Hello,
Y a eu des bugs la dernière fois que j'ai posté donc vérifiez qu'il ne vous manque pas un chapitre avant d'attaquer celui-ci.
Monkey wrench signifie clef à molette et ça m'a fait rire.
J'espère que ça vous plaît toujours. Merci à Arthemys pour sa review !
Le dimanche se traîne comme un dimanche. Pas de nouvelles de Swan. Alice disparaît durant la journée. Papa me propose d'aller pêcher mais j'ai la flemme. Et puis surtout, je n'ai pas envie de me retrouver seul en tête à tête avec lui. Je le connais : il voudra me faire cracher le morceau sur le pourquoi du comment j'ai séché vendredi dernier, pourquoi c'est important que j'aille en cours, combien je suis pas con et qu'il faut pas que je ruine mes chances d'aller dans une bonne université.
Papa croit que j'ai des capacités. Il dit que ce serait dommage de les gâcher.
Si c'est vrai que j'ai des capacités, je sais pas vraiment quoi en foutre. Franchement, j'ai qu'une envie ces derniers temps : que toute la merde qui nous concerne Swan et moi s'arrête.
Mais je suis plus un gosse et je sais bien que les désirs ne deviennent pas réalité pour peu qu'on le veuille suffisamment fort. La vie, c'est pas un Disney.
Alors, en milieu d'après-midi, quand je me rends compte que rien n'arrivera dans cette journée qui se traîne, je vérifie sur mon téléphone que c'est le bon dimanche et prends la décision d'aller au Monkey Wrench.
De toute façon, faut que je change mes essuie-glace.
Je crie à moitié en arrivant dans le salon :
« Maman ! Je vais au Monkey ! »
Ma mère me regarde d'un air désabusé.
« Tu y vas pour ta voiture ou pour Rosalie ? »
Ma mère aime bien Rose, je le sais. C'est rare. La plupart des filles peuvent pas supporter cette pimbêche râleuse. Tous les gars de la ville fantasment sur elle, donc forcément, ça aide pas à se faire apprécier par la gent féminine. Même moi… Je sens que je rougis rien qu'à penser à elle.
« Maman… J'ai plus douze ans.
- Mais tu as toujours bon goût, elle me charrie. Tu la salueras de ma part ?
- Ouaip.
- Et tu lui diras que je viens bientôt faire la révision du 4x4. »
J'acquiesce et file dehors.
Ma fidèle Volvo m'attend. Plus fidèle qu'un chien, et en plus elle ne change pas d'emplacement dans mon dos.
Je vois pas pourquoi il nous faudrait une femme pour être heureux. Je ricane.
Putain ! Je suis tellement à côté de la plaque que je me fais rire avec mes propres blagues de merde !
Ou alors c'est l'effet Rosalie. En vrai, Rose, sous ses airs de bouledogue blond, elle est presque sympa. À Forks, on raconte des trucs sur elle : j'ai jamais trop écouté. Moi, j'ai su par maman qu'elle avait vachement souffert et que c'était incroyable ce qu'elle était résiliente.
J'ai dû chercher la définition dans un dico pour être sûr de comprendre ce qu'elle me disait.
J'aime bien aller au Monkey. Surtout le dimanche.
Le Monkey, c'est un garage qui paie pas de mine. Rosalie le tient depuis trois ans maintenant et personne n'a à s'en plaindre. Au début, les gens se foutaient d'elle en disant qu'une femme n'y connaissait rien en mécanique et que son affaire allait pas faire long feu. Enfin, je crois, j'avais quatorze ans quand elle a commencé : j'ai pas tout suivi. À l'époque les voitures ça m'intéressait pas trop. J'avais rien d'autre en tête que la paire de nichons de Miss Sutherland, la remplaçante d'espagnol.
Sur la route, je tripote le bouton de la radio qui crachote toujours autant. Je demanderai à Rose de jeter un coup d'œil dessus, tiens.
« Salut, Rosalie ! »
Elle me répond pas, la tête sous un vieux capot cabossé. Une dame assez âgée est penchée à ses côtés : elle a des mocassins vert tendre d'un mauvais goût absolu. Elles ont leurs deux paires de fesses moulées dans deux bleus de travail. Y en a vraiment un qui est plus sympa que l'autre.
Je me force à ne pas regarder. Rosalie me tuera si elle me découvre en train de mater son cul et celui d'une cliente. Elle rigole pas avec les regards lourds.
La vieille est en train de se faire expliquer des trucs par une Rosalie revêche :
« Non mais c'est pas étonnant que vous ayez des problèmes avec votre moteur ! Fallait venir plus tôt, merde ! Vous avez vu comment l'huile est noire ? Ça va tout vous encrasser, bordel ! »
Parce que c'est ça que les gens oublient.
Outre sa vulgarité, Rose est une chic fille. Un dimanche après-midi par mois, elle ouvre son garage au public pour montrer comment réparer les quelques broutilles de leur voiture. Elle explique, répare, envoie chier les mecs qui croient lui apprendre son métier, apprend aux filles à changer une roue sans se casser un ongle, montre comment vérifier l'huile moteur et ouvrir un capot sans se coincer les doigts.
Et rien que pour ça, je l'admire énormément.
Y a deux gosses qui courent partout sur le parking. Enfin, le parking… Y a trois places qui se courent après. Je reconnais les mômes : des petits Quileutes de la réserve d'à côté. D'ailleurs, leur mère les houspille en leur courant après :
« Revenez ici avant que j'en parle à votre père ! »
Je crois que c'est Emily, la femme de l'adjoint du shériff, celui qui bosse à la réserve. Elle est plutôt jolie. Le profil droit est très beau. Le profil gauche… De grosses cicatrices blanches strient ses joues bronzées. On dirait qu'elle s'est fait attaquer par un loup quand elle était petite.
Elle me salue :
« On s'est déjà vus ?
- Sûrement, je réponds. Forks est pas bien grand.
- À qui le dites-vous ! »
Elle est mignonne quand elle sourit. Elle a l'air douce.
Je l'ai déjà vue, plusieurs fois, à la piscine. Je crois qu'elle fuit un peu la réserve, parfois.
Je peux comprendre. Déjà que Forks c'est minuscule et que tu peux pas faire un truc sans que toute la ville soit au courant, la Push ça doit être tellement pire !
« Emily ! Va faire jouer tes gosses derrière sur le terrain vague ! Ils sont trop près de la route, là ! »
Rosalie apostrophe Emily comme si elles se connaissaient bien. Elles sont peut-être copines même si c'est la première fois que je vois un Quileute dans son garage. D'habitude, les Quileutes vont chez le mec qui a réparé la voiture de Swan, un certain Kill ou Bill Ataera ou un truc du genre.
À part la vieille toujours la tête dans le moteur et la Quileute, il n'y a personne au Monkey : il fait froid, les gens ont pas envie de sortir.
Rosalie m'accueille avec un « Cullen ! » aboyé plus qu'articulé. Je lui souris, un peu intimidé, comme toujours quand je la vois.
Faut me comprendre. Rosalie est belle. Et à chaque fois j'oublie à quel point elle est belle.
Elle aurait pu faire mannequin, si elle l'avait voulu. Mais on fait pas toujours ce qu'on veut.
« Salut. Tanya est là ? »
Rosalie plisse les yeux.
« C'est pour elle que t'es venu ?
- Non, mes essuie-glace…, je bafouille en rougissant.
- Elle est à la plage, avec un blondinet pas très poli qui a un beau petit cul. Quant aux essuie-glace, tu sais où les trouver. »
Elle doit parler de Mike. Ce salaud l'a emmenée à la plage ! Sans me prévenir, en plus !
Rosalie me crache :
« Oublie pas que tu me dois des sous ! Tu me règles aujourd'hui ou je te coince les couilles dans les engrenages de mon élévateur. »
J'opine : j'ai jamais trop su s'il fallait prendre ses menaces au sérieux. Pour l'instant mes couilles sont sauves, alors bon, c'est qu'elle doit m'apprécier un peu, finalement... Je lui passe le bonjour de ma mère.
Elle m'accorde un de ses rares sourires :
« Je sais ce que je lui dois.
- T'es sa putain de chouchoute. »
Elle rigole. C'est fou comment elle est belle quand elle arrête d'être sérieuse !
Maman s'est occupée de Rosalie et de ses sœurs il y a quelques années, quand les filles étaient encore toutes mineures et que Rose n'avait pas encore de boire de l'alcool dans les bars du coin. La mère de Rose est morte d'overdose et son père buvait plus d'alcool en une journée que les voitures de Forks ne consommaient de diesel en un an. J'exagère à peine. Je sais pas ce qui s'est passé et de toute façon j'ai pas envie de le savoir. En tout cas, depuis trois ans, Rosalie pourvoit aux besoins de Tanya, Kate et Irina. Son garage marche du tonnerre. Au début, les gens venaient parce qu'ils avaient pitié d'elle. Et puis finalement ils viennent parce que c'est la meilleure en son domaine.
« Y a personne d'autre ? » je demande.
D'habitude les dimanches Monkey sont blindés. Tout Forks se ramène pour discuter mécanique. Je crois qu'il y a même un mec qui veut ouvrir un bar associatif pas loin pour accueillir tout le monde et proposer des bières aux gens de Forks.
Là on n'est que trois clients.
« Y a match, répond laconiquement Rosalie.
- Tu devrais fermer quand y a match, tu ne crois pas ? » demande Emily.
Rosalie ne répond pas. Moi, j'aime bien. C'est calme. Rose, elle me pose jamais de question. C'est comme avec Emmett : il y a pas de pression. Aucun d'eux n'attend quelque chose de moi.
« Oh non, c'est très pratique pour moi de venir quand il y a personne, répond finalement la vieille qui a tout écouté d'une oreille. Dites, Rosalie, vous pouvez m'aider à tourner le bouchon s'il vous plaît ? »
Je change mes essuie-glace puis m'assied sur le capot pour observer Rosalie faire son cours à la vieille. Elle parle rapidement, un peu sèchement, mais j'aime bien. Je l'ai toujours connue comme ça.
Quand la dame s'en va, elle me retrouve.
« T'es toujours pas parti ?
- J'ai pas envie de rentrer. »
Elle soupire :
« Le blues du dimanche soir ? Je connais. C'est aussi pour ça que j'ai ouvert mon garage. Ça m'aide à lutter contre. »
Et là, je sais pas pourquoi. Peut-être parce que Rosalie n'a posé aucune question, parce que je l'ai vue à la maison, il y a quelques années, dormir avec ses trois sœurs quand maman refusait qu'elles aillent dans des foyers différents, parce que c'est la grande sœur de Tanya et qu'elles se ressemblent un peu, parce qu'elle est extérieure à ma vie et qu'elle ne peut pas prendre parti, peut-être parce que tout ça à la fois… En tout cas je lui balance :
« J'ai mis une fille enceinte. »
