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13.
Comme cela devenait plus rare à mesure que le temps passait, les quatre frères et sœur appréciaient de se retrouver, pour un week-end.
Il fallait dire que, si on y songeait un moment, d'étranges fils de destinées s'étaient entremêlés pour les rassembler alors que de façon « normale » aucun d'eux, quasiment, n'aurait dû connaître les autres !
Skyrone était l'aîné, mais il avait malgré tout été une sacrée surprise quand son père, qui n'était pas encore l'époux de sa mère, était revenu pour une escale entre deux voyages dans la mer d'étoiles.
Aldéran avait pour sa part été une autre surprise, pour Karémyne, quand celui qui n'était pas encore son mari l'avait ramené avant de se poser enfin et de convoler !
Eryna qui était arrivée bien après ses deux aînés pouvait elle aussi être considérée comme un cadeau tardif et pas entièrement planifié, touche féminine bienvenue et devant laquelle ses frères avaient toujours été babas.
Enfin, Hoby était quant à lui le choix collectif de toute la famille même si son passé d'orphelin des rues avait été diamétralement opposé à l'environnement de ceux qui l'avaient choisi.
Et bien que tous n'aie, finalement, pas grand-chose à voir les uns avec les autres, ils n'en étaient pourtant que plus unis, solidaires et s'aimaient inconditionnellement !
Tous s'étaient retrouvés à la piscine extérieure de La Roseraie.
Eryna s'était mise à son chevalet, en attendant que son fiancé vienne la chercher pour une sortie en amoureux.
Hoby était devant sa console de jeu, connecté au GalactoNet et défiait ses amis en ligne dans une série de jeux.
Quant à Aldéran et Skyrone, après quelques bonnes longueurs de piscine, s'être faits réciproquement boire la tasse, ils s'étaient détendus sur les chaises longues, entre la jeune fille et leur cadet.
- Alors, Sky, tu oublies un peu cet horrible séjour à bord du Light ?
- Le chasser de mémoire, non !
- Mais, je croyais…
Skyrone soupira.
- C'est vrai que les premiers jours après le retour, j'avais plus qu'un ras-le-bol des étoiles, d'être ainsi enfermé dans une boîte de conserve volante – fut-elle esthétiquement de toute beauté ! – de sursauter dès que Toshiro nous informait d'une explosion solaire très loin ou qu'on devait se dévier d'un astéroïde ! J'ai flippé comme un vrai malade, je peux te l'assurer !
- Je suis passé par là, je comprends.
- Néanmoins, après que nous soyions revenus, que tu sois à nouveau en pleine santé, les quelques jours de repos puis ceux de la reprise du boulot m'ont fait reconsidérer le temps passé là-haut… On était vraiment isolés du monde, parfaitement en sécurité, toi et moi avions finalement rarement pu discuter tranquillement, aussi longtemps, et ça m'a permis de mieux connaître ce Colonel Zéro. D'avoir côtoyé ce monde surnaturel dont tu parlais si souvent, de plus en plus souvent au fil des années, m'a aussi mieux aidé à l'appréhender à le comprendre un peu. Quand, sur le trajet du retour on s'est à nouveau arrêtés au Sanctuaire de Saharya, que le congénère de Lourik m'a pris sur son dos pour me faire survoler les lieux, je ne pouvais qu'être ébloui par cette splendeur – jamais, dans la réalité, on ne pourrait trouver une nature aussi belle, équilibrée, et préservée de tous dangers ! Là, sur ce dernier point, je crois que je t'ai envié d'être lié de ton corps et de ton âme à cet endroit ! Bref, au final, je ne peux objectivement que me souvenir avec douceurs de cet étrange voyage… Je ne suis pas sûr d'avoir très envie de recommencer, mais j'en retiens que tu as été sauvé, qu'on a croisé notre père et que tu lui ressembles encore bien plus qu'on ne pourrait le penser !
Aldéran haussa un sourcil étonné mais ne dit rien, se contentant de lancer le flacon à son aîné pour qu'il repasse de l'huile de protection solaire sur ses épaules et son dos.
- Papa est très loin, avec Tori-San. Et je te conseille de ne jamais rapporter à quelqu'un d'autre tout ce que tu viens de me dire. Que les deux fils aînés de ce pirate aient presque fait dans leur froc à leur première sortie dans l'espace n'est pas glorieux !
- Comme je m'en doute !
Avec la télécommande, Skyrone avait fait se repositionner le parasol.
- Je me demandais juste un truc, Aldie. Ce Zéro, il devrait être à la retraite depuis un bon moment, pas vrai ?
Aldéran approuva, petit rire à l'appui.
- Il a essayé, il y a dix ans, quand il a atteint l'âge… Il n'a pas tenu six mois chez lui à tourner en rond ! Il a donc demandé, et obtenu, une dérogation spéciale pour repartir à bord du Karyu, avec quasiment son équipage d'origine. Aucun d'eux n'est fait pour aller taper la carte au bistrot du coin…
- D'accord. On retourne piquer une tête ?
- Oui, je prends Eryna et toi Hoby !
Et tous les quatre, plus ou moins volontairement, se retrouvèrent à l'eau !
Skyrone s'approcha d'Aldéran qui venait d'achever une communication sur l'un des postes fixes de la villa.
- Ayvi ne nous rejoint pas, c'est ça ?
- Oui… Alors qu'elle devrait plutôt arrêter le travail, elle se mobilise à temps plein quasi !
- Rassure-toi, elle ne va presque plus sur le terrain.
- Encore heureux, bien que je ne puisse être tout le temps près d'elle si elle doit malgré tout sortir… Elle n'est pas raisonnable, pas raisonnable du tout. Elle est pourtant la première placée pour savoir combien elle doit se ménager, vu sa grossesse. D'ailleurs, les trois derniers jours, elle n'a presque pas bougé à l'appart, puis les douleurs sont passées…
- Il y a un problème entre vous, la façon dont tu en parlais hier au téléphone… ? questionna doucement son aîné en le ramenant vers la serre où ils s'étaient installés en ce début de soirée.
Aldéran se contenta d'abord d'un petit soupir pour toute réponse.
- Je ne sais pas ! lâcha-t-il après quelques instants de silence. Elle semble m'éviter, éviter qu'on n'entame une conversation qui ne concernerait pas Alguénor ou de l'organisation de notre quotidien au duplex… Comme je te l'ai effectivement dit, au lieu de rester à l'appart, de se reposer et d'y travailler selon le besoin, dès qu'elle s'est sentie mieux elle s'est précipitée à l'Antenne de son Service de Profilage ! Si ce Hub Mordall n'était pas un si vieux croûton, je me poserais des questions… Plaisanterie à part, elle refuse de m'écouter quand je lui conseille de se ménager et me notifie une fin de non recevoir quand je lui demande juste si elle n'a pas trop de soucis avec son boulot !
- Ce qui démontre que son travail la tracasse !
- Oui… Et je n'ai aucune idée de la façon dont interpréter son comportement, en dépit des notions je ne suis pas Profileur pro !
- Ca va s'arranger, fit Skyrone.
- Evidemment, rétorqua Aldéran qui n'y croyait pas du tout !
A défaut d'Ayvanère, cela avait été Karémyne et Delly qui étaient arrivées à l'heure du dîner.
- Algie a été sage ? interrogea son père.
- Bien sûr que non, mais ses cousines n'ont pas été en reste, rit sa belle-sœur en l'embrassant sur les deux joues. Ton gamin a trouvé deux aînées pour faire mille et une bêtises. Heureusement que Mielle et notre Nounou étaient là pour faire bonne mesure ! Déjà que celui-là te donne du fil à retordre, et que tu en as mis un deuxième en route !
- Ce n'est que du bonheur… quand ce petit démon dort, rit Aldéran contre qui son fils s'était blotti, avant de suivre Valysse et Lyavine vers la salle de jeux.
Et quand les adultes se seraient interrompus dans leurs interminables bavardages, ils passeraient tous à table pour poursuivre la soirée.
La gynécologue qu'Ayvanère avait été voir n'était pas celui qui la suivait habituellement, cependant il était lui aussi un élément important de son passé.
Itame Lyk avait examiné la jeune femme.
- Je ne vois vraiment pas ce que je pourrais te dire de plus que mon confrère. Tu dois absolument te reposer et éviter toute source de stress – ce qui n'est pas le cas au vu de ton bilan ! Tu en es à peine à trois mois…
La quinquagénaire se raidit légèrement.
- Tu n'es quand même pas revenue… pour ça ? !
Ayvanère eut un léger haussement des épaules.
- J'ai déjà avorté, pour les raisons que tu connais, et avec les conséquences qui en ont découlé peu avant mon mariage. Cela s'ajoutant à ce qui s'était passé, il y a douze ans.
Elle se leva et fit quelques pas dans le cabinet qui se trouvait au quinzième étage d'un immeuble qui n'accueillait que des locaux médicaux.
- Les triplés, ils sont là, dans ma galactopole, Itame ! Comment est-ce que je vais bien pouvoir faire avec leur présence ? Cela ne faisait que si peu de temps que j'avais fini de cauchemarder, de revivre alors ces tortures, … Le Service avait promis de me protéger, après ce qui arrivé, il n'a pas pu. Et Aldéran ne pourra faire mieux, il a d'ailleurs bien trop de travail entre l'AZ-37 et son Unité Anaconda…
- Au cas, improbable, où les triplés te reprenaient, on te retrouverait rapidement, les temps ont changé ! insista la gynécologue.
- Je me demande quand même, vu que je sais ce qu'ils feraient à ce bébé, si pour le protéger je ne devrais pas le faire partir… gémit encore Ayvanère, la tête dans les mains.
- Tu psychotes dans le vide. Rien ne dit que les triplés s'en prennent à nouveau à toi, qu'ils sachent seulement…
- C'est un tel risque, je n'ai pas le luxe de pouvoir me l'accorder… Itame… ?
- Si tu prenais cette décision, Ayvi, cette fois, ne compte sur moi ! gronda Itame.
