Chapitre 13
En couple ?
Après avoir passé la journée, puis la soirée à courir dans tout l'appartement pour exaucer les moindres désirs de Kazuya, Junno se laissa tomber dans le canapé, exténué. S'il devait en plus faire le trajet entre chez lui et l'appartement de son cadet tous les jours, ça allait rapidement pas le faire.
- Je vais m'installer ici, déclara-t-il en tournant la tête vers le beau profil de son interlocuteur
Le plus jeune, qui était en train de croquer pensivement une tablette de chocolat, les yeux rivés sur la télévision, sans vraiment voir ce qu'elle diffusait. Rien n'avait plus vraiment d'intérêt à ses yeux maintenant. La phrase, à laquelle il ne s'attendait pas, le fit sursauter et il dévisagea son aîné, les yeux ronds.
- Quoi ? Mais pourquoi ? Non !
- Bah c'est de la logique. Si je dois perdre du temps tous les jours à faire l'aller-retour entre chez moi et chez toi, on va pas s'en sortir. Et je crois sincèrement, sans vouloir te blesser, que t'as besoin d'aide en permanence et pour beaucoup de choses maintenant.
Kazuya ouvrit la bouche, la referma, reposa violemment la gourmandise qu'il tenait encore, sur la table basse, la faisant éclater en morceaux et se renfrogna. Evidemment, son ami avait raison, il s'en était bien aperçu tout au long de la journée. Mais se l'entendre dire comme ça ne faisait pas plaisir du tout, parce que ça voulait dire qu'il était entièrement dépendant. Et ça il ne le supportait pas. Et puis il tenait à sa tranquillité malgré tout. Partager son appartement avec Junno qui l'aimait, voulait dire subir ses blagues tordues qui n'avaient jamais de sens, endurer ses monologues, supporter ses habitudes de gamer fou… sans compter les regards brûlants dont il le couverait sans cesse. Ca allait être un calvaire. Mais avait-il une autre alternative ? Pas vraiment. Malgré ses menaces, il se voyait mal appeler Maru, Ueda ou Koki pour l'aider. Junno restait la solution la plus logique malgré tous les inconvénients que représenterait sa présence constante.
- Visiblement j'ai pas le choix… grogna-t-il.
L'idée de partager son quotidien avec un autre que Jin ne l'enchantait pas tellement, alors il allait devoir mettre des règles. Sinon ce serait "la porte ouverte à toutes les fenêtres" comme dirait Akanishi.
- Bon, alors je pose des règles, reprit le cadet d'un ton très sérieux. Transgresse-en une et je te préviens que tu le sentira passé, handicapé ou non.
- Je t'écoute.
- 1) Tu rentre pas dans ma chambre si je te le demande pas. 2) Tu évite de me toucher s'il y a pas besoin 3) Tu évite de me jeter le genre de regard que j'ai surpris plusieurs fois dans la journée…
Un soupir désolé accueillit l'énoncé de la troisième règle, interrompant celui qui les édictait. L'aîné s'attira un regard noir de son cadet et baissa les yeux, le laissant poursuivre.
- 4) Pas de blagues à la con. Tu laisse ton "iregushi deguchi Taguchi desu" au placard et les autres avec 5) Tu laisse pas traîner tes affaires partout 6) Si tu joue à la console, tu mets pas le son, ça m'énerve…
Un nouveau soupir. Combien de lois allait-il encore promulguer ? C'était déjà bien assez dur de se voir pratiquement interdit de le regarder…
- 7)…
- Kazuya, par pitié, j'ai l'impression d'être en prison là. Si je peux rien faire…
Un air de chien battu accompagna ces paroles. Lui interdire de blaguer, c'était comme le priver d'air ou pire, le priver de sa présence à lui. C'était cruel. Mais ses yeux de chat potté ne semblèrent pas émouvoir son interlocuteur.
- J'ai pas fini, fit l'interpellé d'un air sévère.
- Mais… essaya encore Taguchi en faisant la moue.
- 7), disais-je, si jamais je t'entend ronfler de ma chambre, je t'étrangle…
- Je ronfle pas ! protesta l'accusé, outré.
- Ouais bah ça on verra. 8) T'as intérêt à pas m'empoisonner en faisant la cuisine, sinon, je te bute. J'ai assez supporté les désastres culinaires de Jin, maintenant ça suffit.
Le pauvre Junno n'eut pas le courage d'avouer que son niveau en la matière n'était pas beaucoup plus enviable. Bizarrement, il tenait à la vie. Il réfléchirait à la façon de se sortir de ce guêpier plus tard.
- Yen a encore beaucoup, des règles ? questionna le plus grand des KAT-TUN, qui commençait à se dire que ce serait un miracle s'il se souvenait de toutes.
- Nan, c'est fini pour l'instant. Mais la liste est pas exhaustive hein. Si ya besoin, j'en rajouterais. Et t'inquiète que si t'oublie, t'auras mal.
Oh oui, ça, connaissant le caractère de me… un peu difficile de celui qu'il aimait (et qui semblait encore avoir empiré depuis l'accident), Taguchi n'en doutait pas une seconde.
Dès le lendemain matin, après une nuit difficile passée sur un canapé trop petit pour sa grande taille, ce fut un Junno tout joyeux qui entra dans l'appartement avec armes et bagages et à grand fracas.
- Iregushi… commença-t-il, avant de s'interrompre en constatant le regard noir que lui lançait Kazuya. Oups j'ai rien dis ! L'habitude.
- Tu commence mal… grogna un Kazuya déjà de mauvaise humeur, avant d'ajouter : J'ai faim.
- Ouais, j'y ai pensé, sourit Junno. J'ai ramené des tas de trucs du combini.
- A savoir ? fit le cadet en roulant son fauteuil vers la cuisine, méfiant quant aux initiatives de son aîné.
- Onigiris, ramens… énuméra-t-il en sortant ce qu'il citait des sacs en plastique. J'ai même ramené de quoi faire un nabe.
- Je croyais que tu savais pas cuisiner ? c'est pas ce que t'avais dis une fois ? répliqua Kazuya avec toute la mauvaise volonté du monde.
- Bah si tu m'explique, je devrais m'en sortir, rétorqua gentiment Taguchi sans cesser de sourire.
Et sur ces mots, il se mit à ranger les courses en sifflotant "Samurai love attack".
- Junno, tu me casse les oreilles. J'ai mal au crâne, tait-toi.
- Ah désolé, je savais pas, s'excusa l'aîné en cessant de siffler. Tu veux un truc contre le mal de tête ?
- Ouais, s'te plait. J'ai l'impression qu'un régiment de marteau piqueurs y a élu domicile.
- Ok, je t'apporte ça, dit-il en s'éloignant vers la salle de bain.
Il savait que son cadet faisait tout pour ne pas lui simplifier la tâche et quy'il le rabrouait sans arrêt pour qu'il craque, mais il n'y arriverait pas. Et ça pour deux raisons : la première était qu'il avait un tempérament naturellement heureux, qui ne se laissait pas facilement abattre et la seconde que, malgré son mauvais caractère, il était auprès de celui qu'il aimait. Le reste n'avait pas d'importance et il se sentait prêt à essuyer n'importe quelle rebuffade.
Après quelques instants, un grand bruit se fit entendre, suivit d'un "Merde !" sonore, qui firent sursauter le cadet. Oh non… Qu'est ce que ce crétin avait encore fait ? Traversant son salon aussi vite que le permettait la vitesse de son fauteuil, Kazuya fonça à la salle de bain.
- Qu'est ce que t'as encore fais, espèce de grand escogriffe ? râla-t-il, avant de perdre la parole devant l'ampleur du cataclysme.
L'étagère sur laquelle le jeune homme rangeait ses affaires de toilette, ses médicaments et les serviettes, avait cassé au milieu et s'était écroulée, entraînant dans sa chute tout ce qui était posé. Les débris et ses propriétés baignaient donc dans une mer de shampoing, gel douche et lessive mêlée.
Le spectacle était tel que, sur le coup, le cadet de KAT-TUN ne trouva pas ses mots, puis soudain :
- AH MAIS PUTAIN TAGUCHI, T'ES VRAIMENT DEBILE ! QU'EST CE QUE T'AS ENCORE FOUTU ? T'AS VU CE QUE T'AS FAIS ?
- Mais c'est pas ma faute ! se défendit l'aîné, se sentant mal sous le regard noir de colère de son bien-aimé. J'ai juste voulu poser ma trousse de toilette ! Je te jure !
- Mais qu'est ce que t'avais besoin de vouloir poser tes affaires à tout prix ? gronda encore Kamenashi, qui sentait déjà sa patience s'émousser.
- Mais… j'habite ici maintenant, plaida encore Junno. Il faut bien que je m'installe, je vais pas camper pendant un temps indéfini.
- Tu feras ce que je te dis et c'est tout ! Ramasse tout ça, crétin ! Ah tu m'énerve !
Et sur ces mots peu amènes, il retourna dans le salon, se retenant d'en coller une à son encombrant ami.
Pendant que, penaud d'avoir déjà fais une bêtise, Taguchi réparait les dégâts comme il pouvait, il entendait, malgré la distance, son cadet râler à voix haute dans l'appartement, le vouant aux gémonies. Ce n'était pas comme ça qu'il allait se rendre indispensable. Et encore moins se faire aimer. Il soupire lourdement et un peu de tristesse passa sur son visage, avant que son naturel positif ne reprenne le dessus. Il n'avait qu'à faire plus attention à ce qu'il faisait et puis voilà.
Une fois que le désordre de la salle de bain fut résorbé, il dénicha la boîte d'anti-douleur qu'il cherchait dans sa trousse de toilette et la ramena à la cuisine. Là, il ouvrit précautionneusement un placard, dont il tira un verre qu'il remplit au robinet, amenant ensuite le tout à son cadet.
- Tiens, je cherchais ça à la base, dit-il en souriant.
Seul un grognement lui répondit, mais il s'en doutait, aussi ne s'en formalisa-t-il pas. Retournant à la cuisine, il sortit les trois paquets de ramens pour trois personnes, qu'il avait achetés et se mit à lire le mode d'emploi, histoire de ne pas provoquer d'autre catastrophe. Il ouvrit les sachets, les versa dans un wok qu'il avait trouvé dans un grand tiroir et attendit qu'ils chauffent assez pour se séparer correctement, puis il ajouta les sachets d'épices et mélangea. Après quelques instants, un odorant fumet se répandit dans l'appartement, mettant l'eau à la bouche de Kazuya. Etonné que Taguchi soit réellement plus doué en cuisine que Jin, il s'approcha et, stupéfait, le vit couper des légumes en bâtonnets pour les ajouter aux ramens qui cuisaient doucement.
- Vache, ça sent super bon, fit-il, toute mauvaise humeur envolée du coup. Je t'imaginais même pas cuisiner. Mais si en plus tu le fais bien, tu vas remonter dans mon estime, Bakaguchi.
- Bah… faut bien que je serve à quelque chose un peu, fit celui-ci avec davantage de bonne humeur encore à présent qu'il voyait son interlocuteur sourire.
- Je te le fais pas dire, approuva Kazuya dans un sourire en coin qui démentait ce que ses paroles pouvaient avoir de dures.
- Ah bah et après ça c'est moi le baka, on aura tout entendu, soupira comiquement Junno.
- Par contre… tu m'explique pourquoi tu as fais de la bouffe pour dix ? T'as invité les autres ou quoi ? On est que deux, hein, fit le plus jeune, interloqué par la quantité de nouilles contenue dans le wok.
- Bah nan. Yen a un quart pour toi et le reste pour moi.
La déclaration estomaqua son cadet, dont les yeux s'écarquillèrent comme des soucoupes tandis qu'il regardait tour à tour le géant des KAT-TUN et l'énorme tas de nourriture.
- Tu va bouffer tout ça ? Tu déconne là ?
- Bah nan, répondit le plus naturellement du monde Taguchi, qui ne voyait pas où était le problème.
Son air surprit était tellement comique, que Kazuya éclata de rire. Ce rire que, comme Jin, Junno aimait tellement entendre.
- Bon ben c'est prêt, annonça l'aîné, tout heureux. Si Sa Majesté veut bien passer à table.
- Hum… Ma Majesté accède à ta requête, mon bon, rit à nouveau le jeune homme, en faisant pivoter son fauteuil pour rejoindre la table.
Le repas se passa agréablement entre les blagues pas trop vaseuses de Taguchi et les piques gentillettes de son cadet. Repas qui fut d'ailleurs excellent. En effet, les talents culinaires de Junno n'avaient rien à voir avec les désastres préparés par Jin même si celui-ci y mettait toute la bonne volonté du monde. A vingt-deux heures, le plus jeune commença à bâiller à s'en décrocher la mâchoire, piquant presque du nez dans sa portion de nouilles qu'il n'avait mangée qu'à moitié alors que son voisin avait englouti la totalité de la sienne. Depuis l'accident, il se fatiguait si vite et pour si peu de choses…
- Fatigué ? demanda Taguchi.
- J'avoue.
Hochant la tête, l'aîné se leva, se saisit des poignées du fauteuil et conduisit celui-ci jusqu'à la chambre. Là, il souleva doucement celui qu'il aimait, l'allongea sur le lit avec d'infinies précautions, comme s'il craignait de le casser et lui ôta ses chaussures, avant de le glisser sous la couette tout habillé. Il crût se faire engueuler pour ça, mais non.
- Bonne nuit, Junno, fit le jeune homme, avant de rouler sur lui-même pour enserrer son oreiller, enfouissant son nez dedans.
Un tableau tellement touchant, que son unique spectateur faillit craquer et enfreindre l'une des nombreuses règles édictées la veille. Pourtant il se fit violence et résista, se bornant à se diriger vers la porte dans un simple "Bonne nuit, Kazuya", que l'interpellé, déjà au pays des rêves, n'entendit même pas. Sur le seuil, il se retourna une dernière fois, gravant l'image dans son cœur et se dirigea vers le salon, où il alluma la télévision pour tenter de se sortir son compagnon de l'esprit. Hélas, le sort avait décidé de s'acharner, car la chaîne sur laquelle il tomba diffusait leur live de "break the record" et il avait allumé l'écran en plein sur "1582". Arg… La logique aurait voulu qu'il zappe immédiatement, mais il en fut incapable. Incapable de quitter du regard les déhanchés plus que suggestifs du bel endormi de la pièce contiguë, incapable d'empêcher sa respiration de prendre un rythme saccadé en le voyant se lécher sensuellement les lèvres, incapable de contrôler la réaction physique qui découla presque aussitôt de la vision de ces images… Kami-sama, ce mec le rendait fou. Savait-il l'effet réel qu'il faisait aux gens qui le regardaient ? Il savait qu'il en rajoutait pour le fanservice, mais quand même…
Comme mue d'une vie propre, sa main effleura la bosse conséquente qui tendait son jean et il retint à grand peine un gémissement sourd. De toute façon, l'intéressé n'en saurait jamais rien s'il se soulageait en regardant la vidéo… Sans quitter le Kame de l'écran des yeux, Junno ouvrit son pantalon, puis glissa la main à l'intérieur de son boxer soudain bien trop étroit et découvrit son membre, sur lequel il commença à appliquer de vigoureux mouvements de va-et-vient. Au fur et à mesure de ses gestes, il se mordait les lèvres pour empêcher ses plaintes rauques, témoins du plaisir qu'il ressentait, de parvenir aux oreilles du concerné. Il n'aimait pas faire ce genre de chose, mais il valait mieux ça, que risquer de sauter sur le vrai, aussi continua-t-il un moment, mêlant ses propres plaintes à celles exagérément émises par le Kazuya de la télévision. Lorsque les derniers accords résonnèrent, l'aîné se déversa dans une plainte étouffée. Quelle idée de passer ce solo-là… Personne, qu'il soit homme ou femme, ne pouvait rester indifférent à un tel spectacle. Se levant, il prit la direction de la salle de bain afin d'effacer toute trace de son "méfait". C'est alors qu'il en revenait, décidé à changer de chaîne au cas où, qu'un cri émanant de la chambre le fit sursauter.
Craignant une catastrophe, Junno se précipita et trouva le véritable Kazuya redressé dans son lit, en sueur et haletant. Tentant de ne pas penser à ce qui s'était produit dans le salon durant les minutes précédentes, l'aîné s'approcha.
- Hé, Kame, ça va ? demanda-t-il en espérant que sa voix était normale. T'as fais un cauchemar ?
Un simple hochement de tête lui répondit. Son cadet semblait choqué.
- Ca va aller ? demanda-t-il en essayant de ne pas paraître trop inquiet.
- Hum, fit simplement le plus jeune en se rallongeant.
- Allez rendors-toi, conseilla Taguchi, qui s'étonnait lui-même du calme olympien qui était le sien à ce moment, avant de s'approcher pour le border.
Au moment où il allait repartir, les doigts fins de son cadet enserrèrent son poignet et Junno se retourna en retenant son souffle. Qu'est ce que ça signifiait ?
- Me laisse pas… pria Kazuya dans un chuchotement. Je veux pas rester seul après… ça. Je t'en prie, Junno…
Comme s'il avait besoin de supplier... Même s'il l'avait voulu, Taguchi aurait été dans l'incapacité de résister à une telle demande.
- Ok. Attend deux minutes, j'arrive, dit-il d'un ton qu'il espérait détaché, avant de retourner dans la salle de bain.
Une fois là, il s'adossa à la porte et se passa une main sur le visage. D'abord, il fallait qu'il se calme. D'accord, il lui avait demandé de dormir avec lui. Mais c'était uniquement parce qu'il avait peur de dormir seul après son cauchemar, rien d'autre. Il ne fallait surtout pas commencer à se faire des films. Déjà, rien que dormir avec lui était inespéré, alors…
Inspirant profondément, il quitta la pièce et regagna la chambre, le cœur battant la chamade. Faisant le tour du lit, il finit par se glisser du côté gauche en sachant pertinemment que, bien trop conscient de la présence de son cadet à quelques centimètres de lui, il ne fermerait pas l'œil de la nuit. Mais, visiblement, même "quelques centimètres" était une trop grande distance pour le plus jeune, qui, dès qu'il sentit la présence rassurante à côté de lui, se retourna et, comme un chaton cherchant la chaleur, se glissa tout contre lui, le nez contre la poitrine de son aîné, en soupirant de bien-être. En quelques instants, sa respiration retrouva le rythme aussi profond que lent du sommeil tandis que, pétrifié, Junno ne savait plus de quelle façon réagir. Voir ce visage tant aimé dans la lumière de la lune était une vision si idyllique, qu'elle lui coupait presque le souffle. Malgré lui, il se prit à caresser délicatement les cheveux du jeune homme et, sans qu'il s'en rende compte, lui aussi finit par s'endormir en serrant tendrement son cadet dans ses bras.
Le soleil était déjà haut dans le ciel, lorsque Kazuya remua enfin. A son habitude, il n'ouvrit pas les yeux tout de suite, s'étira vaguement en poussant les petits glapissements de chaton qui faisaient que Jin l'appelait toujours son "Kazunyan" et lança un "bonjour, toi" endormi, avant de poser ses lèvres sur celles de son compagnon. Comme tous les matins. Sauf que…
- K… K… Kaz… Kazuya, qu'est ce que tu fais ? balbutia une voix familière qui n'était pas celle de Jin.
Etonné, le jeune homme ouvrit péniblement les yeux, les posa sur le visage aussi stupéfait que livide de Junno, puis retomba sur son oreiller. Les secondes passèrent sans réaction. Cinq, six, sept, huit, neuf et soudain…
- Aaaaaaaaaaah ! Taguchi, qu'est ce que tu fous dans mon pieu, bordel ?
- C'est… toi qui m'as demandé… de pas te… laisser seul… après ton cauchemar, parvint à bafouiller le pauvre interpellé, encore tout retourné du bref contact des lèvres de celui qu'il aimait sur les siennes. Tu t'en souviens pas ?
- Ah… Si… Maintenant que tu le dis… fit le cadet, embarrassé.
L'aîné n'osa pas poser la question qui lui brûlait les lèvres, mais il n'en pensait pas moins. Il l'avait sûrement confondu avec Jin. Junno savait que la rupture ne datait que de deux jours, mais il ne pouvait s'empêcher de se demander jusqu'à quand serait-il en compétition avec son ami pour l'obtention du cœur de leur cadet ?
- Heu… tu as bien dormi ? finit-il par demander pour dévier loin de la conversation glissante.
- Ouais, après ça a été, répondit le plus jeune, toujours gêné. Heu… désolé pour… tout ça. J'ai juste plus l'habitude de… dormir seul, alors…
Bon, c'était raté pour le changement de sujet. Et c'était dangereux. Il allait forcément finir par dire quelque chose qu'il ne fallait pas, s'attirant les foudres de son cadet.
- Bah… pour être franc, ça m'a pas dérangé, hein.
Aïe, ça c'était sûrement la parole de trop étant donné la règle. Taguchi grimaça, s'attendant à une sévère engueulade, mais…
- Je me doute.
Hein ? Pas de réaction ? Ouh là… Alors de deux choses l'une : ou il n'était pas encore vraiment réveillé et n'avait pas percuté l'allusion pas du tout déguisée, ou alors… Mais non, ça ne pouvait pas être ça. Encore une fois, il devait se faire des films. Il fallait qu'il arrête.
Sans rien dire, il observa le plus jeune abaisser les freins de son fauteuil pour le bloquer, relever les accoudoirs et transférer son poids du lit sur l'assise de l'engin. Le mouvement semblait si naturel et lui demander si peu d'effort, que Junno se demanda comment il avait fait pour s'y habituer en si peu de temps. Une fois en place, Kazuya redescendit les accoudoirs, desserra les freins et roula à toute vitessse en direction de la salle de bain, comme s'il était pressé de mettre de la distance entre eux. Ce qu'il pouvait tout à fait comprendre étant donné les évènements de la nuit.
Se levant à son tour, l'aîné se dirigea vers la cuisine. Là, il entreprit de sortir des placards ce dont, à son avis Kazuya risquait d'utiliser le plus souvent et de les placer sur le plan de travail, à portée de main de son cadet. Lorsque ce fut fait, il fit de même avec les électroménagers comme la machine à café et le grille-pain, puis déplaça également le contenu du réfrigérateur sur les deux plus basses clayettes. Il terminait, lorsque le plus jeune fit irruption dans la pièce. Le regard de ce dernier se posa sur le travail accompli par Junno et il cligna des yeux.
- Qu'est ce que tu fous ? T'as cru que je déménageais ou quoi ? questionna-t-il, étonné.
- Ce sera plus pratique pour toi si t'as pas à m'appeler à chaque fois que tu veux prendre un truc, expliqua le plus grand des KAT-TUN en souriant.
L'attention, à laquelle il était loin de s'attendre, déstabilisa Kazuya et le toucha à la fois. Il ne pensait pas que son ami avait compris à quel point il haïssait le fait d'être dépendant. On avait tort de le prendre pour un idiot. Il était loin de l'être même s'il en donnait l'impression. La preuve.
- Merci, Junno, dit-il simplement en lui souriant.
- Bah de rien, baka, répondit celui-ci en lui ébouriffant les cheveux, avant de s'excuser : Oups la deuxième règle…
- Laisse, ça fait rien.
- Hein ? T'es sûr ? Pourtant…
- Ca fait rien, je te dis. Je l'ai moi-même enfreinte cette nuit, la règle alors…
- Tu sais, si t'as besoin… osa commencer Taguchi.
- Je sais. Merci.
- Bon, j'vais faire pareil avec ton armoire, lança Junno en s'esquivant vers la chambre.
En le voyant disparaitre à grandes enjambées le jeune homme se rendit soudain comte de la situation inextricable dans laquelle ils étaient : il avait besoin de Junno pour sa vie quotidienne, mais en vivant avec son aîné qui l'aimait, il entretenait ses espoirs d'obtenir davantage que de l'amitié. Et comme, pendant qu'il était seul dans la salle de bain, il s'était rendu compte qu'il n'était pas fait pour le célibat, les scènes de la nuit et du matin risquaient de se reproduire. Ce qui n'allait pas aider. Il se passa une main dans les cheveux. Quel casse-tête chinois ! En plus, Junno était tellement gentil, exauçant le moindre de ses souhaits sans broncher ni perdre son sourire… Il n'avait pas mérité de souffrir. Il allait falloir clarifier les choses d'une façon ou d'une autre.
Toujours sans savoir quoi faire, le jeune homme fit pivoter son fauteuil et se propulsa vers la chambre où Taguchi, la tête dans l'armoire, s'occupait à déplacer ses vêtements pour qu'il les atteigne plus facilement.
- Junno ? l'interpella-t-il sans bien savoir ce qu'il allait dire.
Pris par surprise, l'aîné se cogna la tête en voulant se redresser.
- Aïeuh, fit sa voix étouffée depuis l'intérieur du meuble.
- Ca va ?
- Ouais ouais, fit l'aîné en en sortant, tout en se frottant le crâne. Tu voulais quelque chose ?
- Heu, en fait… commença le cadet en cherchant quoi dire.
- Hum ?
Mu par une impulsion, Kazuya lui fit signe d'approcher et de se pencher comme s'il voulait lui murmurer quelque chose et plaqua ses lèvres sur les siennes.
La soudaineté du geste stupéfia tant Taguchi, qu'il écarquilla les yeux et plusieurs secondes passèrent avant qu'il ne réagisse. Lorsque la réalité de ce qui venait de se passer atteignit son cerveau, il repoussa délicatement son assaillant.
- K… Kazuya, à qu… quoi tu joue ? bredouilla Junno.
- J'en sais rien moi-même. J'en ai soudain eu envie, expliqua l'interpellé.
Un acte tout à fait stupide, parce qu'au lieu de mettre les choses au clair, il entretenait l'espoir de son ami, ce qui était vraiment cruel.
- Ah… fit simplement Taguchi, trop chamboulé pour dire autre chose.
Le silence s'installa.
Jamais Jin n'aurait demandé à Kazuya pourquoi il l'embrassait. Au contraire, il aurait… Non, il fallait qu'il arrête de penser à Akanishi et de comparer chaque action de son aîné à celles de l'expatrié. Il devait tourner la page définitivement, à présent qu'ils n'étaient plus ensemble. Il devait l'oublier. Et pour ça, il n'y avait pas trente-six solutions…
- Junno, embrasse-moi.
- Quoi ?
Ne sachant si son cadet était sérieux, le plus grand des KAT-TUN, qui avait du mal à croire que le jeune homme lui demande une telle chose, le fixa, les yeux écarquillés.
- Aide-moi à t'aimer, Junno. Fais-moi oublier Jin. Embrasse-moi, pria encore Kazuya.
Toujours incrédule, Taguchi déglutit. Un autre de ses rêves était sur le point de se réaliser, mais il craignait de paraitre maladroit. Pourtant, s'il continuait à hésiter, son cadet risquait de changer d'avis et, s'il laissait passer sa chance, il risquait de le regretter amèrement. Se penchant donc, il approcha son visage de celui qu'il aimait, plongeant son regard dans les prunelles noisette dans lesquelles il avait si souvent envie de se noyer. Centimètre par centimètre, il approcha des lèvres sensuelles qu'il avait si fréquemment voulu emprisonner des siennes et, très doucement, leurs bouches s'effleurèrent. Le souffle court, l'aîné posa la main su la joue de son cadet et sa langue parcourut les lèvres si tentantes, les forçant doucement à s'ouvrir, puis chercha sa jumelle et toutes deux s'unirent dans un lent ballet langoureux, se séparant un instant pour mieux se retrouver. Pourtant, après quelques instants, l'aîné interrompit le baiser de lui-même, haletant.
- Kazuya… t'es sûr de ce que tu fais ? demanda-t-il d'une voix rauque.
Sans rien dire, le plus jeune accentua le baiser qui devint rapidement torride tant il était doué en la matière. Bientôt, la fièvre s'empara de l'aîné qui, bien que moins expérimenté, y répondit avec une fougue au moins égale. Ardeur qui ne tarda pas à le gagner tout entier. Son souffle se fit saccadé, tandis que son désir se faisait pressant. Il avait tellement envie de lui et depuis si longtemps… Peu lui importait qu'il soit en fauteuil, il le voulait.
La bosse sous son pantalon ayant prit toute son ampleur, Kazuya ne put faire autrement que la remarquer et sourit, avant de lui murmurer quelque chose à l'oreille. Qui fit tressaillir son aîné tant il avait rêvé d'entendre ces mots dans la bouche de son cadet. S'en fut trop pour lui, qui se contenait depuis tant de mois. Incapable d'attendre que le jeune homme se transfère du fauteuil au lit, il enleva Kamenashi dans ses bras et l'y allongea, puis s'immobilisa au dessus de lui, piteux. Il ne s'était avoué son homosexualité que depuis quelques mois et son « ami » l'obsédait tant, qu'il n'avait jamais voulu avoir de relations. Et maintenant qu'il y était, il devait se rendre à l'évidence : il ne savait absolument pas comment s'y prendre. Son expression n'échappa pas à son cadet, qui devina rapidement ce qui se passait dans la tête de son aîné.
- N'aie pas peur, je vais te guider… dit-il en souriant pour tenter de détendre son futur partenaire.
- Mais… si je m'y prend mal et que je te fais mal ? s'inquiéta le plus grand. Et si…
Un index posé sur ses lèvres l'empêcha de poursuivre.
- Chut. Laisse parler ton instinct. Je suis sûr que, pendant tous ces mois, tu as eu envie de me faire des choses. Alors, fais-les.
La déclaration laissa Junno pantois. Oui, il avait envie de lui « faire des choses » et, dans ses rêves, il les avait souvent imaginées. Mais de là à passer à l'acte, il y avait un abysse. Il se sentait intimidé comme un ado à son premier rendez-vous. Il allait être tellement lamentable que jamais plus Kazuya ne voudrait de lui, il en était certain.
- Et agis, au lieu de t'imaginer des choses qui n'ont pas lieu d'être. Tu me fais attendre.
La phrase qu'il fallait prononcer. Inspirant pour se donner du courage, l'aîné embrassa de nouveau son cadet, tentant d'occulter la suite pour agir d'instinct comme le lui conseillait le plus jeune. Comme celui-ci approfondissait le baiser en crochetant sa nuque de ses doigts fins, tout sens de la logique déserta Junno, ne laissant qu'une pensée dans son esprit enfiévré : il allait pouvoir faire l'amour à Kame.
Fébrile, le plus grand des KAT-TUN passa la main sous le t-shirt du jeune homme, retenant presque son souffle en sentant sous ses doigts la peau douce comme du satin, devinant au toucher le contour des abdominaux, puis des pectoraux, déclenchant des soupirs de bien-être chez Kazuya. Il avait l'impression de toucher un autre corps pour la première fois tellement il découvrait et, quelque part, c'était un peu le cas. D'un geste, il fit glisser l'encombrant vêtement par-dessus la tête de son partenaire, lui ébouriffant les cheveux au passage et, lorsque son regard se posa sur celui qu'il aimait, il se rendit compte que ce dernier ne le lâchait pas du regard. Bien plus, celui-ci semblait décidé à accroître son excitation déjà conséquente, car il entreprit de passer ses doigts sur ses lèvres en en léchant lentement l'extrémité. Juste le fait de le voir faire, fit gémir le pauvre Junno, déjà au supplice. Il avait juré sa mort en faisant ça ou quoi ?
- Kazuya… fit-il d'une voix étranglée.
- Oui, viens… Je suis tout à toi, alors fais ce que tu veux de moi.
Le « pauvre » Junno s'étrangla presque et frôla l'arrêt cardiaque en entendant de telles paroles, prononcées d'une voix si suave. Haletant déjà alors que rien ne s'était encore passé, il reprit son exploration du corps tant désiré, appréciant chaque centimètre de peau et osa enfin faire ce que son imagination avait préparé tant de temps auparavant : sans cesser de le caresser de ses mains, il posa la bouche sur son ventre et, de la langue, entreprit de tracer des sillons brûlants, qui firent gémir sa victime consentante. Encouragé, il remonta jusqu'aux deux boutons de chair dressés et les suçota l'un après l'autre, appréciant d'entendre les plaintes rauques que ce geste déclenchait chez son partenaire. La bouche gourmande remonta encore jusqu'à la gorge offerte sur laquelle elle sema quantité de baisers papillon, tandis que les mains aventureuses se risquaient plus bas, à travers le jean. Il savait que son partenaire ne sentait plus rien à cet endroit, mais il s'en moquait.
- Tu sais, je ne… tenta de le prévenir Kazuya d'une voix rendue rauque par le plaisir.
- Je m'en fiche. J'en ai envie… rétorqua son aîné d'une voix toute aussi voilée.
Sans rien ajouter, le cadet leva lentement les bras au dessus de sa tête et ferma les yeux en sentant les lèvres de son compagnon reprendre leur cheminement jusqu'au lobe de son oreille, qu'elles happèrent avant de le mordiller doucement, déclenchant un nouveau gémissement.
- Tu as un… très bon instinct, articula simplement le plus expérimenté.
Frustré de ne pas sentir leurs peaux en contact, l'aîné cessa un instant ses caresses, ce qui arracha une plainte de frustration à son partenaire, lui faisant ouvrir les yeux. Plainte qui cessa lorsqu'il le vit expédier ses vêtements au sol et s'attaquer à ceux que lui-même portait encore. En un instant, tous deux furent nus et Taguchi reprenait place tout contre lui.
La main du plus âgé reprit la place qu'elle occupait avant l'interruption et commença à caresser le bas-ventre de son compagnon, qui ne broncha pas, sauf lorsqu'il recommença à agacer ses tétons de la langue. En geignant, Kazuya se cambra, tandis que ses mains glissaient dans les cheveux de son amant, qu'il abandonna d'un main, avant de refermer l'autre sur la virilité érigée de son aîné.
Un gémissement sourd échappa à celui-ci lorsque la main bienfaitrice entama de lents va-et-vient si agréables, que Junno en stoppa tout mouvement, concentré sur les sensations, décuplées par rapport à ce qu'il avait expérimenté dans la salle de bain. La vitesse des caresses intimes s'accentua, de plus en plus, jusqu'à ce que le pauvre « supplicié » se rende dans la main de son cadet.
- Désolé… s'excusa-t-il, penaud.
- Chut, fit à nouveau Kazuya d'une voix sensuelle propre à rendre fou n'importe qui. C'est pas grave. Et ça va revenir, tu va voir…
Et, joignant le geste à la parole, il se redressa, puis se pencha pour prendre son partenaire en bouche, arrachant à celui-ci un hoquet de surprise. Mais il venait de… C'était…
- Mais je viens de… commença-t-il en rougissant, extrêmement gêné.
Tant de pudeur amusa le plus expérimenté, qui cessa un instant ses caresses.
- N'aie pas honte, Junno, le rassura-t-il doucement. Regarde-moi.
Ne pouvant faire autrement, l'interpellé s'exécuta et retint son souffle. Le désir qui se lisait dans les yeux de son compagnon était si visible, qu'il en était presque palpable.
- La jouissance est l'expression de l'amour, alors il ne faut pas en avoir honte, tu comprends ?
Incapable de parler, Taguchi hocha la tête et, de nouveau, les lèvres ensorcelantes prirent possession de lui, léchant, suçotant, mordillant la peau sensible, lui tirant des geignements incontrôlables, jusqu'à ce que, de nouveau, son membre soit au garde-à-vous.
Alors, le plus jeune se redressa et prit la main de son partenaire, dont il se mit à sucer sensuellement les doigts un par un, son regard de braise planté dans le sien. Lorsque lesdits doigts furent suffisamment humidifiés, le jeune homme prit sur lui d'écarter manuellement ses jambes mortes, puis prit la main et l'approcha de son intimité, à la grande confusion de son partenaire.
- C'est un passage obligé, expliqua-t-il gentiment. Sans préparation, ça ferait encore plus mal.
- Parce que tu va avoir mal ? releva immédiatement Junno, terrifié par l'idée de le blesser.
- En temps normal, j'aurais eu mal, en effet, mais dans l'état actuel des choses, je ne sentirais rien, alors ne t'en fais pas. Et même si j'étais… enfin de toute façon, la douleur est normale, il ne faut pas paniquer dit encore Kazuya en souriant.
L'angoisse, sur le visage de son aîné était si visible et touchante, qu'il se sentit obligé de l'encourager.
- Vas-y, n'aie pas peur, dit-il dans un sourire.
- Mais si tu ne sens rien, pourquoi…
- Pour t'habituer à ce qu'il faut faire, tout simplement. Comme ça, lorsque tu t'occuperas d'un autre, tu sauras.
- Mais je ne… commença à protester Junno.
- Allez… je t'attends, le coupa le plus jeune dans un sourire envoûtant.
Craignant de mal faire, Taguchi s'exécuta et introduisit un doigt en lui sans générer le moindre mouvement et, incertain, leva les yeux vers le concerné.
- Encore, dit celui-ci.
Hochant la tête, le plus grand des KAT-TUN ajouta un second, puis un troisième doigt et, mu par une impulsion commença à les faire aller et venir à l'intérieur du corps parfait de son amant.
- Oui, c'est ça, l'encouragea celui-ci, satisfait de son élève. Continue.
Et pour le convaincre de ne pas s'arrêter là, Kazuya entreprit de faire glisser ses mains sur son propre corps et basculant la tête sur l'oreiller et suçant consciencieusement ses propres doigts, sans lâcher son partenaire du regard.
La combinaison de ses propres mouvements et de ceux de son cadet, eurent raison de la résistance de Junno, qui émit une plainte rauque témoignant de son état.
- Viens maintenant, dit alors le plus expérimenté. Prends-moi…
Trop excité pour réussir encore à parler, Taguchi ôta ses doigts et se positionna à l'entrée de l'intimité du jeune homme.
- Tu es sûr ?
- Prends-moi, répéta-t-il.
Alors, d'un brusque coup de reins, Junno prit possession du corps tant désiré dans un râle de plaisir. Kami-sama, c'était si serré que ce seul mouvement était trop bon. Pourtant, il en voulait plus, tellement plus. Encouragé par le regard de braise fixé sur lui, Taguchi ferma les yeux et, posant les mains sur les hanches de son cadet, entama de lents va-et-vient, dont il ne tarda pas à accélérer le rythme, finissant ahaner en donnant de puissants coups de boutoir à la mesure de son désir, aiguillonné par les gémissements plaintifs, bien que factices, de son partenaire qui se caressait sensuellement sous ses yeux. Pourtant, après seulement quelques minutes, il se libéra dans le corps de Kazuya, incapable de tenir plus longtemps. La respiration saccadée et couvert de sueur, l'aîné se retira et se laissa retomber sur le lit à côté de son amant, mort de fatigue.
En souriant, Kazuya tourna sur lui-même pour se mettre de côté et fixa le visage de son partenaire. Pour un débutant, il s'était plus que bien débrouillé. S'il avait encore eu des sensations dans la partie inférieure, il était sûr qu'il aurait ressenti beaucoup de plaisir, surtout que Junno était plutôt bien fait à ce niveau-là aussi. Et à partir du moment où il avait été aguiché et encouragé, il s'était totalement lâché, ce qui était son but. Un partenaire avec des inhibitions était moins performant, mais ça n'avait pas été le cas de son aîné. Mais Kazuya n'allait pas lui faire part de ces conclusions trop terre à terre, car il ne voulait pas casser à Junno la magie de cette première expérience, aussi se contenta-t-il simplement de sourire.
- Prend-moi dans tes bras, demanda-t-il doucement.
Pas encore remis de ses émotions, le plus âgé hocha la tête et le serra délicatement contre lui, comme s'il craignait de le briser en appuyant trop son étreinte.
- Je t'aime, Kazuya, déclara alors Junno, heureux.
Sans répondre, le cadet l'embrassa, puis nicha son nez dans son cou et ferma les yeux, se sentant bien et en sécurité contre lui.
