Chapitre 3 Sacrifice
Une fois les équipements prêts, ils se dirigèrent vers la base Andrews dans le Maryland. Toutes les opérations seraient dirigées de là. Le Pentagone craignant une attaque de leur bâtiment en représailles, les dirigeants avaient préféré délocaliser le commandement. De cette base ils n'étaient qu'à 15 km de Washington DC et de le Maison Blanche.
Jack monta dans son appareil sous le regard anxieux de Sam. Elle voyait bien que lui-même était effrayé. En fait, c'était la première fois qu'elle sentait qu'il avait peur. Le visage fermé, il se concentrait sur ce qu'il avait à faire. Chaque détail comptait. Elle ne l'avait non plus jamais vu si sérieux. D'habitude, c'était en temps de crise qu'il faisait le plus le malin, même quand c'était sa vie qui en dépendait. Mais pas cette fois, l'enjeu était bien trop important.
Il alluma quelques boutons sèchement, sa nervosité était palpable à des kilomètres. Lorsqu'il s'apprêta à mettre son casque, Sam, qui était montée sur la rampe d'accès, arrêta son geste en lui prenant la main. Elle la serra un peu plus dans la sienne. Jack plongea son regard dans celui de la jeune femme. Elle avait les larmes aux yeux. Il savait qu'elle ne pleurerait pas devant lui, ni devant personne d'ailleurs. Elle était trop fière pour ça. Mais il apercevait aux bords de ses yeux cristallins quelques larmes qu'elle retenait tant bien que mal. Pour la rassurer, il déposa un baiser sur sa main, et prit une forte aspiration pour se donner du courage. Sam le laissa se concentrer seul.
O'Neill se dit que finalement, elle n'était pas si différente de SA Sam. Peut-être même était-elle vraiment la femme qu'il avait toujours connue ? La situation dans laquelle elle se trouvait ne ressemblait en rien aux réalités alternées qu'ils avaient connues auparavant, puisque la personne qui devait affronter une réalité alternée était toujours confrontée à son double, sauf si celui-ci était décédé. Ce n'était pas le cas ici. Peut-être avaient-t-elles échangé leurs vies ? Par quel procédé ? Il n'en savait rien. Finalement, peut-être que la pression qui reposait sur ses épaules avait fini par la faire craquer ? Il était soucieux pour elle, pour leur avenir, et celui de l'humanité. Il semblait alors qu'il était leur dernière chance... à tous. Pourtant tout ne se passa pas comme prévu.
Les chasseurs sur le départ se préparaient au décollage, ils défilèrent sur la piste les uns après les autres à une allure impressionnante. Sam les regardait se propulser en l'air dans un fracas assourdissant, l'air mélancolique et une mauvaise intuition dans le coeur. Elle rejoignit la chaleur des bureaux où était supervisée la mission. Le major Davis était assis devant un écran, suivant au radar la progression des pilotes. Carter s'était adossée au mur en face de l'écran pour suivre ce qu'il se passait. On lui avait donné un micro et une radio pour pouvoir communiquer avec l'équipe en vol.
Tout se passa très vite. A leur arrivée à Washington, les avions en tête de la formation furent vite pris en chasse par les Jaffas d'Apophis, le but étant de les occuper le plus longtemps possible sans se faire descendre. En levant la tête depuis les rues en bas dans la ville, on pouvait les voir voltiger tout en vrilles et en loopings, en accélérations et en feintes.
Cependant, il ne fallut qu'une dizaine de minutes aux chasseurs de la mort pour abattre un premier pilote. L'appareil dont l'aile droite avait été anéantie descendit à pic à une vitesse sans pareil dans une traînée de fumée noire qui inondait le ciel dans sa progression. Le pilote n'eut pas le temps de s'éjecter et s'écrasa sur un building, faisant quelques centaines de victimes civiles.
Pendant que certains faisaient diversion, une formation de trois chasseurs, dont celui du colonel O'Neill, percèrent les lignes ennemies. Il n'y avait rien de pire pour le militaire que de devoir laisser ses hommes se débrouiller tous seuls derrière lui. Lorsqu'il entendit le tumulte provoqué par le crash, il ne put retenir un juron de rage. Mais où avait-il donc la tête ? Personne ne sortirait vivant de cette mission ! Malgré tout il continua sa progression sous escorte. A la résidence du président, l'opération devint bien plus délicate. Les deux autres pilotes couvraient l'appareil d'O'Neill, tandis que ce dernier tentait non sans difficultés une percée jusqu'au hangar du vaisseau-mère. Les tirs d'armes à énergie fusaient de tous les côtés. Pour les éviter il devait s'adonner à des manoeuvres spectaculaires. Lorsque une boule de feu incandescente vint frôler le bec de son appareil, lui faisant perdre considérablement de l'altitude, il n'y croyait plus. Jamais il ne parviendrait à entrer vivant dans le vaisseau. Les chiffres sur le compteur de son tableau de bord défilaient à une allure alarmante malgré tous ses efforts pour redresser l'avion. Ce n'est qu'à quelques centaines de mètres du sol qu'il réussit à faire remonter l'appareil de justesse. Quelques mètres de plus et il aurait complètement décroché pour venir s'écraser au sol. Il passa à l'arraché la porte du hangar qui était presque close, tel un fil qu'on enfile dans le chat d'une aiguille.
Le hangar était étrangement vide. Tous les chasseurs de la mort étaient dehors à combattre ses hommes. Visiblement, personne ne l'avait vu entrer. Il n'avait pas été suivi. Il entendait encore dehors le son étouffé du vacarme de la bataille. Quand il se sortit péniblement de l'habitacle de son chasseur, il observa rapidement les dégâts qu'on lui avait infligés. La coque avait fondu à l'endroit de l'impact, pourtant minime : seulement une vingtaine de centimètres de diamètre. Il passa son chemin, rassuré : il pourrait au moins tenter de s'enfuir avant de faire tout exploser.
Deux heures plus tard, à Andrews Sam se tourmentait. La mission aurait dû être finie depuis un moment, le vaisseau-mère aurait déjà dû voler en éclat et Jack devrait être rentré « à la maison ». Quelque chose s'était forcement mal passé. C'est alors que contre toute attente, l'écran du radar se mit à crépiter, de la neige apparut et quelques secondes plus tard on pouvait voir Apophis prendre de haut l'humanité. Derrière lui, son nouveau primat avait enroulé son bras autour du cou de Jack et le maintenait fermement. De l'autre main il pointait sur lui un zat'. La voix rauque et tonitruante du faux dieu résonna dans leur radio.
« Vous pensiez pouvoir m'anéantir avec de vulgaires explosifs primitifs ? s'énerva-t-il.
- Primitifs mais efficaces, ajouta Jack.
- Silence, humain ! vociféra le goa'uld. Vous n'avez donc pas compris que votre misérable existence ne servirait désormais qu'à me servir ? Vous espérez encore pouvoir récupérer votre liberté ? continua-t-il.
- Nous ne l'avons pas encore perdue, le défia Sam.
- Vous osez encore me parler avec insolence ? Je suis votre nouveau Dieu, peuple de la Tau'ri. Vous me devez respect et allégeance. Pour punir votre défiance, O'Neill sera exécuté sous vos yeux.
- NON ! » cria Sam.
Le primat força Jack à se mettre à genoux. Le militaire fermait les yeux. Il savait qu' il n'y avait plus d'espoir pour lui, ni pour personne désormais. C'était la fin. C'est alors qu'il sentit la douleur lancinante de la brûlure d'une lance-serpent dans son dos. Une, deux, trois fois avant de tomber en avant, inerte.
Sam resta comme pétrifiée. Il ne lui restait plus rien. Ils étaient vaincus. Il n'y avait plus d'issue de secours, plus aucun recours. Elle ne pouvait pas rentrer chez elle, et l'homme qu'elle aurait pu aimer, qu'elle avait aimé de tout son coeur n'était plus. Elle serra ses poings de colère. Elle profita du tumulte qu'avait provoqué cette exécution en direct pour partir.
Pendant que les généraux se disputaient sur la suite des événements et sur les décisions à prendre, elle se dirigea vers le hangar des « F-18». Après tout elle était avant tout pilote de l'US Air Force. Elle embarqua dans un des appareils et fit vol vers la capitale. Elle n'avait plus rien à perdre. Elle serait donc le dernier rempart contre l'envahisseur. Elle passa tant bien que mal à travers les lignes ennemies. Elle était si déterminée que rien n'aurait pu l'arrêter. Elle prit de plus en plus de vitesse, sans même prêter attention aux avertissements de son tableau de bord qui clignotait de tous les côtés. L'habitacle de l'appareil commençait à trembler. Elle perdait le contrôle. L'avion alla directement s'écraser sur le sommet du vaisseau-mère. Les boucliers ne purent résister. Le crash provoqua une explosion en chaîne, tel un véritable feu d'artifice au dessus de la ville.
Epilogue
Pour Sam, tout devint d'un blanc éclatant. Une lumière éblouissante lui irrita les yeux. Elle ne voyait plus rien. Elle se sentit comme avalée, attirée par une force irrésistible dans une spirale infernale. Elle revoyait toute cette journée du 25 décembre défiler à reculons à toute vitesse. A peine avait-elle le temps de percevoir quelques visages. Soudainement, elle ouvrit les yeux, la respiration saccadée et difficile. Elle vacilla légèrement et cligna des yeux plusieurs fois pour se remettre les idées en place. Elle jeta un regard circulaire sur ce qui l'entourait. Elle était dehors dans la neige, près de la cabane où le colonel O'Neill avait l'habitude de couper le bois. Il faisait nuit et froid. Jack se tenait à côté d'elle, l'air inquiet.
« Carter ? Tout va bien ?
- Qu'est ce... qu'est ce qui vient de se passer ? demanda la jeune femme décontenancée.
- Euh... je viens de vous mettre le bracelet. » répondit le militaire perplexe.
Elle baissa le regard pour constater effectivement la présence du bijou à son poignet. Elle secoua la tête comme pour en chasser une idée.
« Non je ne parle pas de ça... Je... »
A ce moment là, une étoile filante passa dans le ciel sombre de la nuit. Elle comprit alors. Elle avait fait ce voeu égoïste de l'avoir pour elle toute seule. Les désirs égoïstes ont parfois des conséquences désastreuses. Si sa relation avec Jack avait été différente, s'ils avaient pu s'aimer en paix, voilà ce que cela aurait pu donner. Une catastrophe pour l'humanité et la mort pour eux. Désormais, ce qu'elle avait lui suffisait bien assez. C'était leur juste équilibre. Tout ce qu'elle voulait pour Noël c'était l'avoir à ses côtés, même si ce n'était pas comme elle le désirait au fond d'elle-même.
« Vous... ? reprit Jack, la sortant de ses rêveries.
- Rien, tout va bien. On rentre ? Je commence à avoir froid.
- D'accord. Je ne voudrais pas rater le spectacle de Daniel ivre au deuxième verre de lait de poule ! »
Fin.
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