Hey, hey, me revoilà (pas en retard du tout pour une fois) pour le neuvième chapitre. Etant donné que certains ont failli me tuer en découvrant la fin du précédent chapitre, je préfère poster ça avant que certains passent à l'action. Bref, il nous reste encore trois chapitres après celui-ci. Oui, c'est bientôt la fin, ça me fait tout bizarre.

Mais bon, passons au chapitre. En POV Neji pour changer puisque Kiba ne peut plus trop commenter l'action, vous vous en êtes rendu compte, j'imagine.

Bonne lecture et à jeudi prochain.


La blessure qui se referme sur mon aile gauche saigne encore et fait se contracter la peau. Ce n'est pas douloureux. Qu'est-ce que la douleur de toute façon? Qu'est-ce que la douleur physique dans des moments pareils? Les larmes qui coulent sur mes joues m'empêchent de voir correctement ce qui se passe autour. Je les essuie d'un revers de manche. Il faut avancer maintenant. Je suis un ninja, ça fait partie de ce que je dois endurer pour survivre. Pourtant, quand je sens dans ma main la sienne qui commence à se glacer, je ne suis plus si sûr d'avoir suivi ces entraînements psychologiques. Ce n'est pas dans une salle de classe que l'on apprend à endurer la mort et ce n'est que maintenant que je m'en rends compte.

-Hyuga... fait une voix derrière moi. Rend-toi...

Je me retourne. Un des ANBU est encore en mesure de parler. J'avais pris soin de les immobiliser mais ce n'était pas suffisant, semble-t-il. Elle s'agrippe à ma tunique, tente de me tirer vers elle. A travers le brouillard dans lequel mon esprit baigne, je la reconnaît. C'est cette femme au katana, c'est elle qui a tué Kiba.

Ma main se referme sur un kunai. Il faut qu'elle paie pour ce qu'elle vient de faire. Je lève l'arme au dessus d'elle. Elle me supplie du regard, m'ordonne silencieusement de ne pas faire ça. Au dernier moment, je me ravise. A quoi cela servirait, finalement? Ça ne le ramènera pas.

Je me lève. La kunoichi continue de m'observer. Je crois que je comprends ce que ressent Uchiwa envers son frère. Cette haine atroce qui crie de faire souffrir autant que l'on souffre. Je lance le kunai au loin. Elle me sourit légèrement, soulagée.

-Rend-toi, maintenant...

Je lui décoche un coup de pied dans le visage. Ce n'est pas parce que je lui laisse la vie sauve que ma haine a disparu pour autant. Après tout, ça peut faire bien plus mal de rester que de mourir. Difficilement, je soulève le corps sans vie de Kiba. Il est incroyablement lourd mais je ne peux pas le laisser là. J'attrape nos sacs et me dirige vers la falaise.

Je m'élance dans le vide, en direction de la mer que j'aperçois un peu plus loin. Après quelques secondes de chute libre, j'arrive à me stabiliser. Je n'ai pas encore l'habitude de voler, encore moins avec une charge aussi importante.

J'arrive finalement sur une plage à l'abri du vent. Là, je pose Kiba sur un rocher, j'essaie de le placer de manière à ce qu'il n'ai pas trop mal. Ce n'est que quand j'ai terminé que je me rends compte du ridicule de le situation. Qu'est-ce qu'il peut bien en avoir à faire? Je le protège tout de même avec une couverture trouvée dans son sac.

L'île où nous devons nous rendre n'est qu'à deux kilomètres de là et je peux la voir de là où je suis. Je m'y rendrais demain matin, après m'être reposé. Plus personne ne peut venir me chercher des ennuis, maintenant.

-Je me demande si nous avons des rations de survie, je m'exclame en fouillant dans mes affaires. Est-ce que tu peux regarder dans ton...

Je m'arrête avant d'avoir pu terminer ma phrase. Il ne répondra plus. Maudit réflexe!

La nuit commence à tomber sur la plage. J'ai été obligé de reprendre ma forme humaine tant j'étais exténué. La mer est montée mais il reste encore suffisamment d'espace pour que je puisse passer la nuit. Instinctivement, je vais me réfugier près de Kiba. Je me cale contre son corps froid et sans vie. S'il n'avait pas ce trou béant dans la poitrine, on aurait pu jurer qu'il dormait. Je passe doucement mes doigts sur son visage et ses mains. Sa peau est glacée, comme si elle voulait me rappeler qu'il ne bougera plus jamais. Ça paraît tellement insensé. Lui qui était plein de vie il y a un jour à peine. Il ne peut pas mourir comme ça. Je reste quelques instants à espérer qu'il se relève et me demande ce que nous faisons ici. Même si au fond de moi je sais que c'est totalement impossible. Je me serre un peu plus contre lui. Quand je pense que je me croyais capable de rester de marbre dans une telle situation. Les larmes recommencent à couler malgré moi.

-Réveille-toi, je l'implore. Allez, ça ne me fait plus rire maintenant...

J'ai l'impression de redevenir le gamin que j'étais à quatre ans. Pourquoi tous les gens que j'aime sont-ils voués à mourir par la faute de Konoha? Je maudis ce pays et ses dirigeants! Je maudit cette dynastie pour laquelle nous devons nous battre. Ce n'est pas à nous de payer pour des erreurs datant de cinq siècles. Je voudrais que rien de tout ça ne soit jamais arrivé. Je voudrais revenir au village et le voir, là, à la porte du manoir, venu chercher Hinata.

-Je peux le ramener si tu veux...

Je me tourne en direction de la voix. Yubari, cette vieille femme qui m'avait enfermé, se tient devant moi, les pieds baignant dans l'eau salée. Elle souffle un nuage de fumée et me toise avec arrogance.

-C'est ce que tu voudrais le plus au monde, non? Eh bien, je peux aller le chercher de l'autre côté si vraiment ça t'importe.

Je me relève et la défie du regard. Elle se moque encore de moi comme la première fois que nous nous sommes rencontrés. Mais je ne tomberai plus dans son piège, pas une fois de plus. Elle se met soudain à ricaner d'un air mauvais.

-Tu sais, ça fait partie de ma mission de t'aider. Après tout, j'ai été Oiseau, moi aussi, je sais ce que ça fait. Et puis, je ne suis pas quelqu'un de mauvais. Tu ne voudrais pas tout faire pour le voir à nouveau?

Je serre un peu plus la main de Kiba dans la mienne. Bien sûr que je serais prêt à n'importe quoi pour qu'il revienne. Mais je sais qu'il y aura des conditions, un prix à payer. Il y a toujours un prix à payer. Mais je suis tout de même prêt à donner n'importe quoi.

-Oh, si c'est pas mignon, tout ça... minaude-t-elle.

Elle s'approche, s'accroupit devant moi. La fumée de sa cigarette m'emplit et me brûle ma gorge. Je plonge mon regard dans le sien. Il est évident qu'elle peut lire dans ma tête. Je comprends un peu mieux pourquoi Kiba détestait cela à ce point.

-Je ne veux qu'une seule chose en retour...

Et voilà, nous arrivons à la question du tarif. Je sais bien qu'elle ne voudra pas d'argent, elle n'en a rien à faire. Non, ce qu'elle veut, c'est quelque chose qui m'appartient. J'imagine que ça l'amuserait de me faire souffrir encore un peu. Elle n'est plus vraiment à une cruauté près. Mais même si c'est ma vie qu'elle veut, elle peut l'avoir. Ça ne me fait pas peur.

-Voyons, mon beau... Qu'est-ce que je pourrais faire de ta vie, franchement? Non, il y a quelque chose qui m'intéresserai beaucoup plus. Tu n'as pas une petite idée?

Je hoche la tête. Je n'arrive même pas à deviner où elle veut en venir.

-Alors, regarde par là, m'ordonne-t-elle en désignant un point à l'horizon.

Je lui obéis et je vois se former sur la mer un écran de brume. En plissant les yeux, j'arrive à distinguer des formes colorées qui s'y agitent.

-Prêt?

Avant que j'ai pu faire le moindre mouvement, je me retrouve projeté dans cet écran. Devant mes yeux défilent des scènes qu'il me semble avoir déjà vécues. Soudain, je comprends : je suis dans mes souvenirs. Le moment que je revois me mets les larmes aux yeux. Je suis dans mon lit d'hôpital après avoir battu Kidomaru. Je n'en reviens pas d'être encore en vie. Je tourne difficilement la tête et aperçois, par la lucarne dans ma porte, le visage de Kiba. Il me sourit de toutes ses dents avant de disparaître.

Un grand flash blanc et je change de souvenir.

Je suis bien plus jeune, je ne dois pas avoir beaucoup plus de six ans. J'avais oublié ce moment. Je suis dans un parc au village. Une bande de gamins jouent pendant que je reste assis à les observer. J'avais pris l'habitude de faire ça, après la mort de mon père. Je peux reconnaître Shikamaru et Kiba. Les autres enfants me sont inconnus. Je ne sais pas ce qu'elle cherche à prouver en me montrant ça mais je me plonge tout de même dans cet épisode de ma vie que j'avais perdu.

Les enfants devant moi s'amusent, font semblant d'être des ninjas. C'est vrai que c'était un jeu plutôt courant quand nous étions petits. Dire que maintenant, on voudrait bien se sortir de ce pétrin. Notre vie n'est pas comme nous l'imaginions dans nos jeux.

Ils forment des équipes et commencent à se disputer au sujet de qui va dans quel groupe. Il semblerait qu'il leur manque quelqu'un.

Je vois un garçon se démarquer du groupe, il arrive vers moi. C'est Kiba, il n'a que cinq ans à peine. Il se poste devant moi et me fais un large sourire.

-Tu viens jouer avec nous?

-Pour quoi faire? je lui réponds sèchement. On se connait même pas.

Je me lève et m'apprête à partir quand je sens qu'il me rattrape.

-Tu es Neji du clan Hyuga. On habite pas très loin l'un de l'autre. Moi, c'est Kiba... Du clan Inuzuka.

Je le regarde, méprisant et m'éloigne. Pourtant, le soir même, je regarde aux alentours du manoir s'il n'est pas présent.

La scène s'assombrit et je me retrouve totalement ailleurs. Je suis toujours à Konoha mais le souvenir est bien plus clair. C'était l'année dernière, je venais d'avoir dix-sept ans. Debout devant la tombe de mon père, je réfléchissais depuis des heures. Soudain, Kiba apparait, haletant, visiblement poursuivi par son chien. Il me regarde un long moment avant de s'approcher de moi.

-Ça va? me demande-t-il

Je ne répond pas, reste de marbre alors qu'il se place à côté de moi, tout en continuant à me parler. Son regard se porte sur la stèle.

-Hizashi Hyuga? C'était ton père, non?

Je hoche la tête. De l'endroit où j'assiste à la scène, je vois le visage de Kiba, que je n'avais pas remarqué à ce moment-là. Il ne sait plus trop quoi dire, il cherche ses mots. J'ai envie de m'approcher de lui, de lui dire tout ce qui me pesait à cette époque. Mais je ne sais que trop bien ce qui va se passer. Je le vois poser sa main sur mon épaule.

-Désolé, je ne sais pas trop ce que ça peux faire mais si tu as besoin de quelqu'un... Après, je sais très bien que tu te tournera pas vers moi mais enfin voilà...

-Ça va aller, ça fait treize ans maintenant.

J'enclenche mon Byakugan, par pur réflexe, et aperçois une silhouette féminine qui se dirige vers nous. Je sais parfaitement qui elle est. Elle s'appelle Emi, c'est la dernière petite amie de Kiba. D'un geste, je le pousse et m'éloigne.

-Elle t'attend, je fais sèchement.

Je m'assois sous un arbre, un peu plus loin, ignorant les deux amoureux qui s'éloignent en riant. Avant de s'éclipser, Kiba me lance un dernier regard.

L'écran disparaît et je me retrouve sur cette plage, Yubari me scrutant de ses petits yeux. Je crois que je sais ce qu'elle veut tant.

-Des souvenirs... Vous voulez mes souvenirs, c'est ça?

-Eh bien voilà, il est perspicace le jeune homme ! Oui, si jamais tu veux le revoir, il faudra que tu me donnes une partie de tes souvenirs le concernant.

Je baisse la tête et tente de retrouver tous ces moments où nous étions ensemble. Nos missions, les examens des Chuunins, ma promotion de Junin mais aussi toutes ces fois où j'ai pleuré, où j'ai maudit ces filles qui lui tournaient autour et lui qui se laissait faire. Si je dois lui donner des souvenirs, autant lui donner ceux-là.

-Ils ne m'intéressent pas. Ça ne me dit rien de te voir chouiner parce que ton chéri s'envoie en l'air avec quelqu'un d'autre. Ce que je veux, c'est de quoi me garantir suffisamment d'énergie pour tenir jusqu'au prochain héritier.

Alors c'est ça qu'elle veut ! C'est pour ça qu'elle pousse les héritiers qui choisissent le camp de Zenbari à se supprimer l'un l'autre... Sans doute que si elle arrive à les tuer, elle récupère leurs souvenirs et leur énergie. Je ne vois que cette explication de valable.

-A quoi ça t'avancerait de le savoir? Même si c'est perspicace comme raisonnement.

En tout cas, ça pourrait bien m'aider à en finir une fois pour toute avec cette malédiction. Pour que les générations futures ne soient pas affectées. Si je supprime la source du problème, alors tout sera réglé.

-Tu t'imagines pouvoir me tuer, c'est ça? me nargue-t-elle. On ne fait pas mourir les morts une seconde fois, tu sais. Tu ne t'imaginais tout de même pas que j'étais véritablement âgée de près de quatre cent ans, quand même.

Je baisse la tête. C'est évident qu'elle est déjà morte depuis longtemps.

-Alors, que décides-tu? Je peux aller faire un saut jusque de l'autre côté et ramener ton ami mais ça te coutera tes souvenirs. Tu ne sauras plus ce qui c'est passé ces derniers temps, sur à peu près, disons, deux ans. Bon, il se peut aussi que tu oublies totalement son existence, tout dépendra de mon humeur. Ou bien, tu peux le laisser pourrir là. A toi de choisir.

Oublier Kiba? L'oublier mais le voir vivre ou bien le laisser mort. Comment peut-elle croire que j'allais hésiter ne serait-ce qu'une seule seconde. Si je réfléchis bien, nous serons tous les deux gagnants. Il retrouvera une petite amie et j'oublierai à quel point ça me fait mal. Tout sera comme avant. Tout sera pour le mieux.

-Parce que tu crois que lui va t'oublier, peut-être? Il t'aime, je te rappelle.

-Non, c'est faux. Il ne peut pas.

-Tu crois qu'il t'as embrassé pour rien? Qu'il s'est inquiété pour toi à ce point sans t'aimer?

Mais qu'est-ce qu'elle cherche à faire? Ce qu'elle veut, ce sont mes souvenirs, non? Alors, pourquoi essayer de m'en dissuader? Je ne changerai pas d'avis, de toute façon. Il ne devait pas mourir de cette façon.

-Oh, je tiens juste à ce que tu fasses le bon choix... On est plutôt bien là-haut. Et puis, dans le pire des cas, il t'attendra le temps qu'il faut.

Je suis toujours aussi décidé malgré ses paroles. Personne d'autre ne mérite autant de vivre que lui. Et puis, c'est la seule personne qu'il me reste aujourd'hui.

-Très bien, alors si c'est comme ça, donne-moi ta main.

Un peu hésitant, je la lui tends. Je ne sais pas encore tout ce qu'elle est capable de faire mais elle pourrait me piéger comme cette fois dans la bulle. Elle m'attrape brutalement et tourne ma paume vers le ciel. De son ongle elle trace une ligne sanglante. Je grimace ; elle n'est pas vraiment très délicate. Elle laisse une goutte de sang tiède tomber sur le sol et plaque sa main contre la mienne. Je me retiens de crier alors qu'un jet de lumière nous entoure. Quand c'est enfin terminé, un cercle brunâtre, orné de quatre points de même couleur est gravé dans ma main. La brûlure est presque insupportable.

-Bien, tu as honoré ta part du contrat, à moi d'honorer la mienne. Mais quand tu auras perdu tes pouvoirs, tu perdras aussi tes souvenirs.

Elle disparaît après avoir effectué un rapide signe de la main. En quelques secondes, je me retrouve avec seul autre bruit que ma propre respiration, celui des vagues qui s'abattent sur les rochers. A côté de moi, Kiba est toujours là, inerte. Je me recouche à ses côtés. Est-ce que j'ai vraiment fait le bon choix? Je me reprends. Bien sûr que c'était le bon choix. Il va vivre, bon sang ! Et puis, j'oublierai à quel point c'était important. J'oublierai le goût de ses lèvres, tout ça ne sera plus qu'un moment perdu. Je ne peux pas empêcher quelques larmes de couler sur mes joues. Quoi qu'il se passe, je n'en souffrirai pas. Si j'oublie, ça ne sera plus grave, je ne saurais plus à quel point je l'aimais, avant.

Je repense aux paroles de Yubari, un peu plus tôt. Et s'il m'aimait vraiment? Et si je le faisais souffrir en prenant cette décision? Non, c'est impossible. Tout ce qui est arrivé est arrivé parce que nous étions fatigués et parce que la situation le permettait. Pense un peu en ninja, bon sang, ordonne une voix dans ma tête. Tu sais bien ce que c'est d'avoir besoin de repères. C'est ce qui t'as poussé à l'aimer, non? Un bête besoin de repères. Je me serre un peu plus contre son corps. Il est froid, toujours aussi désespérément froid. Je veux voir à nouveau des couleurs et un sourire sur son visage. Peut-être que ce n'était qu'une simple nécessité de ne pas trop se perdre au début mais maintenant, c'est autre chose. Mais je dois accepter de faire le sacrifice de tous ces moments pour qu'il vive. Ce n'est pas si cher payé quand on y pense.

En posant ma tête sur son torse, j'entends un battement. Puis un autre et encore un autre. Ils deviennent de plus en plus nombreux et réguliers. C'est impossible, n'est-ce pas? Je dois sans doute rêver, tout ça est dans ma tête. Yubari m'a eu, encore une fois elle a menti, il ne peut pas revenir, c'est impossible. Pourtant, je sens un tressautement, puis un autre et encore un autre.

-T'es lourd, tu sais? dit-il en ouvrant un peu les yeux.