- Bonjour ! fit-il d'une voix joyeuse très agréable. Je suis Ikuta Tôma, le kiné !
Ne s'attendant pas à une telle apparition, Junno resta planté dans le vestibule, presque bouche bée et les yeux fixés sur le beau visage du nouvel arrivant.
- Je peux entrer ? demanda Tôma.
- Oh… oui bien sûr, désolé, s'excusa Taguchi en s'effaçant pour le laisser passer. Heu… je suis Taguchi Junnosuke. Kazuya est mon compagnon.
- Enchanté, répondit le jeune homme en pénétrant dans l'appartement sans sembler le moins du monde gêné par ce qu'impliquait la présentation. Vous me guidez ?
Hochant la tête, le colosse le précéda dans le vestibule où le jeune professionnel ôta ses chaussures, avant d'emboîter le pas à son guide improvisé. En quelques instants, tous deux parvinrent à proximité du jeune paraplégique.
- Kazuya, je te présente… commença Junno, avant d'être interrompu.
- Permettez que je me présente seul, dit alors le jeune homme. Bonjour, Kamenashi-san, je suis Ikuta Tôma. C'est moi qui vais m'occuper de vous désormais.
- Tu me touche, je te crève… répliqua méchamment le cadet des KAT-TUN.
- Kazuya ! ne put s'empêcher de protester Taguchi, qui n'avait jamais entendu son petit ami parler comme ça malgré sa mauvaise humeur des derniers jours.
- Laissez, ça n'a pas la moindre importance, le coupa le jeune praticien sans perdre ni son sourire ni sa bonne humeur. J'ai déjà entendu pire. Pas de problème.
Sur ces mots, il s'approcha davantage et fit pivoter le fauteuil de son patient récalcitrant.
- Hé tu fous quoi là ? Pour qui tu te prends ? réagit immédiatement ce dernier.
- Ecoutez, Kamenashi-san, fit son interlocuteur toujours calme en plongeant son regard chocolat dans celui, noisette, de son vis-à-vis, il va falloir y mettre vu vôtre parce que vous allez devoir me supporter jusqu'à votre guérison complète. Alors au lieu de faire votre mauvaise tête, vous feriez mieux de faire des efforts. Vous savez très bien que vous n'êtes pas condamné à ce fauteuil roulant et je sais que vous le haïssez, alors faites en sorte de vous en débarrasser le plus vite possible.
Kazuya serra les poings. Evidemment, qu'il le haïssait, ce fauteuil ! Mais sa fierté lui défendait d'apparaitre si vulnérable devant un inconnu. C'était déjà bien suffisant que toute la Jimusho soit au courant de sa situation par la faute de cet abruti de Jin. Pourtant… Son regard se posa sur une photo dans un cadre. Prise pendant un concert. Roulant son engin jusqu'au meuble, il se saisit du petit cadre. Se voir sur ses deux jambes, voir le sourire qui était le sien tandis qu'il tenait un micro, lui serra le cœur. C'était plus qu'il ne pouvait en supporter.
- OK, finit-il par lâcher dans un souffle presque inaudible. Faites ce que vous avez à faire.
- A la bonne heure, vous voilà enfin raisonnable ! s'exclama le jeune kiné en lui souriant. Allez, on y va.
- Junno, va-t-en, dit alors le plus jeune. Je veux pas que tu regarde ça.
La surprise et la peine s'affichèrent alors sur les traits de l'interpelé.
- Mais…
- Sors !
Le regard désemparé de Taguchi croisa alors celui de Tôma, qui sembla lui dire silencieusement « Je sais que c'est dur mais ne lui en veuillez pas trop ». Hochant la tête, le plus grand des KAT-TUN quitta la pièce et alla s'affaler dans le canapé du salon, la tête dans les mains. Encore une rebuffade d'essuyée. Ca arrivait si souvent, qu'il avait arrêté de compter et, s'il gardait le sourire devant celui qu'il aimait, il n'en souffrait pas moins. Malgré la facette de lui qu'il se plaisait à montrer au monde, Taguchi Junnosuke était très loin d'être stupide. Il se rendait parfaitement compte que Kazuya ne l'aimait pas et ne l'aimerait probablement jamais. Tout portait à le lui faire comprendre et, de toute façon, quoi qu'il fasse, un spectre tournoyait sans fin autour d'eux, empêchant leur relation de progresser : le spectre de sa relation avec Jin. Jin, Jin, toujours Jin… Combien de fois avait-il entendu les lèvres de son cadet murmurer ce prénom qui n'était pas le sien, alors qu'il l'étreignait avec amour ? Combien de fois s'était-il réveillé en sursaut en criant « Jin ! » au milieu de la nuit, alors que lui-même était étendu à côté de lui ? Le plus jeune ne semblait même pas en avoir conscience, mais en réalité, il n'avait pas oublié Akanishi et, quelque part, ne VOULAIT pas l'oublier. Junno le voyait bien, mais se berçait quotidiennement d'illusions en se disant que peut-être, son cadet l'aimait un peu. En réalité, ce que Kazuya aimait, c'était le confort que lui procurait sa présence : ne pas dormir seul, avoir quelqu'un pour prendre soin de lui, pour le rassurer au besoin, pour l'aider dans sa vie quotidienne devenue compliquée. Et accessoirement avoir une personne à même de combler ses besoins physiques. Choses que lui, Junno, faisait sans broncher même si, de toute évidence, il aurait préféré que ce soit Akanishi plutôt que lui. Pourtant, chaque fois que ces pensées l'effleuraient, Taguchi les repoussait. Oui, il le savait, mais il voulait croire. De toutes ses forces. Oui, il avait mal d'être simplement utilisé, mais il avait besoin de Kazuya. S'il devait ne plus le voir, ne plus le toucher…
Il était si pris dans ses pensées, qu'il n'entendit pas les pas qui s'approchaient.
- Taguchi-san ? fit la voix calme du jeune kiné. Est-ce que tout va bien ?
Aussitôt, l'interpelé se redressa et un sourire de façade étira ses lèvres.
- Oui oui, répondit-il un peu trop vite. J'étais dans mes pensées. Comment ça s'est passé ?
- Cette première séance l'a épuisé. Il dort pour le moment, expliqua Tôma, déclenchant un hochement de tête chez son interlocuteur. Mais, si je peux me permettre, vous n'avez pas l'air d'aller si bien que ça. Ca a un rapport avec Kamenashi-san, n'est ce pas ?
La perspicacité de son interlocuteur fit sursauter Junno.
- Comment…
- Ce n'était pas bien difficile à deviner étant donné votre expression quand il vous a demandé de sortir. Vous avez un visage très parlant. J'allais partir, je vous offre un café ?
- Mais je ne peux pas laisser Kazuya seul…
- Ne vous inquiétez pas, étant donné son sommeil de plomb, il ne se rendra même pas compte que vous vous êtes absenté, le rassura Ikuta en souriant.
- Mais il fait souvent des cauchemars et si je ne suis pas là… Non, c'est gentil, Ikuta-sensei, mais je…
- Tôma.
- Quoi ?
- Juste Tôma, ça ira, le corrigea le garçon. Je suis trop jeune pour être qualifié de « sensei ».
Un court silence s'installa, puis Taguchi reprit :
- Ecoutez, Tôma, c'est très gentil et j'apprécie votre offre, mais je ne veux vraiment pas le laisser seul.
- Très bien, je comprends. (il fouilla dans sa sacoche et en tira une carte de visite, qu'il lui tendit) Si toutefois vous changez d'avis et que vous voulez discuter, n'hésitez pas à m'appeler. Je reviendrais dans deux jours pour les soins de Kamenashi-san.
Sur ces mots, le rouquin posa brièvement la main sur l'épaule de son interlocuteur et remit le blouson qu'il avait ôté.
- Ne vous dérangez pas, je connais le chemin, lança-t-il ensuite en se dirigeant vers l'entrée, dans laquelle il marqua un temps d'arrêt pour remettre ses chaussures. A bientôt, Taguchi-san.
La porte se referma sur cette formule de politesse et Junno resta seul dans le silence qui était retombé. Il avait grand besoin de parler de ce qu'il ressentait à quelqu'un d'extérieur, à quelqu'un qui ne soit lié ni à Kazuya, ni à KAT-TUN. Alors pourquoi n'avait-il pas accepté la proposition ? C'était incompréhensible. Que craignait-il au juste dans le fait de quitter l'appartement quelques minutes ? Il ne le savait pas lui-même. Son regard se posa sur le petit rectangle cartonné que le jeune homme lui avait laissé avant de s'en aller.
« IKUTA TOMA, masseur-kinésithérapeute » proclamait la carte. Une profession pour laquelle il fallait des années d'études et pour laquelle il semblait bien jeune. Mais sa réussite en la matière et la façon douce mais très ferme avec laquelle il s'était adressé à Kazuya pour le convaincre de coopérer, prouvaient sa qualification (Johnny-san ne l'aurait pas envoyé dans le cas contraire. Il tenait bien trop à la guérison de son protégé). Ce qui prouvait qu'il ne fallait pas se fier à l'âge des gens ni à leur physique pour se forger une opinion. Même si le physique en question, allié à une grande gentillesse, était plus qu'agréable à regarder.
Ses pensées dérivant dangereusement, Junno se donna une claque mentale. A quoi songeait-il, franchement, d'en regarder un autre, alors que son Kazuya dormait juste à côté ? N'importe quoi, Taguchi !
Se levant, il se dirigea vers la chambre et marqua un arrêt sur le seuil. Jamais, malgré tout ce qu'il pourrait subir, il ne pourrait se lasser d'observer le visage paisible de son amant en plein sommeil, abandonné comme un enfant, loin, si loin de toute mauvaise humeur et de toute violence verbale. Un sourire attendri naissant sur ses lèvres, le plus grand des KAT-TUN s'approcha et, du doigt, chassa du front majestueux une mèche qui y avait glissé. Se sentant soudain coupable d'avoir pensé à un autre, Junno éprouva le besoin de le toucher. Se glissant près de lui dans le grand lit, il prit son cadet dans ses bras et resta ainsi, les yeux rivés sur son adorable profil.
09h, 17 février 2011
La sonnette retentissant avec insistance tira Junno du sommeil et c'est tout surpris qu'il se redressa dans le lit, tirant un grognement à Kazuya encore endormi dans ses bras. L'embrassant doucement, l'aîné le reposa doucement sur l'oreiller, avant d'enfiler rapidement boxer et pantalon, puis de se diriger vers la porte, qu'il ouvrit.
- Bonjour, Taguchi-san, lança la voix joyeuse de Tôma dès qu'il le vit.
- Bonjour, répondit l'interpellé d'une voix mal réveillée.
- Oh, je vous tire du lit ? Non, pas à dette heure-là quand même ?
- Kazuya a un sommeil agité… expliqua Junno en soupirant.
- Je vois.
- Il dort encore là. Il vaudrait mieux pas le réveiller sinon je crains son humeur. Je vous offre un café en attendant ?
- Volontiers, accepta le jeune kiné en pénétrant dans l'appartement, avant de retirer ses chaussures tandis que son hôte refermait l'huis.
Le KAT-TUN se dirigea vers la cuisine et Ikuta lui emboîta le pas, profitant que Taguchi lui tournait le dos pour détailler son dos musclé, sa taille affinée par la dans… il lui avait tapé dans l'œil dès la minute om il avait posé les yeux sur lui. Mais il n'y avait pas que ça. Le jeune professionnel avait décelé chez lui une profonde souffrance et c'était la raison qui l'avait poussé à lui donner si rapidement ses coordonnées. Que, du reste, Junnosuke n'avait pas utilisées. Mais Tôma s'en doutait. Il n'avait pas l'air d'être le genre infidèle. Pourtant, qu'il aurait aimé que son vis à vis soit célibataire… Enfin rien ne l'empêchait de le faire doucement pencher de son côté. Il lui suffisait d'être subtil.
- Il ne vous a pas créé de problème ensuite ? questionna-t-il d'un ton tout à fait naturel.
Surpris par la question, Junno se retourna, une tasse dans les mains.
- Qui ça ?
- Kamenashi-san.
- Non non. Il n'est pas si terrible, vous savez.
La défense fit sourire le praticien.
- On m'a pourtant dit qu'il faisait fuir les kinés les uns après les autres quand il était aux Etats-Unis, remarqua-t-il en souriant.
- Vous êtes bien informé, remarqua Junno en revenant avec deux tasses de café, avant d'en tendre une à son interlocuteur.
Seul un sourire répondit à Taguchi, tandis que son interlocuteur s'emparait du contenant en le remerciant. Junno prit place sur le canapé et s'absorba dans le contenu de sa tasse, le silence s'installant entre eux, seulement troublé par le son conjoint de l'absorption du liquide brûlant. Son voisin étant occupé par sa boisson, Tôma lui jeta un regard. Oui, vraiment, il l'intéressait prodigieusement, c'est pourquoi voir de la tristesse dans ses yeux même lorsqu'il souriait, lui semblait difficile à supporter.
- Ca n'a pas vraiment l'air d'aller mieux, ne put-il s'empêcher de dire, espérant ainsi provoquer ses confidences.
- Hum ? fit Junno en levant le nez de son café.
- Vous avez l'air aussi triste, non, encore plus triste que l'autre jour…
- Mais non. Qu'est ce qui vous fait dire ça ? se défendit Junno, soudain mal à l'aise. Je vais très bien.
- Votre bouche sourit, mais ça n'atteint pas vos yeux. Ce qui prouve bien que…
- Que vous vous mêlez de ce qui ne vous concerne pas. Désolé de vous le dire, Tôma, mais là…
Tout en parlant, Taguchi avait brusquement posé sa tasse encore à demi pleine sur la table basse, ce qui avait aspergé le meuble sans qu'il s'en préoccupe, avant de se lever et de fixer son interlocuteur.
- Compris. Désolé. C'est juste que… je ne pense pas que vous ayez mérité ça.
- Vous ne savez pas de quoi vous parlez. Vous ne me connaissez pas. Vous ne NOUS connaissez pas. De quel droit vous permettez-vous de…
- En effet, je ne sais rien de vous. Mais… je sais reconnaître de la souffrance quand j'en vois. Et vous souffrez.
Le léger chuintement provoqué par le frottement des roues du fauteuil sur le plancher, empêcha Junno de répondre et il se retourna vers celui qui, par son apparition soudaine, venait de le sauver d'une conversation qui le mettait mal à l'aise tant elle sonnait juste.
- Bonjour, Kazu ! s'exclama Taguchi en se précipitant vers son compagnon, un grand sourire aux lèvres.
Qui, en effet, n'atteignait plus ses yeux depuis un long moment maintenant, sans que Kazuya ne le remarque le moins du monde.
- 'Jour… marmonna celui-ci en mode ours des cavernes, les cheveux en bataille et les yeux à peine ouverts.
Il roula ensuite jusqu'à la cuisine et entreprit de se servir du café dans une tasse qu'il venait d'amener à lui depuis le plan de travail réaménagé par Junno. Le tout sans remarquer le moins du monde la troisième présence dans la pièce.
- Bonjour Kamenashi-san ! s'exclama alors Tôma pour attirer son attention.
Ne s'attendant pas à entendre de bon matin cette voix à laquelle il n'était pas habitué, le cadet sursauta violemment, renversant la boisson chaude sur lui.
- Ah bordel de merde ! C'est chaud ! jura-t-il, furieux, alors que Junno se précipitait pour l'aider à nettoyer la catastrophe. Mais qui m'a foutu un con pareil, putain ? J'aurais pu m'ébouillanter, espèce d'abruti ! T'as rien dans la cervelle ou quoi ?
Un sourire chaleureux naquit sur les lèvres du kiné. Il s'attendait à cette réaction.
- Moi aussi je suis ravi de vous revoir, Kamenashi-san, dit-il en se levant pour se rapprocher d'eux.
- Garde tes sarcasmes à deux yens pour toi, râla encore Kazuya qui n'était décidément plus du matin depuis qu'il ne devait plus se lever pour répéter.
- Kazu, il vient pour t'aider, tu sais, reprocha doucement Junno en finissant d'éponger les dégâts.
- Et vous l'aidez trop, Taguchi-san, osa le praticien. Le but c'est qu'il soit autonome avant de retrouver l'usage de ses jambes. En cédant à tous ses caprices, vous ne faites pas ce qu'il faut.
- Mes caprices te… commença le plus jeune qui sentait la moutarde lui monter au nez assez rapidement.
- Il a raison, Tôma, intervint Junno pour calmer le jeu. Encore une fois, vous…
- Vous mêlez de ce qui ne vous concerne pas. J'ai saisi. Moi je dis ça pour lui. Si vous préférez le conforter dans son attitude présente, alors allez-y. Mais vraiment, vous ne l'aidez pas en agissant comme ça. Bon, Kamenashi-san, on y va.
- Va mourir, tu me touche même pas ce matin ou je t'éclate.
La contrariété passa furtivement sur le visage avenant du kiné, bientôt remplacée par son habituel sourire.
- Je me fiche totalement de votre approbation, Kamenashi-san. Vous aurez ces soins, que vous le vouliez ou non. Et comme Taguchi-san sait qu'il vous les faut, je suis certain qu'il m'aidera à vous les administrer, même contre votre gré.
- Je lui conseille pas… rétorqua alors Kazuya avec un regard mauvais pour son compagnon.
Regard qui n'échappa ni à l'intéressé, ni à Tôma qui trouvait que Junno était bien trop gentil et qu'il se faisait malmener sans autre raison que l'amour qu'il portait à son cadet. Ce qui, de son point de vue était assez terrible. Et encore une chose qui prouvait bien qu'il avait raison à leur sujet, c'était que Kamenashi n'avait même pas relevé le fait que son compagnon l'appelle par son prénom. Dans une situation normale, la jalousie aurait fait surface mais, visiblement, son patient se fichait éperdument de ce que pouvait bien dire ou faire Junnosuke, tant que ça ne le concernait pas lui-même. Bon sang, il avait horreur de ce genre de personne. Ce Kamenashi n'était qu'un sale gosse trop gâté à qui on cédait tout. Surtout quand on était aussi gentil et coulant que semblait l'être Taguchi.
- Et depuis quand t'appelle des inconnus par leur prénom, Taguchi ? Vous êtes aussi intimes que ça ? cracha fielleusement Kazuya, décidément de très mauvaise humeur. Si je dérange, faut le dire, hein !
- Mais non, Kazu, qu'est ce que tu vas chercher…
- Je veux pas que tu fasse ça, t'entend ? reprit le plus jeune en donnant un coup de poing sur l'accoudoir de son fauteuil.
- D'accord, j'ai compris. Calmes-toi…
OK rectification. Il avait remarqué mais attendait "le bon moment" pour lui faire une scène. Une bonne paire de baffe. C'était tout ce que méritait une personne capable de traiter si mal celui avec lequel elle vivait. Et Junnosuke qui se laissait marcher dessus... Il voulait bien qu'on soit capable de beaucoup par amour, mais là, c'était du masochisme pur et simple. Quand ouvrirait-il les yeux sur le manque de sentiments de Kamenashi à son égard et arrêterait-il de souffrir en vain ? Ca rendait Tôma dingue de voir ça, bien qu'il n'en montre rien. Il avait envie de secouer le plus grand pour le forcer à se réveiller. Mais bien sûr, il ne pouvait rien alors il assistait à la scène, impuissant et bouillant intérieurement de rage.
Le kiné compta intérieurement jusqu'à dix, puis toussota pour signaler sa présence.
- Désolé de vous interrompre, Taguchi-san, dit-il d'un ton naturel, mais j'ai d'autres patients à voir ensuite alors si vous pouviez m'aider…
- D'accord, acquiesça Junno, avant de faire pivoter le fauteuil de Kazuya et de le pousser vers la chambre sans tenir compte des protestations vigoureuses et des insultes proférées par celui-ci.
Une fois près du lit, il tourna l'engin vers celui-ci et se pencha, prêt à soulever son compagnon malgré les regards noirs qu'il lui lançait.
- Fais ça et tu vas le regretter, crois-moi. Je peux très bien faire de ta vie un enfer, Taguchi Junnosuke et je le ferais…
Tôma entra dans la pièce au moment où son patient lançait cette réplique plus que méchante et en fut suffoqué. C'était pas possible de dire des choses si cruelles. Il ne pouvait pas le tolérer. Et tant pis s'il outrepassait ses droits. S'approchant rapidement du plus jeune, il vrilla ses prunelles chocolat sur son patient et le gifla à toute volée.
- Vous êtes un sale gosse pourri gâté, Kamenashi-san, asséna-t-il d'une voix très calme contrastant avec le geste qu'il venait d'avoir. Vous ne pensez qu'à vous et à vos volontés, que vous imposez à votre entourage sans penser une seconde à ce qu'il peut ressentir. Vous êtes un égoïste et, franchement, j'ai de la peine pour Taguchi-san qui subit vos caprices de diva jour après jour. En fait, vous ne voulez pas guérir, ni même aller mieux. Etre dans ce fauteuil est bien pratique pour vous, n'est ce pas ? Comme ça vous avez une excuse toute trouvée pour diriger votre petite dictature.
En voyant l'air choqué de son patient et de son compagnon, le jeune kiné comprit qu'il était allé trop loin, mais d'un côté, il espérait faire réagir l'un ou l'autre, voire les deux. Et en effet, il y eut bien une réaction. Mais pas celle escomptée.
Le visage de Kazuya ayant viré au crayeux sous le choc de s'entendre dire des choses pareilles, Junno ne put pas le supporter et une autre gifle claqua dans le lourd silence qui était retombé.
- Comment un médecin peut-il parler comme ça ? Vous… Vous n'avez pas la moindre idée de ce qu'il vit et vous… vous…
Le pauvre Junno était si retourné par la scène qui venait d'avoir lieu, qu'il en perdait ses mots.
- Je crois que vous devriez partir, Ikuta-sensei… ajouta Taguchi, remettant de la distance entre eux.
Un soupir échappa à Tôma. Trop loin. Il était allé beaucoup trop loin, c'était certain. Et il se demandait bien comment rattraper le coup avec celui qui lui plaisait de plus en plus malgré la stupidité dont il faisait preuve en se laisse manipuler sans broncher.
- Très bien, je pars. Je pense en effet que ça vaut mieux pour aujourd'hui. Mais je reviendrais.
Lorsque la porte d'entrée eût claqué sur le praticien, Junno se tourna vers Kazuya, qui n'avait plus remué depuis la claque qu'il avait reçue.
- Kazu, ça va ? demanda l'aîné, inquiet, en se penchant vers lui.
Un murmure sortit alors des lèvres tant aimées. Trois lettres, qui poignardèrent Taguchi aussi sûrement que des lames chauffées à blanc.
- Jin… chuchota le cadet, la voix tremblante, avant de répéter, de plus en plus fort : Jin ! Jin ! JIN !
Sur ce dernier cri, Kazuya fondit en larmes, le visage dans les mains, oubliant tout ce qui n'était pas sa douleur.
- Jin, reviens… Reviens mon Jin… répétait-il sans cesse entre deux sanglots.
Malgré le choc que représentait le fait de réaliser que, cette fois, c'était consciemment que celui qu'il aimait appelait son rival, Junno, dont la pâleur était devenue dramatique, comprit que la dureté dont avait fait preuve Tôma envers lui, avait rappelé à Kazuya celle qu'usait Akanishi avec lui lorsqu'il le fallait. Et il réalisa que les choses ne pouvaient plus durer comme ça. Akanishi souffrait d'avoir perdu Kazuya, Kazuya souffrait de ne plus avoir Jin et lui-même souffrait de ne pas ETRE Jin. Il fallait que ça cesse. Et même si la méthode était pour le moins cruelle et brutale, elle avait au moins eu le mérite d'agir comme un électrochoc. La situation était ridicule. Il fallait faire quelque chose et il n'y avait pas trente-six solutions .
Se détournant sans chercher à calmer les pleurs de celui qu'il aimait toujours malgré tout, il quitta la pièce.
