Installés tous deux dans leur salon privatif, la brune étouffe plus ou moins discrètement ses nombreux bâillements. Sous l'œil attentif de Drago, occupé à apporter les dernières modifications à la potion de polynectar. Il reste particulièrement admiratif de sa capacité à rester lucide, après tant de nuits passées à écumer les preuves en leur possession.
Encore un jour les séparent des différents bals dissiminés dans la Cité des masques, et Hermione se refuse à attendre placidement l'événement. Rester inactive la rend folle. Bien sûr, elle avait déjà lu l'entièreté de tous les ouvrages qui auraient pu éventuellement les aider, mais rien n'avait retenu son attention jusqu'à présent. À croire que la source de magie utilisée par Viscum n'est connue que de celui-ci.
Lassée de voir les lettres se mélanger en des entrelacs abstraits, la jeune femme s'étire doucement sous les protestations sonores de ces vertèbres. Elle grimace. Elle n'a pas encore la trentaine et ces articulations pleurent déjà de désespoir. Heureusement qu'elle n'a jamais songé à faire carrière dans le Quidditch... Et que Drago consent toujours à lui laisser le lit. Une fois debout, son regard se porte tout naturellement sur son coéquipier. Alors qu'elle s'attendait à le voir s'affairer au dessus de son chaudron, elle tombe nez à nez avec ses prunelles si... insaisissables. Tantôt jour de pluie ou nuit d'orage, elles sont actuellement de la couleur d'un ciel dépourvu de nuages. Dans un sursaut de lucidité, elle détourne le regard accompagné d'un raclement de gorge.
- Je suis désolée mais je dois aller faire des courses. Des... cartes postales. Pour mes parents. Apparemment, c'est à Venise que j'aurais été conçue alors ça leur rappelle des souvenirs, tu comprends. Enfin bref, à plus tard !
Le blond reste interdit alors qu'Hermione s'empresse de quitter la chambre, emportant avec elle son manteau et son sac Camel. Une fois dans le couloir, elle se mord les lèvres, mortifiée. Mais pourquoi elle a dit ça ? Sur toutes les excuses possibles et imaginables, il a fallut qu'elle aborde ce sujet en particulier. Et quel sujet... Celui de sa conception, rien que ça. Comment le blond arrive-t-il à lui faire perdre tous ses moyens ? Par Merlin, elle ne pourra plus jamais lui faire face, à lui et à ses si belles iris. Une gifle mentale plus tard et la voilà qui parcoure la ville à la recherche du premier bureau de poste présent dans les parages.
Le problème, c'est qu'elle ne connait absolument pas la Sérénissime et très vite, elle s'égare dans les recoins étroits et secrets dont Venise regorge. Même le brouhaha incessant des touristes ne semble plus exister en ces lieux. L'ambiance est plus feutrée, presque inquiétante. Les portes grincent et des murmures accompagnent ses pas, loin des rires de l'axe principal. Deux revers d'une même médaille.
Fichu orgueil... Si son cerveau ne se mettait pas en pause dès qu'il est en présence de son partenaire, elle n'en serait pas là, dans cette ruelle, en tout point semblable à une allée des Embrumes italienne. Elle a beau avoir sa baguette à porter de main, elle n'en mène pas large. Elle décide néanmoins de garder la tête haute, défiant quiconque de l'approcher. Il est toujours plus probable d'attirer les ennuis en les fuyant comme la peste plutôt qu'en étant prêt à les affronter.
Quelques pas supplémentaires et le luxe n'appartient définitivement plus qu'au passé. Contre des escaliers extérieurs, quatre yeux la suivent dans sa progression tandis que leurs bassins se mouvent d'une façon des plus explicites. Hermione se mord les joues face à une telle débauche, mortifiée par ce spectacle. Désireuse de mettre le plus de distance entre elle et les Passionnés, elle continue sa progression d'un pas rapide. La cité semble avoir un pouvoir étrange sur ses occupants... Pouvoir auquel ont sûrement succombé ses parents.
Les trouées semblent ne plus en finir et notre aurore tombe régulièrement dans des impasses, sous le regard attentif d'anonymes qui chuchotent à son passage entre une ou deux prises d'opium. De plus en plus mal à l'aise, elle est tentée de faire demi tour. À priori, ce n'est pas dans ces tréfonds qu'elle risque de croiser une boite aux lettres... Tout ça pour donner une crédibilité toute relative à l'explication fournie à son coéquipier. Un rire nerveux lui échappe lorsqu'elle se rend compte de l'absurdité de la situation. En espérant au moins que cette petite sortie ai donné à Drago le temps, et la concentration nécessaire, pour ajuster les vertus de la potion.
Au moment où elle s'apprête à quitter définitivement cet endroit plus que dérangeant, une devanture attire son attention. Pourtant, rien n'est particulièrement flatteur et hors du commun dans sa devanture. Bien au contraire. Dans un bois aussi sombre que les bâtisses qui l'encadrent, elle n'invite à la flânerie, de son intitulé bancale à sa vitrine qui semble n'avoir jamais vu le moindre attrape poussière. Le verre est tellement opaque qu'Hermione n'en distingue même pas l'intérieur. Seul un raie de lumière faiblard filtrant de sous la porte et un écriteau "ouvert" indiquent que le magasin n'est pas laissé à l'abandon.
Ses sourcils se froncent par réflexe. Il est certain qu'elle ne trouvera ni timbres ni enveloppes ici, mais elle ne peut s'empêcher de s'approcher, intriguée plus que de raison. Les planches du court escalier menant à l'entrée plient sous son poids, gorgées d'humidité. Un heurtoir en forme de lion orne la porte, assortie à la poignée en laiton doré recouverte de nombreuses tâches d'oxydation. Cette dernière n'a pas l'air d'avoir été touchée depuis des années et c'est avec un léger froncement de nez qu'Hermione s'en empare. Elle regrette de ne pas avoir revêtit ses gants moldus avant de partir. Merlin seul sait ce que ce bout de métal a traversé.
Seulement, la jeune auror a un peu de mal à pousser la porte. À l'image des marches extérieurs, le battant fait des siennes, n'ayant sûrement pas été sec depuis des années. En forçant un peu plus, il se décoince brutalement, emportant la brune avec lui. À deux doigts de s'étaler sur le vieux parquet, elle retrouve de justesse son équilibre. Le son aigu d'un clochette l'accompagne quand elle reprend contenance. De même qu'un claquement sourd. En sursaut, elle se retourne... pour découvrir l'endroit d'où elle provient de nouveau cloisonné. À croire qu'une porte est toujours plus facile à fermer qu'à ouvrir...
Alors qu'elle s'essuie les mains contre son pull heureusement noir, elle examine la pièce dans laquelle elle vient d'atterrir. Une pièce à faire pâlir de jalousie feu professeur Rogue et sa réserve pourtant grandiose. Une chance que ce ne soit pas Drago qui ait découvert les lieux. Elle aurait dû faire cavalier seule pour tout le reste de l'enquête. Même si elle n'a pas un attrait pour les potions aussi poussé que le prince de sang mêlé ou son filleul, elle doit bien reconnaître que ces étagères regorgent de trésors. Son regard se porte sur ce qu'elle devine être un comptoir. En aussi mauvais état que le reste de la bicoque, Hermione peut apercevoir des amas grouillants sous les bordures sculptées qui l'entourent. Des nids d'araignées. Un seul mouvement brusque, et le cocon se disloque en des centaines d'individus à huit pattes. Heureusement, il n'y a personne derrière la caisse pour en arriver à cette extrémité. Et toute gryffondor qu'elle est, elle se passera bien de faire le ménage.
Maintenant persuadée d'être seule, la jeune femme s'approche des bocaux placés au plus proches d'elle. Son nez presque collé à la surface poisseuse, elle plisse légèrement les yeux pour en deviner, avec le plus de clarté possible, les contours. C'est impossible que ce soit l'ingrédient auquel elle pense... Il est introuvable dans n'importe quel herboristerie moldue. Sans compter qu'on est pas sur le chemin de traverse. Et pourtant, son esprit avisé ne lui a pas fait défaut. Il s'agit bien d'une racine de mandragore.
Son regard vole de pots en pots. Certains sont dotés d'étiquettes qui donnent des renseignements sur leur contenu, d'autres non. Une grimace lui échappe lorsqu'elle aperçoit un lutin de Cornouaille flottant dans ce qui semble être du formol. Ses grands yeux vitreux la fixent sans la voir et c'est sans s'attarder davantage qu'elle traverse la pièce pour s'éloigner du spécimen.
Ce côté là de la pièce se concentre plus sur les baies et autre fruits. Houx, sureau, dictame... et des baies blanches qu'elle, chose très rare, n'arrive pas à identifier. Décidée à satisfaire sa curiosité, Hermione se met à décrypter le nom inscrit sur le papier jauni. L'encre qui a bavé avec le temps ne lui rends pas la tâche facile...
Son estomac se tord lorsqu'elle parvient à le déchiffrer. Quelques secondes plus tard, un bruit d'étonnant envahi la bicoque, faisant trembler les murs. Puis, elle est de nouveau vide. Aussi figée qu'avant l'arrivée de l'ancienne gryffondor.
Dans la réserve, une jeune femme sourit. En espérant que la brune ai compris le message qui lui ait été adressé et que le fauteur de trouble reçoive ce qu'il mérite. Venise doit retrouver sa tranquillité. Il est temps qu'elle la reprenne.
Hermione avance à grands pas en direction de son hôtel. Mais comment n'y a t'elle pas pensée plus tôt ? C'était tellement évident ! Tant pis si elle revient sans son alibi d'origine, mais sa gêne initiale n'est rien contre la découverte qu'elle vient de faire. Il faut impérativement qu'elle en parle à Drago. Qui sait ce que ça peut apporter dans l'avancée de l'enquête...
C'est presque en courant qu'elle traverse la hall, sans prêter la moindre attention aux peintures qui l'avaient tant captivée jusqu'à maintenant. Sans se préoccuper de frapper, elle entre brusquement dans leur chambre, légèrement essoufflée par sa course.
- Drago, je...
Elle est incapable de continuer sa phrase, étourdie par ce qu'elle a sous les yeux. Son coéquipier, vraisemblablement tout juste sorti de la douche, son corps encore humide seulement caché sous la taille par une épaisse serviette blanche. À priori, il ne s'attendait pas à son retour...
- Oui, Hermione ? Tu as quelque chose à me dire ?
- Oui je...
Ses joues chauffent à mesure que l'ancien Serpentard se rapproche d'elle. Ne peut-il pas se couvrir un peu ? Et n'a t'il pas conscience de l'attraction qu'il provoque seulement par sa démarche ?
Lentement, il envahit son espace, une lueur indéfinissable dans le regard. S'est-elle transformée en vélane le temps de sa sortie pour qu'il soit si... fasciné par sa simple présence ? Son odeur de gel douche à l'aloe vera, rien que ça, emplie ses narines lorsqu'il l'emprisonne dans son ombre. Pourquoi agit-il soudainement de cette façon ?
- Alors mon ange, on a perdu sa langue ? Je t'ai connu plus bavarde.
Son souffle soulève quelques boucles de la brune près de son oreille, lui arrachant un frisson... Rien n'est normal dans cette situation. Pourtant, elle est certaine de ne pas rêver. Les sensations sont beaucoup trop intenses pour que ce soit seulement un pur produit de son imagination. Cependant, elle aurait préféré que ce soit le cas. Car il est maintenant indubitable qu'elle est attiré par son partenaire. Et à en juger par le regard possessif qu'il pose sur ses lèvres, ce sentiment est partagé. Sans se quitter des yeux, leurs visages se rapprochent lentement l'un vers l'autre. Lascivement.
- Hermione ?
~
Vous me détestez non, de couper à un moment aussi fatidique ? Petite confidence : en tant que grande lectrice de dramione, je me détesterai aussi.
En espérant que ce chapitre vous ai quand même plu, et que vous serez au rendez-vous pour la suite ! Ça me ferai vraiment plaisir de lire vos retours :)
Dramionement vôtre,
~RowenaMortentia~
