Chapitre 3
Arrivés à New York
New York, aéroport international John F Kennedy, samedi 25 décembre 2010, 07h00
- La vache, qui est le con qui a sorti qu'il faisait moins froid à New York qu'à Tokyo, hein ?
- Koki, la ferme, s'exclamèrent à l'unisson Junno, Kame, Maru et Ueda.
- On le sait, qu'il fait froid, pas la peine d'en faire une montagne non plus, ajouta Nakamaru. C'est l'hiver partout je te signale.
Un peu épuisés par leurs douze heures trente de vol, les cinq japonais qui composaient désormais le groupe KAT-TUN, venaient d'atterrir aux Etats-Unis pour la première fois de leur vie.
La veille, après avoir terminé la conversation téléphonique avec Akinishi, ils avaient longuement discuté et déduit que, pour redonner le moral à leur ami, une visite surprise s'imposait. Comme un genre de cadeau de Noël.
Junno s'était donc dévoué pour appeler Japan Air Lines afin de réserver au plus vite leurs billets d'avion et tous s'étaient retrouvés à l'aéroport de Tokyo Narita, valise en main, pour un décollage prévu à 21h, ce qui devait les faire arriver à 07h le même jour. Les mystères du décalage horaire. C'était beaucoup, mais ils étaient prêts à tout pour que leur ami expatrié se sente mieux.
- Il faut trouver un taxi, fit remarquer Kame.
- Plutôt deux vu qu'on peut pas s'asseoir à l'avant, corrigea Ueda.
Les cinq garçons se dirigèrent vers la sortie la plus proche et émergèrent sur le trottoir qui longeait le terminal. Ils regardèrent autour d'eux. Aucun taxi à l'horizon. Ca commençait bien.
- Putain, on se pèle ! jura Koki, décidément grognon.
Mais les autres ne lui prêtèrent pas attention et le laissèrent ruminer dans son coin, tandis qu'ils cherchaient une solution.
- Il va falloir demander où on trouve des taxis, finit par conclure Junno.
- Ouais et tu sais comment ça se dit ? demanda Kame.
Un silence consterné lui répondit. C'était bien joli de s'embarquer pour les Etats-Unis pour sauver le Noël d'Akanishi, mais ils avaient juste oublié un minuscule détail : aucun ne parlait anglais. Ou du moins pas suffisamment pour leur permettre de poser des questions cohérentes à des inconnus. C'était ce qui s'appelait avoir un problème.
- Bon, lequel a le meilleur niveau en anglais ? questionna Koki, laissant de côté la température, pour s'intéresser à la même chose que ses camarades.
- A mon avis, yen a pas un pour rattraper l'autre en la matière, affirma Junno, alors peu importe qui y va.
- Bon, j'y vais, déclara Kame.
- Toi ? firent les autres, stupéfaits qu'il se porte volontaire.
- Bah quoi ? Chuis pas plus con qu'un autre hein, se renfrogna le plus jeune.
- Il vaut mieux que ce soit Maru, je pense, intervint Tatsuya. Il a été à l'université après tout.
- Ok, je m'en charge, fit le concerné, avant de s'éloigner vers un groupe de personnes stationnées devant un bus.
Ses amis le virent s'éloigner et discuter avec un homme à la forte corpulence, puis revenir vers eux.
- On est du mauvais côté pour les taxis, annonça le plus âgé du groupe. Il faut traverser l'aéroport.
- On est pas rendus, quoi. Dire qu'on pourrait juste appeler Jin pour qu'il vienne nous chercher… grommela Kame, toujours vexé.
- Sauf qu'on veut lui faire une surprise et que, sur ce plan, ce serait un peu foiré si on lui téléphonait en disant « On est à JFK, tu viens nous chercher ? », le contra Junno. Baka, va.
- Allez, en route, décréta alors Koki, c'est pas en restant là qu'on arrivera chez Jin.
Le petit groupe se mit donc en route, trainant sacs et valises. Fort heureusement pour eux, KAT-TUN n'était pas tellement connu aux Etats-Unis, ainsi, ils purent traverser l'aéroport sans encombre, ce qui les changeait agréablement de l'hystérie que déclenchait généralement la moindre de leurs apparitions. Une bonne vingtaine de minutes plus tard, ils parvinrent à l'endroit que l'américain avait indiqué à Maru et le quintette attendit l'arrivée d'un taxi. Par chance, comme il était tôt, il n'y avait pas la cohue et, lorsqu'une voiture se présenta, ils étaient seuls à les attendre.
- Bon, je pars en premier avec Junno et Tat-chan, décréta Maru. De toute façon, on a tous l'adresse, alors on se retrouve en bas de chez Jin.
- Pourquoi c'est nous qui arrivons en dernier ? interrogea alors Koki en les désignant, Kame et lui.
- Parce qu'on va lui faire croire qu'il n'y a que nous trois qui avons fais le déplacement. Et vous arriverez ensuite, tous les deux, répondit Ueda.
- Tant qu'à lui faire la surprise, autant ne pas le faire à moitié, ajouta Junno.
La « seconde équipe » se regarda, puis les deux garçons comprirent et hochèrent la tête à l'intention de leurs amis.
- Compris. Filez, dit Koki.
Les trois autres s'engouffrèrent dans le « yellow cab », qui fila à toute allure dès qu'il eût l'adresse. Restés seuls dans le vent glacial qui soufflait, Kame et le rappeur se regardèrent et soufflèrent sur leurs mains. Puis, après quelques instants, la plus jeune demanda :
- C'est pas cruel, de lui faire croire qu'on a pas voulu venir tous les deux ?
- C'est juste une blague et il l'a pas volée si tu veux mon avis.
- Ouais mais quand même… Ca m'ennuie un peu… Il sera blessé.
- Bah, il le sera plus quand il nous verra et puis voilà.
Le silence retomba quelques secondes, avant d'être à nouveau troublé par une question.
- Tu lui as vraiment pardonné ? Du fond de ton cœur, tu lui as pardonné ? demanda Kame.
Comme son ami ne répondait pas, le cadet insista :
- C'est pas bon si tu fais semblant, tu sais…
- Je pourrais te retourner la question, rétorqua le rappeur. C'est bien toi qui avait déclaré que tu ne lui pardonnerais jamais.
- J'en avais effectivement l'intention, mais… (il s'interrompit quelques secondes pour chercher ses mots et son regard suivit l'évolution des voitures sur la route, plus loin) Quand j'ai compris qu'il allait mal, hier soir, je n'ai pas pu… Enfin c'était trop dur de continuer à lui en vouloir…
La voix de Kame s'était faite douce et tendre pour continuer à parler. Après tout, Jin était l'amour de sa vie et, même s'il avait beaucoup de mal à supporter son absence, il l'endurait malgré tout car cette carrière solo était ce que voulait son bien-aimé et que, lorsque l'on aime quelqu'un, on doit tout faire pour l'encourager dans ses entreprises ou, du moins, ne rien faire pour l'empêcher. Bien sûr, Kazuya aurait voulu le retenir trouver les mots pour le convaincre de ne pas les abandonner, de ne pas l'abandonner lui… mais il n'en avait pas trouvé le courage et avait choisi de se draper dans sa dignité et son orgueil. Supplier ? Très peu pour lui, surtout devant les autres. Mais depuis des mois, il souffrait en silence de ce manque qui le tuait un peu plus chaque jour et cachait aux autres le malaise que lui causait la perte de celui qu'il aimait plus que tout au monde. Parfois, il lui arrivait même de s'isoler pour évacuer en pleurant le poids insupportable qui lui comprimait la poitrine dès que quelque chose le faisait penser à lui. Combien de fois s'était-il effondré ainsi en secret depuis le jour fatidique où Jin s'était embarqué pour l'Amérique ? Il en avait perdu le compte et, en fait, n'avait plus goût à grand-chose depuis. Bien sûr, il continuait à travailler dur afin de ne pas pénaliser ses camarades, mais même la joie de chanter l'avait déserté. Il savait que les autres avaient remarqué qu'il n'allait pas bien, mais que, connaissant sa fierté, ils s'abstenaient de le questionner à ce sujet. Et ils faisaient bien, parce qu'il les aurait certainement envoyé promener plutôt violemment. Kamenashi détestait qu'on le voit dans des situations de faiblesse. Pourtant, ici, sur ce trottoir, dans ce pays qu'il ne connaissait pas, le jeune homme se sentait bien près de craquer. Il n'était qu'à quelques minutes de revoir celui qui comptait tant pour lui mais le doute l'assaillait. On disait « loin des yeux, loin du cœur », alors que ferait-il si Jin ne l'aimait plus ? S'il le rejetait, Kazuya n'aurait plus aucune raison de vivre. Il n'existait encore, que parce qu'il savait que, quelque part, sous le même ciel, Jin était là. Il s'était souvent dit qu'il serait capable de donner sa vie pour lui et, en l'occurrence, mourir pour Jin lui semblait plus simple que d'affronter son regard avec la crainte d'être repoussé chevillée au cœur. Aurait-il le courage nécessaire pour ça ? Pas sûr.
Le silence persistant inquiéta Koki, qui observa son ami et écarquilla les yeux, stupéfait, en décelant, dans le regard noisette, des larmes qui ne tardèrent pas à déborder pour rouler comme des perles translucides sur les joues pâles de son cadet.
- Hé, ça va ? Qu'est ce qui t'arrive ? demanda le rappeur, plein de sollicitude.
- Hum ? fit Kame.
- Tu pleure, Ka. Pourquoi ?
Le jeune homme ne s'en était pas aperçu et maudit sur le champ cette preuve extérieure de sa détresse intérieure. Il les essuya dans un grand geste du bras.
- C'est rien, assura-t-il dans un léger sourire. C'est le vent froid.
- Mmm… fit Koki, peu convaincu. J'ai plutôt l'impression que tu me raconte des bobards. Accouche, Ka.
- Mais c'est rien je te dis, se renfrogna le cadet.
- Putain, Ka, pour une fois dans ta vie, met ta fierté dans ta poche avec un mouchoir dessus et exprime-toi, bordel !
- Lâche-moi avec ça, Koki ! C'est pas tes oignons, alors, la ferme !
- Pas la peine d'être agressif ! Putain, c'est bien la peine que je me soucie de ton sort ! Tu fais bien la paire avec Bakanishi ! Vous avez le même caractère de merde tous les deux ! s'emporta le rappeur.
Un silence plein de ressentiment retomba entre eux, seulement troublé par le bruit des voitures, plus loin sur l'étrange route en forme de huit. Heureusement pour eux, un taxi arriva à ce moment-là et les deux garçons s'engouffrèrent à l'intérieur.
