9.

- Aldie ?

- Ce fut comme sortir d'un bref mais interminable et douloureux cauchemar, maman.

Le jeune homme sourit à Karémyne qui venait de s'asseoir sur la banquette près de la sienne, dans la Serre Tropicale de Skendromme Manor.


Une semaine auparavant, le Lightshadow s'était réarrimé au Dock Orbital Aldéran I.

Aldéran et Skyrone s'étaient précipités vers la demeure que leur avait léguée leur grand-mère, avides de repos, d'oublier aussi ce qui était arrivé durant les derniers mois.

Mais la venue de leur mère les avait surpris, pris de court aussi, et ils n'avaient pas vraiment eu le temps de se concerter afin de lui donner une version compréhensible et au minimum cohérente de ce qui s'était passé durant leur voyage !

Aldéran se roula sur le côté, tendant le bras pour enlacer la taille de sa mère, l'attirer contre lui jusqu'à pouvoir poser sa joue contre son ventre.

- Et bien, qu'y a-t-il, mon grand garçon, murmura Karémyne en caressant avec tendresse les longues mèches d'un roux incandescent légèrement bouclées de son fils. Sky et toi êtes revenus tellement perturbés, si épuisés physiquement et nerveusement… Que s'est-il donc passé dans cette mer d'étoiles ! ? Oh, si seulement votre père avait pu vous prêter assistance !

Serrant toujours sa mère contre lui, Aldéran répondit dans un souffle.

- Sky et moi avons vécu le pire et le meilleur. Sky n'était pas préparé, comment quelqu'un de normal pourrait-il l'être en étant ainsi propulsé dans l'espace ! ? J'ai mis tant de temps à m'y accoutumer… Lui et Warius m'ont accompagné, avec tant d'espoir en eux, ça n'a pu que jouer dans l'issue de notre vol désespéré.

- Saharya, tu la connaissais, mais comment as-tu pris la découverte de sa jumelle ?

- Tu veux vraiment le savoir, maman ?

- Oui ! fit doucement Karémyne, avec détermination et ressentant aussi autant de l'appréhension qu'une illogique absence de peur. Cette jumelle, elle ne va plus t'agresser ?

C'était comme un feu d'artifice, le ciel du Sanctuaire s'était embrasé de mille couleurs alors que les arbres, bosquets et autres colonnes du Temples clignotaient.

- C'est pour quoi ça, Aldéran ?

- Mais, je n'y suis pour rien, Warius !

- C'est le Sanctuaire qui te remercie d'avoir achevé de le ramener à la vie, expliqua Ayrahas. Et, en même temps, il communique avec les autres Sanctuaires pour leur faire savoir quel prodige tu as accompli. Tu seras dès lors toujours le bienvenu dans nos petits mondes, ta réputation te précédera !

- Je l'ai fait tellement involontairement… J'ignore comment. Et je serais bien incapable de recommencer…

- Ton instinct te suffit, jeune humain. Lacrysis te l'a dit, il y a longtemps de cela : les facultés en toi s'éveillent lorsque c'est nécessaire.

L'Enchanteresse parut hésiter.

- Me pardonneras-tu de t'avoir infligé toutes ces souffrances ? Que je te prenne pour un être foncièrement mauvais n'excuse pas mon châtiment !

- Tu revenais dans un univers qui avait tant changé… Tu as cru bien faire. Et c'est effectivement l'essence maléfique qui est tout au fond de moi… Je ne t'en veux pas.

- Merci. Repartez en paix, tous les trois, n'ayez plus jamais quoi que ce soit à redouter de moi. Et vous serez toujours les bienvenu, dans tous les Sanctuaires amis

Aldéran sourit.

Le Lightshadow avait repris la direction de Ragel, avec un arrêt prévu à la station spatiale TK-17 où Warius et Machinar débarqueraient.

Et bien que la raison principale de leur séjour dans l'espace ne soit plus préoccupante, le trio ne s'était plus guère parlé, Aldéran et Skyrone ne communiquant qu'avec leur mère, pour la rassurer

A la moitié du trajet, une agréable surprise avait croisé la route du Lightshadow.

- Tout va bien ? lança le Capitaine de l'Arcadia depuis sa passerelle.

- Maintenant, oui, répondit Skyrone. Toi aussi, ça a l'air d'aller mieux.

- Il va surtout pouvoir recommencer à faire des conneries, commenta Aldéran avec cependant uniquement du soulagement dans la voix à retrouver son père !

- Finalement, Warius et Machinar nous ont quittésplus tôt que prévu. Le Light et l'Arcadia ont volé bord à bord durant deux jours, Sky et moi avons été rejoindre papa. Je peux te l'assurer, maman : il est en pleine forme !

- Je sais, lui et moi on a beaucoup discuté avant qu'il ne se dirige vers vous, sourit Karémyne. Heureusement, j'avais aussi eu de vos nouvelles peu avant, donc j'ai pu le tranquilliser, ce qui ne l'a pas empêché de pousser l'Arcadia à vitesse maximale ! Alors, vous vous êtes tous retrouvés à son bord ?

- Oui, c'était assez agréable ! Tout est enfin redevenu normal, comme avant. Ensuite, il a ramené Warius chez lui avant de reprendre ses pérégrinations spatiales !

- Et, toi, tu retournes à l'AZ-37 ?

- Le cardiologue était absolument sidéré et il n'a, bien évidemment, rien compris au fait que non seulement mon cœur aie retrouvé un rythme tout à fait normal mais aussi qu'il ne porte plus la moindre trace de lésion. J'ignore ce que Ayrahas a fait, et comment, mais elle a totalement remis mon organisme à neuf ! Hormis cette balafre, et malheureusement les migraines, il n'y a plus l'ombre d'un traumatisme de mes déboires physiques passés.

- Incroyable.

- Comme tu dis ! Et donc, je retourne au Bureau dès demain ! Melgon était plutôt soulagé. Daleyna a fait de son mieux en notre absence à tous les deux mais si elle dirige parfaitement son Unité Mammouth, s'occuper du Bureau était compliqué et pénible pour elle.

- Je suis contente que tout s'arrange.

- Oh, ma petite maman, si tu savais comme je t'aime ! fit le jeune homme en se blottissant plus étroitement encore contre elle.

- Maintenant que ton père et toi êtes entièrement remis de vos ennuis de santé, mon bonheur est complet, avoua Karémyne. Je m'étais tellement inquiétée !


L'Arcadia s'était calé en orbite de Minéa, la planète où habitait Warius et sa petite famille.

Avant de se quitter, les deux amis étaient demeurés un bon moment sur la passerelle, à discuter de tout et de rien.

- J'ai eu comme l'impression qu'Aldéran te virait pratiquement de son bord, remarqua cependant Albator.

- Une fois qu'il n'a plus eu à se préoccuper de sa santé, il s'est souvenu que si son organisme avait été fragilisé avant son infarctus, c'était de ma faute ! grinça l'Officier de la Flotte Indépendante. Et puis, finalement, vu que Toshiro suffisait à tout, je n'ai guère été utile… Bref, il a complètement changé d'attitude.

- Ce gosse est un tantinet caractériel.

Warius ne put s'empêcher d'avoir un petit rire.

- Normal, il a de qui tenir !

- Dis donc, tu ne vas pas t'y mettre à ton tour et me rendre aussi responsable du refroidissement climatique et de la raréfaction des morpions ? !

- Pourquoi pas ? Depuis que j'entends Aldéran le marteler, c'est que ça ne doit pas être si erroné que cela !

- Faux ami…

Warius s'assombrit à nouveau.

- Aldéran ne me pardonnera jamais…

- Si lui seul avait été blessé dans la cour de ce Pénitencier, ça aurait été plus facile pour lui, fit doucement le pirate. Là, il en a effectivement pour longtemps à ressasser mes mois de coma et toutes nos souffrances associées à ta terrible bourde ! Mais, il reviendra à de meilleurs sentiments, ne t'inquiète pas. Il connaît la profondeur et la sincérité de ton amitié. Il a déjà constaté que moi je n'avais aucun ressentiment envers toi. Laisse-lui le temps de se calmer.

- C'est surtout moi qui me souviendrai toujours de ce que je vous ai fait.

- Albator a raison, intervint Clio. Laisse passer du temps, Warius, et tout redeviendra calme, serein.

- A un de ces jours, vieux frère, fit encore le pirate.


Et une fois le spacewolf revenu d'avoir déposé le Colonel et son Doc Humanoïde sur la planète, l'Arcadia était reparti vers les étoiles.