Chapitre 23
Faire les boutiques
Mardi 24 Novembre 1986. 17h21
Est-ce qu'elle avait dit à la psychologue ce matin-même que si elle couchait avec Eddie ça serait de son propre gré ? Oui, absolument. Elle n'en revenait pas. Chrissy l'attendait sur le parking, proche de son van pour qu'il l'emmène avec lui au concert. Deux semaines étaient passées depuis sa promesse de revenir les voir et elle la tiendrait ce soir. Sauf que cette fois-ci, tout était différent. Pas de Britney pour la maquiller et l'habiller, pas de Jason à qui elle devait rendre des comptes, pas de culpabilités. Elle avait appelé sa mère pour lui dire que les cours à domicile prenaient place le soir même. De cette manière elle évitait même le fait de rentrer chez elle. Elle était soulagée.
Elle faisait en sorte de se cacher un peu. Elle ne voulait pas entendre de rumeurs sur elle. Elle avait toujours du mal avec le regard des autres. Elle se rongea un ongle, plein d'incertitudes avec la suite de son plan. Qu'allait-il se passer maintenant ? Le simple fait de ne pas savoir la terrifiait. Mais au moins, elle pouvait se concentrer sur le fait qu'Eddie serait là. C'était étonnant la façon dont une amitié pouvait se construire. Un mois plus tôt, ils ne se connaissaient même pas.
Ce soir elle dormait chez lui.
Une drôle de sensation chaude parcourut son ventre. Elle était excitée et attendait avec hâte d'être avec lui. Le simple fait de penser à lui, lui réchauffait le torse et faisait quelque chose dans son ventre. Sans vraiment se rendre compte ce garçon si particulier était devenu lui aussi, un des piliers de sa vie. Un de ses soutiens émotionnels.
Et elle en avait besoin. Toute la matinée elle avait été en cours avec Jason. Ils ne s'étaient toujours pas reparlés. Mais lui la regardait souvent de travers. Elle avait vu son regard qui lui disait 'qu'est-ce que tu attends pour venir me voir ?' AH.
L'audace. L'indécence.
Elle fronça des sourcils. Elle était vraiment en colère. C'était d'ailleurs très étrange la façon dont la tristesse et ce sentiment de trahison, était passée rapidement au profit de la rage. Elle le haïssait. Elle les haïssait. Lui et April, pour lui avoir fait ça. Elle ne se laisserait pas faire. Elle ne savait même pas qu'elle était capable d'une telle force de caractère.
Elle regarda ses petites baskets blanches. Elle avait aussi mis un papier dans le casier de Britney. Pour qu'elles parlent. Mais elle n'était pas venue. Chrissy ne l'avait pas trouvé à la pause de midi. Elle devait se cacher par peur des représailles. Alors elle avait remis un autre mot quelque minutes plus tôt avant de partir de l'école, lui expliquant qu'elle n'était pas en colère contre elle. Qu'il lui fallait une copie de la vidéo au cas où. Qu'elle la remerciait, même si ça lui faisait mal et qu'elle n'était pas responsable.
« Alors Princesse ? Si tu attends un chevalier, tu risques d'être déçue. » La voix d'Eddie la fit sortir de ses pensées et elle se retourna vers lui. Il avait un sourire doux. « Prête pour ce soir ? »
Elle lui sourit et lui dit que oui.
« Tu as trouvé le moyen de t'échapper de chez toi alors ? » fit-il en se rapprochant d'elle. « On n'en a pas reparlé après la soirée dans le jardin d'enfants, mais tes parents… Z'ont l'air d'avoir fait pas mal de merdes aussi. » fit-il en sifflant, la voix plus grave.
Elle opina. C'était vrai. Sa famille était un autre de ses obstacles personnels à surmonter. S'il fallait qu'elle mente pour s'en sortir, elle mentirait.
« Allez monte Princesse. On part en balade dans mon carrosse. » fit-il en rigolant la voyant replonger. « C'est toujours pas la grand luxe, je te préviens. »
Il la faisait rire, elle s'installa et mis sa ceinture. « Comment on s'organise pour ce soir ? » Lui dit-elle.
« Eh bien. On commence le concert à 21h. Cette fois-ci c'est moi qui vais prendre les autres en chemin, la dernière fois c'est juste que mon van avait un pneu crevé. Mon van est plus grand que la camionnette de Gareth. »
« Je… » Elle rougit. Maintenant qu'elle y pensait, elle allait passer la soirée avec Eddie. Elle pensa à autre chose. « Je n'ai pas d'habit de rechange. Ça serait possible de faire un tour à chez Mathilda & co avant ? Tu sais c'est une boutique à côté du magasin de VHS… »
Effectivement. La jeune fille avait déjà dormi chez lui hier soir. Il lui fallait des changes.
« Pour le soir, je peux te prêter mes tee-shirts. » Fit-il et il ajouta souriant « Sinon, oui, bien sûr. Pas de soucis. Ça me permettra de faire un tour aux VHS. J'ai plus rien à regarder chez moi. »
Elle lui sourit doucement, la petite pointe de son nez se relevant. Eddie adorait cette mimique. Il était surpris de la vitesse à laquelle elle allait mieux. Il était heureux pour elle. « C'est parti chercher des fringues à Cendrillon pour le bal de ce soir. »
« Steve ? » Dis Robin en direction de son collègue.
« Hum ? »
« Est-ce que ça ne serait pas Eddie Munson et Chrissy Cunningham là-bas ? »
Le dénommé Steve se ramena en vitesse jusque-là où sa collègue se trouvait.
« Nan mais…Mais si. C'est eux… Attends ils sont ensemble ? »
« Mais tu crois que je le sais ? » chuchota-t-elle agressive. « Si je le savais, je ne te demanderais pas ! »
« Bah merde alors. »
Et en effet, l'étrange combo des deux était surprenant. La petite fille modèle aux couleurs pâles et le métalleux habillé en noir, vendeur de drogue ? Nan c'était lunaire.
Pourtant elle lui fit un mouvement de la main et alla dans le magasin de sous-vêtements d'à côté et lui, entra dans le magasin de VHS, salua vaguement les deux curieux et se dirigea tout de suite vers la section film d'horreur. Les deux collègues se regardèrent et regardèrent Eddie. Il n'y avait pas plus difficile à approcher que Munson. Avec sa réputation et son air de bad-boy, comment la petite blonde avait réussi l'exploit de se retrouver à ses côtés ?
Eddie avait déjà vu la plupart des films proposés. Il savait quels étaient les bons et les moins bons. Globalement. Mais peut-être que la petite princesse -qui, de son propre aveu, aimait les films d'horreurs- n'avait pas pu en voir beaucoup ? Il fut tenté d'aller la voir pour lui demander, mais l'idée de rentrer dans le magasin rayon soutien-gorge le fit rougir. Il ne voulait pas la déranger pendant qu'elle faisait ses achats. Il scruta les meilleurs qu'il pouvait dénicher.
Amittyville ? The Thing ? The Shining ?
Eddie n'était pas quelqu'un qui avait peur facilement devant un film d'horreur. Il pouvait avoir peur, bien sûr. D'ailleurs il avait un très bon souvenir du film de Kubrick. Mais il se doutait bien qu'il avait une tolérance plus grande que Chrissy : après tout il se souvenait très bien de leur sortie improvisée au cinéma avec la petite Princesse. Il sourit au souvenir. Définitivement elle allait avoir peur. Il choisit de rester dans les classiques et prit 'The Shining' de Stanley Kubrick et 'Les griffes de la nuit' de Wes Craven qu'il avait déjà vu. Quand il arriva au comptoir, il fut étonné de surprendre deux paires d'yeux le regarder intensément.
« Oh…Salut. » Lâcha Steve Hamilton.
Qu'est-ce qu'il lui voulait ? Pourquoi ils le regardaient comme ça ?
« Soirée films d'horreurs ? » Demanda la fille. Il regarda son badge : Robin. Il se souvenait l'avoir déjà croisé à l'école.
« …Ouais. » Répondit Eddie, peu sûr de lui. Il était persuadé que ces deux là ne lui avaient jamais vraiment fait la conversation. D'un seul coup ils le regardaient comme s'il avait des cornes sur la tête. Il se souvint que Steve était un ami de Dustin. Et Eddie aimait bien Dustin, après tout ils jouaient ensemble à D&D. Alors il laissa tomber la carapace le temps de faire bonne figure. Les amis des amis sont nos amis n'est-ce pas ?
« J'ai… quelqu'un à éduquer sur les classiques de l'horreur » dit-il sarcastique.
« Chrissy Cunningham ? des films d'horreur ? »
Eddie fut tout d'un coup très sérieux. Comment ils … ?
Ah, évidemment. Ils les avaient vu venir ensemble. Leur vitrine donnait sur le parking.
« Ouais…Chrissy Cunningham. » répondit-il sans en rajouter plus. Il donna le billet pour les cassettes et les prit sous le bras. Quand il sortit de la vidéothèque, il se dit que ça allait jaser au lycée s'il les laissait répandre des rumeurs. Il se stoppa et retourna à l'intérieur, le pas beaucoup plus agressif vers les deux gus. Ils se retournèrent immédiatement.
« …Je vous préviens. J'veux rien entendre sur le fait que vous nous ayez vu Chris' et moi ensemble. C'est clair ? »
Eddie savait se montrer drôle. Mais Eddie savait aussi se montrer très sérieux quand il le fallait. Il ne plaisantait pas.
« O…Okay. Pas de soucis mec… » Répondit Steve Hamilton en levant les mains en signe de paix.
Eddie fit une moue dédaigneuse et partit rejoindre son van. Lorsqu'il vit une petite frimousse blonde l'attendre avec un petit sac, il sourit. Et il montra ses trouvailles à la jeune femme qui, de loin, semblait ravie de ce qu'il avait pris. Elle refusa d'ouvrir son gros sac et il rigola, les bras croisés sur le torse. Steve et Robin n'entendaient plus rien de là où ils étaient. Puis le duo partit dans le gros van.
« C'était quoi ça ? » Demanda Robin à Steve. « Je croyais qu'elle sortait avec le capitaine de basket ? Est-ce que tu viens de te faire menacer par Munson ? » lâcha-t-elle en rigolant. « Ça n'a aucun sens. » rigola Robin, abasourdie.
« 'On', Robin. On vient de se faire menacer par Munson. Et perso, je n'ai pas envie que ça me retombe dessus. N'en parle à personne d'accord ? Je demanderai plus d'infos à Dustin. »
Mardi 24 Novembre 1986. 18h05
Chrissy s'était acheté de nouveaux sous-vêtements, un pyjama, des tee-shirts, deux nouveaux pantalons -un rose pâle et un jean clair-, un pull crop top bleu clair et une chemise blanche très large aux manches longues. Elle s'était aussi pris un manteau rose pâle oversize qui lui allait jusqu'aux genoux, le col du manteau était large et faisait comme des sortes d'épaulettes. Elle n'avait plus beaucoup d'argent de poche. Mais comme ça, elle pouvait être tranquille les prochains soirs, et ne rentrerait pas chez elle. Elle avait déposé ses affaires dans le salon d'Eddie, sur le canapé.
Elle était en train d'enlever son uniforme de cheerleader pour s'habiller avec ses nouvelles affaires dans la salle de bain d'Eddie, tandis qu'il se préparait en organisant les affaires pour le concert de ce soir.
Quand soudain : elle eut une nouvelle révélation.
'Oh mon dieu, je suis en train de me déshabiller dans la salle de bain d'Eddie Munson et je vais encore dormir chez lui. '
Au fond, ça n'aurait pas dû être tant la bouleverser que ça. Dormir chez des amis étaient récurrents chez certains. Découcher aussi. Et Eddie et elle se côtoyaient depuis deux semaines maintenant.
'En tout bien tout honneur, mes fesses !'
Elle se prit la tête dans les mains et posa ses coudes sur le rebord du lavabo. Elle regarda son visage de manière très détaillée, cherchant à savoir si c'était bien 'elle' qu'elle voyait dans le miroir. Elle s'attendait à voir son visage changer. Elle se serait attendue à y voir autre chose. Comme si la personne qu'elle était en train de devenir devait la faire changer de physique, un peu magiquement. Comme si le fait de changer d'attitude aurait dû lui faire changer de visage.
Mais non, c'était toujours elle. Ses joues rondes, ses grands yeux bleus, ses cheveux d'une couleur entre le blond et une couleur framboise. Ses lèvres asymétriques et ses foutus dents mal alignées. Son nez en trompette trop pointu et trop fin. C'était bien elle, avec sa tête de petite fille de bonne famille.
La vérité avec Chrissy, c'est qu'elle avait passé sa vie à vivre à côté de son corps. En faisant tout ce qu'on lui demandait. Alors forcément, elle n'arrivait à se rendre compte de ce qu'elle était en train de faire. Elle captait, par fréquence, à quel point sa vie était en train de changer. Sans vraiment s'en rendre compte sur le moment. Tout allait trop vite, et elle n'arrivait toujours pas à maitriser quoique ce soit, mais cette fois elle trouvait le changement bénéfique pour elle.
Et surtout, elle se rendait compte à quel point tout ça n'avait aucun sens.
Il existait des tonnes d'histoires et de roman, mais rien n'aurait eu moins de sens que la sienne. A présent elle en était sûre : sa vie n'avait plus aucun sens.
Brusquement elle explosa de rire. A quoi bon tout ça ? Est-ce que tu fais les bons choix ? Comment sait-on quand plus rien ne va ? Comment sait-on si on fait des erreurs ? Qui vous le dit ? La famille ? Pourtant elle avait l'air d'être vivante pour la première fois de sa vie. Elle savait à quel point sa mère avait pu la blesser. Elle le savait. Pourtant elle se reposait toujours sur cet espoir qu'elle change et qu'elle l'aime enfin, comme elle l'avait toujours attendu. Cet amour qu'elle n'avait jamais eu et qu'elle avait tant réclamé auprès de Jason. Puis elle pleura de rage. Jason. Ce connard avait tout brisé. Tout. Elle ne lui pardonnerait pas.
Il avait tout détruit. En quelques secondes, sûrement sans même un œil pour elle. Il n'était même pas venu la voir pour lui parler. Elle considérait qu'il était déjà mort à ses yeux. Elle avait tellement mal au cœur quand elle le voyait dans sa classe, à la regarder de biais. Elle aurait espéré avoir des amis dans sa classe. Des amis proches comme Britney et Eddie qui l'auraient entouré de bienveillance.
En si peu de temps, elle considérait déjà Eddie comme un de ses amis les plus chers. Il avait été là. Ne l'avait pas laissé tomber. C'était pourtant le minimum qu'on pourrait demander des gens autour de soi. Mais Chrissy était désespérément seule. C'était comme si… Eddie l'avait réparé. En quelque sorte. Un petit peu du moins.
Lui, il était là.
Elle mit ses mains sur le lavabo se ressaisissant. Elle n'avait pas toute la soirée. Elle continua à s'habiller et de se préparer, évitant de ressasser encore et encore les mêmes pensées. Quand elle vit dans son angle, sur une sorte d'étagère avec des serviettes de bain pliées, une sorte de tissu noir. A côté du tissu, un tee-shirt blanc, beaucoup plus ample et bien mieux plié. Il devait s'agir des pyjamas de ses deux hôtes. Et évidemment, le noir devait être à Eddie. Sans trop réfléchir, elle déplia son bras et pris le tissu noir en main. Elle remarqua que c'était un tee-shirt sans manche, noir et troué. Mais pas troué de manière grotesque. Troué à la Eddie : des trous 'fait exprès' pour faire rock'n'roll. Elle le rapprocha de son visage et en senti l'odeur un mélange de léger tabac et de note boisée. Il sentait aussi le shampoing qu'Eddie mettait.
« Ça va Princesse ? » demanda Eddie de l'autre côté de la porte.
« Oh oui ! » s'écria Chrissy, surprise. « Je sors ». Puis elle replaça le tee-shirt, chamboulée. Qu'est-ce qu'elle venait de faire là ? Elle rougit. Ça n'allait pas du tout : elle n'était pas censée toucher aux affaires des autres, c'était très mal élevé. Et puis c'était très bizarre, c'était vraiment bizarre comme attitude. Jamais elle n'assumerait ce qu'elle venait de faire. Elle se retourna dans le miroir et se dit qu'à regret, elle ne pourrait pas mettre de maquillage, vu qu'Eddie attendait qu'elle sorte. Tant pis. Elle n'était toujours pas là pour draguer ni faire un défilé de mode. Elle était là pour allait mieux. Elle se décida juste à se détacher les cheveux et ouvrit finalement la porte de la salle de bains.
Eddie l'attendait. Comme il n'y avait que très peu de place, il dû se pousser. Laissant à peine la place à Chrissy de sortir de la mini salle de bain. Le mobil-home était particulièrement étroit, on ne passait pas à deux en même temps dans le couloir. Elle se retrouva presque sur lui.
« Oh…Pardon… »
Eddie la trouva très belle dans ses nouvelles fringues. Elle avait opté pour le jean délavé et un tee-shirt gris basique rentré à l'intérieur.
« Y'a pas de mal » rigola-t-il. Puis il la scruta, lorsqu'elle le vit elle rougit et baissa les yeux. Puis elle relava son visage vers lui.
« Je me demandais… Tu pourrais me prêter un de tes pulls pour ce soir ? » lui demanda-t-elle « Si je m'habille tout en rose, on ne verra que moi. Et je n'ai pas envie qu'on me regarde. » Fit-elle gênée, en souriant avec une moue qui fit relever le bout de son nez.
Son sourire s'élargit encore plus. « Pas de problème. Prends celui de la dernière fois. » en indiqua sa chambre au fond d'un mouvement du menton. 'Celui de la dernière fois, celui qu'il lui avait prêté pour le jardin d'enfant ?' Elle se souvenait du pull : il était noir, très grand avec des images venant d'un groupe 'Metallica'. Cependant elle rigola : Eddie lui avait dit ça comme si Chrissy habitait là avec lui depuis dix ans. Sauf que Chrissy, ne connaissait des autres pièces que les WC et son éternel canapé qui était dans leur salon/cuisine.
Mais il la laissa passer pour s'engouffrer à son tour dans la salle de bain à son tour. Elle le regarda faire quelques secondes et se dirigea, incertaine, pour la première fois, dans la chambre d'Eddie Munson.
Sa chambre était minuscule. Un petit matelas était posé sur des lattes qui le surélevait un peu, le lit n'était pas fait. Elle pensa à lui le matin, Eddie était le genre de gars à se réveiller facilement, mais qui devait avoir -comme il l'appelait : la sacrosainte trinité : douche/ café/ clope-. Elle avait l'étrange impression de l'avoir toujours côtoyé.
A côté du lit, une guitare accrochée au mur, collant un miroir mural. Des posters et beaucoup de bibelots. Tout était très raccord avec ses goûts. Un petit bureau en désordre sur sa droite, un cendrier dessus, des feuilles de musique en tas et dispersées. Et derrière elle une espèce d'armoire qui devait ranger les affaires d'Eddie. Elle ouvrit le placard et chercha le pull.
Elle se demanda sérieusement ce qu'elle était en train de foutre à chercher dans les habits d'Eddie.
« Tu trouves Princesse ? » lui dit-il accoudé dans l'entrée de sa chambre, un sourire malicieux aux lèvres. Elle sursauta, déconcertée d'entendre sa voix de sitôt puis elle lui sourit gênée. « Désolée… j'ai touché à tes affaires… »
« Y'a pas de mal » répondit-il en s'avançant dans sa chambre. « Ce qui est drôle c'est que tu n'aies pas vu que mon pull était juste sur le bas du lit. »
Et en effet, Chrissy ne l'avait pas du tout vu. Elle rougit en s'excusant.
« T'inquiètes, j'ai bien vu que c'était un bordel qui n'était 'organisé' que pour moi. »
Chrissy lui sourit et se pencha pour mettre le pull. « En effet. » Et quand sa tête réapparut elle avait ses cheveux en pagaille.
« Me donnerez-vous l'espace pour que votre humble serviteur se prépare à son tour ? » sourit-il narquoisement.
« Oh, je pensais que tu étais déjà habillé. Je suis dés… »
« T'excuses pas tout le temps, Princesse. Sinon va aussi falloir qu'on arrange ça. » fit-il souriant. « Allez, attends-moi au salon. Tu peux prendre ce que tu veux dans le frigo. »
Eddie lui parlait réellement comme tout était parfaitement normal. Il devait vraiment en avoir rien à faire d'héberger quelqu'un tous les soirs. A croire qu'il passait sa vie à héberger des gens. C'est vrai quoi. Il avait très facilement accepté qu'elle atterrisse dans sa vie comme un boulet de canon. Tout ça parce qu'elle faisait des cauchemars ? Il ne disait rien, c'était surprenant. A moins qu'il ait réellement l'habitude de laisser des gens squatter chez lui ? Connaissant le personnage c'était fort probable.
Elle s'éclipsa dans le salon et s'assit. Elle ne se sentait pas de fouiller et de manger les restes de la famille Munson. Vraiment pas.
Fallait pas abuser.
Et c'est à ce moment précis qu'elle se dit qu'en réalité, Eddie Munson était quelqu'un de vraiment gentil. De bizarre, oui. Mais réellement gentil. Et que si elle devait tomber amoureuse, ça serait pour cette gentillesse non calculée de sa part. Elle avait souhaité toute sa vie avoir cette douceur et cette gentillesse.
Eddie Munson, le vendeur de drogue, le bad-boy réputé satanique parce qu'il jouait à un jeu de fantaisie, celui qui avait redoublé deux fois sa terminale et qui donnait des airs de méchants au cœur impénétrable… Cet Eddie était réellement et étrangement, quelqu'un d'adorable.
Elle l'entendit se préparer et se contenta d'attendre sagement dans le canapé. Se rappelant la première fois où elle avait dormi ici. Elle avait l'impression que c'était il y a une éternité… Puis son regard se perdit sur la kitchenette en pagaille. Et le frigo. Non, elle ne mangerait pas.
« Allez Princesse, il va falloir y aller. »
« Oh, oui pas de souc… » Les mots moururent dans sa bouche quand elle vit le garçon revenir dans le salon. Il avait mis un bandana sur ses cheveux, un tee-shirt noir, une veste en cuir avec une veste en jean sans manche par-dessus. Ainsi qu'un éternel pantalon déchiré, noir également.
Oh purée.
Elle le fixait sûrement étrangement parce qu'il la vit et lui dit « C'est mon bandana qui te fait cet effet, Princesse ? »
« Tu es très beau. »
Elle l'avait sorti sans arrière-pensée et sans vraiment y réfléchir. C'était juste la stricte vérité. Il était très beau. Quelque chose chez lui la rendait … bizarre. Comme si des vagues de chaleurs se répandaient dans son corps. Eddie n'avait pas l'air de savoir prendre un compliment, alors il recula et se prit une mèche de cheveux plus longue que les autres pour se cacher le visage en murmurant quelque chose qu'elle ne comprit pas.
« Oh ? Est-ce que j'ai réussis à vous faire rougir, Mr Munson ? »
« Même pas dans tes rêves, Princesse » reprit-il avec son ton narquois habituel, se grattant la joue de gêne. « Allez viens on va être à la bourre. » Et il sortit précipitamment, faisant sourire la cheerleader qui trottina à sa suite.
Ils allèrent récupérer le reste des Corroded Coffin, direction le Hideout.
