Chapitre 6

Une proposition inattendue

Après avoir passé le reste de la journée avec leur ami hospitalisé, Junno, Maru, Koki et Ueda repartirent pour Tokyo, lui assurant que tout se passerait bien.

Le lendemain, Jin était en route pour l'hôpital, luttant contre le malaise qui le submergeait à l'idée qu'il avait passé la soirée à lutter contre une certaine forme de joie. Il avait le cœur brisé que celui qu'il aimait soit malade mais… ainsi, il pouvait l'avoir près de lui comme il le désirait. C'était profondément égoïste, Akanishi le savait et c'était pour ça qu'il se sentait mal à présent qu'il était presque arrivé. Comment pouvait-il se réjouir de la situation, même d'une façon infime, alors que c'était par sa faute que…

Non, il devait se calmer, se détendre, sinon son Kazu allait remarquer qu'il n'était pas comme d'habitude et il ne voulait l'inquiéter pour rien au monde. Il n'avait pas besoin de ça en plus du reste. Jin traversa les couloirs, entra dans l'ascenseur et se composa un visage souriant, à mille lieues de ce qui le tourmentait.

- Hey ! lança-t-il en pénétrant dans la chambre de son bien-aimé.

Aussitôt, Kazuya se redressa sur son lit, un magnifique sourire aux lèvres.

- Jin ! Tu es venu !

- Evidemment puisque je te l'ai promis, répondit l'interpelé, ravi de constater que le masque à oxygène et le moniteur surveillant son cœur avaient disparu. Reste allongé.

Il s'avança dans la pièce, prit place sur le lit près de lui et se pencha pour l'embrasser tendrement.

- Comment tu te sens, mon amour ? demanda Akanishi en lui caressant la joue.

- Je deviens déjà dingue à force de rester coucher sans rien faire.

Un petit sourire apparut sur les lèvres de l'aîné. Il n'était pas surpris de cette déclaration, car Kazu avait toujours été une véritable pile électrique, ne tenant jamais en place et sans cesse en train de faire des choses pour s'occuper. Alors, en effet, rester inactif devait être parfaitement insupportable.

- Je m'en doute, mon cœur, mais tu n'es pas encore assez remis pour te lever. Tu t'effondrerais dans mes bras. Non pas que ça me déplairait, mais…

Il fut interrompu dans sa phrase, par les mains douces de son bien-aimé qui se glissaient sous son t-shirt, caressant ses abdominaux et pectoraux. Le cœur de Jin manqua un battement et sa respiration s'accéléra. Il ne fallait pas plus que ces simples attouchements, pour le remplir de désir. Mais il devait être raisonnable pour deux et l'arrêter avant que ni l'un ni l'autre n'en soit plus capable.

Dans un sursaut de volonté, Akanishi saisit les fins poignets et, avec effort, les éloigna de lui.

- Kazu, non… Tu es… à l'hôpital et… bafouilla-t-il.

- Mais j'ai envie, Jin. J'ai envie de toi… et je sais que toi aussi.

Evidemment qu'il le voulait. Il le voulait en permanence. Mais comment pouvait-il avoir l'air à la fois si fragile et si sensuel, même dans son état ? C'était une véritable torture physique et mentale, mais Jin devait résister. Il le fallait.

- Tu m'aide pas beaucoup, là… objecta l'aîné d'une voix étranglée.

- Jin… Il est tôt… il n'y a personne… Je t'en prie…

La voix de la tentation… Mais il devait résister. Il devait… Son cerveau cessa de fonctionner car les lèvres de Kamenashi se promenaient déjà sur sa mâchoire, descendant sur son cou. Malgré lui, Jin bascula la tête en arrière pour le laisser faire, alors qu'une petite voix dans sa tête lui criait de stopper le train avant qu'il prenne de la vitesse.

- N… Non… Kazu… Il faut pas… protesta-t-il sans la moindre conviction.

Mais bien sûr, étant donné le manque de foi qu'il avait mis dans cette phrase, son compagnon ne l'écouta pas et revint l'embrasser avec passion, laissant ses mains se frayer à nouveau un chemin sous son vêtement, se promener sur la peau de son torse. En quelques secondes, le t-shirt se retrouva sur le lit et la bouche de Kazuya prit le relai de ses mains, faisant soupirer Akanishi, puis gémir en se mordant la lèvre inférieure, lorsque l'une de ses mains se posa sur la bosse qui déformait déjà son pantalon et le caressa à travers le tissu.

- Hum… Kazu… souffla-t-il dans un gémissement sourd, tandis que son cadet lui soufflait à l'oreille qu'il était nu sous sa blouse d'hôpital.

A son tour, impatient, il glissa les mains sur son compagnon, qui ferma les yeux et se cambra pour mieux ressentir, poussant une plainte étouffée, lorsque la main d'Akanishi se posa sur sa virilité dressée et commença à effectuer de lents va et vient. La respiration du cadet s'accéléra et il murmura :

- Fais… ce que tu… veux de moi… Jin…

Il n'en fallut pas plus pour électriser totalement Jin et l'embraser tout entier, lui faisant oublier où ils se trouvaient et la possibilité de se faire surprendre à tout moment. Le souffle court, il poursuivit son mouvement, accélérant le rythme de plus en plus, jusqu'à ce que, dans un râle, Kazuya se répande entre ses doigts. Akanishi vint alors l'embrasser avec passion, passant sans mal la barrière de ses lèvres si douces pour faire se rencontrer leurs langues en un ballet langoureux. Mettant ensuite fin au baiser, l'aîné présenta ses doigts à son cadet, qui entreprit de les sucer avec gourmandise, le regard rivé dans le sien.

- Retourne-toi… dit Jin dans un murmure lorsque ses doigts furent assez humidifiés.

Comprenant que le moment tant attendu approchait, Kamenashi, haletant, obtempéra et se mit sur le ventre. Fou de désir, Jin expédia sur le lit son jean et son boxer, puis se coucha doucement sur le corps gracile de son compagnon, qui gémissait déjà d'attente. Gémissement qui se mua en cri étouffé dans l'oreiller, lorsque Akanishi introduisit un doigt à l'intérieur de lui.

- Aaaah, Jin… Encore…

- Tu en veux plus ?

- O… Ouiiiiii…

Alors, il glissa un second doigt en lui, le faisant crier de nouveau contre l'oreiller.

- Jin… Viens…Pr… Prend-moi… maintenant… Par pitié… pria alors le plus jeune, haletant de plaisir.

- Tu me veux ? questionna Akanishi d'une voix rauque, tout en connaissant parfaitement la réponse.

- Prend-moi…

Jin, qui n'attendait que ça, ne se le fit pas dire deux fois et positionna son membre dressé contre l'intimité de son bien-aimé, le faisant gémir d'attente, puis le pénétra d'un coup de reins qui lui procura des sensations inouïes et fit à nouveau crier son amant, autant de douleur que de plaisir. Akanishi s'immobilisa le temps que la douleur s'estompe, puis commença quelques lents va et vient, qu'il accéléra en voyant son partenaire accompagner ses mouvements d'ondulations du bassin.

- Aaaaaaah, Jin… Oui… Plus fort… pria Kazuya entre deux gémissements de plaisir.

Stimulé autant par les plaintes de son Kazu, que par la vision de son corps parfaitement synchronisé avec le sien, Akanishi se redressa un peu et, prenant appui sur les splendides fesses de son cadet, laissa libre cours à son désir en donnant de violents coups de reins, faisant de nouveau crier le plus jeune dans son oreiller. Après plusieurs minutes, tous deux atteignirent l'ultime jouissance en même temps et se libérèrent, l'un sur les draps, l'autre au creux des reins de celui qu'il aimait. Epuisé, mais heureux, Akanishi se laissa doucement retomber sur le dos couvert de sueur de son partenaire et déposa un baiser sur son omoplate.

- Je t'aime, Kazu…

Il l'embrassa à nouveau sur le dos, puis se redressa et récupéra rapidement ses vêtements pour se rhabiller avant qu'une infirmière n'arrive, tandis que son bien-aimé retrouvait sa position initiale, allongé sur le dos.

- Tu te rends compte de ce que tu me fais faire ? questionna Jin, amusé, en se rasseyant près de lui.

- Ne dis pas que ça t'ennuie, tu aime ça autant que moi… rétorqua Kazuya dans un sourire angélique qui bouleversa son petit-ami.

- Démon… souffla Jin dans un sourire, avant de l'embrasser à perdre haleine.

- Démon ? Moi ? Alors que tu m'appelle « mon ange » ? fit innocemment le plus jeune.

- Un démon caché sous un visage d'ange…

Le rire cristallin que Jin aimait tant résonna dans la pièce, l'ensoleillant d'un seul coup. Ce rire faisait partie des sons qu'il aimait le plus au monde et dont il ne pouvait se passer. Dont il ne pouvait se passer… Akanishi fixa longuement le visage qu'il aimait temps et une idée folle lui traversa l'esprit. Mais vraiment folle. Il secoua la tête comme pour la chasser, ce qui inquiéta Kazuya.

- Jin, amour, ça va ? s'enquit-il.

- Je… Oui oui, Très bien. Ne t'inquiète pas, hein. Je veux que tu te détendes.

- Je suis détendu. Grâce à ton savoir-faire, ajouta-t-il dans un murmure et un sourire angélique.

- Flatteur… rit Akanishi en posant son front sur le sien.

- Tu sais bien que je ne peux pas te mentir.

Il y eut un long silence, puis Jin lâcha :

- Kazu…

- Hum…

- Epouse-moi.

La demande, inattendue et stupéfiante, figea la cadet, qui releva la tête et le fixa, les yeux écarquillés, pendant un long moment.

- Q… Quoi ? J… Jin, qu'est ce que… Qu'est ce que tu ra… raconte ? finit-il par balbutier, sous le choc.

- Je te demande de m'épouser, Kazuya.

- C… Ca j'avais… bien entendu mais… pourquoi ?

- Parce que je t'aime, que j'ai eu peur de te perdre pour toujours quand tu t'es évanoui dans la rue et que je veux que tu n'appartiennes qu'à moi, répondit Akanishi en entremêlant ses doigts aux siens.

- Jin… murmura le cadet, bouleversé.

- S'il te plait, Kazu, dis que tu accepte…

Malgré le choc que représentait cette brusque demande, étrangement, l'esprit logique du cadet se remit en marche et c'est en toute rationalité, qu'il objecta :

- Mais Jin, on ne peut pas… Je… On est des hommes et le… le mariage gay n'est pas reconnu au Japon. Tu… Tu perds la tête.

- C'est toi qui me la fait perdre. Kazu, nous sommes aux Etats-Unis. Ici, ils sont plus libéraux et nous n'avons besoin de rien, argumenta Akanishi.. Il nous suffit d'aller à Las Vegas et... Je t'en prie, Kazu, épouse-moi…

Le regard brun planté dans le sien était si plein d'amour et sa voix si sincère, que Kazuya ne sut plus quoi dire. Il n'aurait jamais pensé qu'un jour, son Jin lui ferait ce genre de proposition et ça le remplissait de confusion. Bien sûr il lui avait révélé qu'il ne pouvait pas vivre sans lui, mais il n'imaginait pas que son bien-aimé entretenait le même genre de sentiment à son égard.

- Tu… Tu te rends compte que… ça nous liera à vie et que… que de toute façon, ce… ce mariage ne sera pas… valable au Japon ?

- Oui.

- Et pourtant, tu veux…

- Oui, parce que je ne veux que toi.

De nouveau un silence, que Jin ne comprit pas. Il pensait que son Kazu lui dirait oui immédiatement, qu'il serait heureux qu'il ne veuille que lui pour toujours. Pourquoi toutes ces hésitations ? Akanishi fixa celui qu'il aimait et le faisait attendre.

- Ca s'appelle de la torture, ce que tu fais, là, dit doucement l'expatrié un peu tristement, comme pour rappeler qu'il voudrait au moins une réponse.

- Jin, je… Est-ce que je… peux réfléchir ?

Alors ça, l'interpelé ne s'y attendait pas du tout et baissa la tête. Peut-être qu'en fait, Kazuya ne l'aimait pas suffisamment pour aller si loin. Peut-être qu'à ses yeux, il n'était qu'une histoire parmi d'autres et qu'il se retrouvait ainsi piégé, bloqué et sans autre issue que cette espèce de fuite.

- Kazu, tu… Tu n'es pas obligé de… Je ne veux pas te forcer à… Si tu… balbutia Jin sans réussir à terminer la moindre phrase.

- Chut, le coupa son cadet d'une voix douce, en posant un index sur ses lèvres pour le faire taire. Calme-toi. J'ai pas refusé, j'ai seulement dit que je devais réfléchir, ok ?

Tentant de faire contre mauvaise fortune bon cœur, Akanishi hocha la tête en guise d'assentiment et offrit un sourire à son bien-aimé.

- Bon, on a du travail, lança-t-il finalement, faisant sursauter Kamenashi, qui lui jeta un regard interrogateur. L'anglais. T'as besoin de cours je crois.

- Oh oh… tu te transforme en prof ? se moqua le plus jeune. Fais gaffe, je pourrais bien avoir envie de faire des choses à mon sensei…

L'évocation fit déglutir Jin. Non non. Une fois ça suffisait. Il fallait vraiment qu'il arrête de s'emballer au moindre mot un peu tendancieux prononcé par son cadet. Ou alors qu'il se venge plus tard de l'effet qu'il lui faisait sans arrêt.

- Sois sage, pour une fois, Kazu.

- Mais c'est toi, alors comment tu veux que je sois sage ? se plaignit Kamenashi. C'est un crime d'être aussi sexy !

Le « reproche » fit rire Akanishi.

- Qu'est ce que je devrais dire de toi alors… Tu es une perpétuelle invitation au viol.

- Oh oh, je suis ravi de l'apprendre, fit ladite invitation en lui dédiant un regard langoureux tout en posant une main sur une des cuisses de son bien-aimé.

- Kazu, non, résista Jin en l'ôtant doucement.

Boudant un peu de se faire repousser malgré qu'il ait déjà obtenu ce qu'il voulait quelques minutes auparavant, le plus jeune s'obligea donc à faire attention à la leçon qu'Akanishi entreprit de lui donner. En fait, lorsqu'il le voulait, il était capable d'une concentration sans faille et d'une mémoire prodigieuse qui lui rendaient bien des services dans sa carrière, aussi retint-il sans difficulté ce que Jin lui enseignait. Et ce même si son regard restait fixé sur ses lèvres. Jamais il n'avait trouvé l'anglais aussi sexy que prononcé par la voix grave de son Jin.

- Kazu, répète ce que je viens de dire. Je te sens totalement déconcentré là.

- Mais nan, je suis suspendu à tes lèvres, regarde, rétorqua le cadet en joignant le geste à la parole pour embra…

Ah non. Akanishi l'avait vu venir et empêché le contact en posant son index sur les lèvres bien trop tentantes.

- Tu vois que tu es dissipé, le réprimanda gentiment son petit ami.

- Même pas vrai, se renfrogna le plus jeune. J'ai bien écouté et je veux une récompense.

- Tiens donc… Mais tu pense l'avoir mérité ? sourit Jin, amusé par l'attitude soudain enfantine, de celui qu'il aimait.

- Bien sûr, répondit Kamenashi sans la moindre hésitation, dans un sourire angélique. Tu ne dis pas tout le temps que je suis un ange ?

- Démon…

- Non non, un ange, rectifia-t-il avec le même sourire propre à faire fondre un iceberg.

Comment résister à un tel sourire ? C'était impossible ou, du moins Akanishi ne s'en sentait-il pas capable, aussi céda-t-il et récompensa-t-il son élève d'un baiser.

Mais il aurait dû savoir que craquer devant l'adorable moue de son petit ami était dangereux, car ses bras frêles s'enroulèrent autour de son cou et le baiser qu'il avait voulu doux et léger, devint soudain torride. Une fois encore, il fallut à l'expatrié toute sa volonté, pour dénouer l'étreinte langoureuse.

- Kazu… fit-il d'un ton de reproche.

- Oui sensei.

- Ne m'appelle pas comme ça…

- Ben quoi ? J'aurais voulu un prof aussi sexy quand j'étais au lycée.

- Kazu, si tu n'es pas raisonnable, je ne viendrais plus aussi souvent, menaça Jin.

L'avertissement eut l'effet escompté, car Kamenashi s'écarta de lui en écarquillant les yeux, effrayé par l'idée.

- Non ! Tu peux pas ! Tu… Tu… Non, Jin ! Tu m'as juré que… que… bredouilla le cadet, toute idée salace envolée sous l'effet de la terreur. Non !

Bien sûr, Akanishi pensait que sa menace serait prise au sérieux, mais il n'avait jamais voulu lui faire peur à ce point. Se sentant coupable, il se traita d'imbécile et le prit dans ses bras et lui caressa la nuque pour l'apaiser.

- Shhhhhhht… Calme-toi… Je ne te laisserais pas, je te le promets, dit Jin qui avait vraiment du mal à comprendre sa terreur des hôpitaux.

Il décida de lui poser la question plus tard car, pour le moment, il était trop agité.

- Kazu, je vais devoir y aller. On m'attend pour répéter. Je repasserais plus tard, mais je veux que tu te repose, d'accord ?

Mais la frayeur de son bien-aimé n'était pas encore passée, aussi il s'accrocha au t-shirt de son aîné, crispant les mains sur le tissu à s'en faire blanchir les articulations.

- Non ! Ne me laisse pas ! s'exclama-t-il en fondant en larmes.

- Kazu… fit doucement Jin en détachant délicatement les mains de son bien-aimé. Je n'ai pas le choix… Je dois y aller et tu le sais. Sois courageux. Je reviendrais en fin de journée, je te le jure.

Du revers de la main, Akanishi essuya les pleurs de son compagnon et l'embrassa tendrement, puis se leva et gagna la porte.

- JIN ! cria alors Kazuya, la voix tremblante.

Son petit ami tourna la tête et vit la détresse dans le regard noisette, mais il savait que s'il ne partait pas maintenant, il ne le pourrait plus et qu'il aurait des ennuis dans son travail. Il savait que son Kazu, mieux que tout autre, pouvait le comprendre. Du bout des doigts, il lui envoya un baiser.

- Je t'aime, Kazu, lança-t-il avant de quitter la chambre.