Jamais de sa vie, Junno n'avait été à la fois aussi certain et moins sûr de ce qu'il faisait. Et en s'approchant de l'immeuble, il se traitait mentalement d'imbécile. N'importe qui d'autre, en étant traité comme il l'avait été et finalement rejeté, aurait laissé le responsable de tout en plan. Mais il ne pouvait pas. Il aimait toujours Kazuya et refusait de le laisser seul. La façon dont il avait finalement craqué, faisant voler en éclats la carapace dont il s'était enveloppé depuis son retour à Tokyo, prouvait qu'il n'était pas prêt à s'assumer seul. Taguchi était content que cette armure de méchanceté soit enfin tombée, car il semblait à nouveau humain, mais il regrettait que ce soit Tôma, un étranger, qui soit parvenu à ce résultat. Son cadet avait besoin de quelqu'un avec lui. De quelqu'un capable de le secouer quand il se laissait aller, de lui crier dessus quand il dépassait les bornes… ce que lui-même était incapable de faire et que, à sa connaissance, une seule personne pouvait faire. Sans risquer sa vie du moins.
Voilà pourquoi il était là, sous la pluie qui s'était mise à tomber, à marcher vers l'appartement de Yamapi, sachant qu'il LE trouverait très probablement là-bas.
Il y parvint une demie heure plus tard, complètement trempé et s'abrita sous le porche, avant d'appuyer sur l'interphone indiquant "Tomohisa".
« C'est pour quoi ? » fit la voix de Yamashita à travers l'appareil.
- C'est Taguchi.
« Hein ? Taguchi ? Mais qu'est ce que tu fous là ? », demanda Pi, éberlué.
- Heu… Je suis trempé, alors si je pouvais en parler au sec…
« Heu ouais, désolé. Monte. »
Un petit bzzzz se fit entendre et Junno poussa la porte du hall, avant de se diriger vers l'étage de l'appartement, dont le leader de News lui ouvrit la porte.
- Tu parle d'une surprise ! s'exclama Tomohisa. T'es bien le dernier que je m'attendais à…
- Je sais, le coupa Junno. Ecoute, est ce qu'Akanishi est là ? Il faut vraiment que je lui parle.
Le regard du News, inquiet, se perdit vers le salon, mais il resta dans le passage du KAT-TUN.
- Vu la façon dont vous avez "discuté" la dernière fois, je suis pas sûr que ce soit une bonne idée…
- Justement. C'est à propos de LUI qu'il faut que je parle à Akanishi. C'est important.
- Oh… Rien de grave au moins ? céda Pi, à présent inquiet lui aussi tant il n'avait pas l'habitude de voir le joyeux Junnosuke faire cette tête.
Sans répondre, le K AT-TUN dépassa le propriétaire des lieux et rejoignit le salon en quelques enjambées, Yamapi le suivant comme son ombre.
Jin était bien là, avachi devant une stupide émission de téléréalité, qu'il suivait sans vraiment la voir. Il avait des valises grandes comme une penderie sous les yeux et semblait dans un état de fatigue avancée. Une loque en fait. C'était à ça que ressemblait celui sensé représenter la solution au problème.
- Akanishi… fit Junno, tendu.
Rien que le voir l'énervait, mais il devait garder son calme. Pour Kazuya.
Un regard brun vide de toute expression se leva sur lui, puis reporta son attention sur l'écran, l'oubliant totalement. Merde, c'était pas possible… Ils étaient en train de se détruire l'un l'autre parce qu'ils se manquaient. Quel duo de crétins…
- Akanishi, Kazuya va mal. Il faut que tu le rejoignes. Il a besoin de toi, lâcha Taguchi, les poings serrés de douleur à s'en faire blanchir les articulations.
Un silence de mort accueillit cette déclaration, mais qui ne fut dû qu'à la non réaction de son interlocuteur, qui garda les yeux rivés sur l'écran.
- T'entend ce que je te dis, Bakanishi ? s'agaça Junno en faisant un pas dans sa direction. Kazuya…
- Attend, lui dit alors Yamapi en l'arrêtant du bras. Il va pas tarder à percuter. Dix… Neuf… huit… Sept… Six… Cinq… Quatre… Trois… Deux… Un…
Jin sursauta brutalement et tourna la tête vers eux.
- Sérieux ? Mais c'est génial ! s'exclama-t-il, soudain tout joyeux.
- Ah bah son état a l'air de te perturber, ça fait plaisir… ragea Junno, qui souffrait comme un damné d'en être réduit à implorer son rival de retourner avec celui qu'il aimait.
- Nan mais tu te rends pas compte ! Ca veut dire qu'il m'aime toujours ! Youhou ! fit encore Jin en tournoyant sur lui-même tout en sautillant.
- Heu… Jin, calmos… Je crois pas que t'aie une vision très nette de la situation, là… souffla alors Yamashita, qui voyait d'un mauvais œil le rapport entre les poings toujours serrés de Junno, la liesse de son meilleur ami et les meubles de son salon.
- Il m'aime moiiiiii ! Wouhouhou ! fit encore Jin sans s'occuper de la remarque de son ami, tout en entamant une danse de la joie autour d'eux.
- Jin, Jin ça suffit, dit alors Pi, en tentant d'immobiliser et faire taire son ami avant qu'une catastrophe ne se produise.
- Mouaaaaah chuis crop heureux ! Ch'est le plus beau chour de ma vie ! s'exclama encore la voix étouffée de l'ahuri de service derrière la paume posée sur sa bouche.
Le leader de News n'eut pas le temps de prévenir davantage l'ex KAT-TUN, que le poing de Junno s'écrasait sur sa mâchoire, l'envoyant valser sur le canapé.
L'instant d'après, la porte claquait violemment derrière Junno.
Un soupir désespéré échappa à Tomohisa, dont le regard se posa sur Akanishi, qui ne semblait pas avoir compris ce qui venait de lui arriver. Qu'est ce qu'il avait fait au ciel pour avoir un ami aussi con et dénué de tout tact ?
- Beuh… Qu'est ce qui lui prend ? Il a pété un câble ou quoi ? interrogea Jin en se redressant tout en passant la pain sur le point d'impact.
Yamapi se passa une main sur le visage. Ne pas craquer, ne pas craquer, rester calme, zen… Il avait l'impression de se dire ça en boucle depuis quelques temps. Avoir un Bakanishi chez soi était un exercice de patience perpétuel. Après ça, rien de ce que pourraient lui faire subir les membres de News ne pourrait plus en venir à bout, c'était certain.
- La vache, t'es vraiment con des fois. Tu le mérite bien ton surnom de Bakanishi, ya pas de problème, dit-il, fatigué.
- Ben quoi ?
- Le sens du mot "tact" te dit quelque chose ou c'est juste pour décorer dans le dico ?
- Mais quoi ?
- "Mais quoi ?" l'imita son ami, vraiment mécontent cette fois. Tu t'es même pas rendu compte de ce que tu racontais avec ton bonheur à la con.
Cette fois, le regard que Jin posa sur lui était franchement interloqué. OK… Son cas était désespéré. Il allait vraiment devoir tout lui expliquer en détails… Ce mec était une catastrophe ambulante…
- Kame t'as largué et Taguchi t'as fais comprendre de façon percutante qu'ils étaient ensemble, correct ?
Un hochement de tête concentré lui répondit, aussi il poursuivit.
- Donc s'ils sont ensemble, t'imagine bien que c'est pas franchement en dansant la carioca que Taguchi s'est pointé ici pour te demander de retourner voir Kame. Kame qui est SON petit ami à LUI.
Une étincelle de compréhension s'étant allumée dans les yeux de son ami sagement assis sur le canapé à l'écouter comme un élève écoute son professeur, Yamapi conclut :
- Ca veut dire qu'il a fait ça POUR KAME. Parce qu'il préfère que TU t'occupe de lui et qu'il aille mieux. Mais c'est pas pour ça qu'il a pas mal en te demandant un truc pareil à toi, qui est son RIVAL.
- Oh putain…
- Ca y est, tu percute ta connerie là ?
- Mais… pourquoi il a rien dis, ce con ? questionna Jin d'une voix blanche.
- Tu lui laissais même pas en placer une, abruti ! explosa Yamashita. Le plus con des deux, c'est toi là, hein !
Le silence retomba, que Pi brisa à nouveau :
- Qu'est ce que tu fous encore là, crétin ? Tu crois que Taguchi est venu jusque là pour que tu y aille pas tout de suite ? Fonce, moi je m'occupe de Junno.
Sans rien dire, Jin attrapa son blouson et quitta l'appartement, tandis que Tomohisa se saisissait de son portable pour appeler celui qui venait de les quitter.
En quittant l'appartement de Yamapi et Ryo, Junno n'avait plus qu'une idée en tête : fuir très loin. Là où son cœur en miettes ne risquerait pas de disparaitre totalement à cause de la douleur. Car cette souffrance, déjà bien vive lorsqu'il était sorti de chez Kazuya, s'était encore accrue avec les exclamations de joie d'Akanishi. Il se sentait mal, vide, seul, triste et incompris. Il n'avait personne pour le soutenir, personne pour lui remonter le moral. Enfin Yamapi avait bien essayé pendant quelques minutes en lui téléphonant, mais bien que le leader de News soit très gentil, ça n'avait pas fonctionné. Tout le monde autour de lui semblait avoir trouvé sa moitié, mais lui restait seul. Il n'avait pourtant pas mérité ça…
En pensant ces mots, la voix de Tôma prononçant ces mêmes paroles lui revint en mémoire. Tôma… Pourquoi l'avait-il envoyé balader, alors que le jeune kiné était manifestement simplement inquiet pour lui et que ce qu'il avait dit n'avait d'autre but que le défendre face aux agressions verbales de son amant ? Il se revit à ce moment-là et ne se comprit pas. Agir comme ça n'était pas dans ses habitudes. Il s'était montré injuste et cruel avec lui… Cette certitude accentua encore son malaise. Sa vie personnelle partait en miettes et il trouvait quand même le moyen de repousser les personnes qui pensaient à lui.
Dans sa poche, la carte portant les coordonnées du jeune praticien sembla soudain peser des tonnes et il la sortit, rivant les yeux dessus. Mais après la façon dont il avait été traité, comment Ikuta réagirait-il s'il l'appelait pour s'excuser ? Aaaaah c'était à devenir fou, cette histoire !
S'emparant de son portable, il composa le numéro fourni et attendit. Une sonnerie, deux sonneries…
« Allô ? »
- Tôma, c'est…
« Taguchi-san ? », s'étonna le médecin à l'autre bout du fil.
- Hum, confirma Junno. Je voulais m'excuser. Je me suis mal comporté avec vous.
« Quoi ? Mais non voyons… Vous n'avez pas à vous excuser. C'est moi qui suis allé beaucoup trop loin. Je n'avais pas à me mêler de votre vie. Vous avez eu parfaitement raison de me remettre à ma place. »
Un blanc. Long. Très long.
« Taguchi-san ? », reprit le praticien. « Est-ce que tout va bien ? Je me suis inquiété pour vous après mon départ. Je craignais qu'il ne devienne violent. »
A l'autre bout du fil, un sanglot se fit entendre. Ajoutées à tous les évènements de la journée, la gentillesse et la compassion de son interlocuteur avaient fait craquer Junno.
« Mais… vous pleurez ! », s'affola aussitôt Tôma. « Que se passe-t-il ? »
- C'est… C'est fini… balbutia le KAT-TUN entre deux pleurs.
« Fini ? », releva son aîné, interloqué. « Que voulez-vous dire par là ? »
- Lui… et moi… c'est… fini… répondit encore Taguchi à travers ses larmes.
« Oh… Ecoutez, j'ai encore trois patients à voir, mais ensuite nous pourrions aller boire un verre, qu'en dites-vous ? Vous avez besoin de discuter cette fois. », proposa gentiment le kiné.
- Oui…
« Rentrez donc chez vous prendre une bonne douche et vous reposer un peu et retrouvez-moi à dix-huit heures trente à mon cabinet, d'accord ? »
- D'accord… Merci Tôma.
« De rien. C'est normal. A tout à l'heure. »
Le correspondant de Junno raccrocha et celui-ci fit de même, avant de ranger son portable dans la poche de son jean, d'essuyer ses larmes et de se diriger vers chez lui pour suivre le conseil du médecin.
Tout au long du trajet entre l'appartement de Pi et celui de Kazuya, Jin n'avait qu'une crainte : que l'état de son bien-aimé soit pire encore que ce que Junno lui avait laissé entendre. Pourquoi, sinon, son rival se serait-il déplacé pour le voir, alors que depuis leur altercation à la Jimusho, ils ne pouvaient plus se voir ? C'est donc relativement paniqué, qu'il parvint au bâtiment où habitait son cadet. La question était de savoir s'il lui ouvrirait. Merde, il aurait dû demander les clés à Taguchi… Ca faisait misérable là. Il était sensé venir à la rescousse et se retrouvait à la porte.
Il s'apprêtait à frapper à la porte une énième fois, lorsqu'une voix se fit entendre derrière lui :
- C'est bien ce que je me disais… fit Junno en s'approchant, avant de sortir de sa poche le double des clés. T'es vraiment…
Il n'acheva pas sa phrase, mais introduisit la clé dans la serrure sans rien dire et ouvrit la porte, avant d'attraper le poignet de Jin, puis de la lui fourrer dans la main. Il se détourna ensuite, prêt à rebrousser chemin, mais la main gauche de l'ex KAT-TUN se posa sur son épaule, le stoppant dans son élan.
- Merci, fit Jin, sincère.
- Te fais pas d'illusion, Akanishi, rétorqua alors Taguchi d'une voix sourde, sans lui accorder un regard. C'est pas pour toi que je le fais. C'est pour lui. Juste pour lui.
- Je sais. Et c'est pour lui que je te remercie d'avoir compris.
Un rire sans joie accueillit ces paroles et Junno repartit comme il était venu, tandis que Jin faisait de nouveau face à la porte, à présent ouverte. Pénétrant dans l'appartement si familier, il referma le battant et entendit alors des sanglots étouffés en provenance de la chambre. L'inquiétude revenant au galop, il se précipita et aperçut alors Kazuya recroquevillé sur lui-même dans son fauteuil, pleurant toutes les larmes de son corps en l'appelant sans fin. Cette vision serra la gorge et le cœur de Jin, qui s'approcha.
- Jin… Jin, reviens… Je suis désolé, pardon… Reviens… Reviens Jin… Mon Jin… psalmodiait-il sans cesse en se balançant doucement d'avant en arrière, les bras serrés autour de son corps.
Bouleversé, l'interpelé se plaça tout contre le fauteuil roulant et leva une main pour forcer son cadet à poser la tête contre son ventre, tout en lui caressant les cheveux. Jamais depuis l'accident, il n'avait vu son Kazu aussi vulnérable et il en était tout retourné.
- Non, non, je veux Jin, seulement Jin, dit encore le plus jeune en sentant le geste, croyant que c'était Junno.
- C'est… C'est moi, Kazu, je suis là, finit par déclarer Akanishi, la voix rauque d'émotion. Je suis là maintenant, t'en fais pas. Ca va aller.
Le léger mouvement de balancier s'arrêta soudain et le visage ravagé de chagrin se leva lentement vers celui qui venait de parler, avant de se figer. Il ne se passa rien pendant des secondes qui parurent interminables à l'aîné et soudain…
- J… Jin ? C'est… toi ? balbutia Kazuya, incrédule.
Ce n'était pas possible. Il rêvait. Il n'y avait pas la moindre raison que ce soit lui, qu'il soit là, devant lui, à lui caresser les cheveux et à lui parler comme s'il ne s'était jamais rien passé de dramatique entre eux. Non, il n'y avait aucune raison qu'il soit venu après la façon horrible dont il l'avait traité. Il devait être victime d'une hallucination, c'était la seule explication possible. Alors pourquoi retenait-il son souffle en attendant une réponse impossible puisque les hallucinations ne parlaient pas ?
- Oui, je suis là… répondit juste le plus âgé, la gorge contractée par l'émotion.
Il y eut un nouveau blanc, puis Kazuya éclata en violents sanglots, en nouant avec force ses bras autour de la taille de celui qu'il n'avait jamais cessé d'aimer, le visage à moitié caché dans son t-shirt.
- J… Jin ! Oh Jin ! Si tu s… savais comme tu m'as man… manqué ! dit-il d'une voix hachée. J… je suis d… désolé ! Tell… tellement dé… désolé ! P… pardon !
Profondément touché de voir une telle détresse sur les traits parfaits de son bien-aimé, Jin dut prendre sur lui-même pour répondre.
- Shhhhht… Calmes-toi… dit-il doucement en continuant à lui caresser les cheveux. Je suis là maintenant…
Mais son cadet n'en avait pas terminé. Il ressentait le besoin de se décharger de ce qu'il avait sur le cœur et qui l'oppressait.
- C'… C'était f… faux, tu sais. Ce que j'ai é… écris avant de p… partir de New-Y… York. Je v… voulais juste que tu sois li… libre et pas t'… t'enchaîner à m… moi. Mais je… j'ai ja… jamais arrêté de t'ai… t'aimer.
- Kazu…
- J'ai été ho… horrible avec Ju… Junno, alors qu'il é… était si gentil. Je lui en v… voulais de pas être t… toi…
- Kazu, Kazu, stop. Arrête, tu te fais du mal.
- Et a… avec toi aussi j'ai été i… ignoble… J'ai… J'ai…
Il ne put poursuivre, car l'index de son aîné s'était posé sur ses lèvres pour le faire taire.
- Arrête cette auto-flagellation, ok ? Je t'en veux de rien.
Les grands yeux noisette, encore noyés de larmes, le fixèrent, incrédules.
- M… Mais pou… pourquoi ? T'au… aurais des raisons pour… pourtant…
- Parce que je t'aime, baka.
- J… Jin…
L'aîné se pencha alors et posa doucement ses lèvres sur celles de son cadet, avant d'accentuer le baiser, tandis que les bras de Kazuya quittaient sa taille pour s'enrouler autour de son cou. Il s'écarta ensuite, faisant paniquer son cadet.
- N… Non ! T'en v… va pas !
- C'est pas mon intention, Kazu, calmes-toi. Si je suis revenu, c'est pour rester.
Rassuré, le plus jeune se laissa soulever dans les bras musclés de son bien-aimé et déposer sur le lit où Akanishi le rejoignit aussitôt, le serrant contre lui. Ces étreintes toutes simples et tendres leur avaient tant manqué, qu'ils s'en repaissaient à présent qu'ils s'étaient retrouvés. Sans rien dire, Jin embrassa son cadet sur le front et l'installa plus confortablement contre lui, lui faisant poser la tête sur son torse au niveau de son cœur. Ils étaient si bien là, seuls tous les deux. Les choses étaient enfin redevenues ce qu'elles n'auraient jamais du cesser d'être.
Un bâillement se fit entendre, faisant sourire l'aîné.
- Bah oui, fit-il en souriant. Quelle idée aussi de pleurer à s'en rendre malade… Dors mon Kazu. Je ne partirais plus jamais.
Bercé par les battements du cœur de son bien-aimé, la voix faible de Kazuya, presque endormi d'épuisement, lui parvint une dernière fois.
- Je t'aime, Jin.
- Je t'aime, Kazu.
La pluie s'était remise à tomber et les rares passants qui s'attardaient encore se dépêchaient d'aller se mettre à l'abri. Junno, caché sous un déguisement pour passer inaperçu, s'était abrité sous le porche, bien qu'il soit déjà trempé. A l'heure dite, Tôma quitta son cabinet, un blouson en cuir sur le dos, une sacoche au côté et un parapluie dans la main.
- Vous n'avez pas trop attendu ? demanda le médecin en souriant.
- Non, ça va, répondit la voix morne du KAT-TUN.
- On y va ?
Hochant la tête, Taguchi emboita le pas à son nouvel ami, qui semblait savoir où il allait. Quelques minutes plus tard, ils étaient attablés l'un face à l'autre dans un bar et passaient commande. Le silence s'éternisa jusqu'à ce que les boissons arrivent, puis Tôma but une gorgée de bière et demanda :
- Que s'est-il passé ?
Tête basse, Junno passa ses deux mains dans ses cheveux, coudes sur la table.
- Taguchi-san ? insista gentiment Ikuta en le regardant, la tête légèrement penchée sur le côté.
- Junno.
- Très bien. Alors, Junno, que s'est-il passé ?
- C'est une longue histoire…
- J'ai tout mon temps et vous avez besoin de parler, répondit l'aîné en buvant une nouvelle gorgée.
Alors, comme si les paroles du médecin recelaient un pouvoir particulier, les vannes du ressenti de son cadet s'ouvrirent et il raconta tout : quand et comment il était tombé amoureux, le départ de Jin et comment il avait soutenu Kazuya, la maladie et l'accident de ce dernier, le retour de son cadet et son coup de fil de détresse, la façon dont il s'était installé chez lui pour l'aider, le premier baiser qu'ils avaient échangé, leur première fois et la vie quotidienne rythmée par les rebuffades récurrentes.
Junno était plutôt du genre bavard, mais là, il avait tellement besoin de s'épancher, qu'il parla sans discontinuer pendant plus d'une heure, ne s'interrompant que quelques secondes de temps à autre pour boire une gorgée de sa boisson et Tôma s'abstint de le couper, se contentant de l'écouter. Le cadet était si pris par son récit, qu'il ne se rendit même pas compte que son silencieux interlocuteur avait posé sa main sur la sienne et la caressait doucement du pouce pour l'apaiser.
- Pour finir, conclut Junno, la voix brisée, il a fondu en larmes en appelant Akanishi et j'ai compris que ça suffisait. Alors je suis allé chercher l'autre baka où il était, je lui ai amené et je suis parti.
Il y avait tant de douleur dans sa voix, alors qu'il passait sa vie en revue sa vie durant ces dernières semaines, que Tôma se sentit mal pour lui, tout en se réjouissant intérieurement qu'il ait enfin ouvert les yeux et pris la décision la plus bénéfique pour lui.
- Même si c'est douloureux pour le moment, je pense que vous avez bien fait de partir, Junno, lui dit-il. Maintenant, vous allez pouvoir aller de l'avant.
- Mais comment l'oublier alors que je le verrais tous les jours aux répétitions ? demanda Taguchi sans remarquer le geste de son vis-à-vis.
- Ce sera long, admit Ikuta. Mais le temps guérit toutes les blessures. Y compris celles du cœur.
- On dirait que vous parlez d'expérience…
- J'ai eu mon lot de ruptures douloureuses aussi. Même si je n'en ai jamais vécu qui ressemble à celle-ci.
- Je n'aurais jamais pensé qu'on pouvait avoir si mal…
- Je sais… Mais ça passera. Le mieux serait que vous puissiez reporter votre affection sur quelqu'un d'autre.
- Je vois mal qui pourrait le remplacer, soupira Junno en passant ses deux mains sur son visage.
Le geste le libéra de la main d'Ikuta, sans qu'il semble avoir remarqué quoi que ce soit.
- Il suffit d'ouvrit les yeux sur votre entourage et de ne surtout pas vous replier sur vous-même, expliqua ce dernier tout en pensant qu'il allait avoir du mal à faire comprendre à son vis à vis qu'il parlait de lui.
- Vous croyez ?
- J'en suis sûr. Je suis passé par là aussi.
Un léger sourire étira les lèvres de Junno, bien qu'il ne comprenne pas comment on pouvait larguer un homme si beau, gentil et compréhensif.
- Et bien voilà qui est mieux, déclara le médecin en souriant.
- Hein ? fit le cadet, interloqué.
- Je préfère vous voir sourire. Les larmes ne vous vont pas.
- Oh… oui, je suppose que c'est ce que les autres me diraient aussi.
- Les autres ? releva Tôma, étonné.
- Les autres membres du groupe, précisa Taguchi.
- Ah oui.
Il était si facile de discuter avec son cadet, il était d'un abord si simple et si aisé à déchiffrer, que le praticien avait tendance à oublier que son séduisant interlocuteur était extrêmement célèbre. Soudain, l'idée que des milliers de filles (et de garçons sûrement, car il ne devait pas être le seul à s'être laissé prendre au charme de Junnosuke) fantasment sur lui, crient son nom et possèdent des choses à son effigie, énerva prodigieusement Tôma, qui n'était pas vraiment partageur au niveau sentimental. Soit il n'avait aucun droit sur le KAT-TUN, mais ça n'enlevait rien à son agacement.
- Tôma ? fit la voix de l'objet de ses pensées. Vous êtes avec moi ?
- Oui oui, excusez-moi Junno. J'ai eu une absence.
Un nouveau petit sourire. Amusé cette fois.
- Et ça vous arrive souvent ?
Ikuta eut envie de répondre que c'était seulement quand ils étaient ensemble, mais s'abstint. Etant donné l'échec de la première allusion, le chanteur n'était visiblement pas encore prêt pour ça.
- Parfois, se décida-t-il à répliquer.
- C'est bon à savoir.
Un nouveau silence se fit, bien plus léger à présent que l'Idol avait dit ce qu'il avait sur le cœur Dans un geste simultané, chacun se saisit de son verre et en but le tiers d'un trait, avant de le reposer exactement en même temps. Constatant ça, Junno éclata de rire et ce sont, que Tôma n'avait pas encore entendu, lui sembla magnifique. S'il l'avait voulu, il aurait pu apprendre à son sujet tout ce qu'il souhaitait et même davantage en consultant internet, mais il ne voulait pas car il préférait apprendre à le connaître par lui-même, en lui parlant. Cela étant, il avait l'impression que, lorsque Junnosuke n'était pas déprimé par une histoire de cœur, il était une vivante incarnation de la joie de vivre, trouvant systématiquement le bon côté de chaque chose. Un peu comme lui en fait.
- Junno, je peux vous poser une question ?
- Hum ?
- Kamenashi-san… était votre première relation, n'est ce pas ? avança prudemment le médecin.
Surpris, Taguchi le fixa.
- Qu'est ce qui vous fait dire ça ?
- La façon dont vous en parlez et dont vous souffrez. Quelqu'un d'expérimenté ne réagit pas comme ça. Il a mal, bien sûr, mais il n'est pas… brisé de l'intérieur.
- Hum… Comment le savez-vous ?
- Je suis passé par là il y a quelques années, alors je reconnais les "symptômes", répondit Ikuta en ponctuant son explication de guillemets imaginaires avec ses doigts.
- Qu'est ce qui s'est passé ? Pourquoi est-elle partie ? questionna Junno, curieux, avant de porter à nouveau le verre à ses lèvres.
Alors ils y étaient déjà… Tôma n'avait pas vraiment prévu de lui faire comprendre aussi vite son orientation sexuelle, mais puisque c'était son cadet qui abordait le sujet…
- Il, dit-il simplement.
Le mot fit s'étrangler Junno, qui se mit à tousser bruyamment pour tenter de retrouver son souffle perdu.
- Qu… Quoi ? fit-il.
- Ce n'était pas "elle", mais "il", répéta le médecin, pas le moind du monde embarrassé, avant de boire une gorgée.
Les yeux du KAT-TUN s'écarquillèrent et il le fixa, bouche bée.
- Hein ? T'es gay ? s'exclama Taguchi, le tutoyant dans sa surprise.
- Pas si fort, monsieur popularité, sinon tu vas attirer l'attention et te faire repérer. Je tiens pas à jouer les garde du corps, je suis pas taillé pour, s'amusa Tôma, passant lui aussi au tutoiement, avant de terminer son verre.
- Mais…
- C'est pour ça que je te comprend mieux que personne, acheva l'aîné en souriant.
Un nouveau silence, puis le chanteur se leva et, ajustant les lunettes qui lui servaient de déguisement, lança :
- Merci de m'avoir écouté. J'y vais. Salut.
Il contournait déjà la table pour sortir au plus vite, lorsque les doigts fins de son aîné, enserrant son poignet, l'arrêtèrent dans son élan.
- Pourquoi fuis-tu ?
- Je fuis pas.
- Tu fuis et tu le sais. Pourquoi ? Parce que tu sais que je suis comme toi ? Je suis pourtant le même que lorsque tu me pensais hétéro, Junno.
- Je sais, fit Taguchi d'une voix sourde sans le regarder.
- Alors que crains-tu ?
- Rien.
- Tu mens. Tu mens et, ce qui est pire, tu TE mens
- Arrête. Laisse-moi.
Son cadet n'avait pas élevé la voix, pourtant, Tôma estima plus sage d'obtempérer et il lâcha le poignet de son interlocuteur. Libéré, celui-ci lui jeta un très bref regard et quitta le bar comme un ouragan. Ikuta soupira. Il allait VRAIMENT avoir du travail, s'il voulait attirer à lui le très célèbre et convoité Taguchi Junnosuke.
Alors que, depuis plus de deux heures, Jin caressait les cheveux de son aimé endormi près de lui, s'enivrant du délicat parfum de sa peau et appréciant de le sentir de nouveau blotti contre lui, Kazuya commença à s'agiter dans son sommeil. Quelques instants plus tard, il se redressa brusquement, le front emperlé de sueur et une expression d'intense effroi plaquée sur ses traits parfaits.
- JIN ! s'écria-t-il, le cœur battant à tout rompre et la respiration saccadée par la frayeur qu'il venait d'avoir.
- Hé, Kazu, je suis là, déstresse, le rassura l'interpellé en lui tournant doucement la tête pour que son cadet le regarde.
Les prunelles noisette semblèrent le scruter dans l'espoir qu'il ne soit pas qu'une illusion créée par son esprit puis, comme s'il ne pouvait croire ce que voyaient ses yeux, le plus jeune leva les mains et, du bout des doigts, redessina chaque détail du visage tant aimé, comme un aveugle cherchant à apprendre les traits de quelqu'un, à la différence qu'il connaissait déjà tout de lui.
Comprenant que, malgré tout, son Kazu avait besoin de ça pour ce rassurer sur sa réalité, Jin se laissa faire, n'osant qu'à peine respirer tant le geste était intime. Peut-être plus encore qu'une union charnelle et certainement plus encore qu'un baiser, aussi fougueux soit-il.
- Jin… Tu es là… Tu es vraiment là… murmura finalement Kazuya, au bord des larmes.
Le cadet cligna des yeux et de grosses perles translucides roulèrent sur ses joues, que son aîné effaça doucement des pouces, avant de déposer un léger baiser sur ses lèvres si douces.
- Kazu…
Il ne prononça pas un mot supplémentaire, mais ces quatre lettres recelaient tant d'amour, que les larmes du plus jeune se transformèrent à nouveau en violents sanglots, qu'il tenta d'étouffer dans le t-shirt de son bien-aimé.
- Hé, Kazu, qu'est ce qui se passe ? demanda Jin, inquiet et désarmé devant une détresse qu'il ne comprenait pas.
Mais les sanglots ne se calmaient pas et l'aîné ne savait pas quoi faire.
- Kazu… si tu me disais pourquoi tu pleure comme ça, hein ? J'aime pas te voir dans cet état, tu le sais très bien.
Pendant plusieurs secondes, il n'entendit rien d'autre que la respiration de son cadet, qu'il forçait à se calmer, puis, quand celle-ci eut reprit une vitesse normale, le plus jeune se redressa.
- Ex… cuse-moi, fit-il en souriant à travers ses larmes.
- Au lieu de t'excuser, raconte-moi, baka.
Calant son dos contre le torse d'Akanishi, Kazuya attendis que les bras de celui-ci entourent sa taille et que son menton se pose sur son épaule, pour demander :
- T'es sûr que tu veux savoir ? C'est pas gai, tu sais.
- Ben dans la mesure où tu t'accrochais tellement fort à moi que t'as failli déchirer mon t-shirt… oui, j'aimerais.
Un long soupir, puis le cadet se lança.
- Pendant tout le temps où… on était plus ensemble, je faisais des cauchemars toutes les nuits. Des lesquels tu m'abandonnais sans un regard. Et quand je me réveillais en sursaut, en criant ton nom… tu n'étais pas là, alors ça me… (il s'interrompit et fit un petit sourire désolé à son bien-aimé qui avait pris ses mains dans les siennes) Enfin rien n'arrivait à me calmer. Et plus le temps passait, plus le contenu de mes cauchemars empirait, au point que j'avais peur de m'endormir.
Un blanc suivit ces aveux, car Jin ne savait pas trop quoi dire. Il ne voulait pas retourner le couteau dans la plaie de son Kazu, qui semblait avoir bien souffert d'une séparation qu'il avait pourtant lui-même provoquée sous un prétexte fallacieux. Il allait d'ailleurs bientôt falloir qu'ils en parlent et ça risquait de ne pas être drôle, voire de tourner à la dispute, ou même carrément au pugilat. Et Akanishi ne le voulait pas. Pas tout de suite. Il voulait encore un peu apprécier la douceur revenue de son bien-aimé. Juste encore un peu, même si ça n'allait pas durer, car il le connaissait bien, son Kazu.
- Jin ? Ca va ? demanda ce dernier devant son silence.
- Oui oui, ne t'en fais pas.
- T'es sûr ? t'as l'air… ailleurs.
- Ca va, je t'assure. Mais dis-moi… la présence de Junno te rassurait pas ?
La mention du KAT-TUN éjecté refroidit légèrement l'atmosphère, car Akanishi se forçait à prononcer ce prénom qui lui rappelait cette période où il n'était pas l'homme qui veillait sur son cadet.
- Quand je m'endormais, si. Mais il pouvait rien contre la puissance de mes mauvais rêves… Le seul qui y aurait pu quelque chose, c'était toi.
- Mais j'étais pourtant là ya cinq minutes et ça a rien empêché.
- C'est que j'ai pas encore vraiment réalisé que t'étais avec moi.
Un blanc de nouveau, puis Jin reprit la parole, chassant de toutes ses forces la vision persistante d'un Taguchi en train de toucher son Kazu, afin de conserver son calme. Pour Kazuya.
- OK, ça explique tes cauchemars, mais pas pourquoi t'as pleuré encore plus en me voyant. Je suis devenu si moche que ça ?
L'insinuation fit rire Kazuya, pour la première fois depuis plusieurs semaines. Rien que de savoir son Jin près de lui, il se sentait déjà bien mieux.
- Mais non, baka. Enfin quoique t'as une mine affreuse. Ca fait combien de temps que t'as pas dormi ? questionna le plus jeune en effleurant du doigt les cernes sous les yeux de son bien-aimé.
Un sourire de façade fleurit sur les lèvres de l'aîné qui, dans les circonstances actuelles, ne pouvait bien évidemment pas lui rétorquer que c'était à force de s'inquiéter pour lui et de l'imaginer tantôt au plus mal, tantôt dans les bras d'un autre. Il évita également de lui dire qu'il avait presque rendu fou Yamapi à force de gémir sur son sort et sur la façon de le récupérer.
- Jin ?
- Hum ?
- Où t'as passé ces dernières semaines ?
La question à laquelle l'aîné ne s'attendait pas. Mais il ne voulait pas lui mentir et puis, Kazuya savait très bien que Yamashita était son meilleur ami alors…
- Chez Pi.
- Ah.
"Ah" ? C'était tout ? Pas de crise de jalousie ni rien ? Wow… Pas possible, on lui avait changé son Kazu ou quoi ?
- Heu Kazu, t'es sûr que ça va ?
Etonné, l'interpellé tourna la tête vers lui entre ses bras.
- Maintenant oui, pourquoi ?
- Bah je sais pas. Avant tu m'aurais à moitié agressé en m'accusant d'avoir fait je ne sais quoi avec Pi. Surtout pendant aussi longtemps. Et là bah… rien.
- Pourquoi, t'as quelque chose à te reprocher ? demanda alors Kazuya qui avait perdu son sourire, en le fixant intensément.
- Avec Pi ? Arrête, tu délire.
- Bah alors c'est quoi le problème ?
- Bah le problème c'est qu'y en a pas justement. Et c'est louche.
Une tape sur la tête accueillit ces paroles.
- Baaaaka.
- Ah ouf, je préfère ça. Tu m'as presque foutu la trouille hein.
Tous deux se regardèrent, puis éclatèrent de rire en même temps. En voyant les étincelles de malice qui s'étaient allumées dans ses iris noisette, Akanishi se sentit juste heureux et vivant. Bon sang que c'était bon de le retrouver. Jin avait presque l'impression de retrouver son Kazu d'avant l'accident. Le diction qui disait "on ne se rend compte de la valeur des choses et des gens que lorsqu'on les perd" était exact. Il n'avait été que l'ombre de lui-même jusqu'à la minute où Taguchi avait fait irruption chez Tomo. Et il revivait depuis qu'ils s'étaient retrouvés.
Un gargouillement bruyant émanant de l'estomac d'Akanishi mit fin à la conversation en faisant rire le duo.
- Il est si tard que ça ?
- Baaaah… il est midi douze, rétorqua Jin en lui tirant comiquement la langue.
- Hein ? fit le cadet en jetant un œil à la nuit tombée.
- Cherche pas, soupira l'incompris. Il est vingt heure trente passé.
- Ah. Ton estomac est vraiment réglé comme celui des mômes, hein, remarqua Kazuya, hilare.
- Désolé.
- Pi a survécu à trois semaines avec un ventre à pattes comme toi ?
- Bah il a bien fallu. Je lui ai pas tellement laissé le choix.
- Et comme il est trop gentil, il t'a pas envoyé bouler, hein ?
Un grand sourire lui répondit et, une nouvelle fois, le plus jeune éclata de rire.
- Allez, j'vais faire le repas, dit-il en prenant appui sur ses bras pour se décaler vers son fauteuil.
Il remonta les accoudoirs et s'y glissa avec l'aisance que procure l'habitude, sous le regard surpris de son fiancé. Il avait donc réussi à s'y faire au point de rendre presque naturel ce geste douloureux ? Et tout ça pendant qu'il n'était pas là… Cette constatation lui serra le cœur et sa tristesse soudaine transparut sur son visage.
- Jin ? Ca va pas ? demanda alors son cadet, inquiet.
C'était du Kazu, ça. Il remarquait tout. Et alors que c'était lui qui allait très mal deux heures auparavant et pourtant, c'était lui qui s'angoissait pour lui.
- Si si ça va t'inquiète. J'ai juste trop faim.
- Baka, sourit le plus jeune, avant de rouler rapidement hors de la chambre.
Pensif, Jin suivit le fauteuil des yeux jusqu'à ce qu'il soit hors de vue, puis s'assit sur le bord du lit. Pourquoi avait-il abordé le sujet « Junno » ? Il devait être maso. Rien que de les imaginer ensemble, partageant ce lit sur lequel il se tenait, Akanishi devenait presque fou. Arriverait-il à dépasser ça ? A passer outre le fait que son bien-aimé s'était donné à un autre que lui ? Cesserait-il de voir derrière ses paupières closes la fusion de leurs deux corps ? Il n'en savait rien mais l'espérait de toutes ses forces. Il l'avait presque perdu trois fois, alors il était hors de question qu'il laisse quoi que ce soit les séparer encore. Même pas ses propres craintes.
