Merci pour vos reviews. Bon euh... alors avant de vouloir m'égorger, merci de lire cette partie en entier !

Bonne lecture. ^^


Trois semaines plus tard.

Steve referma son portable en soupirant profondément. La gouverneure voulait le voir mais, comme à son habitude, avait refusé de lui en donner la raison par téléphone. Il se tourna vers Danny, assis dans son bureau, qui était en train de taper son rapport sur l'enquête juste terminée. Leur relation n'avait guère évolué depuis ce fameux soir où ils avaient dormi ensemble. Il leur arrivait très souvent de se retrouver dans le même lit et de se donner mutuellement du plaisir, mais le blond ne semblait pas encore prêt à passer à l'étape suivante. Cela ne gênait pas vraiment Steve qui, pour l'instant, savourait juste le bonheur de cette relation naissante.
Alors qu'il était plongé dans ses pensées, il sentit le regard de Danny sur lui et sourit. Jusque là, ils avaient réussi à dissimuler leur lien intime à leurs collègues, même si Chin se demandait parfois pourquoi le blond vivait toujours chez le brun. Kono, quant à elle, regardait parfois son patron avec un air interrogateur, mais ne lui demandait rien. Le couple s'était mis d'accord pour ne rien dire tant que Danny n'aurait pas décidé d'en parler à sa fille. Il ne voulait absolument pas risquer que la fillette l'apprenne par quelqu'un d'autre, ce que Steve comprenait totalement.

Soupirant profondément, McGarrett finit par se décider à se lever enfin de son fauteuil. Il se dirigea vers le bureau de son amant pour le prévenir :
— Jameson veut me voir. Ne m'attends pas pour le dîner.
— Ok ! À ce soir ! lança Danny en souriant.
Alors qu'il quittait le QG du 5-0 pour se rendre au bureau de la gouverneure, Steve sentit un mauvais pressentiment l'envahir, sans qu'il en connaisse réellement la raison. Dès qu'il arriva, on l'introduisit auprès de Jameson. Elle lui fit signe de s'asseoir, puis lui tendit une enveloppe kraft.
— J'ai reçu ceci ce matin. À mon attention exclusive.
Intrigué, Steve sortit la liasse de papier qu'elle contenait et se figea, le cœur glacé. Il s'agissait de photos de Danny et lui, dans sa maison ou dans son jardin, visiblement prises au téléobjectif. Les premières les montraient juste en train de manger, de discuter ou de rire, mais les dernières ne pouvaient laisser place au doute concernant leur relation.
— Écoutez, Capitaine McGarrett, je me fous de savoir si le Lieutenant Williams et vous couchez ensemble. Cela ne me concerne pas du moment que ça n'entrave pas le bon déroulement de vos enquêtes pour le 5-0.
— Je vous promets que...
— Je n'ai pas fini ! lança la gouverneure en levant la main pour l'interrompre. Il y avait également une lettre dans l'enveloppe.
Elle lui tendit une feuille blanche rangée dans une pochette plastique pour preuves.
— Je n'ai pas encore fait analyser les empreintes, mais je pense que nous n'en trouverons pas d'autres que les miennes.
Steve baissa les yeux sur le papier, craignant ce qu'il allait y lire.
Je tenais à Hawaii comme McGarrett tient à son coéquipier. Et j'ai perdu Hawaii...
Il n'y avait rien d'autre, ni signature, ni indication de qui ça émanait, mais le SEAL l'avait déjà deviné.
— Marquez...
— C'est ce que j'ai pensé également.
Steve relut la phrase, le cœur battant à tout rompre. La menace était assez claire : Marquez savait pour leur relation et comptait l'utiliser pour se venger.
— Après vous avoir appelé, j'ai réfléchi à ce que nous pourrions faire pour mettre à l'abri le Lieutenant Williams tout en vous laissant maître de vos mouvements afin que vous puissiez arrêter Marquez.
— Il est revenu ?
— Pas encore, mais je parierai qu'il n'attend qu'une occasion pour le faire et implanter enfin son réseau chez nous. J'ai donc une idée à vous soumettre.
Elle exposa le plan qu'elle avait imaginé. Au fur et à mesure qu'elle parlait, Steve sentait la nausée monter en lui. Lorsqu'elle eut fini, il sut que c'était la meilleure solution, sûrement la seule même, mais il était malade à l'idée de la mettre en application.
— Je sais que ça sera difficile.
— Je ne peux pas...
— Ne m'obligez pas à vous en donner l'ordre, Capitaine McGarrett.
— Madame, je...
Devant le regard ferme de la gouverneure, il sut qu'il n'avait pas d'autre choix. Et c'est le cœur lourd qu'il quitta son bureau. Incapable de rentrer immédiatement, il fit un long détour jusqu'à la plage. Là, il se mit à courir le plus vite qu'il le pouvait, espérant que la fatigue physique lui permettrait d'oublier quelques instants ce qui s'était passé dans le bureau de la gouverneure. Lorsqu'il dut s'arrêter, les poumons brûlants et les jambes lourdes, il se laissa tomber à genoux sur le sable, les poings serrés crispés sur ses cuisses. Il resta là jusqu'à ce que le soleil décline sur l'horizon, puis se décida à rentrer chez lui. Il espérait que Danny serait déjà couché afin de ne pas avoir à répondre à ses questions, mais, malheureusement pour lui, son compagnon l'attendait devant la télé.
Avant que le blond ait eu le temps de l'interroger, Steve lança :
— Je vais prendre une douche !
Il monta rapidement et s'enferma dans sa salle de bains. Il se déshabilla, puis se glissa dans la cabine. Baissant la tête, il laissa l'eau chaude ruisseler sur ses cheveux et ses épaules, délassant ses muscles tendus. Si son corps se sentit mieux après cette douche, ce n'était pas le cas de son esprit qui restait obnubilé par ce qu'il allait bientôt devoir faire pour protéger Danny. Son estomac se souleva à nouveau à cette idée. Il enfila un boxer et alla se glisser sous les draps. Quelques minutes plus tard, il entendit la porte s'ouvrir. Steve fit semblant de dormir, ne sentant pas le courage de mentir à son compagnon. Il se passa quelques secondes avant que le blond ne referme le battant sans entrer. Soulagé, Steve soupira profondément. Trop perturbé, il savait qu'il parviendrait pas à s'endormir et passa donc une partie de la nuit à réfléchir intensément. Finalement, le sommeil le cueillit aux premières lueurs de l'aube.


Danny ne comprenait pas ce qui arrivait à Steve. Cela faisait presque une semaine, depuis son rendez-vous chez la gouverneure, que son amant l'évitait. Le premier matin, le blond avait cru qu'il se faisait des idées, mais au fil des jours, il devint évident que le brun faisait tout pour ne pas se retrouver seul avec lui. Abattu, Danny passait ses journées à chercher ce qu'il avait bien pu faire de mal pour que son compagnon l'évite ainsi. Puis, comme il ne trouvait rien, il eut la certitude que Steve avait changé d'avis, qu'il avait réalisé que leur histoire n'avait aucun avenir mais qu'il n'osait pas le larguer. Jaloux, Danny parvint même à se persuader que son amant avait trouvé quelqu'un d'autre, sûrement une femme. Il soupçonna toutes les jolies filles qu'ils croisaient lors de leurs missions, même Kono. Il n'aimait pas cette situation et se promit de coincer Steve dès le soir-même pour mettre les choses au point.

Une affaire les occupaient depuis deux jours. Ils finirent par la résoudre à la tombée de la nuit, sur un terrain vague désert, où ils attrapèrent le gang de braqueurs qui les avaient fait courir toute la journée. Alors que Danny passait les menottes à l'un des hommes, Steve lança :
— Je vais prévenir la police d'Honolulu que nous les avons eus.
Le blond suivit des yeux son compagnon jusqu'à son Hummer. Au moment où le brun montait dans sa voiture, Danny trouva étrange qu'il se soit garé aussi loin, tout à fait à l'autre bout du terrain. Oubliant aussitôt sa réflexion, il releva son prisonnier. Au même moment, le tout-terrain noir explosa. Le souffle projeta tout le monde à terre. Sous le choc, Danny se précipita vers le véhicule en feu, ne pensant à rien d'autre qu'à sauver son amant. Alors qu'il commençait à sentir la chaleur des flammes, Chin l'arrêta, le ceinturant violemment pour l'empêcher de se jeter dans le brasier. Danny tenta de se dégager en hurlant :
— Laisse-moi ! Il faut le sortir de là !
— C'est trop tard ! Danny, calme-toi, on ne peut rien faire !
Kono arriva pour prêter main forte à son cousin. Le blond résista encore un peu, refusant d'y croire, hurlant le prénom de son compagnon. Puis, la douloureuse réalité le frappa de plein fouet et il se laissa glisser au sol, ses amis l'y accompagnant. Les larmes ruisselaient sur ses joues et il avait l'impression que son cœur allait se briser de douleur. Ils restèrent ainsi un long moment, jusqu'à ce que les secours arrivent, alertés par l'explosion. Chin fut le premier à reprendre ses esprits tandis que Kono aidait Danny à se relever et à rejoindre sa voiture, garée dans une rue proche. Lorsqu'il leva les yeux vers la jeune femme, il fut presque surpris d'y voir des larmes, puis il réalisa qu'il n'était pas le seul à avoir perdu un ami, même si Steve était beaucoup plus que ça pour lui.
— Ce n'est pas possible... souffla t-il, essayant de repousser l'évidence.
Kono ne répondit rien, elle aussi sous le choc. Danny l'attira dans ses bras, autant par amitié que par besoin de réconfort. Ils furent rejoints par Chin quelques minutes plus tard. Il posa une main sur l'épaule de Danny et souffla d'une voix éteinte :
— Les pompiers disent que nous n'aurions rien pu faire.
Kono quitta les bras du blond pour ceux de son cousin. Danny secoua la tête :
— Il ne peut pas être mort... non, il ne peut pas...
— Danny...
— Je n'y crois pas, c'est impossible !
Avant que les deux autres aient eu le temps de réagir, il monta dans sa voiture et démarra en trombes. Il fit le trajet jusque chez Steve sans même s'en rendre compte. Une fois dans la maison, il resta un long moment planté en plein milieu du salon, l'esprit vide. Comme un automate, il monta au premier, se rendit dans la chambre de son compagnon et ôta ses vêtements. Puis il s'allongea sur le lit en position fœtale, laissant à nouveau libre cours à son désespoir.

Cela faisait deux jours et Danny était passé par toutes les émotions : la tristesse, la colère, la peur, la révolte et enfin, l'envie violente de vengeance. Lorsqu'il avait réalisé que tout ceci n'était pas un cauchemar, il avait compris qu'il devait attraper celui ou ceux qui avaient fait ça. S'il ne le faisait pas pour lui, il le devait à Steve. Et ça serait le seul moyen pour lui de ne pas s'effondrer totalement.
Danny n'avait pas eu à contacter Mary Ann, Chin s'en était occupé. La jeune femme avait refusé de s'installer dans la maison qui était à présent la sienne, Steve n'ayant aucun autre héritier, mais avait permis au blond d'y rester le temps qu'elle décide ce qu'elle allait en faire. Les obsèques eurent lieu trois jours après l'explosion. Le cimetière était rempli de Navy SEALs, de policiers et d'amis de Steve. Danny se tenait entre Mary Ann et Kono, le regard fixé sur le cercueil vide qui descendait lentement dans la fosse. Il n'y avait pas eu d'autopsie, le légiste ayant déclaré qu'elle ne servait à rien compte tenu de la violence de l'explosion.
Danny ne versa pas une larme durant l'enterrement. Son cœur et ses yeux étaient secs. Il était conscient que seul son désir de vengeance le maintenait encore debout. De toutes façons, pour le moment, il ne voulait pas penser à ce qui adviendrait après, lorsqu'il aurait eu ceux qui lui avaient ôté l'une de ses deux raisons de vivre. Tout son être était tourné vers la vengeance elle l'obnubilait totalement.

Une fois les obsèques terminées, Danny rentra seul. Il ne voulait parler à personne. Égoïste, il refusait de partager sa douleur. Il prit une bière dans le frigo, puis alla s'asseoir sur un transat, face à l'océan. Il aurait aimé se rappeler les moments de bonheur, mais il ne voyait que l'explosion. Elle tournait en boucle dans sa mémoire, jour et nuit. Il but une gorgée, puis ferma les yeux, retenant à grand peine un sanglot. Ce fut alors qu'il crut avoir perdu l'esprit lorsqu'il entendit une voix douloureusement familière lancer derrière lui :
— Pardonne-moi.


Quelques heures plus tôt

Dissimulé derrière un arbre, il observait toutes les personnes présentes au cimetière. Même s'il était censé se concentrer sur la recherche d'un éventuel suspect, il ne pouvait s'empêcher de regarder ses proches. Son cœur se serra lorsqu'il vit Mary Ann fondre en larmes dans les bras de Chin. Et encore plus quand il réalisa que Danny avait le visage totalement fermé, signe qu'il était trop affligé par le chagrin pour le montrer. De profondes cernes noires marquaient le visage fatigué du blond qui ne devait pas avoir beaucoup dormi depuis l'explosion.

Il avait essayé mais il ne pouvait pas. Il savait que la gouverneure lui en voudrait de ne pas avoir suivi le plan initial, d'avoir compromis leurs chances d'attraper les hommes de Marquez, et Marquez lui-même. Pourtant, il était incapable de continuer ainsi, de voir souffrir ceux qu'il aimait, de le voir souffrir lui...

Danny était assis sur un transat dans le jardin, une bière à la main, fixant l'horizon. L'autre homme s'approcha sans bruit, puis lança :
— Pardonne-moi.
Le blond se leva d'un bond, laissant tomber sa bouteille qui se fracassa sur le sol.
— Steve ? Non... c'est impossible... tu es...
— Je ne suis pas mort.
Danny recula d'un pas, l'air effaré.
— Non ! Je t'ai vu monter dans la voiture. Elle a explosé !
— Laisse-moi t'expliquer... demanda Steve, les mains tendues vers son compagnon.
Alors qu'il s'approchait, Danny sembla reprendre ses esprits et lui décocha un coup de poing dans l'estomac. Le souffle coupé, le brun se plia en deux. Son amant en profita pour s'enfuir à toutes jambes vers la maison. Le temps que Steve arrive à retrouver une respiration à peu près normale, Danny était hors de vue. Le brun rentra, puis monta directement au premier d'où venait de lui provenir le bruit d'une porte qu'on claquait. Arrivé devant la chambre de son compagnon, il lança :
— Danny, ouvre-moi ! Laisse-moi t'expliquer !
Comme l'autre homme ne répondait pas, il reprit :
— Ouvre ! S'il te plait... Ne m'oblige pas à défoncer cette porte !
— Eh bien défonce-la si ça t'amuse ! Après tout, elle est à toi cette porte, tu peux en faire ce que tu veux !
D'après le son de sa voix, Steve sut que Danny était juste derrière le battant, sûrement adossé contre celui-ci. Il s'approcha, comprenant qu'il devrait tout expliquer à travers la porte. Il posa son front sur le bois, puis se lança. Il raconta son rendez-vous chez la gouverneure, la découverte des photos et la lettre de menace avant d'exposer le plan de Jameson pour contrer le truand :
— Elle était sûre que si je me faisais passer pour mort, Marquez abandonnerait son idée de s'en prendre à toi et qu'il reviendrait à Hawaii. En plus, ça devait me permettre d'enquêter sur lui en toute tranquillité. J'étais malade à l'idée de mentir à tout le monde... de te mentir... mais Jameson ne m'a pas laissé le choix. Le jour où... le jour de l'explosion, tout était déjà prévu, je n'attendais plus que le bon moment. Et ce terrain vague était l'endroit idéal : personne ne risquait d'être blessé. Après que tu m'aies vu monter dans le Hummer, je suis descendu aussitôt, je me suis mis à l'abri et j'ai déclenché l'explosion. Lorsque je t'ai vu courir vers la voiture en feu, j'ai failli me montrer pour t'empêcher de faire une connerie, mais Chin t'a rattrapé à temps. Et après, le plan était en route, je ne pouvais plus revenir en arrière.
Il fit une pause avant de continuer :
— J'ai passé trois jours à rassembler discrètement des éléments sur Marquez et ses hommes. Il avait été prévu dès le départ que j'irai à mes obsèques pour voir si l'un de ses sbires s'y trouverait, mais ils n'y étaient pas. Et là, j'ai vu ta douleur... j'ai vu combien tu souffrais de ce que je t'avais fait... je n'ai pas pu le supporter bien longtemps... La gouverneure va me maudire quand elle saura que j'ai dévié du plan et peut-être gâché nos chances de choper Marquez mais...
S'arrêtant à nouveau, il posa la main à plat sur le bois de la porte.
— Te voir souffrir me déchirait le cœur, Danny. Je comprends que tu m'en veuilles... que tu refuses de me parler... Pour l'instant, tu peux rester ici, je ne peux pas revenir vivre dans cette maison tant qu'on doit me croire mort. Après... après on avisera... Je suis tellement désolé...
Steve sursauta lorsque la voix de l'autre homme retentit derrière le battant :
— Pourquoi tu ne m'as rien dit ?
— Marquez savait pour nous. Il fallait que tu sois convainquant. S'il avait le moindre doute sur ma mort, il s'en serait pris à toi. Je n'avais pas le choix... Jameson ne m'a pas laissé le choix...
Le brun recula en entendant la clé tourner dans la serrure.


Tiraillé entre la colère et le soulagement, Danny ouvrit la porte, puis s'avança vers son compagnon, pointant un doigt accusateur sur sa poitrine, le faisant reculer.
— Tu aurais dû refuser ! Lui dire que tu ne pouvais pas faire une chose pareille à tes proches ! Tu as pensé à Mary Ann ? Tu as pensé à tes amis ? À Chin, à Kono ? Tu as pensé à moi ?
— Je n'ai pensé qu'à toi, répondit Steve alors qu'il se retrouvait dos au mur du couloir.
Danny baissa les yeux, retenant à grand peine ses larmes.
— Tu ne peux pas imaginer combien j'ai eu mal... J'ai cru qu'on m'arrachait le cœur... Je n'osais pas dormir de peur de revoir l'explosion encore et encore. Je n'ai même pas pu l'annoncer à Grace, comme si le fait de le lui dire allait rendre ta mort plus réelle. Finalement, c'est mieux ainsi, elle n'aurait pas compris.
Ses sentiments étaient trop intenses pour que Danny puisse encore les contenir. Ses larmes se mirent à couler tandis qu'il levait le regard pour le plonger dans celui de son amant. Il souffla :
— Je t'en veux horriblement. Je n'avais jamais autant souffert de toute ma vie... Sans Grace, je...
Il s'interrompit un court instant avant de reprendre :
— Si je n'avais pas eu ma fille comme raison de vivre, j'aurais sûrement fait une connerie par ta faute.
Steve eut l'air surpris. Il posa une main sur l'épaule de Danny, mais celui-ci se dégagea en reculant, furieux.
— Pourquoi tu fais cette tête ? Après tout ce qui s'est passé entre nous ces dernières semaines, tu crois encore que je ne tiens pas à toi autant que tu tiens à moi ?
— Je n'ai pas...
— Tu étais mort, Steve ! Je t'avais perdu ! Pour toujours ! Tu pensais quoi ? Que j'allais dire « OK » et retourner à ma petite vie banale d'hétéro divorcé ? Ou que le jour où tu allais revenir, je te sauterais au cou et qu'on reprendrait tout comme avant ? Ou bien c'est peut-être que tes sentiments à toi ne sont pas ceux que je pensais... Je ne suis peut-être qu'une passade pour toi, un hétéro à faire changer de bord et que tu jetteras comme une vieille chaussette une fois que tu auras eu ce que tu veux !
— Danny...
Steve s'approcha de lui, une main tendue, mais il recula d'autant.
— Je suis quoi moi pour toi ? Un « sex friend » ? Un coup d'un soir ? Ou juste un pauvre type qui s'est fait avoir par de belles paroles ?
— Danny !
Le blond se tut, le cœur meurtri. Il avait l'impression que son monde s'effondrait pour la seconde fois en quelques jours. Il adressa un regard douloureux à Steve qui s'approchait doucement. Le brun leva une main pour essuyer les joues humides de son compagnon qui le laissa faire, à bout de forces.
— Tu comptes énormément pour moi, Danny, plus que quiconque.
Steve lui adressa un léger sourire :
— Je crois qu'aujourd'hui, on ne s'en voudra pas si on tombe dans l'incroyablement guimauve, je pense qu'on en a besoin tous les deux. Il y a quelque chose que tu dois savoir... quelque chose que j'aurais sûrement dû te dire plus tôt, mais que je n'ai réellement compris que lorsque je t'ai vu tout à l'heure au cimetière... Je t'aime... je t'aime, Danny Williams.
Sous le choc, le blond ouvrit la bouche, mais son compagnon fut plus rapide :
— Je ne te demande pas de me répondre, pas maintenant. Je voulais juste que tu le saches. Tout en espérant qu'un jour, tu seras prêt à me dire ces mots.
Perdu dans un flot d'émotions contradictoires, Danny n'écouta que son cœur. Il se jeta au cou de Steve pour l'embrasser avec tendresse. Lorsqu'ils se séparèrent, le blond souffla :
— Ne me refais jamais ça sinon, c'est moi qui te tue !
Le brun sourit :
— Je te le promets.
Ils restèrent un long moment à se regarder, puis Steve proposa :
— Et si on allait dormir un peu ? Tu as une tête de déterré.
— La faute à qui ? Grogna Danny.
Il prit la main de son amant et l'entraîna dans sa chambre. Ils se déshabillèrent, ne gardant que leurs boxers, puis se glissèrent sous les draps. Dès qu'ils furent couchés, Danny se colla à Steve.
— Juste pour être sûr que tu ne vas pas te barrer quand je serai endormi.
— Je n'en ai pas l'intention, sourit le brun.
— Mouais...
Danny colla sa tête sur le torse de son amant, puis ferma les yeux. Il avait l'impression de retrouver une partie de lui-même. Il se sentait à nouveau entier et sa plénitude l'entraîna rapidement dans un sommeil sans rêve.


Steve n'arrivait pas à dormir. Il avait encore du mal à réaliser qu'il avait dit à Danny qu'il l'aimait. Il ne l'avait pas du tout prévu, mais pourtant, il savait que c'était le bon moment pour un tel aveu. Il avait fait souffrir le seul homme qu'il ait jamais réellement aimé et s'en voulait énormément. Il n'était pas sûr que si leurs places avaient été inversées, il lui aurait pardonné aussi vite.
Il soupira profondément, soucieux au sujet de Marquez. Il était certain que le truand ne pouvait pas savoir qu'il était en vie et qu'il se trouvait chez lui. Il avait inspecté les lieux avant de se montrer à Danny, afin de s'assurer que Marquez n'avait pas mis sa maison sous surveillance. Cependant, il allait lui être plus difficile d'enquêter discrètement car il était persuadé que son compagnon ne le laisserait pas faire ça seul. Ce qu'il redoutait allait sûrement arriver : Danny serait encore une fois mis en danger par sa faute.
La main de Steve glissa sur l'épaule de son compagnon, descendant lentement sur son torse et finit sa course au niveau du cœur. Il pouvait imaginer la souffrance que Danny avait endurée lorsqu'il le croyait mort. Le désir de vengeance qu'il avait éprouvé lorsque Victor Hesse avait tué son père n'était rien à côté de ce qu'il ressentirait si quelqu'un assassinait son amant.
Repoussant les idées sombres qui tentaient d'envahir son esprit, il finit par fermer les yeux en espérant enfin parvenir à s'endormir.

Steve ne savait pas depuis combien de temps il dormait lorsqu'il s'éveilla en entendant son portable vibrer sur la table de nuit. Attrapant l'appareil, il constata qu'il s'agissait d'un mail de la gouverneure. Se tournant afin que la luminosité de l'écran ne réveille pas Danny, il consulta le message qui confirmait le retour de Marquez à Hawaii. Après avoir lu les instructions de Jameson, Steve constata qu'il était un peu plus de 5 heures du matin. Il se dégagea lentement des bras de Danny, puis alla prendre une douche et s'habiller. Lorsqu'il revint dans la chambre, il hésita. Il ne voulait pas réveiller son compagnon alors qu'il dormait si bien, mais compte tenu de la situation, il ne pouvait pas non plus partir comme un voleur. En plus, s'il ne disait rien de son plan à Danny, celui-ci risquait de le faire échouer sans le vouloir. Alors, le cœur lourd, Steve alla s'asseoir au bord du lit et posa une main sur l'épaule de son amant.
— Danny, réveille-toi, il faut que je te parle.
Le blond grogna quelque chose d'inintelligible, puis ouvrit un œil. Il se tourna pour se mettre sur le dos, passa ses mains sur son visage fatigué et souffla :
— L'espace d'un instant, j'ai cru que j'avais rêvé hier soir... que tu étais vraiment mort...
Steve se pencha pour l'embrasser tendrement, puis sourit en se redressant :
— Je t'assure que je suis bien là.
— Je vois ça, répondit Danny. Mais pourquoi tu es déjà habillé alors qu'il est... 6h10 ?
— Je dois partir. Avant ça, je voulais t'expliquer la situation concernant Marquez.
— Il y a eu du nouveau ? S'étonna le blond en s'asseyant.
— J'ai reçu un mail de Jameson. Marquez vient d'arriver à Hawaii avec son yacht, le « Maria Carlotta ».
— Joli nom. Sa femme ?
— Sa mère.
Danny hocha la tête avec un air entendu. Les gens donnaient souvent à leurs bateaux les prénoms de leurs femmes, de leurs filles, parfois même de leurs maîtresses, mais de leurs mères, c'était plus rare. Steve reprit :
— Il est amarré à la marina de Ko Olina. Et il va donner ce soir une grande réception sur son bateau. Je vais profiter de l'occasion pour monter à bord et chercher de quoi le faire arrêter.
— Marquez te connait. S'il te voit, il te tuera... pour de bon.
— Ne t'en fais pas pour ça, il ne me verra pas, je te le promets.
— Mais si tu trouves des preuves de son trafic, elles ne seront pas recevables devant la cour. Tu as pensé à ça ?
— J'y ai pensé, affirma Steve. Et Jameson aussi. Elle tient des papiers officiels prêts pour légitimer mon intervention sur le yacht. Du moment qu'il ne quitte pas les eaux américaines, j'ai carte blanche.
— Ça ne me plait pas, grogna Danny en croisant les bras sur son torse.
— Je m'en doute... pourtant nous n'avons pas le choix. C'est peut-être notre seule chance de pouvoir fouiller dans ses affaires sans qu'il s'en doute.
Comme son compagnon ne semblait pas convaincu, Steve posa la main sur son épaule et demanda :
— Tu me fais confiance ?
— Bien sûr. Mais je continue à croire que c'est une mauvaise idée de te jeter tout seul dans la gueule du loup.
Sentant arriver ce qu'il redoutait, le brun lança :
— Promets-moi que tu ne mettras pas les pieds à cette réception.
Danny le fixa un long moment en silence, puis soupira :
— Je te le promets.
— Merci.
Steve embrassa à nouveau son compagnon. Il quitta à regret les lèvres du blond et souffla :
— Si tout va bien, demain, cette histoire ne sera qu'un mauvais souvenir.
— Je l'espère.

À suivre...