Pardon, encore une fois du retard, il faut vraiment que je pense à noter un pense-bête quelque part ^^'.
Voici donc le chapitre de la semaine avec un jour de retard.
La fin approche à grand pas, ça fait bizarre de se le dire.
Je me réveille soudainement après des rêves agités. Autour de moi, une chambre aux murs jaune pâle, il fait un peu trop chaud. Je mets plusieurs secondes à me souvenir de l'endroit où je suis. Le repaire des livreurs escortes. Il commence à faire nuit dehors. Je regarde la pendule accrochée en face de moi, il est bientôt sept heures du soir. J'ai passé la journée à dormir. Je cherche autour de moi, Neji n'est plus dans la chambre. Je me lève rapidement, enfile ma veste.
Avant que j'ai pu franchir la porte, Nigel entre dans la chambre, un grand sourire aux lèvres.
-C'est bon, c'est arrangé! s'exclame-t-il alors que j'évite la porte qu'il a ouvert à la volée. Vous partirez dès six heures demain avec un des compagnons.
Il s'arrête, remonte ses lunettes rondes et me dévisage un long moment.
-Ton ami n'est pas ici?
Je secoue la tête pour lui dire que non. J'avais espéré qu'il était parti se promener dans les couloirs et qu'on l'aurait peut-être aperçu mais d'après Nigel, personne ne sait où il a bien pu passer. Je commence à prendre peur. Il lui arrive parfois de disparaître une heures ou deux au village, après tout c'est quelqu'un de plutôt solitaire, mais jamais sans que personne ne sache où il est allé. Nigel m'invite à aller manger quelque chose en attendant Neji, qui, selon lui, ne va surement pas tarder.
Leur salle à manger est immense, remplie d'enfants qui n'ont pas l'air d'avoir tous beaucoup plus de treize ans. Je m'assois en face de Nigel, un plateau entre les mains. A vrai dire, je n'ai pas très faim, je m'inquiète trop pour ça. Tout en émiettant nerveusement un morceau de pain, je regarde autour de moi.
-Il n'y a aucun adulte ici? je demande, perplexe.
-J'ai dix-neuf ans, tu sais... me rétorque-t-il en vidant d'un trait une tasse de thé. Et je suis un des plus jeunes ici.
Je baisse la tête sur mon plateau, contemple les miettes éparpillées ça et là. Ce n'est pas étonnant, qui laisserait des enfants se charger de ça? Ils ont dû être engagés pour leur physique. Mais ce n'est pas ce qui me préoccupe le plus pour le moment. Il faut que je retrouve Neji, je ne me sens pas rassuré de le savoir absent, surtout quand on sait que des troupes ont sûrement été lancées à nos trousses. Je ne veux pas qu'il lui arrive la même chose qu'à Koyomi, son ancêtre.
Je me lève précipitamment, sous le regard éberlué de tous les autres et quitte la salle à manger. Dehors, il fait déjà noir mais je peux compter sur ma vision nocturne et mon odorat. Je sens la présence de Neji à quelques mètres de là. Je suis rassuré, il ne s'est pas enfui. C'est ce que je craignais le plus, le fait de se transformer aurait pu le rendre instable, d'après Shisui. Mais s'il est dans les parages, ça va. Je le cherche aux alentours du bâtiment et finit par le trouver près d'une remise. Les yeux perdus dans le vague, il se tient debout devant un arbre sans feuilles. Il a l'air épuisé et sursaute quand il m'entend s'approcher de lui.
-Oh, tu es là, finalement... murmure-t-il en vacillant.
Il fait quelques pas vers moi, chancelle et trébuche. Je le rattrape de justesse et il se redresse, fait semblant de rien.
-Qu'est-ce que tu as?
-Je suis fatigué, Kiba, me fait-il en s'éloignant. Je suis juste fatigué.
Je sais bien ce qu'il veut dire quand il me dit qu'il est fatigué : il a encore eu une vision. Ça faisait longtemps qu'il n'en avait pas eu mais elles le mettent à chaque fois dans un état pas possible. Elles l'empêchent de dormir ou même de réfléchir correctement pendant un petit moment. Je m'étais dit que ça s'estomperait au fur et à mesure qu'il en prendrait l'habitude mais il semble que je me soit trompé. Après avoir fait quelques pas sur le sol gelé, il fait volte-face, plonge son regard dans le mien.
-Qu'est-ce que tu as vu?
-Tenten et Shino, répond-il simplement. Je les ai vus tous les deux.
Vu le ton sur lequel il a prononcé ces dernières phrases, je suis en droit de penser qu'il ne leur arrive rien de bon. Et s'il avait été repérés par les ANBU?
-Voilà, c'est tout à fait ça...
Il s'approche encore de moi, pose sa tête sur mon épaule. Sa tête est lourde, il semble incroyablement épuisé. Je le sens s'endormir doucement et le secoue un peu.
-Qu'est-ce qui s'est passé?
-J'en sais rien, articule-t-il. Une équipe d'ANBU se sont présentés chez Tenten après qu'elle et les deux autres soient entrés et ils ont capturés les trois. Mais je crois que Valief a pu s'enfuir. Il faut qu'on se dépêche, Kiba... Il faut qu'on se dépêche...
Il faut surtout qu'il se repose. Depuis ce matin, il s'est transformé après s'être levé aux aurores et il a eu une vision épuisante. Alors avant toute chose, il lui faut du repos. On ne pourra pas avancer sinon. Et puis, je me fais du souci pour sa santé. Il ne dort pratiquement plus. Je passe ma main dans ses cheveux, il frissonne un peu.
-Pas la peine de t'inquiéter, je vais bien...
-Bien sûr que non, tu ne vas pas bien. Combien de temps à tu dormi sur ces trois derniers jours?
-Oh, grogne-t-il, je ne sais pas. Neuf heures, dix heures, quelque chose comme ça.
-Très bien, alors on ne partira pas avant que tu ai dormi un minimum, j'ordonne, sévère.
Ça ne me plait pas de faire ça mais j'ai peur qu'il me tombe à nouveau dans les bras si je ne le fais pas. Il fait la moue, se serre un peu plus contre moi. J'ai le cœur qui bat un peu trop vite à mon goût et, placé comme il est, il va forcément l'entendre.
-C'est apaisant, tu sais... Le bruit de ton cœur.
Il pose sa main sur mon torse et la laisse glisser doucement. Je déglutis.
-Qu'est-ce que tu as?
-Rien, ce n'est rien...
Il lève la tête et pose ses lèvres sur les miennes. Je reste tétanisé plusieurs secondes avant de réaliser de qu'il vient de faire. Neji... Neji Hyuga vient de m'embrasser!
-Et ça, ce n'est rien?
Sa voix était triste. Il baisse les yeux et se mord la lèvre inférieure. Il semble gêné. J'imagine qu'il regrette d'avoir fait ça. Il se recule et s'éloigne, marmonnant des paroles inintelligibles. Par pur réflexe, j'attrape son bras et l'attire vers moi pour l'embrasser de nouveau.
-Non, je t'assure que c'est pas rien, je rétorque alors que nous nous séparons. C'est vraiment pas rien.
Il me fixe avec, dans le regard, un mélange de gêne, d'appréhension et de je-ne-sais-quoi d'autre.
-On ne devrait pas rester là pendant que nos coéquipiers ont besoin d'aide...
-Il ne leur arrivera rien, je le rassure.
-C'est toi qui le dis.
-Ma sœur fait partie des forces spéciales. Je connais leurs méthodes, ils ne leur feront rien.
Tout en lui parlant, je caresse une mèche de ses cheveux du bout de mes doigts. Je meurs d'envie de l'embrasser de nouveau. Je veux connaître encore une fois cette sensation. Comme si je n'étais plus moi, qu'il n'y avait plus rien autour qui soit valable. Rien de plus au monde qui ne soit valable.
-Ça m'inquiète quand même. Il faut qu'on parte au plus vite.
Il essaie de s'échapper de mon étreinte mais je le retiens. On ne partira pas maintenant. Pas avant qu'il ait dormi et que je sois sûr qu'il va mieux. Mais il n'a pas l'air de l'entendre de cette oreille.
-Mais il faut qu'on les aide, proteste-t-il. Et pour ça, il faut qu'on arrive à Oto le plus tôt possible. Je vais demander si on ne peux pas partir avant.
Je le laisse finalement partir et il s'éloigne à grands pas. Je reste planté là, de la fumée s'échappe de mes lèvres. Je n'arrive pas à lui en vouloir. A n'importe qui d'autre, j'aurais tout refusé en bloc et je l'aurais trainé par la peau du cou jusqu'à un lit. Mais je n'arrive pas à lui refuser quoi que ce soit. Pourtant, je vois bien qu'il a besoin de repos, qu'il n'arrête pas depuis des jours. Je me maudis intérieurement. C'est lui qui a raison, on devrait se bouger pour les sauver. Ils ont tout organisé pour nous permettre de nous enfuir et maintenant qu'ils ont des problèmes à cause de nous, je ne pense qu'à rester là, tranquille. Non, c'est pour lui qu'on doit rester encore un peu. Je me fais beaucoup de souci. On ne devrait pas aller si vite. On ne sait même pas ce qui nous attend au bout du compte. Ça m'angoisse de rester dans le flou, qu'on ne veuille rien nous dire de plus.
Je marche tranquillement pour atteindre les portes de la base. C'est étrange comme cet endroit me paraît si familier. C'est sans doute parce que j'ai besoin d'un repère dans tout ce bazar. Alors, peut-être que mon cerveau me fait croire que cet endroit m'est rassurant, que je le connais bien. Peut-être aussi qu'il me fait croire que j'aime Neji et qu'une fois qu'on aura perdu nos pouvoirs, tout disparaitra. Je n'aurai plus besoin de repères et je m'éloignerai tout naturellement. Mais comment je pourrais? Je le connais si bien maintenant. Et puis, ce baiser, tout à l'heure. C'était sans doute à cause de la fatigue, il ne sait plus vraiment où il en est. C'était sûrement involontaire, il a peut-être partagé mes sentiments un instant comme ça lui arrive parfois dans des moments de profonde empathie. Il ne peut s'agir que de ça. C'est impossible qu'il soit vraiment amoureux de moi.
Il fait trop chaud dans le hall. Les convois de la nuit vont partir, du moins, c'est ce que j'ai compris et tout le monde est survolté. Ils courent tous à droite et à gauche comme une fourmilière dans laquelle on aurait donné un grand coup de pied. Ça se bouscule, s'interpelle et au milieu de ça, je me sens apathique. Je cherche mollement Neji du regard. Je cherche la moindre forme familière. Ça me rassurerait même de ne voir que Nigel. Mais je ne les vois pas plus l'un que l'autre.
-C'est toi, le gars que je dois conduire? fait une voix derrière mon dos tandis que je m'apprête à retourner à l'extérieur.
Je me retourne. Une fillette à qui je ne donnerais pas beaucoup plus de huit ans me fixe d'un air hautain. Elle a l'air jeune mais d'après ce que m'a dit Nigel plus tôt, je ne devrais pas me fier à son physique. Elle me fait signe de l'accompagner. Docile et un peu désorienté, je la suis sans un mot. Elle m'emmène jusqu'à un entrepôt où sont stationnés des dizaines de chariots à chevaux.
-Nig' m'a dit que ta p'tite copine était venu lui piquer une crise comme quoi vous d'viez partir tout de suite et tout un tas de baratin qu'il a pas compris. Comme j'vais du côté d'Oto, je me suis dit que j'allais pas la laisser comme ça la pauv' fille – et toi non plus, mon gars, mais j'imagine qu'tu m'as compris- tu vois...
Elle me désigne un véhicule un peu plus loin. J'hésite à la détromper au sujet de ma soi-disant petite copine mais, finalement, ce n'est pas vraiment important. Même si je pense que Neji n'aurait pas vraiment apprécié la plaisanterie.
-Embarque là-dedans... Ta copine y est déjà, elle était sur le point de s'écrouler.
-Il.
-Quoi il? siffle-t-elle
-C'est pas elle, c'est il... j'explique le plus tranquillement possible
-Me charrie pas, gamin, glousse-t-elle, j'vous ai vu vous rouler une pelle dans l'arrière-cour tout à l'heure.
Je sens mon teint virer du beige plus ou moins foncé au rouge vif. Je ne pensais pas que quelqu'un nous avait vus.
-Oui, ben, je bafouille, c'est quand même il...
-Eh bien, c'est génial. Allez, embarque, je vais chercher les canassons.
Tout en essayant de me débarrasser de mon rougissement, je zigzague entre les chariots et monte dans celui de la femme. Je ne le voyais pas à cause de la bâche qui protège la cargaison d'une éventuelle pluie mais Neji est pelotonné dans un coin, somnolant. Je m'assois à côté de lui, il s'appuie contre moi.
-Je suis fatigué, Kiba... chuchote-t-il alors que sa voix se fait de plus en plus faible.
-Je t'avais dit que tu avais besoin de dormir. Neji?
Je ne sais pas si lui même à la réponse à ma question, mais il faut que je sache. J'ai besoin de savoir au moins une chose.
-Pourquoi tu m'as embrassé tout à l'heure? je demande
-Parce que j'en avais envie. Et parce que je suis trop fatigué pour me contrôler...
Je relève la tête. Je ne suis pas sûr d'avoir bien entendu. C'est peut-être encore mon cerveau qui me joue des tours. Voilà, j'ai une hallucination. Si je ferme les yeux, quand je les ouvrirai, Neji sera simplement endormi à côté de moi et il ne se sera rien passé. Je serais même peut-être chez moi. Je tente l'expérience mais quand mes yeux s'ouvrent de nouveau, il est toujours éveillé et je suis toujours là où j'étais avant.
-Ce n'est pas possible, n'est-ce pas? je me chuchote. Ce n'est pas possible dans la réalité. Tu es en train de rêver, Kiba, c'est Neji Hyuga, je te rappelle...
-Qu'est-ce qui n'est pas possible? Est-ce que ça va?
Oh, bien sûr que ça va. Disons que je nage en plein délire, c'est impossible. C'est moi qui ai surtout besoin de sommeil, je crois. C'est juste impossible qu'il vienne de me dire ça, impensable. Même si je le connais mieux, il reste qui il était.
-Qui j'étais?
-Tu sais, je lâche sans réfléchir, ce mec que je ne sais pas trop si je le déteste ou si je l'aime et que je suis trop trouillard pour approcher.
-Tu as oublié de dire que, lui, sait s'il t'aime ou s'il te déteste, ajoute-t-il malicieusement.
Il s'approche un peu plus de moi et je sais que je ne rêve pas. Je me demande comment ça se fait. Cette brusque prise de conscience comme un retour à la ligne, c'est très étrange. Toutes ces choses qu'on a vécu ont comme un sens. Un sens en plus, du moins. Le destin se serait débrouillé pour nous amener là, à l'arrière de cette carriole branlante pour une bonne raison. Pour une raison que je n'arrive pas à m'expliquer mais il y en a forcément une. Peut-être pour me faire prendre conscience à quel point je l'aime. A cet instant précis, on pourrait me faire tout le mal qu'on veut mais je ne supporterais pas qu'on touche un seul de ses cheveux. J'entrouvre les paupières. Ses lèvres sont incroyablement près des miennes. Il semblerait qu'il disait vrai. Mon cerveau ne me joue pas autant de tours que ça, finalement.
-Ah, clame la femme en attachant ses chevaux, j'veux pas vous voir faire vos saloperies pendant l'voyage, j'vous préviens.
Neji, dont je peux distinguer les joues rouges,se cale sur mon épaule et ferme les yeux. La femme monte à l'avant et lance les deux bêtes à toute allure. Elle conduit entre les autres véhicules à une allure folle. Je m'agrippe à ce qui me tombe sous la main, c'est à dire un petit coffre qui doit sans doute être la cargaison et un bout de la jupe de Neji. Il n'a pas l'air d'être si dérangé que ça par les secousses, ce qui est plutôt bon signe.
-Dites, madame, on ne pourrait pas ralentir, par hasard?
-Moi, c'est Yukiko, pas Madame, crie-t-elle en attachant ses longs cheveux noirs qui volent avec le vitesse. Et puis, t'en fais pas, en dix ans de carrière, je sais bien ce que je fais.
Quand nous quittons l'enceinte de la base, elle ralentit. Les cahotements me bercent et, plus nous avançons, moins je me sens capable de lutter contre le sommeil. Contre moi, Neji s'est endormi et soupire bruyamment par moments. Je pose ma main sur sa chevelure. Il fronce les sourcils et s'appuie un peu plus sur moi. A l'avant, Yukiko se retourne.
-Ça va bien tous les deux?
Je hoche la tête. Son regard se porte sur Neji. Elle observe avec tendresse, comme s'il était son fils et reporte son attention sur la route.
-J'sais pas ce que vous avez vécu pour en arriver là mais il a l'air vachement épuisé, lui... Il est super inquiet pour toi, j'te signale. Alors, t'as intérêt à prendre soin de lui. 'Fin, j'dis ça, c'est un conseil d'amie, t'en fais ce que tu veux.
-Ne vous inquiétez pas, on aura bientôt plus ces problèmes. On est justement en route pour résoudre nos soucis.
-En tout cas, j'vous trouve touchants. Vous m'faites un peu penser à mes frères en fait. Mais bon, j'imagine que tu t'en fous. Tu ferais bien de dormir. On arrivera pas avant demain matin.
Le silence s'installe de nouveau. J'attrape une couverture qui traîne dans un coin et nous recouvre, Neji et moi. Il fait froid dans la nuit et la température semble encore descendre quand nous passons près d'une rivière. Je ne trouve pas le sommeil. Je vais rejoindre Yukiko à l'avant. En sortant, je comprends pourquoi j'avais l'impression de connaître cette rivière. La trace des impacts des marionnettes de Kankuro sont encore visibles dans les arbres. C'est ici que ça c'est passé, cette fois-là aussi.
-Ca va, gamin?
-Ouais, ouais... J'avais juste oublié à quel point cet endroit pouvait me rappeler des mauvais souvenirs.
Je retourne à l'arrière et vais me blottir contre Neji. J'ai besoin de sentir un peu sa chaleur, surtout dans cet endroit où nous avons tous les deux failli mourir, il y a trois ans. En sentant son souffle dans mon cou, je me mets à souhaiter que ce voyage dure pour toujours. Mais si je dois promettre une chose, c'est que jamais je ne permettrais qu'on lui fasse le moindre mal.
