Chair et sang

One-shot en trois parties sur Walburga Black et ses fils.

Disclaimer : Les personnages et l'univers appartiennent à J.K. Rowling.


Quand était-il passé de fierté à déception ? Quand était-il passé du fils tant aimé au mouton noir de la famille ?

Quand Walburga Black l'avait tenu, lui, petit corps ensanglanté et gémissant, tout contre son sein, pâle et en sueur, l'avait-elle aimé ? Cette femme froide, à la beauté glaciale, avait-elle réellement souri en donnant naissance à son premier enfant ? Ce qu'elle appellerait plus tard des heures gâchées à mettre au monde un monstre, elle les appelait à l'époque les heures qui avaient mené au but de sa vie.

Sirius avait grandi comme tout enfant normal pouvait grandir – du moins, l'imaginait-il. L'amour débordant d'une mère, un père quasiment absent, un frère cadet qui copiait presque tous ses gestes, une famille qui s'éprenait de cet héritier mâle. Le monde tournait autour de lui : il était Sirius Black, il était invincible.

Comment d'heures n'avait-il pas passé en compagnie de sa mère, à réciter les noms de ses ancêtres, à observer avec admiration et envie la tapisserie qui représentait leur arbre généalogique ? A retenir chaque nom, chaque date, chaque lien, chaque fait marquant. « Tu vois Sirius, tu ne seras jamais seul, tu nous as nous, tous. » disait-elle avec un grand geste du bras pour englober la tapisserie avant d'éclater de rire et de le serrer dans ses bras. « Mon fils, ma chair, mon sang. »

Il avait grandi en apprenant à tirer fierté de son nom. Être un Black était comme posséder un sang royal – la magie à l'état le plus pur circulait dans ses veines. Tout lui était dû, le monde était à ses pieds.

Son apprentissage fut précoce et soutenu : Walburga désirait en faire le meilleur sorcier de sa génération. « Et tu verras, comme ils trembleront devant toi, comme ils se mettront à genoux pour exaucer tes moindres désirs. »

Et ça avait été le cas. Un Prince, qu'importe où il aille. Sa beauté, son éducation, sa puissance en faisait un enfant-adulte déjà redoutable. Un enfant baigné dans la magie noire et la croyance que les sorciers de sang-pur étaient supérieurs à tous. Un enfant baigné dans une famille de dégénérés pour qui la folie, l'intolérance et la cruauté étaient tout ce qu'il y avait de plus normal. Utiliser les autres, en tirer tout ce qu'on pouvait – c'était ce qu'on lui avait appris à être ; un être d'intelligence pure et qui ne ressentait rien sinon la fierté.

Quand il entra à Poudlard, sa mère l'avait serré dans ses bras, émue aux larmes mais s'en cachant – ce n'était pas bienséant. « Et n'oublie pas de saluer tes cousines. » Le départ avait été douloureux mais il avait bien fallu, malgré qu'Orion ait voulu le placer à Durmstrang. Walburga avait refusé tout net, préférant garder son fils près d'elle : même si c'était Dumbledore, cet amoureux des Moldus, le directeur, au moins Sirius restait-il en Grande-Bretagne.

Poudlard fut un choc. Confronter tous ces sang-de-bourbe, tous ces traîtres à leur sang fut difficile. Ils n'étaient pas tellement différents de lui – pourtant, sans cesse la voix de sa mère serinait dans sa tête qu'ils n'avaient rien en commun. Pour la première fois, Sirius sortait du milieu hermétique des Sang-Pur et le monde ne lui semblait pas aussi immonde que ce que ses parents lui disaient. Puis vint la cérémonie de répartition. Et la surprise.

Quand Sirius fut placé à Gryffondor, dès le lendemain, une Beuglante vint tempêter dans la Grande Salle sous le nez de Dumbledore, réclamant à corps et à cris que la répartition soit refaite, que son fils soit placé dans la bonne maison. Le directeur avait simplement souri et répondu que le Choixpeau ne se trompait jamais. La voix de Walburga Black retentit encore une fois dans le bureau de Dumbledore sans que ça n'y change rien : Sirius resterait à Gryffondor.

Quand il revint à Noël, il n'eut jamais d'accueil plus froid. Lèvres pincées, mine aigrie, on aurait dit que sa mère le tenait pour personnellement responsable d'être à Gryffondor. Déception ! Sirius avait entendu ce mot-là de nombreuses fois. Et chaque fois, il avait fait mal comme une lame brûlante qui passait entre ses côtes. Que pouvait-il faire pour regagner l'estime de sa mère ? Que pouvait-il faire pour qu'elle l'aime à nouveau, que son regard cesse de glisser sur lui ? Soudain, son appui si solide, sa famille, lui semblait bien fragile. Tous s'étaient détourné et on chuchotait sur son appartenance à Gryffondor. Les repas de famille étaient glacials : plus personne n'était invité chez Walburga – car alors, on verrait son fils de la maison ennemie ; une chose qu'elle ne pouvait pas tolérer.

Sa vie à Poudlard se poursuivit. Avec ses amis, ses amours, ses emmerdes. Restait toujours le fantôme de cette famille qui le haïssait, le rejetait. Ça faisait tellement mal de soudain ne plus faire partie de ce groupe exclusif. Et chaque retour à la demeure familiale amenait son lot de disputes, de sorts et d'insultes. Jusqu'au moment fatal où Walburga n'en put plus et explosa : « Tu n'es plus un Black ! »

Ce jour-là, Sirius fugua. Et il comprit que sa véritable famille, c'était ses amis et que le sang ne comptait pas. Seuls importaient la loyauté, la fidélité et l'amour.


Et voilà la deuxième partie de Chair et sang. J'aime moins la partie sur Sirius, je l'avoue volontiers, n'y retrouvant pas la profondeur que j'ai pu exploiter avec Walburga et Regulus (partie qui arrivera demain). Néanmoins, j'ai toujours trouvé Sirius moins attaché à sa famille que les autres Black et à mon sens, il est plus crédible qu'il se soucie moins de son nom. Il a été capable de fuguer sans retourner en arrière et je doute que d'autres membres auraient pu tourner le dos à leur famille ainsi.

Comme pour la partie sur Walburga : sans prétention, un-jet, pas réellement retravaillé, écrit entre minuit et 2h du matin.

A demain pour la dernière partie de cet OS ;)

Sorn