Bonjour, bonsoir tout le monde. Cette fois-ci, point de retard et un chapitre tout beau tout neuf au rendez-vous.

Bonne lecture à tous et à jeudi prochain.


Je retire un fétu de paille de la manche de ma veste. Cette grange perdue au milieu de la forêt est peut-être l'endroit le plus discret qu'on ait pu trouver pour s'entrainer à la transformation mais ça reste très inconfortable. Je me souviens qu'on y allait parfois avec Shikamaru, Choji et Naruto pendant les exercices à l'Académie. Quand le dôjo était occupé, c'était là où on se rendait pour être tranquille. Je m'étais toujours dit que j'emmènerai ma petite amie ici si l'occasion se présentait. Mais non, au lieu de ça, je me retrouve affublé de Neji Hyuga. Enfin, affublé, c'est vite dit. Après tout, ce n'est pas si désagréable que ça. Pendant que je suis assis sur ce fichu tas de foin qui gratte, lui s'est installé un peu plus loin et compose des signes avec ses mains.

« Au lieu de penser à je-ne-veux-pas-savoir-quoi, tu pourrais m'aider, non? grogne Neji en s'asseyant en tailleur dans la poussière.

-Écoute, j'hésite avant de le rejoindre, je ne sais pas du tout comment tu pourrais faire. Pour moi, ça vient juste quand je le veux, je ne sais pas vraiment l'expliquer...

Il joint de nouveau les mains pour exécuter un autre signe. Ça ne fonctionnera sans doute pas de cette manière si ça n'a pas marché les autres fois. Nous avons suivi les maigres instructions du manuel de Shisui mais il semble qu'il ait été aussi dépassé par les événements que nous le sommes aujourd'hui. Malgré tous ses efforts, Neji n'a toujours pas réussi à ne serait-ce qu'amorcer un processus de transformation. C'est indiqué dans le livre qu'il est infiniment plus difficile de maîtriser les pouvoirs de l'Oiseau que ceux du Loup. Mais un génie tel que lui devrait pouvoir y arriver.

-Combien de fois devrais-je te répéter que je suis tout sauf un génie? s'exclame-t-il soudain en défaisant son signe de mains.

Ça aussi, ça fait partie de ce que je découvre de lui, jour après jour. Il se considère comme le plus normal des types sur cette Terre et ne supporte même pas l'idée qu'on puisse l'admirer pour ses capacités. Je ne sais pas pourquoi ça le dérange tant que ça qu'on puisse lui dire à quel point il est doué. Parce qu'il est doué et même beaucoup plus que ça. Je crois qu'il ne prend pas vraiment ça pour un compliment, aussi étrange que ça paraisse.

-Ce n'est pas très agréable d'être tout le temps regardé comme une espèce de génie au dessus du lot. Les gens en ont peur, en général.

-Et ce n'est pas non plus très agréable de se dire qu'il y a quelqu'un qui surveille ce qu'on pense, je réplique. Les gens ne font pas ça, en général.

Il me regarde d'un air mauvais. Je sais bien qu'il ne le fait pas exprès et il a au moins la gentillesse de me prévenir en me répondant à chaque fois que ça arrive. Mais il n'empêche que c'est souvent embarrassant. Surtout que notre relation évolue de plus en plus vers un point vraiment gênant. Je ne compte plus les fois où on s'est retrouvé l'un au dessus de l'autre, riant aux éclats, rouges et haletants à force de chahuter. Oui, ça paraît difficile à croire de la part du grand et glacial Neji Hyuga mais ça nous arrive plus souvent qu'on ne pourrait le croire. Mais il vaut mieux que j'arrête de penser à ça si je ne veux pas empirer la situation. Où j'en étais déjà? Ah oui, ce que je pense ne regarde que moi. Je lui fais souvent remarquer que ça me déplait mais il semble incapable de se défaire de cet automatisme. J'arrive pourtant bien à contrôler mon odorat dont la puissance a doublé ces derniers temps. Shisui a écrit que ce genre de choses étaient normales et que, si elles peuvent se révéler perturbantes, elles s'atténuaient au fil du temps.

-Bon, ça suffit, j'en ai assez! déclare brusquement Neji

Je le regarde se lever sans rien pouvoir y faire. Il s'éloigne à grands pas, il a l'air furieux. Je peux sentir sa colère m'oppresser.

-Attends, je tente maladroitement en me ruant vers lui. Je...

Il n'attend même pas la fin de ma phrase. D'un geste adroit, précis et dévastateur, il me stoppe dans mon élan. Je tombe, genoux à terre. L'endroit de ma poitrine où il a frappé me brûle horriblement. Même en entrainement contre Hinata, je n'avais jamais ressenti une telle chose. Je repense au combat de Naruto durant notre premier examen des Chunins. Je comprends ce qu'il a dû vivre. Mais il s'en est sorti alors que je n'aurais pas tenu deux minutes sous des coups pareils. Il me lance un regard que je devine énervé et un peu attristé avant de tourner les talons.

-Je continuerai seul, crache t-il tout en fermant la porte. Ce n'est pas comme si tu m'étais d'un grand secours et puis, j'y arriverai facilement puisque je suis un tel génie! Puisque je suis si parfait de toute façon!

Je reste immobile quelques instants, le temps de reprendre mon souffle mais surtout de bien me rendre compte de ce qui vient d'arriver. Je me laisse lourdement choir sur la paille tiède. Quel idiot je fais! J'aurais dû éviter de m'emporter comme je l'ai fait. En même temps, il sait très bien que je déteste qu'il m'écoute penser. Mais je sais tout aussi bien qu'il ne supporte pas qu'on lui fasse remarquer qu'il est un génie. Je suis un imbécile, un parfait crétin... On est tous les deux de parfaits crétins.

Profitant du soleil qui traverse la lucarne du toit et déverse à l'intérieur de la grange une douce chaleur, je m'allonge sur le côté et ferme les yeux. J'imagine Neji, comme si rien n'était jamais arrivé. Il est couché près de moi, paisiblement endormi. Je trace les contours de son visage du bout de mes doigts, il sourit légèrement. J'en profite pour l'observer, sentir la douceur de sa peau. Il ressemble vraiment à un ange avec ses longs cheveux sombres qui tombent parfois sur se joues et effleure ses paupières quand le vent souffle et les emporte. Je ris tout seul, je me sens un peu idiot à m'improviser poète. Il fait un petit mouvement de tête, se réveille et me laisse découvrir une nouvelle fois ces deux magnifiques perles de nacre qui lui servent de pupilles. Vraiment, on pourrait me montrer toutes les perles de culture les plus chères du monde, je suis certain qu'aucune n'est aussi belle. Sans un mot, il s'approche encore un peu plus et pose ses lèvres sur les miennes. C'est comme s'il m'avait paralysé, je n'arrive même plus à bouger un seul muscle. Je sens ses mains descendre de mon cou sur mes épaules, puis le long de mes bras pour finir leur course sur mes hanches. Je ne résiste pas, j'en suis incapable et quand bien même je pourrais, je ne voudrais même pas. Je suis si bien que je me surprend à souhaiter que ce moment se prolonge encore un peu.

Je me relève d'un seul coup, la tête encore pleine de ce rêve à demi-conscient. Je n'ai pas pu penser à des choses pareilles, non, c'est impossible. Pourtant, quand j'y repense, je sens mon corps entier frissonner. Je n'ai plus qu'une seule envie : qu'il soit là, à mes côtés, à portée de lèvres. Cette sensation de plénitude me manque déjà. Mais d'un autre côté, tout ça me fait peur. Affreusement peur, même. Il faut que je le retrouve, je ne veux pas le laisser seul plus longtemps. Rapidement, je commence à me transformer tout en enlevant mes vêtements pour ne pas les déchirer. L'opération ne me prend pas plus de quelques secondes. Je me sens un peu mal par rapport à Neji à qui une heure ne suffit même pas. Je range toutes mes affaires dans mon sac. Il ne faut encore quelques instants pour m'adapter. C'est comme si j'étais monté sur une paire de ressorts, la moindre minuscule impulsion du pied peut m'envoyer à plusieurs mètres si je ne fais pas suffisamment attention. En plus, je suis vraiment immense, plus de deux mètres cinquante, d'après ce que j'ai calculé. Autant dire que je me sentirais plus à l'aise perché sur des échasses. J'attrape mon sac d'un geste si vif que je manque d'arracher la lanière et vais ouvrir la porte. Je dois surtout penser à me faire discret une fois dehors mais si avec ma vitesse et compte tenu que cette partie de la forêt est pratiquement déserte, je suis tranquille.

-Ah, ça y est, je vous tiens! hurle une voix alors que la porte n'est qu'entrouverte. Sales gosses!

Je sors à la lumière du jour, il semble s'être écoulé plusieurs heures depuis que je me suis endormi. Un paysan tenant fermement une fourche me fait face, pétrifié, les mains crispées sur son arme de fortune jusqu'à en devenir violettes.

-Bah, me fait-il ahuri, z'êtes pas un gosse.

-Je crois que ça se vois, je réponds calmement.

La situation a franchement quelque chose de comique. Si je n'avais pas aussi peu envie de rire en se moment, je crois que je serais plié en deux. Je grogne un peu pour le faire fuir. On peut dire que c'est assez efficace pour un si petit bruit. Il recule, marmonne quelques paroles inintelligibles avant de s'enfuir à toutes jambes. Tandis qu'il court pour s'enfuir, je le dépasse et pénètre dans la forêt.

Il n'a pas plu, l'odeur de Neji flotte toujours dans l'air. Je peux suivre sa trace au centimètre près. Il n'a sans doute pas pris le temps d'effacer les indices de son passage. Je peux deviner qu'il a couru et qu'il pleurait. Je crois qu'il pleure beaucoup, ces derniers temps. Ou alors, je ne l'ai découvert que très récemment. J'aimerais pouvoir lire dans son esprit comme il le fait dans le mien. Je voudrait savoir ce qui le tracasse, l'aider à s'en sortir. Je ne veux pas le tirer vers le bas, je ne veux pas qu'il redevienne ce qu'il était avant. Je suis sa trace jusqu'aux murs du village. A partir de maintenant, il va falloir que je sois beaucoup plus prudent, de nombreux ninjas patrouillent dans la zone. J'essaie de longer la muraille tant bien que mal et arrive jusque dans une petite clairière. Les arbres ont formé un dôme de branches et de feuilles qui empêche la lumière de passer. Dans la pénombre, je distingue une créature ailée, recroquevillée sur elle-même. En m'approchant, je reconnaît Neji. Son corps est agité de sanglots. Quand il m'aperçois, son regard blanc rempli de larmes me détaille de la tête aux pieds.

-Tu vois, j'y suis très bien parvenu tout seul, soupire t-il dans un battement d'ailes en essuyant ses joues trempées.

Je m'approche doucement de lui et me heurte à une barrière invisible. A bien regarder, il semblerait qu'il se soit protégé avec ça. Quand j'essaie de la franchir, je suis violemment repoussé. Pendant que je me débats pour réussir à me relever, je sens son regard sur moi. Il se voudrait froid mais il me brûle, il enflamme chaque centimètre carré de ma peau.

-Laisse tomber, t'arriveras pas à passer...

Je m'arrête, pose mes mains sur la paroi transparente. A peine y ai-je appliqué le bout de mes doigts qu'elle devient opaque, me cachant ce qui se passe à l'intérieur. Je ferme les yeux, me concentre. Il y a forcément un moyen de la faire céder. Je pourrais y déverser ma propre énergie pour qu'elle se brise d'elle-même. Neji doit bien le savoir : c'est le principe même du Juken. Il l'a peut-être fait exprès, après tout. Ce serait bien son genre. Construire quelque chose et faire en sorte que je le détruise en lui montrant que je sais ce qu'il a dans la tête. Quand je relâche mon chakra, un grand craquement se fait entendre puis, plus rien. J'ouvre les yeux, tout est redevenu normal. Je me précipite sur le rocher, m'apprête à rattraper Neji. Avec tout l'énergie qu'il a dépensée, il doit être sur le point de s'écrouler. Ce n'est qu'une question de secondes. En effet, à peine un instant après, il se laisse tomber en arrière. Ses larges ailes me gênent mais je parviens tout de même à le poser en douceur sur l'herbe humide. Il détourne les yeux, ne m'accorde pas un regard.

-Hé, tu boudes? je le taquine

-Excuse-toi... me fait-il tout simplement.

M'excuser de quoi au juste? Qu'il lise dans ma tête? Je l'allonge sur mes genoux comme c'est devenu notre habitude dès que l'un d'entre nous est fatigué.

-Excuse-toi d'avoir dit que j'étais un génie... Et ne le pense plus jamais...

Qu'est-ce qu'il me fait-là? Je n'y peux rien s'il est aussi doué... Est-ce que c'est une insulte pour lui? En tout cas, je ne le vois pas comme ça. On ne peut qu'être admiratif devant ses talents au combat.

-Ça ne te pose peut-être pas de problèmes mais à moi, si... sanglote-t-il. Tu sais ce que ça fait quand tout le monde t'évite parce qu'ils pensent que tu les prends pour des nuls? Quand on te dit qu'on ose même pas t'approcher parce que tu es si doué que ça fait peur aux gens, même à ta propre famille? Quand on te reproche d'être né du mauvais côté de la famille parce que tu est si parfait que tu aurais fait l'héritier idéal? C'est ce qu'on me dit et me redis depuis que je suis tout petit. Je veux pas de ça... Je veux juste être un gars normal, qui doit faire des efforts et qui a des amis avec qui il peut tout partager... Je ne suis pas comme Lee ou toi...

Je me sens un peu coupable. Je n'avais jamais vu les choses sous cet angle. Je pensais que c'était le paradis, que les filles lui courraient après, que tout le monde l'adorait. Mais, en réalité, il fait peur. Son armure de froideur qu'il s'est construite, c'était sans doute pour se protéger de ça aussi. Parce que, quand je vois le gosse apeuré qui pleure, la tête posée sur mes genoux, j'avoue que j'ai du mal à savoir ce qu'on lui trouve de si inquiétant. Mais ce n'est toujours qu'une question de connaître les gens. Je ne suis pas vraiment le fonceur que tout le monde semble apprécier à Konoha. Loin de là.

-Tu sais, je le rassure. Il y a sans doute un fond de vérité dans tout ça. Tu ne peux pas nier que tu as de grandes prédispositions pour devenir un très grand ninja. Non, tu es un très grand ninja. Mais ça, c'est ce que tu veux bien montrer. Tu es plus qu'un ninja. Il faudrait peut-être que tu fasses voir un peu ton côté être humain. Parce que tu n'est pas parfait, loin de là. Et encore heureux...

Il me regarde, hébété. Ça ne me ressemble pas de faire ce genre de tirade mais on va dire que c'est juste pour l'occasion. Et puis, ça ne peut pas lui faire de mal. Je continue sur ma lancée :

-C'est vrai, regardes rien que ces dernières semaines. Tu m'as dit que tu n'avais jamais dormi chez quelqu'un d'autre en dehors des missions et que tu n'avais jamais touché un jeu vidéo de ta vie. Je veux dire que si les gens t'évitent c'est peut-être parce qu'il ne voient que l'extérieur. C'est à dire un mec super froid, très très doué et en plus, membre d'une des plus vieilles familles de Konoha. Ça a de quoi refroidir. A vrai dire, avant tout ça, tu me faisais un peu peur aussi. Je t'aurais bien parlé pendant les quelques missions qu'on nous a confié mais tu avais l'air tellement dans ton monde que j'ai même pas pu.

-Donc, si je fais peur, c'est parce que je ne dors pas assez chez les autres? rétorque-t-il, incrédule.

-Et parce que personne ne sais que t'es un super coéquipier à Shinobi Strike...

Il me sourit. Je crois qu'il se fiche un peu de moi. J'essaye de lui sourire à mon tour mais avec mon physique du moment, tout ce que j'arrive à produire c'est un rictus flippant. Il commence à rire et mon regard tombe sur ses ailes. Avec ce qui vient de se passer, je n'y avais pas vraiment fait attention mais je remarque qu'elles sont vraiment magnifiques. D'un beau blanc écru, elles sont couvertes de longues plumes. Je les effleure du bout des doigts et les sens se contracter à ce contact.

-Ah, ça chatouille... rigole-t-il

-Alors, comme ça Môssieur Hyuga est chatouilleux des ailes, hein? je fais d'une voix faussement haut perché.

Je me jette sur lui et passe doucement mes mains griffues sur ses ailes, je fais attention à ne pas le blesser. J'essaye en même temps de garder le contrôle parce qu'il a de la force, ce salaud. Il parvient à prendre le dessus – dans tous les sens du terme- et avance ses mains vers mon ventre.

-Ma vengeance va être terrible, ricane-t-il, sardonique.

Je ne sais pas si vous avez déjà entendu un loup rire mais c'est vraiment très étrange comme bruit. A vrai dire, toute la scène est particulièrement bizarre. Mais enfin, ça illustre bien ce que je disais un peu plus tôt : un parfait gamin.

-J'espère qu'on ne vous dérange pas trop, fait une voix qui ne m'est pas inconnue.

Alors que nous nous remettons brusquement debout, deux personnes sortent de la pénombre. J'arrive à mettre un nom sur la voix en question : Tenten. Elle est accompagnée de Shino et ils ne semblent pas plus surpris que ça de nous voir dans cet état. Ils tentent de s'approcher, je les repousse d'un coup de patte et vais ma placer devant Neji. C'est un pur réflexe, je ne me l'explique même pas.

-Bon, fait Tenten en se relevant difficilement, je vois qu'on a pas à s'en faire au sujet de votre instinct de survie, au moins.

Elle lance un regard à Shino qui a l'air d'approuver. Je ne comprends plus rien. Ils sont au courant pour nous? Ils ont dû nous voir. Ça ne me dis rien qui vaille. Je montre les crocs, hostile, en espérant les faire déguerpir sans dommages. Tenten se met à rire doucement.

-Du calme, on ne vous veut pas de mal... N'est-ce pas Shino?

-En effet, il confirme. Cependant, ça fait plaisir de voir que vos rôles s'imposent aussi naturellement et que vous vous entendez aussi bien.

Neji et moi nous regardons. Ils sont apparemment bien plus informés que nous.

-Bon, vous avez l'air perdus, on va vous expliquer, chantonne Tenten. Nous avons été choisis pour être vos Chevaliers. Mais, discutons de ça ailleurs, d'accord?