Et voici le dernier chapitre de cette fiction. Ce qui veut dire : à partir de maintenant, plus de rendez-vous le jeudi jusqu'à la prochaine. Croyez-le ou non, ça a un côté assez boulversant de changer le statut d'une fic en "complete" à plus forte raison que c'est la plus longue et la plus commentée que j'aie jamais écrite. Versons une petite larme émue =,)
Enfin, j'espère que vous aimerez ce dernier chapitre et je vous dit à bientôt pour une prochain fic.
J'aurais pu étouffer au Café des Secrets. La fumée parfumée au jasmin, les gens si silencieux autour de moi. Tout seul à cette table, j'ai cru mourir. Finalement, ce n'était pas une bonne idée de se rendre là-bas. Sans doute que l'endroit était trop chargé de souvenirs. Candice a semblé se souvenir de moi. Elle n'est sans doute pas affectée par les jutsus de notre dimension. J'aurais voulu revoir Neji assis près de moi, tous les deux dans la même incompréhension. J'aurais voulu revivre ces derniers jours.
Allongé au somment des visages de pierre, je regarde le ciel gris pâle. Il fait froid mais qu'est-ce que j'en ai à faire, dans le fond? J'ai encore plus froid à l'intérieur. Tout oublier, comment a-t-il pu tout oublier? Son journal est encore dans ma poche, j'hésite à l'ouvrir. Il contient sans doute toutes les réponses dont j'ai besoin mais j'hésite encore à le lire. Tout simplement parce que ça ne serait pas correct. Mais était-ce correct de me laisser dans l'ignorance de ce qui allait se passer? Je sais qu'il était au courant qu'il allait tout oublier. C'est pour ça qu'il m'a dit adieu avant que l'on revienne. On aurait mieux fait de ne jamais revenir.
Je m'empare finalement du carnet. Après tout, si je l'ouvre à la fin, je ne pourrai lire que ce qui c'est passé récemment. Ce n'est que ça que j'ai besoin de savoir.
Doucement, je tourne les pages et arrive à la dernière. Je plisse les yeux, son écriture est difficile à déchiffrer, elle est tremblante et hésitante. A plusieurs endroits, des gouttes sont tombées et ont dilué l'encre. J'arrive tout de même à lire un passage entier.
C'est enfin fini, tout est fini. Yubari a tenu sa promesse, elle m'a ramené Kiba, il est vivant et pour longtemps. C'est à mon tour d'honorer ma part du marché. Combien de souvenirs me prendra-t-elle? Vais-je oublier jusqu'à son existence? C'est mieux comme ça, de toute façon. J'espère que tu ne liras jamais ces lignes, Kiba, mais si tu le fais, je te prie de me pardonner, encore une fois. Si tu savais comme je regrette maintenant. Mais il faut que tu vives. Parce que tu le mérites.
Puis, l'eau brouille le reste du texte. Je n'arrive pas à croire qu'il ait pu faire ça ! Je ne suis même pas en colère, je n'arrive pas à comprendre, je n'arrive tout simplement pas à comprendre. Distraitement, je tourne les pages, juste pour me changer les idées. Je dois m'ôter cette information de la tête. Il ne peut tout simplement pas avoir fait ce choix ! Pourquoi suis-je toujours celui que l'on protège? J'aurais dû être capable de le protéger. Loup puissant et protecteur, tu parles ! Tu parles !
Les pages précédentes sont tout aussi désordonnées que la dernière. Je l'aurais imaginé plus organisé, bizarrement. Je n'aurais même pas pensé qu'il puisse tenir un journal à vrai dire. J'arrive à capter quelques mots, quelques journées banales. C'est malgré moi. Je ne dois pas lire ça, je ne veux pas le lire. Parce que ça ne se fait pas mais aussi parce que je sais que ça n'arrangera pas ma situation. Je regarde tout de même les premières pages. Elles datent d'il y a trois ans. De ce fameux jour, de cette fameuse mission. Je n'ai pas envie de lire, pourtant je me laisse emporter par les mots.
J'ai eu ce journal parmi mes cadeaux à l'hôpital. Sans doute une idée de Tenten. A vrai dire, je me sens un peu idiot à rédiger tout ça. C'est censé être un passe-temps de fille. Mais ça m'occupe au moins. Je ne pourrais pas sortir avant quelques jours encore. Shikamaru est passé me voir hier. Les autres vont bien. Même si Choji et Naruto sont dans un état critique, ils vont tous bien. Mais pour être honnête, je m'en souciais peu. Tout ce que je voulais savoir, c'était si Kiba allait bien. Même avant mon propre cas, je veux qu'il se remette vite de ses blessures. S'il va bien, alors peu importe... Peu importe tout le reste.
Je laisse tomber mes bras le long de mon corps. Tout ce temps, ne me dites pas que tout ce temps, il... il était... Comment ai-je pu être aveugle à ce point, bon sang? Je ne l'aurais jamais cru comme ça, jamais. Même si on me l'avait dit, j'aurais probablement ri au nez de la personne. Neji n'était pas comme ça dans ma tête. Tout à coup, je sens l'envie d'en lire plus, juste un tout petit plus. Même si je sais que je ne devrais pas, j'en ressens le besoin. Il faudrait que je le ferme mais je n'y parviens tout simplement pas. Arrête, Kiba, ne fait pas ça, referme-le ! Je feuillette sans vraiment lire quelque chose quand mon regard s'arrête sur un passage. Quelques petites gouttes de sang tâchent le bas de la page.
J'ai recommencé. Ça faisait longtemps que je n'avais pas recommencé. Heureusement, ou malheureusement, je pourrais les cacher facilement sous mes bandages. Ça ne saigne pas trop. J'espère juste qu'aucune ne dépassera des bandages, certaines sont très près de ma paume. Il me faut au moins ça si je ne veux pas tuer cette fille.
Cette fois-ci, je referme le journal pour de bon. Je n'arrive pas à croire tout ce que j'ai lu. Je ne veux pas avoir été responsable de tout ce qu'il a écrit. Si je poursuis ma lecture, je tomberai encore sur ce genre de choses. Et ces choses, je ne veux pas les lire.
« Tu es là... fait une voix derrière moi.
Je me retourne brusquement. Neji se tient là, m'observe de haut en bas. Ses yeux s'arrêtent sur le journal que je serre entre mes mains. Il fronce les sourcils et se précipite pour me l'arracher. Quand il l'attrape, il s'assoit à côté de moi. Il semble furieux et embarrassé à la fois.
-Dis-moi que tu n'as rien lu !
-Eh bien, je...
-Dis le !
-Je... n'ai rien lu que je ne savais déjà.
Je n'ai pas trouvé de réponse plus exacte, même s'il s'agit d'un mensonge. Je n'avais pas l'intention de lire autre chose que ce qui s'est passé pendant le voyage. Je le vois ouvrir le carnet et le parcourir nerveusement, comme s'il cherchait à trouver des preuves que j'avais lu quelque chose. Il s'arrête aux dernières pages et les contemple, silencieux.
-Qu'est-ce que c'est que ça? Qu'est-ce qu'il s'est passé?
-Lis, tu comprendras.
Il tourne quelques pages et reste sans rien dire encore un moment. Soudain, il rougit violemment, et referme le livre. Il met plusieurs secondes avant de reprendre une couleur normale et se tourne vers moi.
-Rassure-moi sur deux choses. Tu n'as vraiment rien lu de ce qui était écrit?
-Je n'ai rien lu de particulièrement embarrassant, en tout cas.
-Et aussi... rien de tout ce que j'ai écrit n'est arrivé, n'est-ce pas?
Mais qu'est-ce qui le met dans cet état, enfin? Il ne s'est rien passé de particulièrement gênant durant le voyage. A moins que j'oublie quelque chose...
-Si, tout est arrivé. Enfin, je ne sais pas ce que tu as écrit mais il probable que tout soit arrivé...
Il se recroqueville sur lui-même encore plus rouge qu'avant. Je ne peux m'empêcher de rire légèrement. On jurerait voir Hinata devant Naruto. Ils ne sont pas cousins pour rien, ces deux-là.
-Tu veux dire... Même... même le fait qu'on a... enfin... qu'on a...
Devant son air plus que gêné, je comprends. En effet, j'avais négligé ce détail... Enfin, détail si on veut. Je l'observe parcourir le sol du regard, ne sachant plus trop quoi dire ou faire. Je reconnais un peu le Neji que j'avais appris à connaître. Ça fait un peu mal de se dire qu'on ne pourra plus jamais être ensemble. Le temps où nous nous entrainions à maîtriser nos pouvoirs me semble un peu trop loin. J'aimerais bien le prendre dans mes bras comme je le faisais avant. Mais je dois accepter que c'est fini maintenant. Comme Neji l'a dit avant que nous revenions, ce sera peut-être mieux ainsi. On vivait bien avant, on vivra bien maintenant. Aucune raison que ça change. Après tout, le Lien s'est brisé en même temps que nos pouvoirs ont disparu, non? Alors, on oubliera. Tout simplement. Ça ne me plait pas mais c'est comme ça.
-Excuse-moi mais tu sais ce que ça veut dire « le lien est immuable »?
-Quoi?
-C'est écrit sur la couverture. Regarde.
En effet, sur l'intérieur de la quatrième de couverture, quelqu'un a noté un petit texte. Ce n'est pas l'écriture de Neji, ni bien sûr la mienne, ce qui veut dire que quelqu'un d'autre a mis ça là. La question n'est pas vraiment qui mais plutôt pourquoi.
-Le Lien est immuable, conservez-le. Peu importe ce que vous ferez, ne tentez pas de le briser. C'est tout ce qui vous reste.
Un petit symbole est dessiné en dessous. Une sorte de C entouré de quatre points. A moins que ce ne soit un G, difficile à dire. Je n'ai jamais vu ce signe mais il me semble familier. Comme si, en vérité, je l'avais vu mais sans le remarquer vraiment.
-Si tu m'expliquais ce qui nous est arrivé, propose Neji. Ce sera déjà plus simple.
Deux heures. C'est le temps qu'il m'a fallu pour tout lui raconter dans les moindres détails. Je n'avais pas vraiment envie de tout lui raconter, certains passages ont sans doute pris plus de temps qu'il n'y fallait. Du moment où je l'ai sauvé de Yubari jusqu'à notre retour, j'ai essayé de n'oublier aucun détail. Comble du paradoxe, c'est à moi de lui dire pourquoi il ne se souvient de rien. J'ai cru que je n'arriverai pas à le lui expliquer mais finalement, il a paru presque aussi triste que je l'étais.
-Je vois, fait-il finalement. Ça paraît difficile à croire mais je te crois quand même.
Le silence retombe. Nous sommes tous les deux pensifs, l'atmosphère est si lourde qu'on pourrait la couper au kunai. En même temps, ce n'est pas évident de vivre tout ça. Même alors que c'est fini, les problèmes continuent. Reste à savoir ce qu'on fait maintenant.
-Et... maintenant, qu'est-ce qu'on fait? demande-t-il.
C'est pas vrai, il lit encore dans mes pensées ou quoi? Je vais vraiment finir par croire que je suis quelqu'un de très prévisible. Enfin, peut-être pas, c'est une question légitime, maintenant.
-Comme d'habitude, je suppose. On va descendre de là et continuer les missions comme on faisait avant. C'est dommage, nos pouvoirs auraient été utiles, pourtant.
-Non, je veux dire, par rapport à ce que tu m'as raconté... A propos de nous... Avec tout ce qui est arrivé, on ne peut pas faire comme si de rien n'était.
-Il ne s'est pas vraiment passé quelque chose, tu sais. Il n'y a plus que moi à m'en souvenir. Alors, si, on peut faire comme s'il ne s'était rien passé si tu veux.
Je me lève. Il faut que je m'en aille sinon je vais craquer. C'est lui qui voulait que tout rentre dans l'ordre, non? Voilà qui va être fait. Lien ou pas, tout va redevenir comme avant. Comme il le voulait.
-Tu sais pourquoi je restais si distant tout ce temps? fait-il alors que je me suis déjà un peu éloigné. A ton avis, qu'est-ce que tu aurais pensé en sachant comment j'étais? A quel point j'étais étrange, inhabituel. Il fallait que personne ne sache. Et surtout pas toi.
Je me retourne et vais m'assoir de nouveau près de lui. Je n'ai même pas réfléchi, mon corps m'y a guidé. C'est peut-être ça, le Lien, finalement. Mais pourquoi y réfléchir? Je continue de l'écouter.
-Je ne sais pas si tu te rends compte ce que c'est que d'être mort de peur à l'idée qu'on découvre ce que tu es vraiment. Je ne tremble même pas devant mes adversaires en combat mais je suis incapable d'affronter la réalité. Tu t'imagines que les gens me trouveraient si génial s'ils savaient que Neji Hyugâ n'est qu'une tapette?
-Si se battre comme toi, c'est se battre comme une tapette, tout le village gagnerait à changer de rive !
-Arrête, c'est pas drôle...
Cette fois, c'est lui qui se lève. Mais je le retiens en attrapant sa manche. Je ne comprends plus du tout ce qui se passe, c'est comme si j'étais bloqué dans un délire psychédélique alors je suis mon instinct. Je fais ce que mon corps me dicte de faire. Plus le temps de tergiverser des heures.
-Et puis, peut-être que les gens arrêteraient d'avoir peur de toi. Ça pourrait être la faiblesse que tu cherches, non?
Il tombe à genoux. Ça y est, je retrouve celui que je connaissais. Celui qui n'arrive à montrer sa faiblesse qu'à moi. Sans doute parce que je suis le seul à avoir bien voulu la voir, aussi. Et s'il veut bien me montrer qui il est de nouveau, ça ne peut être que bon signe. Il tend un peu les bras vers moi puis les laisse tomber sur ses jambes. Comprenant ce qu'il veut, je lui ouvre les miens et il vient se coller contre moi, me serrant si fort que j'ai le souffle coupé un instant. Je pose ma tête sur son épaule. Comment ai-je pu vouloir renoncer à tout ça?
-Quand est-ce que tout a changé, Kiba? Quand est-ce que je t'ai dit tout ça?
-Eh bien, j'hésite, ça devait être un moment comme celui-ci...
Il rit un peu. C'est un rire jaune, amer. Le rire de celui qui ne se souviendra jamais. Je prends ses mains et les pose dans mes cheveux.
-Tu faisais souvent ça... Tu me disais que ça t'apaisais.
Il bouge un peu les mains, entortille des mèches entre ses doigts. Il a l'air de ne plus trop savoir quoi dire. Après tout, il ne disait pas grand chose non plus, dans ces moments-là. On ne bougeait pas. J'ai l'impression de revivre. Le Lien n'est vraiment pas brisé. Pas pour moi, du moins. J'espère qu'il ne l'est pas non plus pour lui. Mais, comme on dit l'espoir, fait vivre. Il s'éloigne brusquement, un peu rouge.
-Si quelqu'un nous trouve comme ça ici, on est mort... explique-t-il devant mon regard plus qu'interrogateur.
-Moi plutôt deux fois qu'une, je réplique. On voit que tu ne connais pas ma mère. Mais, on s'en fiche, non?
-Sans doute...Mais ça ne répond pas à la question : qu'est-ce qu'on va bien pouvoir faire maintenant?
Pour toute réponse, je l'embrasse doucement. J'essaye d'être le moins brusque possible mais il ne se débat pas. Il ne tente pas de reculer, il ne tente pas quoi que ce soit. Il reste là, pose ses mains sur ma nuque. Je ne sais pas combien de temps nous restons comme ça. Le temps n'existe pas de toute façon, à en croire Candice. Si nous décidons que le temps ne s'écoule plus, il ne s'écoulera plus. J'aimerais le stopper encore un peu. Même si c'est paradoxal, j'aimerais stopper le temps quelques instants. Rester hors du temps, avec lui. Rien que nous deux et rien d'autre. Mais déjà nous nous séparons.
-Ça répond à ta question, maintenant.
-Je ne sais pas, me fait-il avec une malice qu'il me semble lui avoir déjà trouvé. Peut-être qu'un autre m'aiderait à en être sûr.
Je ne me fais pas prier et l'embrasse de nouveau. Même si je sens des gens aux alentours, ils peuvent bien venir que ça m'est égal. Ils peuvent nous jeter des pierres, faire ce qu'ils veulent, je ne bougerai pas d'ici. Nous avons tous les deux trouvé notre place. Même si Neji ne se souviens de rien, même si ses souvenirs ne reviendront pas avec le temps et sont perdus à jamais, je sais qu'il est le même. Enfin, pas tout à fait mais peu importe. Je ne le lâcherai pas de si tôt, qu'il en soit prévenu. Lien ou pas Lien, je ne veux pas le laisser partir. Quoi qu'il se passe, je tâcherai d'être toujours à ses côtés.
Le soir est déjà presque tombé, je n'arrive pas à croire que nous soyons restés là tout ce temps. Il faut croire que nous avions un peu trop de choses à nous dire. Enfin, suffisamment de choses pour tenir jusqu'à la tombée de la nuit.
-Tu sais quoi, je fais soudainement. Maintenant je me rends compte à quel point...
-Quoi?
-A quel point ça fait longtemps qu'on a rien mangé.
-Je dois te donner raison sur ce point, ricane-t-il. Mais je n'ai pas très envie de descendre au village maintenant.
-Oh, on est pas obligé d'aller au village. Et puis, on doit aller remercier quelques personnes, en plus. Ce serait bête de ne pas aller les voir, ils sont les seuls à se souvenir de ce qui nous est arrivé.
Il me regarde, l'air intrigué. Je sors de ma manche le petit bracelet que Hildegarde m'avait donné et agite la clé argentée.
-Tu verras. C'est un endroit un peu bizarre mais plutôt agréable.
Nous nous levons et nous dirigeons vers le village. Alors que nous marchons, je me prends à penser que tout ça n'était qu'un rêve un peu étrange. Mais après tout, rêve ou non, ça ne change rien au résultat.
