12.

Quand Ayvanère arrêta son tout-terrain bordeaux à bonne distance des entrepôts, elle repéra le cordon de sécurité, les trois Vans des Unités d'Intervention, ainsi que tenue à l'écart autant que possible la Presse venue dès qu'on l'avait avertie de la présence des désormais célèbres triplés criminels !

- Je constate que les fouille-merde sont là.

- Comme toujours, Madame Thyvask-Skendromme, grommela Bumer Nozerne, le Responsable Média de l'AZ-37. Les journalistes sont branchés sur nos différentes fréquences de communications, bien que cela soit illégal, et malgré nos brouilleurs… Pour les rares fois où ce que leurs micros captent et leurs caméras filment nous servent par la suite, ils ont surtout une fâcheuse tendance à souligner notre plus petite erreur et à la transformer en tragédie planétaire quasi ! Il vous faudra faire avec, une fois de plus.

Ayvanère s'écarta de quelques pas, faisant basculer son oreillette sur une fréquence vraiment protégée car passant via le Lightshadow et donc Toshiro ! – Aldéran ayant voulu cette précaution afin que l'Ordinateur soit toujours prêt à relayer une alerte plus personnelle quand la jeune femme se trouvait sur le terrain.

- Jelka, faites-moi le point depuis votre Centrale de Communication.

Depuis l'AZ-37, la membre de l'Unité Anaconda lui répondit aussitôt.

- Ce n'est pas bon, Ayvanère. Les Unités Anaconda, Mammouth et Hyènes sont rentrées dans le Grand Entrepôt… sauf que les murs sont couverts de peinture contenant de la shimite et cela parasite encore mieux les communications que mes brouilleurs à l'encontre de la Presse !

- C'est ce qu'il me semblait après avoir vu la Tente Mobile si calme… Les Unités sont livrées à elles-mêmes, sans possibilité de demander plus de renfort.

Ayvanère pâlit soudain.

- Mais cela signifie aussi qu'elles ne peuvent pas communiquer l'une avec l'autre ! réalisa-t-elle. Ca va considérablement leur compliquer la tâche !

- Chacun des Chefs d'Unité est assez expérimenté que pour s'en accommoder, reprit Bumer en se rapprochant. Votre mari…

Il s'interrompit alors que l'écho d'une fusillade à l'intérieur du Grand Entrepôt leur parvenait.


Avec soulagement, Ayvanère vit les groupes de policiers se diriger vers les portes principales du Grand Entrepôt alors que les membres des Unités de l'AZ-37 en sortaient. Elle constata alors qu'ils portaient leur casque à vision nocturne, sans doute leur seul contact avec leur environnement, à relayer des données car ayant leur propre autonomie et la composition du revêtement des murs ne les avaient pas perturbés.

Elle cessa de faire tourner la bague de fiançailles autour de son doigt, attendit patiemment qu'Aldéran la rejoigne après avoir laissé Yélyne auprès d'une des ambulances.

- C'est grave ? questionna la jeune femme. Elle m'a paru pouvoir se déplacer ?

- Blessure superficielle. La porte piégée derrière la fuite des triplés a manqué lui tomber dessus. Le souffle l'a bien faites voltiger. Elle est contusionnée mais je préfère qu'elle se fasse examiner ! expliqua Aldéran en ôtant son casque et en agitant sa crinière incendiaire de grand fauve.

- Ils se sont enfuis ? fit ensuite Ayvanère.

- Oui. Avec tous ces convois qui convergeaient, l'hélico de la Presse, ils avaient une bonne longueur d'avance pour filer, avec leurs habituels pièges pour les couvrir.

Aldéran sourit ensuite.

- Leurs sous-vêtements sont à toi, mais il te faudra aller les chercher dans la manne à linge sale !

- Tu vas faire ton rapport ?

- Ca attendra. Je ne te laisse pas seule sur le terrain ! Je fais le point avec les trois Unités et j'en renvoie les membres chez eux. Ensuite je t'accompagne dans les locaux que ces triplés ont occupés un moment ici.

- D'accord, je t'attends… Mais, Aldie : avoue !

- Quoi donc ?

- Que tu veux avant tout t'assurer que je ne trouve pas un sous-vêtement propre !

- Et c'est moi qu'on taxe généralement de pervers… Je reviens.

Peu après, il escortait son épouse, retournant au Grand Entrepôt, prêt à s'interposer entre elle et tout qui menacerait celle qui portait son bébé.


Mielle se retira sur la pointe des pieds, laissant ses parents embrasser un Alguénor qui s'était endormi depuis longtemps avec son ours en peluche dans les bras. La bouche du garçonnet s'ouvrait et se refermait mais aucun son ne sortait. Sous les caresses, il s'apaisa.

Aldéran et Ayvanère échangèrent un regard complice par-dessus le lit avant de regagner leur propre chambre pour le peu de nuit qui leur restait

Ayvanère s'était rendue au bureau de son supérieur, ayant demandé en urgence un rendez-vous.

- Entrez, Madame Thyvask-Skendromme. Je ne pensais pas vous revoir si tôt… Quoique. Asseyez-vous donc, fit son chef, Hub Mordall. Est-ce que… c'est arrivé ?

Elle inclina positivement la tête, d'abord incapable de parler. Elle but le verre d'eau qu'on lui apportait, le reposa près d'elle d'une main qui tremblait légèrement.

- Je viens d'identifier ces triplés, sans plus aucun doute possible, M. Mordall. Déjà, des triplés, ce n'était pas très courant, des tueurs en sus… Mais bien que la méthode d'exécution ait été totalement réétudiée, il demeurait quelques détails qui n'ont cessé de me mettre la puce à l'oreille ces derniers jours principalement. J'espérais pouvoir au moins mettre un nom sur eux avant le retour de mon mari, mais je n'ai pas eu cette chance. Là, heureusement, il a dû repartir tôt pour son propre service et on n'a pas trop eu le temps de parler de l'Intervention de cette nuit, il n'a pas vu…

- Les triplés, ce sont donc les frères Nouckemp, conclut Hub Mordall afin d'éviter à la jeune femme d'avoir à prononcer leur nom.

- Oui, chuinta-t-elle avant de fondre en larmes. Je pensais que ce passé ne ressurgirait jamais… Et là, je devrai peut-être avouer à mon mari ce qui s'est passé, il y a douze ans…

- Je crains en effet que cela ne soit désormais inévitable.

Ayvanère essuya rageusement ses joues ruisselantes.

- J'ai construit mon mariage sur un mensonge. Il ne me pardonnera jamais !

- Possible aussi. Et là, vous avez déjà tant travaillé sur cette affaire que je ne peux vous en retirer. Ca ira, Mme Thyvask-Skendromme ?

- Non, mais il me faudra assumer tout cela, le moment venu…

Plus retournée que jamais, Ayvanère quitta l'Antenne de son Service de Profilage, une main sur son ventre d'où venaient des ondes de plus en plus douloureuses.