abruti. La brûlure que j'ai essayé d'atténuer hier en picolant est moins vive.

J'ai adoré me faire tatouer. Plus exactement, j'ai adoré me faire tatouer par Bella. La sensation de l'aiguille qui perce l'épiderme mélangée à la douceur de sa peau sur moi était unique. Je me suis concentré sur son bras qui s'appuyait sur mes omoplates, ses doigts qui traçaient des cercles un peu plus bas et sur l'odeur de ses cheveux.

Pour éluder la douleur, j'ai imaginé ce que je pourrais lui faire dans un lit. Plusieurs choses plus pimentées les unes que les autres. J'ai laissé tomber l'idée quand ma verge est devenue si dure que j'ai cru qu'elle allait perforer le siège.

Par contre, je n'ai pas aimé la façon dont ce blond l'a regardée dans le salon. L'impression qu'il allait lui sauter dessus comme un lion sur sa proie m'a mis dans un état presque second. Je me suis aperçu que je tenais à Bella parce que la jalousie n'est pas un sentiment que je ressens d'habitude. Je ne me fais pas de film, je vais avoir du mal à la séduire et surement beaucoup de mal, mais je ne suis pas prêt à baisser les bras.

Je suis incapable de déterminer ce que je ressens quand elle est près de moi ou juste dans le même espace mais c'est foutrement fort. J'ai perçu sa présence dans le bar hier soir avant même de la voir. Je commence à peine à la connaitre mais je sens parfaitement cette connexion entre nous. Il me tarde d'expérimenter cette énergie au pieu avec elle. Rien que d'y penser je bande comme un puceau.

Je prends mon membre dans la main et j'imagine Bella qui se déshabille doucement devant moi. Elle a ce regard indomptable, sauvage et ancré au mien comme il l'est chaque fois que nous nous faisons face. Je frissonne. J'aime qu'elle m'affronte ainsi, sans baisser les yeux, avec cette force qui ne ressemble qu'à elle.
Je grogne comme mes doigts montent et descendent sur mon sexe tendu au possible. Je ne vais pas tenir longtemps. J'accélère le rythme alors que Bella dans mon esprit m'offre ses seins avec un sourire lubrique. Maintenant je geins parce que même si je ne fais que la deviner, elle a la plus belle poitrine qu'il m'est été donné de voir. Ma prise se fait plus ferme et mes allées venues plus vigoureuses. Je jouis avec force, tout mon corps se raidit et je n'arrive pas à maitriser les râles qui sortent de ma gorge. Je finis essoufflé et complètement abasourdi.

Putain ! Cette fille m'excite comme un ado même quand elle n'est pas dans la pièce. Je n'ai jamais eu un orgasme si fulgurant avec une femme qui n'est pas là, que je n'ai même jamais touché, ni même vu nue.

Mais comment vais-je bien pouvoir faire pour l'avoir ? Parce qu'on ne dirait peut-être pas comme ça mais je ne fantasme pas uniquement sur son corps de rêve, c'est elle, son être, qui elle est qui m'attire. Hier nous avons eu une brève mais bien présente complicité quand nous avons discuté, tout comme quand nous avons mangé ce burger. Je sens qu'on pourrait tellement s'entendre, je ne comprends pas bien pourquoi elle s'acharne à me repousser.

Mon téléphone me sort de mes réflexions.

Rosalie m'envoie un message. Elle me propose un petit déjeuner dans un salon de thé à mi-chemin de nos habitations. Nous nous y retrouvons souvent le matin avant le travail et je ne suis pas surpris qu'elle m'appelle après la soirée de la veille.

Rose est ma plus vieille amie, la seule personne que j'ai tolérée après mon accident. Elle est aussi la meilleure amie d'Alice, preuve que cette fille a le cœur sur la main malgré son apparence de frigide effarouchée.
A 15 ans, elle passait me voir à l'hôpital et comme j'étais d'une humeur massacrante, elle faisait le tour du service pédiatrique pour discuter avec les enfants malades. Et malgré le fait que je la repoussais sans cesse, elle revenait toujours vers moi.

Cette femme a la capacité de cacher ses émotions comme personne. C'est une bonne chose dans son cas. Après de brillantes études de biologie, elle travaille aujourd'hui dans une association de protection de l'environnement mais continue de faire du bénévolat à l'hôpital. Les enfants l'adorent, elle joue aussi bien la princesse que le pirate. Elle leur apporte quelques moments d'amusement dans leur vie hospitalière très lourde et monotone. Evidemment, il faut avoir une bonne dose de courage pour faire rire des enfants malades et sortir de là sans en être sérieusement ébranlé.

Rose me touche. J'aime ses contradictions.
Nous n'avons jamais été amants. Je lui plais physiquement et elle me plait aussi mais ça ne suffit pas. Nous n'avons pas ce genre d'affinité.

Après une douche rapide, je suis au volant de ma voiture pour retrouver mon amie. J'adore cette voiture. Le seul bruit du moteur pourrait me faire bander de plaisir. Je sais, je ne suis qu'un homme.

Rose est assise à une table en terrasse. Sa jupe fendue remonte largement sur ses cuisses et ses talons de dix centimètres allongent encore ses jambes galbées et savamment bronzées. Ses longs cheveux blonds tombent sur son épaule d'une façon étudiée et ses lunettes de soleil XL lui donnent un air de star de cinéma. Elle est stupéfiante. Si elle en doute, les regards appuyés des hommes qui passent le lui confirment.

- Salut ma poule, dis-je en m'asseyant.

- Ta gueule boulet.

Sa réponse claque dans l'air tandis qu'elle fait un geste nonchalant de la main pour dissiper la fumée de ma cigarette.

- Tu pourrais faire un effort et venir à pied. Ce café est à dix minutes de chez toi.

Rose est une écolo de la première heure, pas étonnant quand on connait son job.

- J'aime trop ma voiture, souris-je de toutes mes dents.

- Toquard…

Voilà, c'est exactement ce genre de contradictions que j'aime chez cette femme.
Rien ne dépasse, tout est arrangé avec une minutie impeccable mais quand elle ouvre la bouche avec moi, elle se lâche. Elle est Rosalie, un spécimen plus proche du camionneur que du top model. Peu de personnes ont le privilège de s'en rendre compte.

Je ris bien fort. Je m'attendais à une réponse dans ce style.

- Arrête de rire tout le temps tu vas te faire des rides, continue-t-elle d'un air très sérieux.

- C'est sexy les rides chez un homme.

- C'est sexy sur Brad Pitt, sur Edward Cullen je ne compterais pas là-dessus.

- Je suis une bombe Rose, tu le sais, toutes les femmes le savent.

Je mets toute la dérision possible dans mes mots. Je sais que je plais aux femmes mais l'affirmer comme un cador, ce n'est que pour plaisanter ou pour faire râler Rose. Je n'ai pas de fierté à plaire, juste du plaisir.

- Non pas toutes.

Son sourire espiègle ne me trompe pas, elle parle de Bella.
Elle lui plait. Elle aime le fait qu'une femme ne se pavane pas devant moi, surement parce que c'est rare et que d'une façon ou d'une autre ça me fait cogiter sévère.

- Pas toutes effectivement, j'abdique.

- Elle a l'air coriace.

Je m'accoude à la table et je m'approche d'elle comme si je lui confiais un secret. C'est un peu l'idée.

- Il y a un truc entre nous Rose. C'est spécial… c'est… comme un fil invisible qui nous relie.

- Je l'ai capté.

Elle ne me regarde pas. Elle sirote son verre de jus d'orange avec cet air guindé qui n'est qu'une apparence et je suis suspendu à ses lèvres.

- Vraiment ?

- Vraiment. Elle essaie de t'éviter comme la peste mais elle n'y peut rien et toi non plus. Il y a une espèce de charme entre vous. Quand on vous observe c'est assez flagrant.

Je me détends. J'allonge et croise les jambes devant moi. C'est exactement ce que je voulais entendre et je sais très bien qu'elle ne le dit pas pour me faire plaisir.

- Efface cet air niais, tu es ridicule.

Je m'aperçois que je souris aux anges. Je me reprends. Je lève le bras pour héler le serveur et commander un café long.

- Tu vas en baver.

- Je sais.

- Tu vas galérer.

- Je sais.

J'allume une autre cigarette.

- Je ne crois pas que quelque chose de bon puisse sortir de tout ça.

- Je m'en fous. Je « dois » le tenter.

Et je n'ai jamais été aussi sûr de moi sur ce coup.

- Elle me plait trop Rose, jamais personne ne m'a plu de cette façon... C'est presque plus fort que moi.

Elle baisse ses lunettes sur son nez et me fixe comme pour évaluer la sincérité de mes propos.

- Putain Edward t'es déjà complètement accro.

Est-ce que je le suis ?

- Non t'exagères. Juste... elle me plait vraiment.

L'ambiance est plus lourde soudain, plus sérieuse.

Je sais que Bella n'est pas une fille comme les autres. Je sais qu'elle traine un passé lourd, très lourd. Un tas de détails me révèle cette évidence. Elle a cette faille, ce quelque chose qui la rend à nulle autre pareille.

Mais je ne peux pas m'avouer vaincu avant d'avoir essayé. Il me la faut. Pas pour l'ajouter à mon palmarès, je ne suis pas si con. Il me la faut parce qu'elle est unique à mes yeux et parce qu'elle m'attire comme personne. Je veux connaitre ses secrets, ses habitudes, ses goûts. Je ne peux pas faire comme si ce « lien » n'existait pas. Je ne peux simplement pas passer à côté d'elle.

Le serveur m'apporte le café. La première gorgée me revigore.

- Tu as vu ta sœur ?

- Oui.

- C'est étonnant comme elle a oublié son ex.

Alice sortait depuis le lycée avec un sale type, Alec. Ce gars était ce que l'on appelle dans le jargon médical un pervers narcissique et elle une proie facile. Pendant des années il n'a pas cessé de la tromper, de lui faire des promesses qu'il ne tenait pas et de la rabaisser sans arrêt. Mais il fascinait Alice, il était son monde et elle pardonnait chacune de ses frasques.

Ses proches sentaient qu'il était nocif mais Alice se voilait la face. Beaucoup de monde mais Rosalie plus que personne a essayé de la raisonner. Alice était comme droguée, incapable de se défaire de lui. Rosalie a beaucoup souffert de l'attitude d'Alice, comme mes parents. Ils n'étaient pas vraiment au courant des détails mais ils n'ont jamais réussi à aimer Alec. Ils ont souvent essayé de mettre en garde Alice, ils voyaient qu'elle n'était pas heureuse, ils voulaient simplement l'aider mais elle s'est toujours braquée. Moi je ne m'en suis pas vraiment mêlé. Alice savait ce que j'en pensais mais je ne lui ai donné aucun conseil. Ma vie était bien assez compliquée sans que je n'aie à régler ses problèmes.

Je ne suis même pas sûr que ce soit Alice qui ait rompu avec lui. De mon point de vue, c'est lui qui a mis fin à leur relation et je ne suis pas certain qu'il ne revienne pas à la charge tôt ou tard.

- Bof… elle fait bien. Jasper a l'air bien plus sain.

- Tu trouves ?

Rosalie se redresse, outrée.

- Oui il est cool. Je ne le connais pas beaucoup mais je le trouve sympa et il a l'air correct avec elle.

- Je ne sais pas trop. Tous ses tatouages et son air de bad boy… je n'aime pas ça.

- Regarde-moi, je n'ai pas vraiment l'air du premier de la classe.

Mon tee-shirt et mon jean ne sont pas de première jeunesse, sans parler de mes baskets qui mériteraient de finir leurs jours paisiblement dans une poubelle.
Je me fous de mon apparence. Je me sens bien dans ces fringues. Elles sont confortables et c'est tout ce que je leur demande.

- Toi c'est différent. Tu n'es pas ce que tu as l'air d'être.

- Bien sûr que si, je le suis.

- Oui mais toi je te connais, je sais ce qu'il y a derrière ta panoplie d'ado attardé.

- Rose… Je soupire. Tu te fies au physique. Parle avec lui, tu verras, il est sympa comme gars.

Elle se sent responsable d'Alice. Elle sait qu'elle est fragile et n'a pas d'autre amie. Elle la protège, un peu comme sa propre sœur.

- J'ai pas pu en placer une ! Ils n'arrêtaient pas de discuter entre eux.

- C'est signe qu'ils s'entendent bien. Et puis peut-être qu'il va réussir à la sortir de ses bouquins et de la maison.

- Ils vont diner ce soir.

- Et bien j'espère qu'il va l'emmener à un concert et qu'ils vont danser toute la nuit en picolant. J'espère qu'elle va se lâcher un peu, ça ne lui fera pas de mal.

Rosalie ricane.

- Tu es dur avec ta sœur.

Oui je suis dur. Alice et moi ne nous sommes jamais entendus. Depuis l'enfance, je suis celui qui joue dehors avec les copains, elle est celle qui reste à l'intérieur seule avec ses livres. Nous étions trop différents, nous n'avions aucun point commun et aucun atome crochu. Peut-être avec l'âge et la maturité nos relations auraient pu changer mais non.
Après mon accident, Alice a culpabilisé. J'avais quitté mes amis en avance pour me rendre à sa représentation de danse, contraint et forcé par mes parents pour lui faire plaisir. Elle a fait le lien. Elle s'est imaginée que si j'étais resté, ce malheur ne serait pas arrivé.
Au lieu d'en parler, de s'excuser, d'affronter les choses, elle a préféré se terrer. Elle n'est jamais venue me voir à l'hôpital, elle n'osait pas me regarder quand j'étais en fauteuil roulant, elle m'adressait très peu la parole. Son psychologue de l'époque expliquait son comportement par une déprime profonde.
C'est moi qui suis allé vers elle alors que mon monde s'écroulait. Je lui ai expliqué à plusieurs reprises et de différentes façons que je ne lui en voulais pas, qu'elle n'était responsable de rien. J'ai fait ce que j'ai pu considérant l'état dans lequel je me trouvais. Mes parents aussi ont essayé tant bien que mal de nous rapprocher. Mais sa réponse a été l'isolement et le mutisme. Malgré nos efforts, elle a gardé ce caractère renfermé.

Puis elle a rencontré Alec. Elle n'a fait que s'enfoncer un peu plus dans la solitude et l'apitoiement.

Au fond, je sais qu'elle a du mal à réagir avec courage, je sais qu'elle est fragile et je crois que je ne lui en veux même pas. Mais je ne m'entends pas avec elle, j'ai du mal à la comprendre et à supporter sa personnalité introvertie.

- Je ne sais même pas si elle est ma sœur. J'attends le jour où nos parents vont nous annoncer qu'elle a été trouvée sur le pas de la porte.

- N'importe quoi, ricane-t-elle.

- Déjà elle est brune alors que personne n'est brun chez nous. Et puis elle n'a le tempérament de personne.

- Si, elle ressemble à ton père.

- Peut-être un peu…

Je suis de mauvaise foi. Mis à part la couleur des yeux et des cheveux, Alice est le portrait craché de mon père.

- Lâche la, elle est comme elle est. Et elle est cool. Tu sais qu'elle a été traumatisée par ton accident. Ça m'étonne que tu ne le comprennes pas, toi l'éminent psy.

- Je ne suis pas psy. Je suis pédopsychiatre c'est très différent.

- Je sais, je sais…

Elle a beau soupirer, je tiens à cette différence, elle le sait très bien.

- Et c'est à elle de faire un travail là-dessus. Je lui ai pardonné, je lui en ai parlé. Maintenant si elle n'arrive pas à le dépasser et bien qu'elle en parle à son psychologue.

Oui je suis dur, mais la vie est dure. Il faut être fort pour l'affronter. Alice se cache dans le travail intensif, ce n'est pas une bonne façon d'aborder les choses selon moi, surtout quand on a toutes les cartes en main.

Je change de conversation avant de m'énerver.

- Et toi Rose, pas de coup de cœur hier soir ?

Le sujet est sensible. Le dernier petit copain qu'elle a eu lui a laissé des cicatrices, quelques-unes visibles et d'autres plus vicieuses et surtout tenaces. Je pense qu'il est temps pour elle de se relever même si c'est compliqué.

- Non.

- Qu'est-ce que tu penses d'Emmett ? J'adore ce gars.

Emmett est tout à fait le genre d'homme qui plait à Rose, grand, musclé, belle gueule. Par contre sans les tatouages, les teeshirts de groupes rock, les baskets… Bref, ce n'est peut-être pas tout à fait son genre finalement.

- Tu rigoles ? Il avait bu et il débitait un maximum de conneries en un minimum de temps.

- Oui, mais des conneries plus drôles les unes que les autres. On s'est bien marrés avec lui hier soir.

Elle se tait un moment. Elle hésite.

- J'avoue, il est drôle... comme un clown, pas comme un petit ami.

- Tu es dure, souris-je.

Elle me regarde à travers ses lunettes. Je ne vois pas ses yeux mais je sais qu'ils sont pétrifiants. Comme Méduse la Gorgone, ses pupilles vous changent en pierre si vous n'y prenez pas garde et ses serpents vous mordent au moindre faux mouvement.

J'embrasse mon amie sur ce regard glacé. Je place mes lunettes de soleil sur mon nez et me dirige vers ma voiture. Je me sens bien.

Je croise une jolie fille à qui je souris. Elle se retourne sur moi avec un regard appréciateur. Elle a du rouge à lèvre, une jupe qui moule ses fesses et des escarpins qui affinent ses jambes. D'habitude j'aurais été lui parler et j'aurais trainé avec elle le reste de la matinée ou de la journée selon ses disponibilités.

Mais Bella s'immisce dans ma tête.

Elle et ses yeux sans fard et profonds, sa bouche nue et tellement appétissante, ses shorts qui mettent en valeur ses formes tentantes. Elle est juste elle, sans artifice, et elle dépasse largement n'importe quelle beauté maquillée. Pourtant j'aime la féminité. J'aime les femmes coiffées, apprêtées. J'ai toujours eu un faible pour les talons hauts, les petites vestes étriquées, les pantalons serrés. Mais avec elle, je craque. Elle n'a besoin de rien pour être sexy et plus féminine qu'une miss monde.

Je reprends la route sur cette idée.

Je suis heureux, léger. Ce sentiment rythme mes journées. Quand on a flirté avec la mort, rien ne parait plus inquiétant et tout parait plus beau. Alors je me laisse aller, tout le temps. Je profite de tout, la sensation du cuir du volant sur mes doigts, la caresse du vent sur mon visage, l'odeur de la ville, la chaleur du soleil sur ma peau, le bruit du moteur et des alentours. Je me réjouis de chaque détail insignifiant.

Je prends le chemin du foyer dans lequel je travaille quelques heures par semaine. Je suis peu sur le terrain, j'écris plutôt. Ma condition, même si elle n'est plus la même aujourd'hui, m'a obligé à tenir ce rythme. Il me convient toujours. Il me laisse du temps pour moi. Je ne néglige pas le temps. Chaque seconde m'est précieuse.

Ma présence au foyer ce matin n'est pas tout à fait désintéressée. Bella connait Sue Clearwater, cette information ne m'a pas échappé et m'intrigue. Assez pour que je fasse une petite visite à Sue. Et puis ce n'est pas exceptionnel, il m'arrive d'y aller quelques fois le weekend, Sue est habituée à me voir quand elle est de garde et j'espère très fort qu'elle le sera aujourd'hui.

Elle m'accueille avec un grand sourire comme d'habitude, un rien malicieux, ça c'est nouveau.
Sue était éducatrice pendant des années, aujourd'hui elle en est la directrice. Elle a un certain âge que je ne saurais déterminer précisément. Ses cheveux noirs mi longs sont toujours attachés en queue basse. Elle n'a pas un seul cheveu blanc, seules quelques rides au coin de ses yeux et de sa bouche trahissent son âge réel et son inquiétude. Parce qu'on ne peut pas travailler ici, s'investir comme elle s'investit et être tout à fait serein. C'est un travail usant. Mais elle garde son dynamisme et sa joie de vivre. Elle est un peu un exemple pour moi comme pour chacun des enfants qui vit près d'elle.

- Edward, que me vaut l'honneur de ta visite ? Tu avais un concert hier soir, je ne pensais pas te voir aujourd'hui.

- Bonjour Sue. Je suis venu prendre des nouvelles de Nelly. On a eu une séance ardue hier, je voulais savoir comment elle avait passé la nuit.

Je ne mens pas, je me soucie vraiment de cette gamine. Nelly a perdu sa mère d'un cancer alors qu'elle avait dix ans. Son père inconnu, elle s'est retrouvée seule. Elle est passée par plusieurs familles d'accueil et a fini ici parce que personne n'est parvenu à gérer ses frasques, nombreuses et dangereuses. Je la suis depuis quelques semaines, elle semble aller mieux mais elle reste instable.
C'est le quotidien du centre. Ces enfants ont des histoires toutes plus horribles les unes que les autres. Quand j'entre dans le bureau, je mets ma carapace de docteur et quand je sors j'essaie de l'enlever. Mais il reste des traces. Je ne reviens jamais tout à fait indemne du foyer.

Sue m'explique que la gamine a peu dormi et mal mais qu'elle allait bien ce matin. Elle est en balade dans le parc avec d'autres filles.

Elle m'offre un café que j'accepte avec plaisir.

- Je t'ai dit que j'avais commencé mon tatouage ?

Sue et moi sommes proches. Elle a l'attitude bienveillante et familière d'une mère avec tout le monde. Depuis le temps que je travaille ici nous avons bâti une proximité professionnelle et personnelle.

- Non tu ne m'as rien dit.

Sa phrase reste en suspens comme si elle s'attendait à ce que j'aborde le sujet.

- Je fais recouvrir mes cicatrices.

Elle hoche la tête. Une fois encore, son silence est troublant. Elle sait quelque chose que j'ignore.

- Je crois que tu connais la fille qui me tatoue.

- Je crois aussi.

Ses yeux malicieux sont une énigme. Je ne sais pas trop comment continuer.

- Elle s'appelle Bella.

- En effet, je la connais.

Son manque de répartie est étrange.

- Elle est très sympa.

- Sympa ? Vraiment ?

- Heu… Eh bien… Elle fait très bien son travail.

- Je n'en doute pas.

Il faut crever l'abcès. Son attitude n'est pas habituelle.

- Il y a un problème avec Bella ?

Elle éclate de rire. Je suis perdu.

- Elle m'a appelé ce matin pour me parler de toi. Elle savait que tu allais essayer de savoir comment nous nous connaissions toutes les deux.

Elle est futée, vraiment futée.

- Eh oui Bella n'est pas simple.

- C'est un euphémisme ! Cette fille est… elle est…

J'en perds les mots. En fait je ne trouve aucun mot que je peux confier à Sue.

- Dis-moi Edward, tu en pinces pour la petite ?

La petite ? Bella n'a rien d'une petite ! Elle mesure déjà dans les un mètre soixante-dix et elle se défend comme personne. Plusieurs qualificatifs me viennent à l'esprit la concernant, mais petite, définitivement non.

- J'avoue qu'elle me laisse perplexe.

Sue ricane comme une collégienne.

- Je ne vais rien te dire mon grand. Bella a confiance en moi et c'est une chose précieuse.

Je m'en doute un peu, rien de nouveau.

- Tu la connais bien alors.

- Très bien.

J'en déduis qu'elle la connait depuis des années parce que je vois mal Bella accorder sa confiance à quelqu'un qu'elle vient de rencontrer. Je pense à plusieurs hypothèses. Je me lance sur la plus tendancieuse.

- Elle a vécu ici ?

Sue enfonce son regard noir dans le mien. Elle est très sérieuse.

- Écoute Edward, Bella est quelqu'un de particulier, elle te dira ce qu'elle juge utile de te préciser. Sois patient et sincère.

Nous discutons quelques minutes de plus.
Je vais pour m'éclipser mais je reviens sur mes pas.

- Dis-moi Sue.

- Oui ?

- Serait-il possible que tu ne lui parles pas de notre conversation ?

Elle sourit d'un air mutin.

- Même pas en rêve mon grand.

- Merci quand même, souris-je.

Sue ne m'a rien appris de nouveau mais mon instinct me dit que Bella est passée par le foyer et que c'est surement de cette façon qu'elles se connaissent.

Je vais voir mes parents. Il est presque midi et je sais que ma mère insistera pour que je reste déjeuner. Je n'en ai pas trop envie mais je sais qu'elle sera contente de me voir.

Je pense à Bella.

Il semble que quoi que je fasse, elle reste tapie dans un coin de ma tête. C'est à la fois gênant et très agréable.

Je frappe et entre en criant : « C'est moi ! ».
La sensation d'étouffement est immédiate. Je la chasse comme je peux. Je fais cet exercice chaque fois que je passe la porte de la maison de mes parents. Une boule se forme dans ma gorge et j'ai du mal à respirer. Cet endroit est encore comme une crypte, un lieu où je me suis terré pendant des années et que je supporte à peine aujourd'hui. Pourtant, ma mère à qui je me suis confié a changé la disposition des meubles, la couleur des murs, mais je n'y coupe pas. Ceci dit je suis coriace et optimiste. Il est hors de question que j'évite la douleur ou le mal être, je l'affronte. Je me bats contre moi-même et je me convaincs que je vais gagner.

Ma mère arrive depuis la cuisine et m'étreint. Je me sens déjà mieux. L'odeur du repas aussi calme l'angoisse. Parce qu'autant cette maison me torture, autant elle me rappelle des souvenirs heureux. Je m'accroche à ça.

- Papa n'est pas là ?

- Pas encore, il ne devrait pas tarder.

Mon père est très occupé par son travail à l'hôpital. Personne ne lui en tient rigueur. Ma mère s'est construite une vie riche et pleine. Elle n'est pas assez égoïste pour lui reprocher ses absences. Elle savait que le travail de mon père l'accaparerait. Il fait partie de lui et elle a tout pris sans rechigner. Ils ont leur rythme de croisière et ça leur convient.

- Alice ?

Ma mère me regarde d'un air que je connais bien. Il signifie « tu connais la réponse alors pas de réflexion ».

- Dans son bureau, elle travaille.

Je ne m'attendais pas à autre chose de sa part.

Je suis ma mère à la cuisine. Là encore, la regarder préparer le repas en discutant m'apaise. C'est un peu un rituel entre nous, je passe du temps avec elle de cette façon.

- Ça sent super bon.

Ma mère sourit. Elle le prend comme un compliment et elle a raison parce que c'en est un.
Je commence à picorer dans les casseroles. Elle grimace mais n'intervient pas. Elle sait que rien ne pourra arrêter ma main fouineuse.

- Comment vas-tu ?

- Je vais bien.

Ce n'est pas une surprise, je vais toujours bien depuis quelques temps et très bien depuis peu.

- J'ai commencé à me faire tatouer.

- Vraiment ? Montre ! s'enthousiasme-t-elle.

Ma mère est très ouverte. Elle ne se formalise pas, jamais. Elle se fait toujours sa propre idée des choses et des personnes qu'elle côtoie, sans a priori. J'ai de la chance de l'avoir. Elle est un modèle pour moi.

Je lui montre le tatouage et elle s'extasie.

- Il est magnifique ! Mais c'est normal la croute ?

- Tout à fait normal.

- L'homme qui fait ça est un artiste.

- Ce n'est pas un homme, c'est une femme. Une femme charmante.

- Charmante… vraiment ?

Ses yeux pétillent. Elle connait un peu ma vie. Pas dans le détail bien sûr, mais elle sait que je n'ai jamais eu de petite amie officielle. Ça ne la dérange pas ou alors elle ne le montre pas. Elle me laisse maître de mes actes sans pression. Elle a confiance en moi et en mon jugement.

- Et douée surtout.

Je ne veux pas trop en dire. En deux mots, ma mère a compris que Bella me plaisait, pas besoin qu'elle en sache plus.

- Et comment s'appelle-t-elle ?

- Bella.

- C'est joli.

Je me force à me taire. Oui c'est joli et ça lui va très bien.

- Tu sais pour Alice ? je demande pour changer de sujet.

Je vois le soulagement se peindre sur son visage.

- Je suis si heureuse qu'elle soit passée à autre chose.

- Personne n'aimait ce type.

- Nous encore, on aurait pu le supporter, mais je voyais bien qu'Alice n'était pas heureuse même si elle prétendait le contraire. Ça me réconforte de penser qu'elle a réussi à se détacher de lui.

Je hoche la tête. Oui ma mère a fait des efforts mais Alec avait un comportement des plus détestables. Je suis content moi aussi qu'elle s'en soit débarrassée et je pèse mes mots. Il était une plaie venimeuse.

- Elle sort avec quelqu'un ce soir. Elle nous a prévenus qu'elle le connaissait peu mais qu'il était déjà spécial pour elle.

- Jasper. Je l'aime bien.

Elle se détourne de ses plats pour me regarder.

- Tu l'aimes bien ?

La surprise est grande parce que d'habitude je ne cautionne rien de ce que fait ma sœur.

- Oui il est cool.

- Ta sœur est au courant de ça ?

Ma mère sait qu'Alice serait ravie de l'apprendre.

- On n'en a pas discuté.

Elle n'insiste pas mais je sens bien qu'elle voudrait que je lui dise. Elle souhaite que ses enfants soient complices et c'est bien légitime mais ça ne marche pas.
La discussion se poursuit sur son travail. Elle me raconte sa semaine. Le ton est chaleureux. Je la chambre et on rigole.

Je me sers un verre de vin et je retourne au salon pour me mettre au piano à queue. Un superbe instrument, blanc brillant, avec un son de haute qualité.
Mes doigts appuient sur les touches et je me détends complètement. La musique est mon remède. Je suis seul au monde, dans ma bulle et je peux me laisser guider par les partitions ou laisser libre court à mon inspiration. Aujourd'hui, j'improvise avec en toile de fond dans mon esprit le visage de Bella.

Alice vient discrètement s'accouder au piano pour me regarder jouer. La magie se brise. Je ne peux pas continuer quand elle est près de moi. Je n'arrive pas à me livrer à elle si frontalement, nous ne sommes pas assez proches.

- Bonjour Edward.

Sa timidité à mon égard m'exaspère. Je frotte ma tête et ébouriffe un peu plus mes cheveux. Au point où ils en sont, ça ne peut pas être pire.

- Salut petite sœur. Tu vas bien ?

Je ne la déteste pas non plus, au contraire j'aimerais qu'elle aille bien, qu'elle se sente bien mais à mon avis il n'y a quelle qui puisse y arriver.

- Très bien !

Je devine que son « très bien » enthousiaste à un rapport avec Jasper.

La discussion n'est pas évidente entre nous. Je sais qu'elle veut continuer, elle cherche la meilleure façon de le faire. Elle se lance enfin.

- Tu connais Jasper, l'ami de Bella ?

- Un peu.

- Je sors avec lui ce soir.

Je me tourne tout à fait vers elle. Il est très rare qu'elle se confie à moi. Elle fait un pas vers moi, je lui rends la pareille.

- Je l'aime bien.

Elle est surprise et ravie. Je savais que ma réplique aurait cet effet-là sur elle alors je souris de la voir un tant soit peu épanouie.

- Vraiment ?

- Oui, il a l'air cool. Plus cool que ton ex à la con.

J'ai essayé de garder le sarcasme dans le fond de ma gorge, je ne suis pas sûr d'y être arrivé.
Elle baisse la tête, honteuse.

- Tu sais…je ne suis pas tout à fait guérie.

Et voilà, elle fait ce qu'elle sait faire de mieux, s'apitoyer. Je joue la délicatesse sans quoi elle va se mettre à pleurer et ma mère va me réprimander.

- Jasper va t'aider à passer à autre chose. N'attends pas grand-chose de plus de sa part.

Elle se décompose. Merde ! J'aurais dû m'en douter.
Je me rattrape comme je peux.

- Enfin… je n'en sais rien en fait. Je ne le connais pas plus que ça.

Ses yeux brillent, elle va pleurer.
Je me lève en prenant sur moi pour ne pas la secouer. Je m'avance vers elle et serre ses épaules dans un geste que je veux réconfortant.

- Ecoute-moi bien Alice. Tu ne dois rien attendre de personne. Tu es l'actrice de ta vie. Toi seule a le pouvoir de la rendre belle ou désastreuse. Ne doute pas de toi. Tu es aussi capable que n'importe qui.

Mon ton est un peu sec mais je mets dans mes mots toute la conviction dont je suis capable à ce moment-là. Je sais que ça ne sera pas suffisant. Alice est fragile et extrêmement sensible mais je m'accroche à l'idée qu'elle peut changer. Que voulez-vous, je suis un grand optimiste.

Elle ne pleure pas. Elle semble cogiter mes paroles. Tant mieux.
Je serre un peu son épaule et je lui fais un sourire qu'elle me rend.
Je ne la console pas plus que ça. Il faut croire que je ne sais pas bien m'y prendre avec elle.

Soudain j'ai envie de rentrer. Le caractère de ma sœur me mine, je déteste cette sensation mais ma mère nous appelle à table et je n'ai pas le cœur de refuser.

Mon père arrive pile après l'entrée. Il embrasse tendrement ses femmes et me donne une étreinte plus virile.
Il est un modèle de force et de détermination pour moi. Il est la personne sur Terre que j'admire le plus. Il s'est battu à mes côtés pendant de longues années. Il a su me transmettre son énergie pugnace pour que je me surpasse et que j'affronte les épreuves sans jamais baisser les bras. S'il a douté parfois, il n'a jamais rien montré. Il a toujours fait preuve de courage. Je suis très fier d'être le fils de cet homme et je me démène chaque jour pour mériter cette place.

Le repas se passe comme d'habitude, gai et chaleureux. Je me retire après le café pris sur la terrasse. Mes parents vont faire une sieste et Alice va retourner à ses travaux.

Rentré chez moi, je suis épuisé. Je m'allonge sur le canapé confortable. Les rayons de soleil réchauffent mon visage. Je passe un bras sur mes yeux.
Je pense à Bella et immédiatement je suis dur. Ma main glisse sous mon jean pour trouver mon membre. Mais je ne bouge pas. Je m'endors sur des images de Bella, pas forcément érotiques mais forcément excitantes.