La salle d'attente des urgences. Jin avait l'impression d'y passer tout son temps depuis quelques jours. Il avait fini par connaitre sa configuration par cœur et avait même réussi à savoir combien de carreaux de carrelage comptait le sol. Ce truc stupide l'empêchait de penser, de revoir devant ses yeux son fiancé se vidant de son sang.
Pourquoi avait-il fait ça ? Pourquoi avoir tenté de mettre fin à ses jours ? Pourquoi avait-il voulu le quitter de cette horrible manière ? C'était les questions qu'Akanishi ne cessait de se poser depuis des heures. Enfin pour être franc, il pensait savoir pourquoi il l'avait fait. Mais son Kazu était si jeune... L'imaginer en train de faire ça était juste insupportable. Le jeune homme se leva en grimaçant. Il avait passé des heures assis sans bouger, ce qui l'avait ankylosé. Il tourna la tête vers la double porte battante, derrière laquelle rien ne semblait bouger. Il y avait de quoi rendre fou. Il tentait de ne pas penser à ce qui se passait au-delà de ces portes, de peur d'être tenté de se précipiter à l'intérieur. Mais il ne pouvait pas, il devait attendre. Encore et encore. En s'interdisant de penser au pire.
Il n'avait appelé personne. Aucun de leurs amis n'était encore au courant de l'accident tragique ayant privé leur cadet de ses jambes et encore moins du fait que ce dernier avait fait une... une... Les mots avaient même du mal à se former dans son esprit tant ils étaient horribles. Et maintenant, la main dans sa poche refermée autour de son portable, il hésitait à les prévenir. Il craignait une réaction violente et surtout... que les quatre garçons ne prennent le premier avion pour aller voir le paralytique. Or Kazuya n'était encore prêt à voir personne et ne le serait pas avant longtemps étant donné sa... (Jin déglutit péniblement) tentative de suicide. Et s'il décidait de les faire venir malgré tout, il était presque certain que leur cadet réagirait très mal. Peut-être même violemment. Et, dans tous les cas, il lui en voudrait à mort, car le fier Kamenashi Kazuya ne supportait pas d'être vu en position de faiblesse.
Les larmes aux yeux, Akanishi ôta sa main de sa poche en y laissant son téléphone. Non, il ne leur dirait rien. Rien tant que le plus jeune n'irait pas mieux.
Il se dirigea vers la cafétéria. Il n'avait ni faim ni soif, mais il fallait qu'il bouge un peu, sous peine de devenir fou à force de ne pas avoir de nouvelles. Pourquoi cela mettait-il si longtemps ? Etait-ce mauvais signe ou... Non non, positiver, il fallait positiver. Il s'éloignait vers la cafétéria, lorsqu'une voix l'interpela. Il se retourna plus vite que son ombre et rebroussa chemin en quatrième vitesse. Fou d'angoisse, Jin demanda des nouvelles et s'entendit répondre que la vie du jeune homme n'était plus en danger, mais qu'il avait perdu beaucoup de sang et restait très faible.
- Can... I see him ?
- Yes but he's... apathetic.
- No problem.
Après tout, il avait passé trois semaines à le voir dans cet état, alors un peu plus, un peu moins... Au moins, il était en vie. Et Jin était bien décidé à ne pas le lâcher. Il était hors de question qu'il continue sur cette voie. Quitte à devenir envahissant, Akanishi allait désormais s'arranger pour que son fiancé reprenne goût à la vie en dépit de tout, même de ce fauteuil roulant dans lequel il était désormais cloué. Et s'il devait le brusquer et autres pour y arriver, il le ferait sans hésiter.
Prenant la direction de la chambre que le médecin lui avait indiquée, il s'y rendit et entra dans la pièce. Ne surtout pas lui parler de ce qui s'était passé. A aucun prix. Attendre qu'il en parle de lui-même quand il serait prêt. Il se composa un masque joyeux et s'approcha du lit.
- Hey Kazu ! Ca va t'as pas trop mauvaise mine encore. J'ai vu pire, lança-t-il.
Seul le silence lui répondit, mais Jin s'y attendait.
- Te force pas... Je sais très bien ce que tu pense...
Entendre parler son Kazu surprit tellement Akanishi, qu'il sursauta. Ah et bien il n'était pas si apathique que ça alors. Il avait franchi un stade, puisque avant... l'évènement, il ne prononçait pas un mot.
- Dis-le que je suis con, reprit le plus jeune.
- Mais non...
- Dis-le puisque tu le pense !
- Tu te fais des idées, Kazu. Je pense rien de ce genre.
- Je sais que si.
- Ok, puisque t'insiste, ouais t'es con. Encore plus con que le pire des cons pour avoir fait un truc pareil.
- Plus con que toi ?
- Ouais. Et de loin.
Le silence retomba, plein de ressentiment. Mais Jin préférait ça qu'un mutisme obstiné.
- Mais tu es comme les autres, tu pense que je suis fini. Et c'est le cas.
La phrase mit Jin en colère. Il attrapa son compagnon par les épaules et le secoua un peu.
- Ne prétend pas savoir ce que j'ai dans la tête, Kamenashi Kazuya, parce que t'en sais rien du tout ! Comme t'as pas la moindre idée de ce que pensent les autres ! Tu crois que tout le monde est superficiel au point de s'intéresser à toi que parce que t'es un beau mec bien foutu, mais tu te goure ! Sur toute la ligne ! Tu sais rien parce que finalement, tu nous connais pas ! Et puis franchement, c'est débile comme réaction ! Ok t'es dans un fauteuil, mais putain, Kazuya, t'es vivant ! VI-VANT ! Et baisser les bras comme ça, ça te ressemble pas, alors reprend-toi, merde ! J'suis sûr que tu pourras re-marcher un jour, j'en suis certain !
- Rêve pas, ça arrivera jamais.
- Je veux pas t'entendre parler comme ça ! Faut que tu garde l'espoir !
- De toute façon, j'ai plus de vie. Personne voudra d'un chanteur paraplégique et je sais faire que ça.
- Bah raison de plus pour pas baisser les bras, baka ! Ta paralysie est pas définitive, les médecins me l'ont dit, alors si tu veux re-danser un jour, faut que tu garde l'espoir et que tu fasses des efforts. Et que tu mettes ta putain de fierté de côté pour une fois.
De nouveau un silence. Qui se prolongea. Mais Akanishi n'en avait pas terminé et reprit :
- Tu vas avoir besoin de soins, de beaucoup de soins dans les mois qui viennent. Ca va demander énormément de patience et d'investissement, mais il FAUT que tu me laisse t'aider. Je suis aussi là pour les mauvais moments, Kazu, pas que pour les bons.
- Mais regarde-moi, bon sang ! Je suis devenu inutile, un vrai poids ! C'est pour ça que j'ai voulu partir ! Pour pas que tu aie à supporter un invalide !
Un silence consterné suivit cette déclaration fracassante. Puis soudain un son inattendu le troubla. Un claquement sec. Celui d'une main sur une joue. Stupéfait, Kazuya porta la main à son visage, sur lequel s'étalait la marque des doigts de Jin et regarda ce dernier avec des yeux ronds.
- Si t'as pensé ça, alors t'es vraiment encore plus con que je le supposais, fit Akanishi d'une voix tremblant d'une colère difficilement contenue.
L'aîné s'en voulait d'avoir levé la main sur son cadet et se sentait mal à l'aise, mais son geste avait été instinctif... et de plus, le jeune homme le méritait bien pour dire des conneries pareilles.
- Comment tu as pu penser, ne serait-ce qu'une seconde que tu pourrais représenter un poids pour moi ? demanda Jin sans lui laisser le temps de réagir. Je t'aime, Kazu... Et... Et...
Submergé par l'émotion, l'aîné s'interrompit pour inspirer profondément.
Touché par son comportement inhabituel, le cadet posa sa main valide sur celle de son fiancé, sans prononcer le moindre mot.
Etonné de ce geste de tendresse, alors qu'il en avait été sevré pendant plus de trois semaines, Jin leva la tête vers lui. Le visage qui lui faisait face ne souriait pas, mais dans les prunelles noisette, il lut de la reconnaissance.
- Je serais toujours là pour toi, Kazu. Quoi qu'il arrive. Parce que tu es tout pour moi et que je donnerais ma vie pour sauver la tienne si je le pouvais. Je sais que c'est très cliché de dire ça, mais...
- Merci, dit simplement Kazuya, lui coupant la parole.
- Me remercie pas, baka... fit Akanishi d'un ton bourru pour tenter maladroitement de dissimuler qu'il était bouleversé. Maintenant, faut reprendre les forces que ta stupidité t'as fait perdre. Donc t'as intérêt à faire tout ce qu'on te dit, sinon t'auras affaire à moi.
- C'est un ordre du docteur Akanishi ?
- Non, une recommandation très très appuyée de celui que tu vas épouser.
Les yeux écarquillés, Kazuya le fixa.
- Tu veux dire que tu veux quand même... Enfin, malgré le fauteuil, tu...
Un coup sur la tête l'empêcha de poursuivre.
- Aïe ! Méheu...
- Baaaaaaka. Je répondrais même pas à la question tellement elle est idiote.
- Jin ?
- Hum ?
- Je... Je suis désolé.
- De quoi tu parle ?
- De... tout ça. Si j'avais fais plus attention, je te compliquerais pas autant la vie...
- T'as décidé de m'énerver ? T'y es pour rien, crétin. Allez, repose-toi.
- Reste avec moi...
- T'inquiète. Je te quitte plus d'une semelle maintenant. T'es trop con pour que je te laisse seul. Je partirais seulement quand le personnel m'éjectera à coups de pieds au cul.
Un très léger sourire releva les coins de la bouche de Kazuya tandis qu'il se rallongeait contre ses oreillers, les doigts fins de sa main valide se refermant doucement sur celle de son bien-aimé. Ce n'était pas grand-chose, mais seulement ça réchauffa le cœur de l'aîné.
Les paupières de son cadet se fermèrent et Jin passa la main dans les cheveux de celui-ci. Bientôt, le souffle de Kamenashi se fit plus lent et profond, mais sa légère étreinte sur la main de Jin ne se desserra pas.
06h20, vendredi 14 janvier 2011
Le jour de l'an avait passé comme un éclair. Kazuya avait un peu reprit du poil de la bête, même s'il passait par des moments de profonde dépression dont presque rien n'arrivait à le tirer et il s'était senti suffisamment vaillant pour dîner correctement, de ce que Jin avait commandé chez un traiteur. Car, bien entendu, il n'était pas question de sortir. Depuis son retour de l'hôpital, ils s'étaient déjà engueulés un grand nombre de fois à ce sujet. Le cadet refusait obstinément tout contact avec l'extérieur, ne tolérant qu'Akanishi près de lui. Il avait prit plus d'aisance avec son fauteuil et ne percutait plus sans arrêt les meubles, qui avait été déplacés pour plus de commodité, mais continuait à redouter le regard des autres.
Allongé sur le canapé, les mains derrière la tête, Jin était réveillé depuis déjà une heure. Il s'était efforcé de préparer un semblant de petit-déjeuner, mais, comme d'habitude, n'était pas satisfait. Il aurait vraiment aimé posséder le talent culinaire de Kazuya, mais comme ce n'était pas le cas, il tentait de se débrouiller. Du reste, son fiancé ne se plaignait jamais, même s'il devait penser que c'était mauvais.
Soudain, un grand bruit le fit sursauter et Jin se redressa brusquement. Le son venait de la chambre. Kazu !
Sans perdre une seconde, il se fonça et se figea en voyant le jeune homme à terre, à mi chemin entre le lit et son fauteuil. Qu'il avait certainement essayé d'atteindre seul. Le voir ainsi serra le cœur d'Akanishi, qui se précipita pour l'aider. Mais au moment où il allait le soulever, un grondement furieux s'éleva du sol.
- Me touche pas !
- Kazu ?
- Ne m'aide pas ! Laisse-moi tranquille !
- Mais Kazu, tu...
- LAISSE-MOI ! rugit encore le plus jeune.
Ne voulant pas provoquer davantage sa colère, Jin recula de quelques pas et assista, impuissant et le cœur brisé, au désolant spectacle de son cadet en train de ramper sur le parquet en s'aidant de ses coudes. En soufflant comme un bœuf, le jeune homme se dressa sur ses bras et tendit l'un d'eux vers son fauteuil et Akanishi vit trembler violemment celui sur lequel il reportait tout son poids. L'aîné retenait son souffle en le voyant faire, tenaillé par l'envie de lui porter secours tant la scène était insoutenable. Mais l'engin était trop éloigné et son poids, pourtant léger, trop lourd pour ses bras affaiblis. Il retomba au sol en tressaillant, le souffle court.
S'en fut trop pour Jin, qui s'approcha de nouveau.
- Non ! s'exclama encore Kamenashi, les larmes aux yeux.
- Kazu...
- Je... veux plus que... tu m'aide, Jin ! Ca... Ca suffit ! Je veux... m'en sortir... seul !
- Mais tu vois bien que t'en as pas la force, répliqua Akanishi, déchiré intérieurement. Laisse-moi t'aider au moins cette fois.
- Non !
Sur cette exclamation, le cadet serra les dents et rampa de nouveau, puis parvint à attraper la roue droite du fauteuil, qu'il tira des deux mains pour le rapprocher de lui. Puis, puisant dans ses dernières forces, se redressa à nouveau sur ses bras en essayant d'ignorer le fait qu'ils tremblaient convulsivement... mais il devait se rendre à l'évidence : à partir du sol, même son fauteuil était trop haut. Un cri de rage et d'impuissance lui échappa et le jeune homme se mit à frapper le parquet de ses poings, y ouvrant des plaies qui se mirent à saigner doucement, tandis que des larmes de frustration se mettaient à couler sur ses joues pâles.
Le voir dans cet état fit craquer Akanishi, qui se laissa tomber à genoux près de lui et le prit dans ses bras, lui caressant les cheveux pour tenter de l'apaiser.
- Pourquoi ? Pourquoi ? disait la voix étouffée de Kazuya contre sa poitrine. J'avais pas mérité ça ! Pourquoi ?
Ne sachant pas quoi répondre, Jin se contenta de continuer ses caresses tendres, ravi que son cadet ne puisse pas constater ses yeux humides.
- C'est injuste ! dit encore le plus jeune. C'est injuste...
Et sur ces mots murmurés, ses sanglots redoublèrent. Il pleura ainsi longtemps, sans que Jin ne l'en empêche, car il estimait cette réaction normale. Ne pas l'avoir vu craquer semblait même bizarre au vu de tout ce qui lui était arrivé. Au bout d'un moment, la fatigue l'emporta et le plus jeune des KAT-TUN dodelina de la tête.
- Mais pourquoi tu voulais te lever ? finit par chuchoter Jin en le remettant au lit.
- Je voulais...
Le jeune homme s'interrompit en rougissant, très gêné.
- Quoi ? l'encouragea Jin, qui n'avait pas compris où il voulait en venir.
- Fais un effort pour comprendre, Bakanishi... M'oblige pas à le dire, c'est trop embarrassant.
- Hein ? fit Akanishi, avant de percuter. Oh... Oh ! Et tu as toujours... envie ?
Un hochement de tête, sans que leurs regards se croisent.
Arg, c'était reparti. Jin faisait tout sans aucun souci pour son fiancé, mais ça... ça faisait partie des choses avec lesquelles il avait beaucoup de mal.
- Ok, cramponne-toi, dit l'aîné en le soulevant par les genoux et les aisselles.
Les bras frêles entourèrent son cou, tandis qu'il sentait le souffle chaud de son compagnon dans son cou et l'aîné se dirigea vers la salle de bain. Heureusement qu'il avait fait pas mal de musculation pendant ces mois où il avait été seul. Il en mesurait l'utilité à présent que son Kazu avait besoin de lui pour plusieurs choses de la vie quotidienne.
Pendant le trajet, le cadet en avait profité pour déboucler sa ceinture, défaire le bouton et descendre la braguette de son jean. Le moment très embarrassant approchait et il aimait toujours aussi peu ça. Autant la douche ne le dérangeait pas (il avait pris la sienne avec Jin tellement souvent...), mais ça...
Mettant Kazuya debout, il passa un bras autour de sa taille et l'autre derrière ses épaules et le soutint.
- Jin, tu... commença le cadet d'une petite voix.
- Tourne la tête, je sais, compléta Akanishi en joignant le geste à la parole.
Il aurait voulu pouvoir se boucher les oreilles aussi, car ce geste intime, que l'on fait normalement seul, était vraiment gênant lorsqu'il était partagé. Bientôt, le son d'un liquide en heurtant un autre se fit entendre, durant des secondes qui, comme toujours, parurent interminable à Jin.
- C'est bon... signala finalement son fiancé d'une petite voix.
L'aîné entendit le bruit de la fermeture éclair et soupira intérieurement de soulagement. Le calvaire prenait fin. Pour le moment.
Le reprenant contre lui, Akanishi quitta la salle de bain.
- Tu veux retourner dormir ou déjeuner ?
- Comment tu veux que je me rendorme, après m'être vautré comme une merde sur le sol ? rétorqua Kazuya, amer. Déjeunons.
- Comme tu veux.
Depuis trois semaines, Jin était devenu d'une docilité déconcertante, acquiesçant à toute demande, même incongrue, de son compagnon. Au fond de lui, il était persuadé que, justement, les efforts désespérés qu'il avait fait pour tenter d'attendre son fauteuil, l'avaient épuisé, mais son orgueil était si démesuré, qu'il ne l'avouerait jamais, même sous la torture.
- T'as fais quoi ? questionna le plus jeune tandis que Jin le déposait dans son fauteuil.
- J'ai tenté des sushis.
- Aïe.
- Sois indulgent, je fais ce que je peux, répliqua Akanishi en lui tirant la langue, avant de rejoindre la cuisine.
Kazuya roula à sa suite et plissa comiquement le nez.
- Bon, j'avoue, ça sent pas le cramé pour une fois. T'as peut-être évolué finalement.
L'aîné se retourna, un peu blessé de cette remarque après tous les efforts qu'il faisait, mais le reproche qu'il allait formuler mourut sur ses lèvres. Son Kazu souriait. Un sourire léger, mais réel. Et amusé qui plus était.
- Ah t'es con... rigola Jin, plus que soulagé.
- Bah comme ça on fait la paire, rétorqua Kazuya.
Kami-sama... s'il retrouvait son sens de la répartie, c'était peut-être que, mentalement, il allait mieux...
- Met-toi à table au lieu de raconter des conneries plus grosses que toi.
- Ah bah ça c'est pas bien dur, hein, fit encore son cadet en positionnant son fauteuil devant la table.
Après quelques instants, l'aîné apporta les deux plateaux et les posa à leurs places respectives.
- Prière de ne pas se foutre de mes pauvres sushis, même s'ils ont une forme bizarre.
- S'ils ont que la forme, ça ira, répartit de nouveau le jeune homme.
- Hé c'est ma fête ce matin ou quoi ? Mange et tait-toi, Bakame.
A ce mot, un son mélodieux se fit entendre. Un son que Jin avait cru ne plus entendre. Le rire cristallin de Kazuya.
- C'est toi le baka... nishi.
A son tour, ledit baka éclata de rire et passa une lingette nettoyante à son compagnon afin qu'il se désinfecte les mains avant d'entamer son repas.
- Itadakimasu, dit le cadet, avant de porter à sa bouche une fine tranche de gingembre mariné... et de se mettre à tousser comme un perdu dans la seconde qui suivait, le visage congestionné.
Stupéfait, Jin écarquilla les yeux.
- Kazu ? Ca va ?
Il voyait très bien que non, mais n'avait pu empêcher la question idiote de franchir ses lèvres. Il se leva d'un bond et fonça chercher un verre d'eau, qu'il tendit à son fiancé, qui le vida d'un trait.
- Kazu ? s'inquiéta encore l'aîné.
- Pu... tain, Bakanishi... qu'est ce que... t'as foutu avec le... gingembre ? articula difficilement son cadet. Tu veux... me tuer ou quoi ?
- Mais... j'ai rien fais de spéciaaaaal... geignit Jin dans une moue désolée.
Il ne comprenait pas. Qu'avait-il ENCORE fait de travers ?
- Pourquoi ça marche jamais comme je veuuuux...
Son air vraiment déçu ennuya Kazuya. Il ne voulait pas peiner celui qu'il aimait et qui, à cause de lui, avait vu sa vie se compliquer singulièrement. Il se remit à sourire.
- Allez, c'est un accident. J'suis sûr que les sushis sont bons. C'est inratable.
Il n'ajouta pas le « normalement », mais le pensait bien fort. Avec Jin, tout était possible. Même avec la meilleure volonté du monde, ses talents culinaires étaient si désastreux, qu'il pouvait rater même de simples onigiris.
Avec circonspection, il coinça un sushi dans ses baguettes et le porta à sa bouche... et retint de justesse une grimace. Vache, il avait eu la main lourde avec le vinaigre, ce baka.
- C'est... très bon, s'obligea-t-il à dire, alors que, de son côté, Akanishi recrachait la bouchée qu'il venait de prendre.
- Arrête, c'est immonde. Je suis même pas capable de réussir des sushis... désespéra le plus âgé.
- Bah... le poisson est bon. Regarde, tenta de le consoler Kazuya en joignant le geste à la parole.
- J'l'ai juste coupé...
- Bah justement... fit son cadet en lui tirant la langue pour essayer de le faire rire. Bon, ben je crois que si je veux pas qu'on meure de faim tous les deux, je vais être obligé de reprendre les choses en main.
La surprise provoquée par sa dernière phrase mit fin à la déception de Jin.
- Vraiment ? fit-il avec une impatience et un soulagement visibles.
Si visibles, que, de nouveau, Kazuya éclata de rire.
- Ouais, pas le choix. T'es un boulet et faut bien qu'on mange.
Un adorable sourire fleurit sur les lèvres du jeune homme tandis qu'il parlait, faisant battre plus vite le cœur d'Akanishi. Voilà le genre de sourire qui lui avait atrocement manqué durant tout ce temps.
