Chapitre 2
Des nouvelles du Japon
New York, appartement de Jin, vendredi 24 décembre 2010, 08h20
C'était le 24 décembre. La veille de Noël. Un jour sensé être joyeux et festif. On jour qu'on était sensé partager avec la personne qu'on aimait ou, du moins, avec les gens qui nous étaient chers. Or, dans le vide de son appartement new-yorkais, Jin Akanishi, vingt six ans, était plus seul que jamais. Son bien-aimé Kazuya devait maintenant le haïr de toutes ses forces et Koki ne pas en être loin. Quant aux autres… Y avait-il plus pitoyable qu'un japonais déraciné de son pays et sans aucun ami dans celui qu'il avait adopté ? Probablement pas. Il était pitoyable et s'en rendait parfaitement compte.
Un soupir ponctua ces idées bien tristes, semblant résonner à l'infini dans un silence seulement troublé par le tic-tac persistant de la pendule murale. Ses pensées dérivèrent vers Tokyo. Il devait être aux environs de 22h30 là-bas. Que faisaient ses amis de Kat-tun à cet instant précis ? Etaient-ils en train de faire la fête ? De boire tous ensemble ? Probablement. En fermant les yeux, Jin pouvait, sans gros effort d'imagination, les voir en train de trinquer en s'exclamant « kampai ». Junno devait sortir ses sempiternelles blagues ne faisant rire que lui Koki , peut-être déjà éméché, devait rire bien trop fort son bien-aimé Kazuya devait arborer son magnifique sourire… En tout cas, les conversations devaient aller bon train. Pensaient-ils au moins un peu à lui ? En cet instant où il s'apprêtait à passer le réveillon en tête à tête avec lui-même, Akanishi aurait donné n'importe quoi pour être avec eux. Mais il n'aurait pas été reçu à bras ouverts.
De nouveau, Jin soupira. Rester là à ressasser ne lui apporterait rien de bon. Il fallait qu'il sorte faire un tour avant de devenir fou à force de penser à ce qui aurait pu être mais ne serait jamais plus.
Se saisissant de son manteau, Jin quitta l'appartement. Il était encore tôt, mais Meatpacking District était toujours plein de monde quelle que soit l'heure et c'était ce dont il avait besoin pour oublier. Après plusieurs minutes de marche, sur le trottoir, il trouva un homme déguisé en Père Noël, qui faisait la quête pour une quelconque association caritative en agitant une clochette dorée dans un mouvement pendulaire. Quête vouée à l'échec étant donné l'heure matinale. En passant à côté de lui, Jin déposa dans son chaudron la monnaie qu'il avait dans sa poche et obtint un « thank you sir » joyeux. S'apercevoir qu'il ne serait pas compris s'il répondait « do itashimashite » mina encore plus le moral déjà bien bas d'Akanishi qui, du coup, adressa un simple signe de tête à l'homme, avant de poursuivre son chemin. Comme il faisaient encore nuit, les décorations de Noël accrochées dans les arbres étaient toujours allumées et, tout en marchant, Jin les observa tout en s'efforçant de ne pas les comparer à celles qui illuminaient les rues de Tokyo.
Dans sa poche, sa main se serra autour de son téléphone portable. Sans savoir pourquoi, il le sortit et ouvrit le clapet. Plus loin dans la rue, un chant de noël se fit entendre. Quatre voix. Deux femmes et deux hommes. Des Christmas Carollers. Une tradition américaine, à ce qu'il avait comprit. Pourtant, malgré l'intérêt musical, son instinct fut le plus fort et il appuya sur la touche du répertoire, qu'il fit défiler. Kamenashi Kazuya… Nakamaru Yuichi… Taguchi Junnosuke… Tanaka Koki… Ueda Tatsuya… A chaque nom, de nombreux souvenirs liés à chacun lui revenaient. Combien de temps resta-t-il ainsi planté sur le trottoir, perdu dans ses souvenirs, Jin l'ignorait, mais lorsqu'il refit surface dans le présent, le jour était presque levé et une foule de badauds se pressait dans les rues, faisant le siège des magasins dont les portes n'étaient pas encore ouvertes ou se hâtant dans des directions diverses.
Baissant les yeux sur le téléphone qu'il tenait toujours, le jeune homme se rendit compte que la sélection était restée sur « Ueda Tatsuya » et une furieuse envie d'appeler ce dernier le tenailla. Pourtant, Jin hésitait. C'était lâche de sa part, mais bien que Ueda n'ait pas semblé lui en vouloir, Akanishi n'avait, malgré tout, jamais osé le recontacter depuis son départ. Comment réagirait son ami s'il le faisait maintenant, après des mois sans nouvelles ? Le rejetterait-il à son tour ou… Non, il ne pouvait pas. C'était vraiment lâche, mais Jin avait peur de découvrir qu'il avait peut-être perdu un ami de plus. Voire davantage.
En soupirant, il referma le clapet de son téléphone et remit celui-ci dans sa poche en frissonnant. Sa faction statique prolongée dans le froid se faisait sentir. Soufflant sur ses mains glacées, Akinishi reprit sa marche d'un bon pas et croisa alors un Starbucks Coffee. Un thé était ce qu'il lui fallait pour se réchauffer, aussi entra-t-il dans l'établissement qui venait juste d'ouvrir.
Lorsqu'il arriva au comptoir, la jeune fille rousse qui était de service écarquilla démesurément les yeux (verts).
- Excuse-me, fit-elle d'une petite voix timide, are you… Jin Akinishi ?
Ne s'attendant pas à être reconnu dans un endroit pareil, le chanteur sourit. Au Japon, aucune fille ne lui aurait parlé comme ça. Il aurait d'abord eu les tympans percés par un « HIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII » strident et ce ton incertain autant que respectueux qu'elle avait mis dans ces quelques mots, n'aurait pas été audible. Car ce qui était une interrogation dans la bouche de cette jeune américaine, aurait été une affirmation dans celle d'une japonaise.
- Yes, répondit-il.
- Oh… I… I love your voice and your work. Can you please sign me an autograph ?
- Sure, répondit-il encore, avant de s'emparer du papier et du stylo qu'elle lui tendait. What's your name ?
- Sh… Sharon.
- Lovely name, commenta-t-il dans un sourire charmeur qui la fit rougir.
Encore une différence de taille : les japonaises ne disaient jamais (ou pas souvent du moins) qu'elles aimaient sa voix ou ce qu'il faisait. Elles se contentaient de clamer qu'elles l'aimaient tout court. Ce qui, bien sûr, était faux.
Il inscrivit « For Sharon, with all my love » et se fit violence pour ne pas écrire son nom en kanjis, signant simplement à l'occidentale « Jin Akinishi ».
- Thank you so much ! s'exclama-t-elle, visiblement émue, lorsqu'il lui rendit le tout.
La joie et la reconnaissance toutes simples de le jeune fille, mirent du baume au cœur de Jin.
- No, sankyu to you, dit-il, peu sûr de dire les choses dans un anglais correct mais n'ayant pas de moyen d'en être certain. I work for people like you, Sharon.
De nouveau, la jeune fille rougit et le japonais trouva ça à la fois adorable et rafraîchissant.
- If you don't have anything else to ask me, can I order ? demanda-t-il gentiment pour ne pas sembler lui reprocher de ne pas faire son travail.
La question sembla paniquer son interlocutrice, qui écarquilla les yeux et se répandit en excuses.
- I'm sorry, I'm so sorry, mr Akinishi !
- Please, just call me Jin, dit-il finalement pour couper court au flot d'excuses. Bet… There's no problem. (Il avait failli dire « betsuni ». Les habitudes étaient tenaces) I want a tea with… a lemon cupcake please, dear Sharon.
La jeune fille hocha la tête et s'empressa de transmettre la commande de boisson à son collègue, qui semblait blasé et ne prêtait attention à personne. Tandis qu'il s'affairait de son côté du comptoir, elle se saisit du gâteau avec un pince en plastique et le posa sur une barquette en carton blanc, ainsi qu'une fourchette.
- Please come back to see… us, lui dit-elle encore d'une telle façon que Jin eut l'impression qu'en fait elle voulait dire « come back to see me ».
- Sankyu, Sharon. You was the sun which illuminated my rainy day, dit-il encore avec effort car il n'était à nouveau pas très sûr de son anglais.
Dans un sourire, il prit le petit carton et se dirigea vers la caisse, où il paya et récupéra sa boisson, avant de se diriger vers une table à l'écart à laquelle il prit place.
Il n'avait pas menti à la jeune fille pour lui être agréable, il lui avait sincèrement dit (sûrement de façon très maladroite) ce qu'il pensait : sa gentillesse avait un peu apaisé son cœur meurtri. Il considéra la pâtisserie au citron d'un air morose. Dire que s'il s'était trouvé à Tokyo, il aurait pris une soupe miso, du riz et des sushis… Un petit déjeuner japonais, quoi. Il avait du mal à se faire à ceux des occidentaux.
Dans sa poche, son téléphone portable sembla soudain peser plus lourd et il pouvait presque entendre la voix de Tatsuya lui dire « appelle-moi », au point qu'il le sortit.
Akanishi but quelques gorgées d'un insipide thé anglais et, tout en fixant son portable d'un air pensif, mangea une bouchée de cupcake, qu'il délaissa finalement parce qu'il était bien trop sucré. Machinalement, il joua un moment avec le clapet, puis l'ouvrit tout à fait et se décida à appuyer sur la touche d'appel en espérant tomber sur la messagerie de Ueda.
BIIIIIIP… Une sonnerie. BIIIIIIP… Deux sonneries.
Ne décroche pas, ne décroche pas, pria Jin intérieurement, tandis que la troisième sonnerie s'amorçait.
Mais ses prières ne furent pas entendues.
« Mushi mushi ? », fit la voix bien connue à l'autre bout du fil.
- Salut, Tat-chan, fit Jin, soudain mal à l'aise.
« Jin ? Sérieux, c'est toi ? », fit Ueda, incrédule.
Entendre parler japonais et non anglais, quel bonheur…
- Ouais.
« T'es vivant en fait ! Pourquoi tu donne pas de nouvelles ? Junno, Maru et moi on était super inquiets ! »
L'omission volontaire des deux autres membres du groupe fit comprendre à l'exilé, que Koki et Kazuya ne lui avaient toujours pas pardonné. Même si Kame avait été très clair, ce soir-là au restaurant, Jin n'avait pu s'empêcher d'espérer que son amour pour lui serait plus fort que sa rancune. Ce n'était visiblement pas le cas.
- Désolé, Tat-chan… Vous allez tous bien ?
« Bah ouais. On continue sans toi, mais ça nous fait drôle à tous. »
- A tous ?
« Enfin, à Junno, Maru et moi. »
- Ils me détestent, pas vrai ? demanda Akanishi en parlant de Kame et Koki.
Le silence, à l'autre bout du fil, fut plus éloquent que des mots.
« Désolé, Jin. »
- Je suppose que je l'ai mérité…
« Comment ça se passe pour toi là-bas ? Le public est là ? Tu t'habitue au mode de vie occidental ? »
A son habitude, Ueda avait touché juste avec ses questions et maintenant, Akanishi hésitait. Devait-il faire part de ses doutes à son ami ? Non, il ne l'avait pas appelé pour ça.
- Ca va, se contenta-t-il de dire.
Mais Ueda le connaissait bien et sa réponse vague lui fit soupçonner que leur ex-leader ne lui disait pas la vérité.
« Pourquoi tu mens ? T'as plus confiance en moi ou quoi ? », demanda Tatsuya d'un ton blessé.
- Bien sûr que si, Tat-chan, s'empressa de le détromper Jin, seulement je ne suis plus parmi vous, alors je ne me sens pas le droit de vous ennuyer avec mes problèmes.
« Ah ah ! Donc j'ai raison, tout ne va pas bien. Raconte. »
Il y eut un court silence.
- Pour être franc, c'est loin d'être aussi exceptionnel que je le pensais. Un genre de succès en demi-teinte. J'ai parfois l'impression que je ne peux pas exister sans le groupe, que l'entité "Akinishi Jin" n'était pas destinée à être séparée de l'entité "Kat-tun".
« A ce point ? », s'étonna Ueda. « Tu remplis pas les salles où tu te produis ? »
- Oh si, ce n'est pas le souci. C'est plutôt que les retours sont loin d'être aussi bons que je voudrais, malgré tout ce que peut dire mon agent.
« Mais tu débute là-bas, Jin. », le contra Tatsuya. « Les américains sont pas des japonais. »
- Ca je m'en étais bien aperçu, je te remercie.
« Non, ce que je veux dire c'est : donne-leur le temps d'apprendre à te connaître. »
C'était le bon sens même, mais Jin était découragé.
« Bakanishi, va. »
Il y avait tant d'amitié et de tendresse dans ce surnom, pourtant moqueur, que cela toucha l'expatrié.
- C'est bon de s'entendre encore appeler "Bakanishi".
« Hein ? Arrête, t'as toujours détesté ce surnom. Jin, t'es sûr que ça va ? »
- Vous me manquez tous, Tat-chan. Je connais personne aux States, alors la moindre chose qui me rappelle le bon vieux temps est la bienvenue.
Sentant la souffrance de son ami, Ueda s'abstint de lui faire remarquer qu'il était le seul responsable de ce qui lui arrivait.
- Au fait, joyeux Noël. T'es pas avec les autres ?
« Joyeux Noël, Jin. Si, j'y suis. D'ailleurs ils doivent se demander ce que je fabrique depuis tout ce temps et croire que je leur dissimule une petite amie. »
La déclaration fit rire Jin.
« Je me demande si je dois ou non être vexé de ton hilarité… »
- Tu sais bien que non. Tu va leur dire que c'est moi ?
« Tu veux que je leur dise ? »
- Ils m'en veulent pas de pas avoir donné signe de vie depuis tout ce temps ?
« Je t'ai dis qu'on était inquiets, Bakanishi. Tu m'écoute un peu ? »
- Je ne fais que ça.
« Mouais. Pas convaincu. Enfin bref… »
- Dis-leur alors. Ceux que mon sort intéresse encore seront peut-être contents d'avoir de mes nouvelles.
La réplique ne se fit pas attendre.
« Joue pas les martyrs, tu veux. », le rabroua Ueda sans ménagement. « Je veux bien être compréhensif, mais ya des limites. Je te rappelle que t'es parti de ta propre volonté en nous laissant tomber comme des vieilles chaussettes. Je voulais pas te le faire remarquer parce que t'as pas le moral, mais là t'abuse. Déjà on est trois sur cinq à pas t'en vouloir, alors force pas ta chance. »
- Désolé.
Il y eut un bruit dans le téléphone, puis des voix étouffées parvinrent à Jin, qui comprit que les autres avaient rejoint leur camarade, qui avait couvert le récepteur de la main. Après un moment, les sons lui parvinrent à nouveau clairement.
- Tat-chan ?
« La vache, Bakanishi, on peut dire que t'as mis le temps à te manifester, espèce d'abruti ! »
C'était Junno.
- Salut, vieux, le salua Jin. Joyeux Noël.
« A toi aussi, mais qu'est ce que t'as foutu à pas nous contacter ? Un mail de temps en temps, ça t'aurais pas tué, nan ? »
- Ouais je sais, je suis inexcusable et en dessous de tout.
« Et encore, t'es gentil. »
Jin sourit.
- Tant de sollicitude me touche profondément, Junno.
« Ya pas d'quoi. Bon, j'te passe Maru. »
Sacré Junno, c'était tout lui de gueuler comme ça et de laisser tomber brusquement juste après.
« Salut l'revenant », le salua à son tour Maru. T'as du planter toi-même les poteaux téléphoniques pour appeler que maintenant ou quoi ? »
- Presque, s'amusa Jin. Salut Maru. Joyeux Noël.
« A toi aussi, Jin. Comment ça va là-bas ? »
- Tu demanderas à Tat-chan. J'ai pas envie de me répéter.
« T'es chiant, putain. T'appelle pour la première fois depuis des mois, tu pourrais faire l'effort de répondre à une bête question. »
Derrière Maru, Jin reconnut les voix de Junno et Ueda, qui tentaient manifestement de convaincre Koki et Kame de lui parler au téléphone et leur en fut reconnaissant, même s'il savait que ce serait voué à l'échec.
Il était si concentré sur l'arrière-plan sonore, qu'il en oublia qu'il avait Nakamaru en ligne.
« La Terre appelle Bakanishi. T'es toujours avec moi, crétin ? »
- Désolé, Maru. Oui je suis là.
« Bon et donc ? »
- Ben en fait…
Il fut coupé dans son élan par une voix qu'il pensait ne plus jamais entendre. Un vrai miracle de noël.
« C'est moi », fit Kazuya, qui avait littéralement arraché le portable de la main de Maru.
- Je… J'entends ça, oui.
« Ueda a dit que t'allais pas bien. C'est pour ça que… »
- Alors tu te soucie encore de moi ? le coupa Jin, avide de savoir.
« T'es vraiment un baka, Bakanishi. »
- Je sais, Kazu. T'es pas le seul à me le dire ce soir.
Et il se fichait bien d'être encore traité d'idiot. Son cher Kazu lui parlait, c'était ce qui comptait.
« Le plus important, c'est que JE te le dise. »
- Oui, Kazu.
« "Oui, Kazu" ? », releva Kame. « Depuis quand t'es aussi docile ? C'est n… [Aïe ! Mais t'es pas dingue, nan ? J'ai fais quoi encore ? T'es vraiment une brute quand tu t'y met ! Baka, va !] »
- Kazu, ça va ? demanda Jin en fronçant les sourcils, inquiet de ce qu'il entendait.
« Ouais, c'est juste ce con de Koki qui vient de me taper sur la tête… »
Et au ton qu'il mit dans la fin de sa phrase, Akanishi comprit que son bien-aimé fusillait son ami rappeur du regard.
- Pourquoi ?
« Il dit que c'est pas la peine de te prendre au téléphone si c'est pour dire ce genre de truc. »
Le soulagement se peignit sur les traits de l'expatrié. Si Tanaka le défendait, même de façon minime, c'était peut-être qu'il était prêt à pardonner lui aussi. Un autre miracle de Noël ? Jin l'espérait de toutes ses forces.
« Bref », reprit Kame. « Comment ça va là-bas ? Les américains t'en font pas trop voir ? »
- Nan, ça va, mais t'as pas idée de ce que je donnerais pour être avec vous. Ici, c'est le matin du 24 et… je suis seul.
Un silence consterné suivit cette déclaration.
« Attend… Tu veux dire que le réveillon du 24, t'as personne avec qui le passer ? »
- Personne, Kazu. Je serais en tête à tête avec moi-même.
De nouveau un bruit, comme un frottement du à un changement de main. Tatsuya avait-il reprit son téléphone ou…
« Salut le lâcheur… »
Le second miracle de la journée. Koki.
- Salut Koki…
« Alors c'est pas la joie là-bas, hein ? C'est bien fait pour toi, vieux. T'avais qu'à pas jouer au con. Tout plaquer ici pour te barrer à l'autre bout du monde c'était la connerie du siècle. »
Comprenant que la vérité résidait dans les paroles de son ami, Jin s'abstint de répondre. Derrière le rappeur, il entendait la voix de Kazuya protester que ce que Koki lui disait était pire encore que ce que lui-même lui avait dit et que c'était pas la peine de le frapper si c'était pour l'enfoncer encore plus après.
« Les fans du monde entier t'en veulent aussi en plus », reprit Tanaka en ignorant royalement Kame. « Ils t'appellent "Bakanishi le traître". T'es conscient que tu t'es foutu la moitié de la planète à dos ? »
Ah ce cher Koki, toujours si doué pour remonter le moral… Mais en l'occurrence, l'entendre lui suffisait. Qu'il l'enfonce, Jin s'en fichait pas mal puisqu'il lui parlait à nouveau.
Il y eut un nouveau son et des voix étouffées. Vraisemblablement, quelqu'un avait repris le téléphone au rappeur.
« Ecoute pas Tanaka, il exagère bien sûr », fit alors la voix de Ueda. « Enfin il a raison sur le surnom et sur le fait que les fans de tous les pays t'en veulent, mais parler de la moitié de la planète… Enfin je voulais te dire, et on est tous d'accord là-dessus : Accroche-toi-même si c'est dur. Et sort un peu ce soir. Vois des gens. Reste pas seul pour le réveillon de Noël, c'est trop triste. OK ? »
- Hum. Ca m'a fait plaisir de vous parler, les gars. Je me sens un peu mieux.
« Nous aussi on était contents. Tiens le coup, OK ? »
- Hai. Merci pour tout, Tat-chan. C'est grâce à toi et Junno si Kame et Koki ont accepté de me parler.
« Bah, oublie ça et redonne des nouvelles de temps en temps. A plus, Jin. »
Et sur ces mots, la communication fut coupée. Malgré le fait qu'il se soit fait engueuler pratiquement par tous, Akanishi était heureux car il avait parlé à tous ses amis alors qu'il ne s'y attendait pas et ces conversations l'avaient mieux réchauffé que toutes les boissons chaudes du monde, car c'était son cœur, qui était réchauffé. S'emparant du gobelet qui contenait un thé désormais froid et de la barquette en carton, il se leva pour les mettre à la poubelle, puis récupéra son téléphone sur la table et quitta le Starbucks en sifflotant gaiement, après un signe de la main à la petite Sharon.
