4. « … and they have forgiven my mistakes »

C'était la première vraie journée de printemps de l'année. Ciel bleu, température agréable, oiseaux qui chantent. Burt trouvait que Dieu était parfois cruel. Il devrait pleuvoir …

« Le ciel devrait pleurer ses innocents » a dit le poète.

Lorsqu'il avait été coincé à la maison après son incident cardiaque, Burt était tombé sur un des bouquins de Kurt. De la poésie (par hasard … oui, bon, il avait terminé son stock de magazines et il avait du se résoudre à piocher dans la bibliothèque de son fils. Il avait eu le choix entre un numéro spécial de Vogue sur Alexander McQueen et un recueil de poèmes d'un certain Victor Hugo. Victor lui avait semblé préférable à Alexander).

« Le ciel devrait pleurer ses innocents », murmura t-il.

Non, ce n'était pas ça.

Bon sang, il avait moins de mémoire que le stupide poisson de ce film d'animation Disney (Burt avait acheté Némo pour Kurt mais ce dernier n'avait pas accroché (bien sûr, aucun des protagonistes ne chantaient). Burt en revanche avait été remué par l'histoire : un père qui élève seul son fils handicapé et cherche à le protéger du monde extérieur).

« Et le ciel effrayant qui sanglote et qui pleure,

glace de ses larmes l'enfant. » (1)

Oui, c'était ça, c'était la bonne citation. Burt la répéta à mi-voix. C'était important. Ces mots devaient être prononcés.

Il devrait faire un froid à pierre fendre, le ciel devrait déverser des flots de larmes. Ils devraient tous être glacés jusqu'au sang. Burt lui, n'avait jamais eu aussi froid qu'en cette belle journée d'avril.

Un enfant avait été tué. Une innocence volée.

Burt était moins radical que Kurt sur l'existence de Dieu mais aujourd'hui, oui, aujourd'hui, il avait des doutes. Il faisait un temps splendide et aujourd'hui, ils enterraient Matthew Barnes.

Ils n'avaient pas fallu longtemps aux enquêteurs pour retrouver le corps du jeune garçon. Gérald Barnes avait tué son fils et avait enterré le corps sous le parquet de la chambre où il avait essayé de -

Burt frissonna. Ses mains formèrent un poing dans ses poches.

Mon Dieu, quand il repensait à ce qui avait failli arriver dans cette foutue pièce.

Si les gamins n'avaient pas joué à Sherlock Holmes derrière leurs dos, Kurt aurait fini comme Matthew. Un autre adolescent disparu. Une autre statistique anonyme.

Et cette fois, Némo n'aurait jamais été retrouvé son père …

Burt tourna la tête vers Kurt.

Il était terriblement pâle. Une large ecchymose marquait le côté droit de son visage, sa lèvre supérieure était fendue. Mais c'était ce qu'il y avait dans ses yeux qui, lorsqu'il le regardait, rendait Burt fou de rage et de douleur.

Incompréhension, horreur, tristesse.

Kurt avait toujours été un enfant qui embrassait complètement ses émotions, ses sentiments.

Les bleus finiraient pas disparaître, les blessures de l'âme en revanche … Burt soupira.

Quelqu'un se pencha vers Kurt. C'était Rachel Berry. Elle serait toujours l'héroïne de Burt (ce qui avait, lorsqu'il le proclamait à voix haute, le don d'agacer Kurt ces deux là, avaient une étrange relation qui l'amusait beaucoup). Elle avait sauvé son fils.

Et en fait, elle continuait de le sauver.

Kurt avait plusieurs côtes cassées. Il devait faire des exercices de rééducation respiratoire s'il voulait éviter les complications pulmonaires. Pas de chant avant plusieurs semaines. Rachel venait tous les jours l'aider. Ils restaient des heures enfermés dans la chambre de Kurt (enfin finie. Burt avait démonter lui-même la bibliothèque de Barnes. Elle avait fini en petit bois pour le feu. Il n'avait jamais trouver un feu de cheminée aussi beau que celui-ci). Burt passait parfois devant la porte et restait devant à écouter les bruits étouffés de leur conversation. Il ignorait ce que les deux adolescents se racontaient mais il savait qu'après chaque passage de Rachel, Kurt redevenait un peu plus lui-même.

Kurt croisa le regard de son père et il lui adressa un petit sourire.

Ce n'était pas encore un vrai sourire mais c'était un début.

Le ciel ne pouvait peut-être pas sauver tous les innocents pensa Burt mais il ne le remercierait jamais assez d'avoir sauvé son fils.


Kurt fixait le cercueil que le treuil descendait lentement dans la fosse. Il ne parvenait pas à effacer de sa mémoire la photo de Matthew Barnes.

Il avait voulu savoir. Savoir s'il lui ressemblait, s'il y avait une raison objective pour que Barnes ait fait une fixation sur lui. Si d'une certaine manière, ça avait été de sa faute.

L'agent Liz Sullivan avait fini par céder (après une attaque en règle de Finn et Rachel, la pauvre femme n'avait eu aucune chance : quand ces deux là sortaient le grand jeu (yeux de chiens battus pour Finn et crise d'hystérie pour Rachel), personne ne pouvait leur résister. Surtout pas un malheureux adulte …).

Kurt avait tenu la photo dans ses mains pendant un long moment : une paire d'yeux marrons le fixaient encadrés par une masse de boucles brunes. Même le plus éloigné des cousins ne pourraient moins lui ressembler.

Il devait avoir fait quelque chose, n'importe quoi, qui avait laissé croire à Barnes que … qu'il voulait …

Kurt se mordit la lèvre. Il pouvait sentir les larmes monter. Il avait envie de se gifler. Il détestait être si à fleur de peau.

Il n'était pas une victime !

Et peut-être que s'il se le répétait suffisamment, il finirait par le croire.

Il soupira. Ok, pas une victime, alors quoi ? Un coupable ? Au fond de lui, il ne pouvait pas s'empêcher de penser qu'il était responsable de ce qui était arrivé.

Peut-être que Finn avait raison. Peut-être … peut-être qu'il s'habillait de manière trop provocante ? Peut-être que -

- Arrête immédiatement, murmura une voix près de lui. Je sais exactement à quoi tu penses. Je suis un peu médium ne l'oublie pas.

Kurt leva les yeux au ciel.

- Je crois que tu mélanges un peu tes références « surnaturelles », glissa t-il à l'oreille de Rachel. Personnellement, je pencherais plutôt pour la mythologie grecque. Harpie (2) peut-être ?

Rachel lui donna un petit coup dans l'épaule (OUCH ! Est-ce qu'elle ignorait qu'il était en pleine convalescence ?) puis elle passa ses bras autour du sien.

- Sérieusement, Kurt. Combien de fois devrais-je te le répéter : TU N'ES PAS RESPONSABLE DE CE QUI EST ARRIVE. Ce type est un grand malade. Personne n'aurait pu prévoir ce qui allait se passer … et ce n'est certainement pas la faute de ton dernier achat chez Prada.

Kurt laissa échapper un petit rire nerveux. Finn avait insisté pour l'accompagner à sa dernière après-midi shopping. Kurt avait hérité d'une body-guard et d'un chaperon-fashion-guard ! Son rire s'étrangla en un sanglot.

- Kurt ? Ca va ?

Il hocha la tête. Comme si on allait le croire : oui, je vais bien, ne vous inquiétez pas je pleure juste parce que la dernière édition de Vogue prétend que les larmes sont un excellent nettoyant micellaire.

Kurt sursauta lorsqu'il sentit quelqu'un le prendre dans ses bras. Il ouvrit les yeux (il ne s'était même pas rendu compte qu'il les avait fermés) et découvrit que le quelqu'un en question était du type pieuvre avec des tentacules. Beaucoup de tentacules.

Il y avait Rachel bien sûr.

Mais aussi Mercedes, Tina, Brittany. OhMonDieu, même Santana et Quinn !

Le prêtre avait terminé son sermon (sans que Kurt ne s'en rende compte, comment pouvait-il perdre ainsi pied avec la réalité ?) et devant le cercueil se trouvait Finn, Sam, Puck, Mike et Artie.

Finn sourit à Kurt (toujours complètement paralysé par le Group Hug des membres féminins de New Directions) et se mit à chanter :

"I'm coming home
I'm coming home
tell the World I'm coming home
Let the rain wash away all the pain of yesterday
I know my kingdom awaits and they've forgiven my mistakes
I'm coming home, I'm coming home
tell the World that I'm coming
"

Kurt sourit puis posa sa tête sur l'épaule de Mercedes.

Oui, il était à la maison lui aussi.

Ces gens étaient « sa maison ».

Il était chez lui.

Zi (vraie) endeuh.

(1) « Ceux par qui le malheur » de Victor Hugo (dont je suis une fan inconditionnelle !), In Toute la Lyre, XVII.

(2) Dans la mythologie grecques, les Harpies (trois sœurs) sont les divinités de la dévastation et de la vengeance divine. Je trouve que dans ma petite fanfiction, ce rôle va merveilleusement bien à Rachel.