Chanson utilisée : Why shouldn't we fall in love, par Diana Krall
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Minas enfila ses gants rapidement tout en souriant à un homme dans la cinquantaine qu'il devait examiner.
- Qu'allez-vous me faire? lui demanda-t-il suspicieusement.
- Ne vous en faites pas, monsieur Davies, je ne vous ferai absolument aucun mal.
Monsieur Davies surveillait les moindres mouvements de Minas avec un doute qu'il ne cherchait pas à dissimuler.
- Vous allez me piquer? s'enquit-il.
Minas se fit rassurant.
- À moins que je n'y sois forcé, je vais faire mon possible afin de l'éviter, fit-il en blaguant.
Il siffla d'un air désaprobateur.
- Votre tension est très élevée, quand avez-vous vu un médecin pour la dernière fois?
- Cela doit bien faire une dizaine d'années, je crois. Mais je mange énormément de fruits et de légumes, seulement cela…enfin presque.
- Très bien, je vais vous faire passer un examen général pour plus de sûreté
Minas lorgna vers l'énorme ventre de son patient.
- Que mangez-vous d'autre?
Monsieur Davies devint cramoisi. Sur le ton de la confidence, il commença :
- Vous m'avez l'air d'un gentil jeune homme, je vais donc vous laisser pénétrer un peu dans ma vie personnelle…
Minas haussa un sourcil, incertain.
- J'en suis très honoré.
- Ne le dites pas à ma femme, parce qu'elle m'oblige à suivre un régime très stict, mais il m'arrive parfois de sauter la barrière, si vous voyez ce que je veux dire.
- Et par «parfois» , vous voulez dire…?
Monsieur Davies baissa davantage la voix et Minas du se pencher pour saisir ses paroles.
- Trois midis par semaine, peut-être quatre. Vous comprenez, ma femme passe son temps à me nourrir de carrottes et de jus de brocoli, alors pour conserver une certaine santé mentale, je dois avoir une certaine dose de hambourger et de frites chaque semaine.
Minas hocha la tête, compréhensif.
- Je vois, je vois, mais cela n'exclu pas la fait que si vous ne perdez pas bientôt du poids, vous risquez d'avoir des troubles cardiaques très prochainement. Nous allons annuler l'examen général, mais je veux que vous voyez un diététiste.
Comme monsieur Davies pâlissait, il rajouta :
- Ne vous en faites pas, cela ne signifit pas de couper dans toutes les bonnes choses, mais seulement d'avoit une alimentation saine et équilibrée. Je vais vous donner quelques noms et m'assurer que vous soyez vu.
Il lui jeta un regard entendu.
- Vous devriez également parler à votre femme, car une carence en viande peut avoir de graves conséquences, notament un taux trop bas de cellules rouges, donc plus de saignements et une incapacité notable à cicatriser.
Monsieur Davies, la mine renfrognée, approuva néenmoins et accepta de onsulter un diététiste
Quelques instants plus tard, Minas rejoignait Neela à l'accueil. Il prit un nouveau dossier et, tout en le consultant, demanda avec une indifférence toute calculée :
- Que fais tu ce soir.
Neela, sans interompre sa recherche, lui répliqua :
- Oh tu sais, les choses habiuelles : sauver des vies, entendre des patients se râler contre le système de santé et encore sauver des vies.
Elle ne lui retourna pas la question.
- C'est génial, fit-il. Si ce que je fais t'intéresse, eh bien je vais finir tranquillement vers 23h 00 et ensuite j'irai peut-être boire un café au coin de la rue.
L'indienne ne répondit pas, absorber par la liste des effets secondaires que produisaient un nouveau médicament disponible. Elle sentit Minas se pencher sur elle et, d'une voix chaude, il lui souffla à l'oreille :
- À ce soir.
Elle se tendit, mais refusa de rencontrer son regard. Comme il se redressait, il lui frôla imperceptiblement les cheveux et s'éloigna d'un pas assuré. Tranquillement, Neela se retourna et le regarda s'éloigner, une lueur imperceptible dans les yeux. Frank, à l'autre bout du comptoir, lança :
- Et qu'est-ce que Ray pense de tout ça?
Neela lui lança un regard acide.
- Mêlez-vous de ce qui vous regarde.
Mais cela lui resta en tête pour le reste de sa garde. Irait-elle à ce dangereux rendez-vous? Elle sentait encore l'odeur épicé du jeune homme, son regard d'oiseau de proie posé dans son cou, et elle frissonna. Mais en effet, qu'est-ce que Ray en penserait?
Une légère fumée odorante embaumait le café, plongeant les clients dans une atmosphère détendue et intime. La voix chaude de Diana Krall résonnait dans la salle. Neela avala la dernière gorgée de son troisième café de la soirée, se demandant pour la centième fois pourquoi elle était venue.
I have a feeling, it's a feeling,
I'm concealing, I don't know why
It's just a mental,
sentimental alibi
Elle regarda fébrilement sa montre, une montre toute petite, très simple, au bracelet argenté. Elle indiquait 23h 00. Neela secoua la tête en marmonant que cela n'avait aucun bon sens et et se leva, s'apprêtant à partir.
- Tu ne devrais pas quitter si vite, je viens tout juste d'arriver, fit la voix taquine de Minas derrière elle.
Elle se retourna brusquement, son visage prenant une expression de surprise que Minas trouva absolument irrésistible.
But I adore you
So strong for
you
Why go on stalling
I am falling
Our love is calling
Why be shy?
Ses grands yeux noirs, rivés sur lui, brillaient imperceptiblement et sa main était placée devant sa bouche, dont les lèvres d'un rouge sombre formaient un «oh» des plus charmant.
- Je croyais que tu finissais à 23h 00? Je ne savais pas que tu pouvais courir si vite.
Minas rit et l'invita à se rassoir, ce qu'elle fit avec hésitation.
- La soirée était calme et étant donné que Ray et Pratt se trouvaient là, Kerry m'a permit de teminer plus tôt.
Au nom de Ray, Neela sentit sa gorge se serrer légèrement.
Let's fall in love
Why
shouldn't we fall in love?
Our hearts are made of it
Let's
take a chance
Why be afraid of it
- Tu lui as parlé de ce que nous faisions?
Minas, moqueur, répliqua :
- Tu sais, je n'informe pas Kerry de mes moindres faits et gestes, surtout que je ne pense pas qu'ils soient d'un grand intérête pour elle.
Neela balaya l'air de sa main.
- Je veux parler de Ray, fit-elle avec nervosité.
Minas, se penchant vers l'avant, l'observa avec attention.
- Est-ce qu'il n'y aurait pas quelque chose entre vous deux? lui demanda-t-il, un fin sourire errant sur ses lèvres.
Let's close our eyes and make our
own paradise
Little we know of it, still we can try
To make a
go of it
Neela ne répondit pas immédiatement : elle ne le savait pas elle-même. Elle connaissait Ray depuis combien de temps maintenant? Deux ans? Un peu plus? Il était son meilleur ami, elle savait qu'il était la personne qui comptait le plus pour elle. Mais l'aimait-elle? Aimer était un mot relatif. Ce qu'elle savait c'était que peu importe ce qui se passerait, il serait toujours là pour elle, qu'elle ne pouvait passer un jour sans lui, qu'elle avait besoin de lui pour affronter sa journée. Elle aimait quand il la taquinait, quand il riait d'elle. Elle aimait sa façon de la regarder, d'être aussi attentionné envers elle. Elle aimait quand il jouait de la guitare, quand il ne chantait que pour elle. Elle n'aimait pas le voir avec d'autres filles, même si elle détestait ce sentiment. Elle aimait lorsqu'il lui caressait les cheveux, ou qu'il lui prenait la main. Elle aimait pouvoir s'accoter sur lui lorsqu'ils écoutaient un film, ou le faire rire avec son absence de talent en cuisine. Elle aimait le voir marcher, rire, elle aimait… mon dieu, elle aimait tout de lui. Elle sorti de ses pensées. Elle était toujours dans ce café accueillant, avec un jeune homme plus que séduisant qui n'attendait qu'un signe de sa part pour l'embrasser. Elle observa son visage aux traits parfaits, sa mâchoire carrée, le doux profil de son nez, son teint mordu de soleil, ses yeux bleus comme l'azur, ses épaules puissantes, son torse musclé. Il était médecin, il savait parler aux femmes, il peignait, il écrivait : il était parfait, mais ce n'était pas Ray, tout simplement. Neela releva joyeusement la tête et se leva d'un bon, prenant Minas par surprise.
- J'ai quelques chose à faire, expliqua-t-elle.
We might have an end for each
other
To be or not be
Let our hearts discover
Elle lui donna un baiser sur la joue et partit en courant, manquant de renverser deux serveurs et un client qui se rendait aux toilettes. Elle ouvrit la porte à la volée, n'entendant pas Minas qui la hélait. Elle dévala la rue, ne s'arrêtant pas pour s'excuser auprès des personnes qu'elle accrochait. Elle surgit dans l'entrée des ambulances, à bout de souffle, mais elle ne ralentit qu'arrivée à la porte pour attendre qu'elles s'ouvrent. Elle prit quelques secondes pour repprendre sa respiration dans l'hôpital, mais lorsqu'elle vit Ray à l'admission en train d'argumenter avec Jerry, elle fondit sur lui. Elle n'entendait plus rien, ne pensait plus à rien. Il se retourna vers elle.
- Neela? Qu'est-ce que tu…
Elle mit ses mains sur son cou et, sans rien dire, l'attira à elle et posa ses lèvres sur les siennes.
Let's fall in love
Why
shouldn't we fall in love
Now is the time for it, while we are
young
Let's fall in love
Ray ne su comment réagir. Puis, il sourit contre ses lèvres et approfondit le baiser, serrant avec tendresse la jeune Indienne dans ses bras, lui caressant tendrement le dos d'une main, de l'autre, la joue. À bout de souffle, elle rompit le baiser, en riant, sans pouvoir sans empêcher.
- Ce n'est pas pour me remercier d'avoir fait le ménage de l'appart, n'est-ce pas? souffla-t-il d'une voix rauque, le souffle haletant.
Elle secoua négativement la tête, sans arrêter de rire nerveusement, sentant le regard de tous les patients et du personnel braqué sur eux. Elle n'osait détacher son regard du jeune homme, ayant peine à croire ce qu'elle avait fait. Ray lui prit le visage entre les mains, lui carressant les joues de ses pouces et posa son front sur le sien.
- Tu ne peux pas savoir comme cela faisait longtemps que j'attendais cela.
Incapable de répondre, elle se contenta de plonger ses yeux dans les siens et de lui sourire. Ray essuya lentement une larme qui perlait au coin de ses yeux sombres et, incertain, penchant à nouveau la tête, l'embrassa de nouveau. Elle le lui rendit avec joie, ne prêtant aucune attention aux gens qui applaudissaient et qui sifflaient.
We might have and end for each
other
To be or not be
Let our hearts discover
Jerry donna un coup de coude à Frank.
- Tu crois qu'ils vont durer combien de temps, ceux-là? lui demanda-t-il.
Frank haussa les épaules.
- Assez pour pouvoir acheter des beignets à tout le monde lundi matin, j'espère.
Susan, à quelques pas d'eux, souriait triomphalement. Un peu de bonheur ne ferait pas de mal aux urgences!
- Je crois que ça ne fera pas l'affaire de tout le monde, par contre, dit-elle à Kerry qui observait le spectacle en faisant ses dossiers.
- Que voulez-vous dire, docteur Lewis?
Elle ouvrit la bouche pour répondre, mais Minas, se retrouvant soudain à ses côtés, répondit à sa place.
- Oh, seulement qu'un pauvre idiot essayait de séduire cette exquise dame pendant que son meilleur ami se morfondait de jalousie.
Il sourit à Susan, qui lui donna un coup de poing amical sur l'épaule.
- Alors, tu y renonces?
- Pas du tout, je vais tout simplement attendre qu'ils rompent.
Susan leva les yeux au ciel.
- Je suis contente que tu sois revenu, tu me dois encore une tonne de dossier. Tu ferais bien de t'y mettre si tu ne veux pas que je te fasse rentrer demain soir.
Minas fit une moue agacée, mais Carter, de l'autre bout du comptoir, lui lança :
- Tu vas voir, il y en a des pires qui t'attendent.
Minas jetta un coup d'œil peu rassurée à Susan, qui se contenta d'éclater de rire.
- Allez tout le monde, au travail! Ray, je te libère, il y a un médecin qui s'est porté volontaire pour te remplacer.
Minas sourit et se dirigea vers la loge pour y mettre son sarrau.
Ray et Neela finirent par se séparer et, d'un commun accord, conclurent qu'ils auraient plus d'intimité à leur appartement. Le jeune homme lança un regard reconnaissant à Susan, qui se contenta de lui répondre par un clin d'œil amusé. Ils sortirent, main dans la main, sous les applaudissements des patients, se jettant des coups d'œil complices et quelque peu gênés.
Let's fall in love
Why
shouldn't we fall in love?
Now is the time for it, while we are
young
Let's fall in love
Ils trouvèrent l'appartement plongé dans une noirceur invitante. Ray posa ses mains sur la peau frémissante de la jeune femme et la caressa sans impatience, comme il en avait rêvé des centaines de fois, sachant qu'il avait désormais toute une vie pour le faire.
Let's fall in love
Let's fall in love
Let's fall in love
