Disclaimer : Les personnages appartiennent à Gaston Leroux et les chansons à Andrew Lloyd Weber pour la plupart.
J'ai laissé les paroles des chansons en français, mais si vous souhaitez être transportés, je vous conseille les versions originales. Personnellement, je me suis collée énormément au film (2004). Autant sur les physiques que costumes, décors.
Pour toutes chansons au cours de cette fiction qui ne serait pas présente dans film/comédie musicale de base, vous trouverez les références à la fin du chapitre.
Bonne lecture !
R0mancière.
Chapitre 12. No One Would Listen
Christine se réveilla soudainement, la sueur coulait le long de sa nuque, les sanglots enserrait son cœur. Elle avait rêvé à la crypte, au cimetière… A son Ange… A Raoul… L'angoisse l'étouffait, elle étreignait sa gorge avec puissance…
Et tandis qu'elle reprenait peu à peu ses esprits, la jeune femme vint à se rendre compte d'où elle était… le lit aux draps de satin rouge… Le cygne sculpté… La boite à musique… Comment cela était-il possible ?
Ses cheveux étaient détachés, la cape n'était plus sur ses épaules… Que c'était-il donc passé ?
Christine se releva lentement du lit, s'asseyant au bord, son regard parcouru la pièce, tout était comme la première fois où elle était venue, un endroit dédier à l'art et à la musique… Un endroit où la sérénité régnait.
Le parfum de la rose embaumait l'espace. Se levant enfin du lit, ses pas la guidèrent comme la première fois en haut des escaliers. Et comme la première fois, il était là. Son pantalon noir semblable à du cuir, sa chemise blanche bouffante… Ses cheveux d'ébènes tirés en arrière et son masque sur le visage.
Et il jouait… Il jouait avec tant de douceur un air aux accords mélancoliques. L'orgue semblait s'accorder à merveille avec ses émotions, instrument normalement puissant, il était désormais d'une douceur enveloppante.
La jeune femme remarqua, au contact de son pied avec la première marche humide, qu'elle était pied nue. Un frisson dû au froid la traversa tandis qu'elle descendait peu à peu les escaliers en silence jusqu'à son Ange, mais lorsque la voix de celui-ci s'éleva dans l'air, elle ne bougea plus. Elle ne devait avoir parcouru que la moitié des marches, il ne pouvait encore la voir…
Son chant était si mélodieux… Si pur…
« Personne ne voulait écouter,
Personne, mais elle, elle a entendu
Le paria que je suis, »
Sa voix était telle une douce berceuse éthérée qui résonnait dans son esprit… Son orgue résonnait à peine, tandis que les clapotis de l'eau la berçaient telle une enfant.
« Honteux dans la solitude
Évité par la multitude,
J'ai appris à écouter,
Dans mon obscurité,
Mon cœur a entendu la musique »
Il n'était qu'un pauvre homme, rejeté par les autres pour une difformité dont il n'était nullement coupable. C'étaient les autres qui l'avaient conduit à être ce monstre qu'ils décrivaient… Un monstre… pour survivre dans ce monde impie qui préfère la beauté du corps à celle de l'âme. Mais Christine voyait…
« Je voulais l'enseigner aux autres,
Me lever et atteindre le monde,
Personne ne voulait écouter,
Moi seul pouvais entendre la musique, »
… Elle voyait qu'au-delà de cette noirceur qui le consumait, il avait la même âme qu'elle. Une âme bercée par le tourment et blessée par la vie. Elle vint à descendre doucement les marches, et alors qu'elle était sur le point de le rejoindre définitivement, elle se figea lorsque celui-ci se retourna pour plonger son regard larmoyant dans le sien si doux et empli de compassion. Depuis le début, il savait qu'elle était là… Qu'elle écoutait…
« Puis enfin, une voix dans l'obscurité,
Semblait pleurer : « je vous entends »,
« J'entends vos craintes, votre tourment et vos larmes », »
Leur rencontre avait absolument tout changé en Christine, ce jour où l'Ange de la musique lui était apparu, le jour où sa douce voix avait raisonné dans son esprit et son âme, elle avait commencé à lui vouer un véritable culte.
« Elle a vu ma solitude,
Partagé mon vide,
Personne ne voulait écouter,
Personne, mais elle, elle a entendu
Le paria que je suis, »
Elle l'avait entendu, elle l'avait aimé immédiatement, du haut de ses sept ans, comme l'on pouvait aimer quelqu'un à cet âge-là. Elle était l'orpheline, il était le paria. Et tous deux savaient ce qu'étaient la souffrance et la solitude.
« Personne ne voulait écouter,
Personne, mais elle, elle a entendu
Le paria que je suis, »
Raoul ne savait pas ce qu'était cette souffrance infinie de l'âme, cette sensation que rien ne pourra jamais guérir la plaie béante qui ronge votre cœur.
Raoul… Il ne l'avait pas reconnu lors de sa première visite de l'Opéra…
Raoul n'avait pas été là durant les dix années où Christine se battait contre le chagrin qui rongeait son âme.
Non, il n'y avait eu que lui. Son Ange. Lui et seulement lui. Et tandis qu'Erik s'approchait d'elle avec douceur, elle se laissa aller contre lui, chantonnant avec douceur.
« Personne ne voulait écouter,
Personne, mais l'Orpheline
Entendit le Paria qu'il était. »
Ses doigts se perdirent dans ses boucles brunes, les bras de Christine s'enroulèrent autour de sa nuque et elle se hissa sur la pointe des pieds, cachant son visage larmoyant dans le creux de son épaule.
« Aucun mot, aucune excuse, aucune chanson ne réparera ce que j'ai fait. Mon âme se meurt depuis ce soir-là sur les toits. »
Le bras d'Erik vint envelopper la taille de la jeune femme avec force tandis que l'autre maintenait son visage contre son épaule. Il avait enfoui son propre visage dans sa chevelure brune et Christine ne sentit que trop bien les larmes de celui-ci atterrir dans sa chevelure.
« Je vous en prie, pardonnez ma naïveté. Pardonnez mon manque de courage. »
Christine se confondait en excuse, à chaque inspiration, elle gorgeait ses poumons de cette odeur de rose, comme si elle était la dernière qu'elle pourrait respirer. Elle s'attendait à tout moment qu'il la repousse, la châtie, l'insulte. Mais il n'en fit rien. Il la berçait simplement dans ses bras, fredonnant ce même air qu'il avait toujours chanté… L'Ange de la musique…
« Christine…
- Je t'en prie, garde-moi avec toi. Disparaissons ! »
Lentement, il la repoussa, ses mains aux nombreuses cicatrices prirent son visage en coupe et leurs yeux s'entremêlèrent. Christine vit en les prunelles de son Ange un infini désespoir qui se mélangeait à la perfection avec l'amour qu'il éprouvait pour elle. Mais au fond, tout au fond de ses yeux, elle vit une détermination qu'elle n'y avait jamais encore vu.
« Pas maintenant Christine… Pas maintenant…
- Pourquoi ? Pourquoi ne pourrions-nous pas nous enfuir… »
L'homme la repoussa avec douceur et lui tourna le dos.
Pourquoi ne l'affrontait-il jamais de face ?
« Cet endroit est mon Opéra. J'y resterai, quoi qu'il arrive.
- Mais…
- … Chante mon Opéra, Christine. Joue le rôle d'Aminta. Montre-leur à tous ton talent. Le Triomphe de Don Juan… Le rôle d'Aminta, j'ai tout écrit pour toi. Et seulement pour toi. »
Christine fixait l'homme face à elle, il s'était retourné, plongeant son regard plus brillant que le feu d'un volcan dans ses yeux noisette d'enfant. Elle semblait si frêle, si apeurée. Elle voyait en ses prunelles si froides habituellement brûler un désir fou, celui d'être enfin reconnu comme un Ange musical et non comme un Fantôme revenu des enfers.
« Mais pourquoi ?
- J'ai mis dix longues années à écrire cet Opéra. À peine as-tu chanté que les premières notes me sont venues. Une femme se fichant de la beauté, une femme ne rêvant que d'amour. Et un homme fou amoureux d'elle… Malgré un passé obscur… Qui connait la rédemption dans les yeux de celle qu'il aime… Je t'en prie Christine…
- Et après… Que se passera-t-il ?
- Nous disparaitrons. Accorde-moi ta confiance… »
Il s'était avancé jusqu'à elle et caressait avec tendresse son visage candide. Elle était d'une beauté insolente et cela faisait vibrer toute l'âme d'Erik. Il osait la toucher, la regarder, lui parler… Il osait l'aimer. Encore un peu de patience, et elle serait à elle, pour toujours.
« Promets-moi que tu ne feras de mal à personne. Promets-moi qu'il n'y aura plus aucune victime.
- Je te le promets.
- Promets-moi que nous vivrons heureux. »
Leurs bouches n'étaient qu'à quelques millimètres l'une de l'autre, mais une fois de plus, l'Ange brisa cet instant hors du temps en se reculant.
« Christine, fait confiance à ton Ange… »
La jeune femme acquiesça doucement tandis que le Fantôme était allé abaisser une poignée. Un miroir s'ouvrit et un escalier leur fit face.
« L'escalier mène aux écuries, pars, nous nous retrouverons plus tôt que tu ne le crois. »
La jeune femme commença à monter les escaliers, mais fit rapidement volte-face. Dans un geste d'amour, elle se jeta dans les bras de son Ange et embrassa avec tendresse sa joue qui n'était pas cachée par son masque. Celui-ci vint simplement embrasser son front en retour avant de la laisser partir.
Savait-il réellement ce qu'il faisait ? Pourrait-il vraiment tenir sa promesse ?
Il n'en était aucunement certain…
