Chapitre 9
Malade
Une fois apaisé, Kazuya finit par se rendormir mais, par précaution, Jin resta près de lui. Longtemps, il le regarda dormir paisiblement, écoutant le son régulier que produisait sa respiration, écartant de temps à autres les soyeuses mèches châtain qui glissaient sur son front. Il semblait si… si… doux, si tendre. Comme un enfant. Un enfant diablement séduisant, même en plein sommeil. Akanishi déglutit et se releva lentement. S'il ne se contrôlait pas, il allait le réveiller exprès pour… et son Kazu avait besoin de repos. Sinon il était évident qu'il devrait retourner à l'hôpital. S'éloignant vers la porte, il se retourna sur le seuil pour jeter un dernier coup d'œil à la gracile silhouette endormie et un sourire naquit sur ses lèvres. Il était vraiment chanceux de l'avoir.
Se dirigeant vers la cuisine, il se prépara un café puis se laissa tomber sur le canapé, pensif. Plus il y pensait et plus la réaction de Junno lui paraissait bizarre. Il connaissait bien le plus grand des KAT-TUN et, même s'il était un peu… bêta, avoir ce genre de réaction aussi illogique que stupide ne lui ressemblait pas. Il devait y avoir un problème. Mais lequel, ça, Jin n'en avait pas la moindre idée. Peut-être que Taguchi avait un souci personnel qui l'avait empêché de manifester un quelconque enthousiasme. Dans ce cas, son rôle d'ami était de lui venir en aide, non ? Consultant sa montre, le jeune homme fit un rapide calcul. Etant donné l'heure plutôt… matinale, à Tokyo, il devait être aux environs de dix-huit heures trente. En temps normal, il aurait supposé que lui, Koki, Maru et Ueda étaient en répétition, mais Kazuya étant absent, il pensait que les répétitions n'avaient pas forcément lieu. Il sortit donc son portable, fit défiler son répertoire et appuya sur la touche d'appel à "Taguchi Junnosuke".
Il entendit le déclic caractéristique de la prise d'appel… aussitôt remplacé par la tonalité annonçant que la communication était coupée. Si maintenant Taguchi lui raccrochait carrément au nez, ça devenait vraiment inquiétant. Cette fois réellement soucieux pour son ami, il décida d'appeler Tatsuya afin de savoir si quelque chose d'anormal se passait.
« Jin ? En voilà une surprise. Tu peux plus te passer de moi ? », fit Ueda, d'une voix joyeuse.
- Tat-chan, j'ai besoin de ton aide.
Le ton pour le moins alarmiste fit disparaître toute trace de jovialité dans la voix de l'aîné des KAT-TUN.
« Qu'est ce qui se passe ? C'est Kame ? »
- Non non, Kazu va bien. Mais c'est Junno qui m'inquiète.
« Pourquoi ? »
- Tu n'as rien remarqué d'anormal chez lui depuis quelques temps ?
Un court silence lui répondit, preuve que Ueda réfléchissait à la question.
« Non, pas plus que d'habitude. Enfin je veux dire il est dans la lune, joue à la console vidéo… bref Taguchi quoi. », finit-il par répondre. « Pourquoi tu me demande ça ? »
Et Akanishi se mit à lui raconter la scène téléphonique qui avait mit le feu aux poudres, ainsi que son coup de fil avorté des minutes précédentes.
« Effectivement, c'est louche comme comportement. Mais avec nous il est… normal. Enfin aussi normal que peut l'être Junno quoi. Tu pense qu'il a des ennuis ? »
- Ouais. Et qu'il veut pas en parler, ce con.
« Cela étant, je ne suis pas forcément le plus observateur. J'appelle Maru et Koki et je te re-sonne pour te dire si eux ont repéré quelque chose.»
- OK. Je compte sur toi, Tat-chan.
« Hum. »
La communication s'arrêta là et Akanishi referma le clapet de son téléphone, pensif. Ueda était le plus intuitif d'eux tous. S'il n'avait rien remarqué, c'était peut-être que tout allait bien. Enfin avec Taguchi qui pouvait savoir. Même s'il était un vrai moulin à parole, on ne savait jamais s'il allait parler de lui, des autres ou raconter les plus grosses conneries de l'univers.
Quelques minutes plus tard, son portable sonna et il s'empressa de décrocher.
- Alors ? s'enquit avidement Akanishi.
« Eux non plus n'ont rien remarqué de bizarre chez lui et comme je leur ai raconté ce que tu m'as dit, ils sont inquiets aussi maintenant. »
- Putain, j'y crois pas, il va réussir à tous nous rendre dingue, ce con…
« On dirait bien. »
Un blanc de quelques secondes.
- Moi il raccroche direct quand j'essaye de le joindre, reprit Akanishi. Tu pourrais le faire à ma place ? A toi, il parlera peut-être, on sait jamais.
« Bah je veux bien essayer, mais je te promets rien. La diplomatie c'est pas mon fort, hein. »
- Tu préfère la négociation musclée, je sais, s'amusa Jin malgré la situation qui n'avait rien de drôle.
« Pourquoi tu te marre ? Depuis quand ça te fait marrer que je fasse de la boxe ? »
- Mais nan, c'est pas ça. T'as pas pigé la référence ?
« Yavait une référence ? »
- C'est dans Star Wars cette réplique, là.
Un soupir se fit entendre à l'autre bout du fil.
« Bakanishi. »
Une tonalité. Ueda avait mit fin à la conversation.
Le silence retomba dans la pièce, seulement troublé par le son de sa respiration et le lent tic-tac de la pendule murale. Il était quatre heures trente du matin passé et Jin n'avait toujours pas sommeil à cause de tout ça. Il allait virer fou et se ruiner la santé, à force de s'en faire pour celle de son Kazu et pour les hypothétiques problèmes de Taguchi. Sans parler de l'annulation de sa prochaine tournée et de sa promesse de rentrer au Japon dès que Kazuya serait rétabli et le mariage célébré. De quoi tourner dingue. Complètement barjo. Et il n'avait vraiment pas besoin de ça.
Son niveau de stress ayant atteint des sommets, il se leva, mit son téléphone dans sa poche et se dirigea vers le meuble où il rangeait ses cigarettes. Se saisissant du paquet placé dans le tiroir, Jin sortit sur le balcon, en alluma une, puis tira une longue bouffée, avant de soupirer, frissonnant dans l'air glacial nocturne. Il aurait du prendre une veste, parce que là, il allait choper la crève et aurait l'air fin. Pourtant, retourner à l'intérieur ne lui paraissait pas une solution envisageable, même pour récupérer de quoi se couvrir. En tirant de nouvelles bouffées, les yeux fixés sur les lumières de la cité américaine, le jeune homme repensa à tout ce qui s'était passé en l'espace de soixante-douze heures et cette brève rétrospective lui donna presque le tournis. Il n'avait plus l'habitude de tant d'agitation autour de lui. D'un côté ça lui manquait et de l'autre, il en était agacé. En bref, il ne savait pas… plus ce qu'il voulait. A part la présence éternelle de son Kazu à ses côtés.
S'accoudant au balcon, il s'efforça de chasser toutes ces pensées importunes de son esprit, mais celui-ci semblait focalisé sur le drôle de comportement de son ami Taguchi. Soupirant, il écrasa son mégot sur la rambarde et entreprit de maugréer contre ce dernier en "Jinglish", ce qui, il le savait, ne servait absolument à rien, mais défoulait quand même pas mal.
Il avait allumé une seconde cigarette et en était à "baka d'otaku gamer with trois neurones", lorsque son portable sonna. Plaçant le rouleau de tabac entre ses lèvres, il le sortit de sa poche et souleva le clapet, répondant ainsi à la communication.
- Ouais ? fit-il avant de récupérer la cigarette entre son index et son majeur et de laisser redescendre son bras en exhalant la fumée.
« J'ai réussi à parler à Junno. », annonça Ueda à l'autre bout du fil.
- Alors c'est quoi son problème à ce grand couillon ?
« Bah justement, il en a aucun. »
- Hein ?
De surprise, Akanishi manqua faire tomber ce qu'il tenait et se brûler par la même occasion.
- C'est quoi ces conneries encore ? râla-t-il.
« Je ne fais que te répéter ce qu'il m'a dit le plus naturellement du monde. D'ailleurs il avait même pas l'air de saisir de quoi je parlais. »
- Mais t'as insisté ?
« Ouais. Même réponse. Il va très bien, tout va bien, vous bilez pas les gars. »
- Shit ! jura Jin, qui comprenait de moins en moins. Alors s'il a pas de problème, qu'est de qu'il nous fait, ce débile ?
« Aucune idée. Mais t'es sûr que t'as pas rêvé tout ça ? T'as l'air crevé, Jin. Des fois, la fatigue nous… »
- Sankyu mais j'suis pas encore dingue, le coupa Akanishi, mécontent d'être traité de mythomane à mots couverts. Je sais c'que j'dis, OK ?
« D'accord, d'accord, t'énerve pas. En tout cas, le problème vient pas de là. Faut chercher ailleurs. Bon, sur ce, je vais manger avec les autres alors je te laisse. A plus. »
A son tour, Jin raccrocha, referma le clapet de son portable et, accoudé à la rambarde, termina tranquillement sa cigarette en réfléchissant, le menton posé sur son autre main. Un violent frisson le secoua soudain. Il fallait vraiment qu'il rentre se mettre au chaud cette fois, où il allait vraiment attraper la mort. Une nouvelle fois, il écrasa son mégot sur la balustrade en se disant vaguement qu'il devrait laisser un cendrier à l'extérieur pour éviter de faire ça, puis retourna à l'intérieur. Ce fut parcouru de tremblements, qu'il se décida enfin à aller se coucher. Il était cinq heures passées.
Ce fut une délicieuse odeur qui réveilla Jin le lendemain matin, lui faisant comprendre que Kazuya s'était mit aux fourneaux. De fait, sa voix suave se fit bientôt entendre, chantant à mi-voix et c'est à cet instant que l'aîné se rendit compte qu'il avait un affreux mal de crâne. Agacé, il poussa un gémissement. Ou du moins… essaya de pousser un gémissement, mais rien ne sortit. Stupéfait, il tenta d'appeler Kazuya, mais une fois encore, aucun son ne se fit entendre. Sur le coup, il ne comprit pas ce qui se passait et bondit hors du lit en prenant à peine le temps de se couvrir d'un boxer, avant de courir jusqu'à la cuisine. La panique l'avait gagné et se lisait sur son visage, ce qui inquiéta son cadet au moment où celui-ci se tourna vers lui, prêt à le traiter de marmotte.
- Jin ? Qu'est ce qui se passe ? s'enquit-il en fronçant les sourcils, l'air soucieux.
Incapable d'articuler le moindre mot, Akanishi se contenta de montrer sa gorge en levant les bras dans un geste de totale incompréhension. Il n'en fallut pas plus pour que Kazuya saisisse ce qui se produisait.
- Laisse-moi deviner… T'as clopé longtemps dehors dans le froid hier soir… Et je parie que t'avais pris ni pull ni manteau.
Son aîné fit un geste signifiant "et alors ?". Répartie silencieuse qui sembla exaspérer son interlocuteur pourvu d'une voix, lui.
- Et alors maintenant t'es aphone, Bakanishi… C'est bien fait. Ca te mettra peut-être un peu de plomb dans la cervelle.
La mine de poisson hors de l'eau qu'arbora alors son bien-aimé fit s'esclaffer le plus jeune, qui se mua en fou rire lorsqu'il vit le regard noir que lui lançait Jin. Il riait tellement, que des larmes coulaient du coin de ses yeux et qu'il dut bientôt se tenir au plan de travail pour ne pas choir.
Vexé, Akanishi croisa les bras d'un air boudeur, qui accentua encore l'hilarité de son petit ami qui, cette fois, tomba à terre en se tenant les côtes. Agacé de ne pouvoir ni l'engueuler, ni le rembarrer ni même se défendre, Jin se dirigea vers la chambre à grands pas, stoppant net l'hilarité de son compagnon, qui comprit qu'il était allé trop loin. Se redressant, Kazuya lui emboîta le pas.
- Excuse-moi d'avoir ri dit-il, penaud. Je ne voulais pas te vexer. Je sais que ce n'est pas agréable d'être aphone. Mais je sais quoi faire pour que ta voix revienne si ça peut te consoler. En attendant, il va falloir que tu t'exprime par écrit.
Rien que l'idée manqua le refaire partir dans une crise de rire, mais l'air malheureux de son bien-aimé l'en dissuada. En rajouter ne servirait à rien. Après tout il lui avait déjà fait la leçon à propos de son inconséquence.
"Par écriiiiiit ?" semblèrent dire les yeux d'Akanishi à cet instant.
Kamenashi hocha la tête.
- Attend, je vais te chercher ça, dit-il avant de s'esquiver vers le salon où il avait repéré un bloc et un stylo.
Quelques secondes plus tard, il était de retour et tendit le tout à son compagnon, qui s'en empara avant de griffonner furieusement le message suivant :
« Merci de te foutre de ma gueule, c'est vrai que je me sens pas déjà assez con… »
- Roh le prend pas comme ça. Je voulais pas être méchant.
Nouveau bruit de la bille sur le papier, nouveau retournement de bloc.
« N'empêche que tu t'es quand même foutu de moi. »
Kamenashi leva les yeux au ciel.
- Bah si t'avais été plus malin aussi... Nan mais franchement, on est en hiver, Jin. Quelle idée de passer je sais pas combien de temps sur le balcon à te les geler, juste pour fumer une clope ou deux.
« Merci de m'enfoncer... »
- Je t'enfonce pas, je souligne juste le fait qu'une fois de plus t'as pas réfléchi avant d'agir. T'es vraiment irrécupérable.
« Tu me prends vraiment pour un con, hein ? »
Les kanjis maladroits (il était décidément toujours aussi mauvais à l'écrit) étaient accompagnés d'un regard à la fois peiné et plein de colère.
- Mais nan… se défendit Kazuya, mal à l'aise. Mais c'est vrai que tu devrais faire plus attention. C'est pas la première fois que je te le dis en plus.
« Jolie tentative de rattrapage mais tu t'es foiré en beauté… »
Bon, OK, pour la diplomatie, il repasserait, mais c'était pas son truc ça, Kamenashi le savait très bien.
- Qu'est ce que tu veux que je te dise ? T'as plus qu'à prendre ton mal en patience. En vingt-quatre heures c'est réglé bien souvent, ça. Enfin sauf si t'as vraiment attrapé la…
Un éternuement sonore l'empêcha de prononcer le dernier mot.
- … crève. Putain mais t'es vraiment un baka ! T'as réussi à chopper une putain de crève, merde ! Je vais être obligé de jouer les garde-malade maintenant, comme la dernière fois !
« J'suis désolé, Kazu… », écrivit encore Jin sur son pauvre bloc, se retenant d'ajouter que c'était bien ce qu'il faisait, lui et qu'il ne s'en plaignait pas pour autant.
- Bah ouais tu peux ! Mais qu'est ce que j'ai fais au ciel pour mériter ça ?
« Heu… tu m'aimes ? »
- Ouais c'est bien le problème… Baka… Retourne te coucher, je viendrais te border.
« Kazu ? »
- Quoi ?
« J'ai faim… »
- Hein ?
« Je sais pas ce que t'as préparé mais ça sent trop bon et ya mon estomac qui gronde… »
Un soupir.
- Ok, j'vais t'apporter un plateau mais retourne au pieu, bordel. Pas envie que ta crève s'aggrave moi.
Un sourire heureux s'afficha sur les traits d'Akanishi. Bien sûr il était mécontent et vexé d'avoir eu la bêtise d'attraper froid et de devenir aphone par dessus le marché. Mais il avait gagné le droit de se faire chouchouter par son Kazu qui, s'il pestait et râlait tant et plus, allait très bien s'occuper de lui, il le savait. Sans traîner, il rejoignit donc sa couette qui n'avait pas eu le temps de refroidir et s'y glissa de nouveau avec un plaisir indicible, surtout qu'il avait froid aux pieds…
Il se réchauffa d'ailleurs tant et si bien que, lorsque Kazuya arriva avec le plateau qu'il avait mentionné, il avait replongé dans un profond sommeil. La couette remontée jusqu'au nez, les cheveux en vrac sur le crâne, la tête sur le côté et un bras pendant hors du lit… Le tableau était si craquant que le cadet fondit. Jamais il ne pourrait en vouloir à son Jin de ses conneries. Même si celle-là était vraiment énorme. Déposant son fardeau sur la table de chevet, le jeune homme s'approcha de son compagnon, replaça le bras fuyard sous la couette, puis borda son compagnon comme il l'avait promis. Il posa ensuite une main sur le front de son aîné et l'autre sur le sien, comme point de comparaison. Comme il le craignait, il était brûlant.
- Bakanishi… murmura Kazuya sur un tendre ton de reproche, sachant qu'il ne pouvait pas l'entendre. T'es vraiment pas possible… T'as vraiment besoin qu'on s'occupe sans arrêt de toi… Qu'est ce que je vais faire de toi, hein ?… Ouais j'crois que t'épouser sera pas un mal. Je pourrais surveiller tes conneries comme ça et tu m'écoutera peut-être enfin…
Après s'être assuré qu'il n'avait besoin de rien, Kazuya quitta la pièce à pas de loup pour retourner à la cuisine. Bon, où ce baka avait-il rangé le miel ? Un rapide examen de l'espace, ainsi que l'ouverture successive de tous les placards et tiroirs, lui fournit une réponse dont il se serait bien passé : il n'y en avait pas. Pas plus que de citron d'ailleurs. Merveilleux, il allait devoir sortir seul en plein New York pour trouver ces deux ingrédients nécessaires à la préparation d'infusions souveraines pour la voix. Avec son anglais désastreux, voire limite inexistant, il ne manquait vraiment plus que ça.
- Bakanishi ! jura-t-il à mi-voix en tournant la tête vers la porte qu'il avait refermée. Tu te rends compte de ce que tu m'oblige à faire pour réparer tes bêtises ?
Et puis, pouvait-il le laisser seul ? Il était bien capable de faire une autre connerie pendant son absence qui pouvait s'éterniser selon qu'il arriverait à trouver rapidement ou non un combini ou ce qui en tenait lieu dans ce pays de fous. Mais bon… il n'avait pas tellement le choix puisqu'il avait dit détenir la solution, le remède miracle. Et puis il devait retrouver l'hôpital pour commencer son traitement puisque Akanishi, avec son habituel manque de bon sens, l'avait totalement zappé. Soupirant à fendre l'âme, le cadet des KAT-TUN entreprit de chercher son dossier médical que Jin avait pris avec lui lorsqu'ils avaient quitté l'endroit. Il jeta un coup d'œil circulaire autour de lui et constata l'ampleur des dégâts : boîtes de pizzas, cannettes de bière vides et cendriers débordants sur la table basse ; miettes de chips écrasées sur le canapé, que maculait également une tache d'origine indéfinie ; vêtements éparpillés et (certainement) sales… Kazuya, désespéré et horrifié, renonça à poursuivre l'introspection. Comment avait-il pu ne pas se rendre compte de l'état de la pièce ? Dans l'état actuel des choses, espérer retrouver ses documents était chimérique. Conclusion, en prime, il allait devoir ranger et nettoyer. Pourquoi ne prenait-il pas une femme de ménage, ce baka de Bakanishi ?
En râlant tant et plus, le plus jeune se mit donc à jouer les fées du logis et, comme il était toujours efficace, les lieux retrouvèrent promptement une bien meilleure allure. Seulement, un problème subsistait : aucune trace de son dossier médical. Un nouveau regard vers la porte fermée. Il allait être obligé de le réveiller… Merde, ça c'était pas prévu au programme, il aurait préféré le laisser dormir. Mais bon là… la fin justifiait les moyens. Se dirigeant vers la chambre, il y rentra sans faire de bruit et, dans la pénombre, s'approcha de son bien-aimé.
- Jin… l'appela-t-il doucement en lui caressant tendrement la joue.
Un soupir lui répondit, mais Akanishi ne se réveilla pas, se contentant de remuer vaguement. Ce qui n'arrangea pas Kazuya, qui, n'aimant pas les réveils brutaux, n'aimait pas le faire aux autres.
- Jin ! l'appela-t-il plus fort, en le secouant légèrement.
Un mouvement plus soutenu lui répondit. Bon, ça voulait dire qu'il l'avait entendu. Il progressait.
- Jin, réveille-toi. J'ai besoin de mon dossier médical.
Le visage de Jin apparut au dessus de la couette, les yeux à peine entrouverts et les cheveux encore plus en bataille qu'avant. Il ouvrit la bouche pour dire quelque chose, puis se souvint qu'il était aphone, attrapa son oreiller et plongea littéralement dessous, désespéré à l'idée de devoir écrire alors qu'il n'était même pas encore réveillé.
- Jin, c'est important. Où l'as-tu rangé ?
Réapparaissant, le jeune homme fit un vague signe du bras, dans une direction encore plus floue.
- Tu m'aide pas là… fit remarquer Kazuya. J'aurais voulu ne pas t'empêcher de dormir, mais…
S'asseyant tant bien que mal, il s'empara de son bloc et, avec une écriture encore plus bancale que d'ordinaire, inscrivit :
« Tiroir milieu armoire. »
- Merci, fit Kazuya dans un sourire, avant de l'embrasser sur le front comme si ça pouvait minimiser les risques de contagion.
Mais visiblement, Akanishi en avait décidé autrement et s'empara de sa bouche avec une passion décuplée par sa fièvre. Pris par surprise, le cadet commença par se laisser faire, répondant même au baiser, puis réagit et s'écarta doucement.
- Jin, non. Tu es malade, repose-toi au lieu de faire l'idiot, riposta le jeune homme, le souffle court. Il faut que j'aille à l'hôpital et faire quelques courses pour que tu retrouve ta voix plus vite.
Bruit du stylo sur le papier. Kanjis maladroits.
« Mens pas, tu veux aussi. »
- Tu sais plus ce que tu dis, la fièvre te fait délirer…
Sa propre voix sonnait faux à ses oreilles. Pourquoi ?
Nouvelle phrase sur le papier.
« Tu veux, Kazu. Tu ME veux. »
Mais qu'il était baka celui-là… Il en ratait vraiment pas une. Bien sûr qu'il avait envie et le voulait. Comme toujours. Mais ce n'était pas du tout le moment et il devait le lui faire comprendre.
- Je vais sortir maintenant, décréta-t-il. Alors reste là et sois sage.
« Me parle pas comme à un gosse. », écrivit l'aîné, les sourcils froncés.
- Mais non…
« Tu recommence. Je suis pas un môme, arrête. »
Tiens, les phrases, bien que toujours bancales, étaient plus longues. Il se réveillait donc doucement. De nouveau, l'aîné prit son bloc et écrivit, son visage laissant (déjà) transparaître son agacement de ne pas pouvoir parler. Il tourna ensuite la feuille vers son fiancé.
« Tu trouveras jamais ton chemin dans New York avec ton anglais désastreux, Kazu. Je t'accompagne. »
- Certainement pas ! protesta fermement le cadet en appuyant sur ses épaules pour les forcer à se rallonger. Tu reste ici et t'en bouge pas, c'est compris Akanish Jin ? Et gare à toi si tu es debout quand je reviens, tu m'entends ?
Sur cette mise en garde, le cadet quitta la pièce à grands pas pressés et Jin maudit sa voix qui l'empêchait de le rappeler, de l'empêcher de partir. Au fond de lui, il craignait qu'en sortant seul, son frêle compagnon ne soit prit d'une crise de quelque chose et ne s'écroule sans qu'il soit là pour le retenir. Le sachant seul à l'extérieur, il serait incapable de se rendormir. Il attendrait son retour dans l'angoisse.
Attrapant son léger manteau, Kazuya se fit la réflexion qu'il allait encore mourir de froid, alors il le troqua contre le blouson en cuir de Jin. Blouson imprégné de son odeur enivrante… Non, stop. S'il commençait à penser à ça…
Attrapant les clés négligemment jetées sur le meuble de l'entrée, il quitta l'appartement en refermant la porte derrière lui. La clé cliqueta dans la serrure et le son, audible depuis la chambre, sonna comme un glas aux oreilles d'Akanishi.
Maudit pays, maudite langue… C'est ce que Kazuya se répétait en boucle depuis un bon moment maintenant. Pourquoi personne n'avait-il le bon goût de parler japonais, au lieu de cette horrible langue nasillarde à laquelle il ne comprenait rien ? Dix fois, si ce n'est pas plus, il avait arrêté un passant, cherchant désespérément à faire comprendre qu'il cherchait l'hôpital Saint Luke, mais ou on l'ignorait, ou on lui répondait si vite qu'il était incapable de comprendre un traître mot. Et avec ça sans la moindre amabilité. Etre un "touriste" non-anglophone dans cet endroit tenait lieu de l'épreuve insurmontable. En plus, il s'était tellement éloigné de l'immeuble de Jin, sans en noter l'adresse, qu'il était certain de ne jamais retrouver son chemin au retour et ces rues américaines se ressemblaient toutes.
Il regarda autour de lui, incapable de se repérer. C'était une catastrophe. Jin avait raison, il n'aurait jamais dû sortir seul. Là, il se repentait franchement de ne pas avoir fait d'études poussées comme Maru. Lui ne serait pas dans cette situation ridicule au moins. Maru… Maru !
Sortant son portable, le jeune homme chercha fébrilement le nom de son ami dans son répertoire et pressa la touche d'appel.
« Moui ? »
La voix de son sauveur était endormie. Quelle heure pouvait-il bien être à Tokyo ? Kazuya n'avait pas pensé une seconde au décalage horaire.
- Heu salut Maru. Désolé de te réveiller.
« Kame ? Tu sais l'heure qu'il est ? »
- Pardon, mais j'ai pensé que tu pouvais m'aider et cette saloperie de décalage horaire m'a échappé.
« T'aider ? Qu'est ce qui se passe, Kame ? T'as des ennuis ? »
- Oui. Enfin non pas vraiment mais… En fait, je suis perdu dans New York.
Un silence au bout du fil. Consterné ? Probablement. Il était de notoriété publique que Kamenashi Kazuya avait un sens de l'orientation désastreux, voire inexistant.
« Qu'est ce que tu fous tout seul dehors ? Jin est pas avec toi ? »
- Il est malade et aphone, alors j'ai voulu profiter de mon saut à l'hôpital pour aller lui chercher de quoi faire des infusions. Seulement j'arrive même pas à trouver l'hôpital, alors le combini local, n'en parlons pas…
Un nouveau blanc.
« Attend, attend. Une chose à la fois, tu veux, j'ai du mal à suivre là… Jin est malade et aphone ? Comment c'est arrivé ? »
- Ce con est resté sur le balcon en chemise un temps indéfini.
« M'étonne pas… Et toi, tu es sorti pour aller chercher… de quoi le soigner, c'est ça ? »
- En gros oui, parce que là il parle par kanjis interposé et j'crois qu'il en a déjà assez alors que ça fait même pas deux heures.
« Donc tu… joue les garde-malade ? »
- Ouais.
« Un malade qui garde un autre malade… J'aurais tout entendu moi… Bon et donc là, t'es paumé ? »
- Totalement. Et ces cons d'américains pigent que dalle quand je leur parle.
A l'autre bout du fil, Kamenashi entendit Nakamaru marmonner quelque chose ressemblant furieusement à "pas étonnant".
- Hé !
« Désolé. T'as l'adresse de l'hosto je suppose. T'as essayé de demander ton chemin ? »
- Bah oui évidemment, je suis pas con. Mais ces américains de malheur, si. Yen a pas un qui soit foutu de m'aider. C'est démerde-toi. Et certains m'ignorent royalement en plus.
« Bon, la première chose à faire, c'est de chercher dans les environs immédiats si ya pas un plan quelconque pour te donner des indications. »
- Ok, attend. Et te rendors pas s'te plait, sinon j'suis dans la panade.
« Ouais ouais. », bâilla bruyamment Maru.
Pendant plusieurs minutes, Kazuya arpenta les alentours en tentant de juguler la panique qui le gagnait peu à peu en constatant qu'il ne voyait rien de tel autour de lui. Ni plan, ni carte… même pas un récapitulatif des stations de métro. Le néant le plus total.
- Ya rien ! s'exclama-t-il finalement, la voix s'envolant dans les aigus sous l'effet de l'affolement.
« OK, relax, Kame. Respire. T'alarmer ne servira à rien, tu es d'accord ? »
- Hum…
« Bon, je te cache pas que les circonstances jouent pas en ta faveur, mais ya une solution. »
- Laquelle ? demanda avidement le plus jeune, plein d'espoir.
« Essaye de repérer dans la rue un ou une japonaise ne se baladant pas avec un appareil photo et demande-lui ton chemin. C'est vraiment le plus simple. »
C'était tellement évident. Et le plus jeune des KAT-TUN n'y avait même pas pensé. Il se traita d'idiot.
« Kame ? T'es toujours là ? », demanda Nakamaru comme le silence persistait du côté de son interlocuteur.
- Ouais.
« Si jamais ça coince toujours après ça, je crois que t'auras plus qu'à retourner chez Jin lui demander ton chemin. Il se foutra de toi, mais vaut mieux ça qu'être perdu, hein ? »
- Tu rigole ? Je suis même pas capable de retourner chez lui, là, rétorqua Kazuya. Je connais pas son adresse et je peux pas l'appeler sur son portable vu qu'il est…
Le jeune homme n'acheva pas sa phrase car il venait de se rendre compte qu'elle était parfaitement stupide. Si, en effet, Akanishi ne pouvait pas prendre d'appel, il pouvait quand même répondre à des mails.
Le rire de Maru résonna dans le combiné, comme s'il avait compris ce qui venait de se produire dans la tête de son cadet.
« Bon allez, je te laisse. Je retourne dans les bras de Morphée. Bon courage. A plus. »
Et il raccrocha, Kazuya en faisant autant de son côté avant de ranger son téléphone dans la poche du blouson de Jin. La bêtise de son Bakanishi devait être contagieuse pour qu'il n'ait pas pensé à tout ça avant. Bon, il devait trouver un ou une compatriote maintenant. C'était le moment d'ouvrir les yeux.
Après une bonne vingtaine de minutes à désespérer de ne voir que des américains, Kazuya finit par repérer une jeune femme montée sur échasses (comprendre par là, « munie de hauts talons »), qui marchait à pas pressés en écrivant un mail sur son portable. Prenant son courage à deux mains, il l'accosta.
- Excusez-moi, dit-il, peu assuré. Je cherche l'hôpital Saint Luke. Pourriez-vous m'indiquer le chemin ?
- Hum, c'est dans la 52e… fit-elle distraitement, sans lever le nez.
- Heu… Je ne suis pas d'ici, alors je…
Dans un claquement de langue agacé, la jeune femme releva la tête vers l'importun… et resta figée. Statufiée même. Au point que son portable tomba à terre. Les yeux démesurément écarquillés et la bouche ouverte comme un poisson hors de l'eau, elle le vit se baisser pour le ramasser et le lui tendre.
- Je… Vous… balbutia-t-elle, si choquée qu'elle ne pensa pas à reprendre son téléphone.
- Hum ?
- K… K… Kame… nashi Ka… zuya… murmura-t-elle, hallucinée.
L'interpellé réprima un soupir d'exaspération. Toujours sa maudite malchance… Sur les millions de gens dans cette ville, il fallait qu'il arrive à tomber sur une fan… et qu'il ait besoin d'elle en plus. Enfin, quand il fallait, il fallait.
- Quel est ton nom ? demanda-t-il dans un de ces sourires qui faisait fondre le cœur des filles.
- Mi… Mizawa Yori… ko… Mizawa Yoriko, arriva-t-elle finalement à articuler.
- Enchanté. Et bien, Yoriko-chan, il se trouve que j'ai VRAIMENT besoin de l'adresse de cet hôpital. Pourrais-tu te montrer plus précise ?
Le cerveau de la jeune femme, qui beugua à moitié en entendant son idole l'appeler « -chan », mit quelques secondes avant de réagir.
- Heu, je… Oui, bien sûr. Enfin, je peux même… vous y conduire, si vous voulez… Kamenashi-sama.
- C'est très gentil de ta part. J'accepte avec plaisir, acquiesça-t-il dans un nouveau sourire, qui fit intérieurement kyater son interlocutrice.
C'est alors qu'ils se mettaient en route, que la timidité de Yoriko s'envola brusquement et qu'elle se mit à monologuer sans fin en lui disant à queeeeeeeeeeeel point elle aimait sa voix et ses chansons, à queeeeeeeeeeeel point elle le trouvait beau, à queeeeeeeeeeeel point il dansait bien… etc.
Si la pauvre savait que son célèbre interlocuteur ne l'écoutait que d'une oreille, et encore très distraitement… Elle en serait probablement peinée, mais elle ne sembla pas s'en rendre compte et Kazuya, désormais rassuré sur le fait qu'il ne serait plus perdu, se plongea dans ses pensées. Qui, pour la plupart, concernaient Jin. Il sursauta presque, lorsque la voix de la jeune femme le tira de ses réflexions internes.
- Heu… vous êtes arrivé, Kamenashi-sama.
- Oh. Merci de ta gentillesse.
- Est-ce que je peux… abuser et vous demander… heu…
Elle n'eut même pas besoin de terminer sa phrase pour que le jeune homme comprenne. Elles voulaient toutes la même chose de toute façon.
Comme pour lui donner raison, la jeune femme sortit un papier et un crayon de son sac, puis arma son portable en mode photo et Kazuya se demanda si les fans avaient toujours ce genre de chose sur elles au cas où elles croisent l'un d'entre eux. Ou de leurs collègues des autres groupes d'ailleurs. Même combat pour eux tous.
S'emparant des deux premiers, il se contenta d'y inscrire son nom, puis se prêta avec une bonne grâce factice au jeu de la photo avec la jeune femme qui, elle, semblait ravie.
- Merci beaucoup, Kamenashi-sama, dit-elle ensuite en récupérant le tout. Je… suis ravie de vous avoir rencontré. Bonne journée.
Le jeune homme se contenta de hocher la tête en guise de réponse et fila tout droit dans le centre hospitalier en soupirant de soulagement. Vraiment, vraiment pas de chance. Maintenant, il était en retard dans son programme.
Il se dirigea vers l'accueil et, dans un anglais très laborieux, expliqua qu'il venait pour commencer un traitement contre la boulimie (heureusement, Jin avait eu la bonne idée de lui expliquer comment dire ça). Il se fit indiquer une direction et s'y rendit.
Deux heures plus tard, après avoir pris ledit traitement, le cadet des KAT-TUN se sentait nauséeux et vraiment pas au plus fort de sa forme. Il avait raison de craindre que ça ne le rende malade. Il se sentait assez mal. A tel point que, constatant sa pâleur, le médecin qui s'occupait de lui, lui conseilla (du moins c'est ce qu'il comprit) de s'allonger un moment. Mais Kazuya était têtu. Il avait des courses à faire et ne voulait pas perdre davantage de temps. Remarquant son obstination, le praticien abandonna, mais il n'en pensait pas moins. Ce fut donc en chancelant un peu, que le jeune homme quitta la clinique à pas lents. II devait trouver un… qu'est ce que Jin avait dit déjà ? Ah oui un supermarché.
Avisant plus loin un truc qui s'apparentait vaguement à un endroit où on vendait de la nourriture, il décida de s'y rendre et entreprit de traverser la route. Sans prendre garde à ce qui se trouvait autour. Ses réflexes amoindris par son malaise, il n'eut pas le temps de réagir lorsqu'il vit une voiture piller près de lui. Trop près. Il fut percuté, glissa sur le capot du véhicule et tomba au sol tandis que le véhicule s'immobilisait totalement. Il entendit sourdement des voix paniquées autour de lui, sentit une grande douleur dans ses côtes et constata qu'il voyait tout trouble. De plus en plus trouble.
- Jin… murmura-t-il avant de perdre conscience.
