13h20, 17 février 2011

Craignant que son Kazu ne s'inquiète, Jin se hâta de le rejoindre dans la cuisine. Ils devaient parler de certaines choses désagréables, mais il attendrait la fin du repas pour les aborder, histoire de faire durer encore quelques poignées de minutes la tranquillité et le bonheur si fraîchement retrouvés.

L'aîné s'approcha et eut alors la surprise d'entendre son cadet chanter à mi voix. Il chantait ? Mais ce n'était pas arrivé depuis… depuis… tellement longtemps qu'il n'arrivait même pas à s'en souvenir. Il en avait même oublié combien cette voix tantôt grave, tantôt cristalline, avait le pouvoir de le transporter dans un autre monde dès qu'elle s'élevait. Sans remuer ni émettre un son, il resta adossé au chambranle de la porte, les yeux rivés sur la nuque du plus jeune, qui faisait pivoter son fauteuil vers un placard. Fermant les yeux, Akanishi se laissa envoûter et n'eut aucun mal à reconnaitre la chanson : « Kizuna ». Le simple fait, qu'entre tous ses solos, il ait précisément choisi celui-ci, était significatif.

- J'avais oublié à quel point j'aimais t'entendre chanter, dit-il lorsque la chanson arriva à son terme.

Dans son fauteuil, Kazuya sursauta en entendant la voix de son compagnon et, posant sur ses genoux la planche à découper qu'il tenait, fit tourner l'engin et le regarda.

- Ah tu m'as foutu la trouille. T'es con d'arriver en furtif comme ça. Tu veux que je fasse un arrêt cardiaque ou quoi ?

- Mais nan. Et puis ça risque pas, t'es trop solide pour ça, rétorqua Jin, en se penchant pour l'embrasser.

Le cadet répondit au baiser, puis sourit.

- Et si tu me faisais entendre comment tu te débrouille en anglais ? demanda-t-il en faisant demi tout pour reprendre la préparation du repas où il l'avait arrêtée.

La demande surprit l'ancien exilé, qui se rapprocha. Il observa quelques instants les mouvements de son bien-aimé, qui s'était emparé d'une planche à découper qu'il avait solidement posée sur ses genoux et avait entrepris de découper des légumes en rondelles. Une fois encore, Jin fut surpris du naturel que recelaient ces gestes. Comme s'il s'était résolu à être cloué dans ce fauteuil pour le reste de sa vie, alors que Kitagawa avait juré qu'il remarcherait. Encore une chose qu'il allait falloir aborder. Entre la véritable raison de sa fuite de New-York, la cause de son passage bien trop long dans les bras de Junno, l'explication de son acceptation du fauteuil et celle de son refus de se plier aux consignes du kiné envoyé par Johnny-san… ça commençait à faire beaucoup. Le reste de la journée n'allait pas être drôle du tout.

- Tu veux un concert privé en somme, dit-il en souriant en coin.

- J'irais pas jusque là, mais je voudrais avoir un aperçu de ce que tu as fais là-bas. Ca t'ennuie ?

- Non pas du tout. Mais… tu veux bien ne pas me regarder en maniant ce couteau ? J'ai pas tellement envie que tu te coupe. Fais attention à ce que tu fais plutôt.

- Arrête de flipper, maman poule… C'est moi ! rétorqua Kazuya avec un petit sourire plein de fierté.

La déclaration, tellement… lui, fit rire Akanishi. Bon sang, que c'était bon de retrouver son Kazu. De l'entendre rire, chanter et se vanter à nouveau, de le voir sourire et bouger devant lui (même si, pour le moment, c'était en fauteuil)… de le voir vivre enfin après tant de semaines d'apathie.

- Alors, cette chanson ? reprit son cadet en reportant son attention sur les carottes qu'il éminçait, appliquant malgré tout son conseil.

Alors, désireux de faire plaisir à son bien-aimé, la voix de Jin s'éleva à son tour.

Saw you there (saw you there)

Looking for (looking for)

Not for everything just anything that will make this life (life)

I'm giving (I'm giving)

What you need

So just hold your hand out

I can share with you girl

Your mind I need, use it to feel me

Tokyo's gonna know yellow gold

I can share with you this world

Oooohhhh

I could make you beautiful

Ye-ye-ye-yellow gold gold gold

You better wear it, wear it, wear it

It as your as your crown crown

Ye-ye-ye-yellow gold gold gold

You better wear it, wear it, wear it

It as your as your crown yeah

Ohhh oh oh oh oh oh

Oh oh oh oh oh oh

Oh oh oh oh

Just hear me. Follow me

Gotta tell you how things should be for you if you're with me

This new life in Tokyo

Come and find it out tonight

I can share with you girl

You could change your life with my help

No not then, this is when. Make a change now

I can share with you this world

Oooohhhh

I said I could make you beautiful

Hey~

Ye-ye-ye-yellow gold gold gold

You better wear it, wear it, wear it

It as your as your crown crown

Ye-ye-ye-yellow gold gold gold

You better wear it, wear it, wear it

It as your as your crown yeah

You are a diamond precious stone left alone

But you can only be so (ooh) much on your own

I'll polish your cut and set you in gold with my hands, yellow bands, shiny yellow lining ohh

So with the 4 Cs (look at me) pulling inside of me would I give you what you need

This is my life that only I can be

So dangerous with this oh

Yellow gold thing

Ye-ye-ye-yellow gold gold gold

You better wear it, wear it, wear it

It as your as your crown crown

Ye-ye-ye-yellow gold gold gold

You better wear it, wear it, wear it

It as your as your crown yeah

Lorsque l'aîné se tut, il se rendit compte que le silence s'était fait dans la cuisine et il se demanda si c'était bon ou mauvais signe. Le blanc s'éternisant sans que son cadet fasse mine de prendre la parole, Jin prit sur lui de le faire.

- Alors, Kazu, qu'est ce que tu en pense ? demanda-t-il.

L'approbation de celui qu'il aimait était si importante pour lui, qu'il était désormais surspendu aux adorables lèvres de son interlocuteur.

- Je ne sais pas, finit par dire ce dernier. Je crois que je suis pas capable de dire si cette chanson est bonne ou mauvaise.

La surprise se peignit sur les traits de l'interprète.

- Pourquoi ? questionna-t-il.

- Je suis plus habitué à t'entendre chanter une chanson entière dans une autre langue que la notre en fait, alors j'ai un peu de mal.

- Ah…

Il n'avait pu empêcher la déception de naitre dans sa voix sur cette seule interjection. Il ne s'était pas attendu à ce type de réponse et ne savait trop comment le prendre.

En entendant cette réaction qui n'en était pas vraiment une, Kazuya leva la tête de sa tâche qu'il avait reprise et le fixa, les sourcils froncés.

- Oh fais pas la gueule. J'ai pas dis que c'était nul ni que j'aimais pas, juste que j'avais du mal. Met-toi à ma place deux secondes : je t'ai plus entendu chanter en anglais depuis "Wonder", moi, alors j'ai un peu perdu l'habitude.

Entendre la soudaine désapprobation de celui qu'il aimait tant, fit baisser la tête à Jin. Il avait l'impression d'être redevenu un KAT-TUN se faisant réprimander par son leader. Mais bizarrement, il ne trouvait pas ça désagréable de se retrouver projeté quelques mois en arrière, comme si rien n'avait changé.

- Alors, on mange quoi ? demanda finalement Jin pour changer de sujet.

- J'ai pas encore vraiment décidé. Je le fais au feeling on va dire.

- Et ben ça promet… railla gentiment Akanishi.

La moquerie fit réagir le cadet, qui resserra la prise sur le manche du couteau et, d'un faux air méchant, lança :

- Ca veut dire quoi ça ? Fais gaffe, j'suis armé !

- Hum… t'es pas crédible là, Kazu.

- Et pourquoi ?

- La menace cadre pas avec ton visage d'ange, répondit Jin en se penchant pour l'embrasser, avant d'éclater de rire devant son air interloqué.

A son tour, le plus jeune s'esclaffa, puis s'assombrit aussitôt. Levant les bras pour poser ce qu'il avait encore sur les genoux sur le plan de travail, Kazuya roula sans un mot vers le salon et se positionna face à la fenêtre. Il ne pouvait plus supporter de s'entendre qualifier d'ange à présent, car il était loin, très loin de l'être. Des flashs de son abominable comportement envers Junno lui revinrent et la culpabilité le submergea comme un raz-de-marée, faisant déborder des larmes dont il n'avait même pas conscience quelques instants auparavant.

Inquiet de la soudaine saute d'humeur, Jin le rejoignit aussitôt et posa une main sur son épaule.

- Kazu ? Ca va pas ? lui demanda-t-il, compatissant, avant de se rendre compte qu'il pleurait. Qu'est ce qui se passe ?

- Je… mérite pas que tu sois... revenu, balbutia le plus jeune entre deux sanglots. Je suis… pas un ange… Je suis un… monstre…

L'emploi du mot pour se qualifier, décontenança son aîné. Qu'est ce qui pouvait justifier qu'il dise ça ? Qu'avait-il bien pu faire qui justifie ce terme ? Bien sûr, Akanishi savait que son fiancé avait mauvais caractère (comme lui. "Qui se ressemble s'assemble" dit le proverbe), mais de là à dire ça…

- Pourquoi tu dis un truc pareil ? questionna-t-il.

Comme seul le silence lui répondait, il glissa une main sous son menton, lui levant doucement la tête pour le forcer à le fixer, mais son cadet s'obstina à fuir son regard.

- Kazu ? insista-t-il.

- J'ai été… ignoble… avec Junno. Pire… qu'ignoble même. Je crois qu'il… y a même pas de… mots pour décrire ce… que je lui ai… fais.

Jin réprima un soupir en entendant le diminutif de son ancien ami. Alors ça y est, ils abordaient l'un des sujets qu'il aurait tant voulu éviter encore un peu. Et comme c'était son cadet lui-même qui en parlait, il n'y avait plus moyen de revenir en arrière. Ils allaient devoir percer ce premier abcès tout de suite, même si l'ordre dans lequel il aurait voulu aborder ça n'était pas respecté. Il fallait qu'il garde son calme à tout prix pendant la conversation. Quoi qu'il entende par la suite, il fallait qu'il reste calme. Il ne pouvait pas se permettre de s'énerver sur lui alors qu'ils venaient seulement de se retrouver. Une dernière inspiration. Profonde. Pour se donner le courage de poser la question qui lancerait la machine sans possibilité de retour.

- Comment en es-tu venu à… être avec lui ?

Bon, ça allait. Malgré la colère qu'il éprouvait en imaginant leurs corps fusionnés, il avait réussi à garder une voix normale.

Il y eut un silence qui s'éternisa, seulement troublé par les petits reniflements qui témoignaient du fait que son cadet cherchait à calmer ses sanglots et Akanishi patienta. Le brusquer ne servirait à rien d'autre que le braquer. Et ils s'engueuleraient bien assez tôt sans provoquer la dispute.

- J'ai… Quand je suis parti… commença laborieusement Kazuya. Enfin quand je suis arrivé ici, j'étais, perdu en quelque sorte. Je n'avais pas vraiment réalisé moi-même que… je t'avais quitté ni que je n'allais pas tarder à avoir des problèmes à cause de mon état.

- Continue, dit seulement son interlocuteur.

Il y eut un nouveau silence, comme si le plus jeune cherchait ses mots, puis il reprit :

- Les problèmes se sont enchainés : la marche de l'entrée, les placards et armoires trop hauts, la salle de bain et les toilettes inaccessibles… En à peine un quart d'heure, j'avais réalisé tout ce que tu… faisais pour m'aider quand j'étais à New-York et j'ai compris que je ne pouvais plus vivre seul. J'étais largué, je ne savais pas quoi faire et c'est là que j'ai pensé à Junno. Je sais ce que tu vas me dire : pourquoi lui ?

- Effectivement.

- Pour une raison toute simple : c'est le plus grand.

- Ah…

Alors ce n'était pas parti d'une histoire d'attirance physique, mais d'un bête constat pratique… Ce qui le rendait encore plus "curieux" (le mot était-il bien choisi dans la mesure où il n'avait pas tellement envie de connaître les détails ?) de savoir comment le reste était arrivé.

- Bref, je l'ai appellé, il est arrivé et il a compris le problème tout de suite. Tu sais, on est injustes avec lui, il est beaucoup plus intelligent qu'on croit.

Jin grogna. Il n'avait pas tellement envie d'entendre son Kazu se répandre en louages sur son rival, désormais évincé, mais rival tout de même.

- Et ensuite ?

- Ensuite… je lui ai dis que j'avais besoin de prendre une douche.

A ça y était. On était au cœur du problème…

- Et ?

- Et les choses se passaient bien, jusqu'au moment où je me suis rendu compte qu'il…

Le cadet s'interrompit. Comment dire un truc pareil à son Jin ? Ca faisait presque pervers tellement c'était gênant à formuler.

- Qu'il ? l'encouragea Akanishi, même s'il n'était VRAIMENT pas sûr d'apprécier la suite.

- Qu'il… réagissait physiquement à mon contact.

- HEIIIIIIIIIN ? s'exclama alors l'aîné, les yeux écarquillés. OH LE…

Alors là, il ne s'y attendait pas du tout. Et il avait une furieuse envie de coller son poing dans la tronche de Taguchi.

- Jin ? Je peux continuer ?

- Heu ouais désolé. Vas-y, je t'écoute.

- C'est là que j'ai compris avec ahurissement que lui aussi était gay. Ce que je ne soupçonnais pas du tout dans la mesure où rien dans son attitude ne nous l'avait jamais laissé imaginer.

- En effet. Je n'aurais jamais deviné non plus, confirma Akanishi en se forçant à respirer calmement pour parler de façon normale. Et après…

- C'est là que les choses ont commencé à déraper…

- C'est à dire ? questionna le plus âgé, soudain tendu, car le mot induisait forcémment quelque chose qu'il n'allait pas apprécier DU TOUT.

Il y eut un nouveau blanc. Très long. Horriblement long. Louche même.

- A ce point ? finit-il par demander, désormais plus très sûr de vouloir entendre la suite.

Son cadet eut un hochment de tête affirmatif, mais plus un mot ne franchit ses lèvres, à croire qu'il était devenu muet.

- Alors quoi ? Vous avez…

- Non ! s'exclama alors vivement Kazuya, avant de répéter plus doucement : Non…

- Alors tu l'as…

Un nouveau hochement de tête lui confirma ce qu'il venait de supposer et Jin serra les poings de rage.

- Jusqu'au bout ? demanda-t-il encore, la voix sourde de colère.

- Non. J'ai arrêté avant. Il n'y a qu'avec toi que je peux… faire ça. J'aurais été trop gêné.

L'aîné ravala la remarque cinglante qu'il menaçait de franchir ses lèvres. Il aurait été trop gêné d'avaler, mais le faire ne lui posait apparemment pas de souci…

Comme s'il avait compris les réflexions intérieures de son fiancé, Kazuya leva brusquement la tête et le fixa.

-Tu sais, à ce moment là, je…. j'étais tellement blasé de tout à cause de l'accident et du reste, que je me moquais éperdument de ce que je faisais. Rien n'avait plus d'importance, alors ça n'a eu absolument aucune signification pour moi.

- C'est sensé me rassurer ? gronda Akanishi d'une voix sourde.

Il s'était pourtant juré de taire ses réparties acerbes, mais il s'était déjà beaucoup contenu depuis le début du pénible récit et n'avait pu empêcher celle-ci de sortir.

- Quoi ? fit le cadet, qui ne s'attendait pas à cette réflexion étant donné l'apparent calme de son bien-aimé.

- T'es en train de m'avouer que t'as fais une gâterie à Junno et il faudrait que je dise "c'est pas grave" parce que t'as pas avalé ? Tu te fous de moi ?

Même si son aîné n'avait pas élevé le ton, la rancœur contenue dans ces deux phrase fit se tasser le cadet sur son fauteuil roulant.

- Non, mais…

- Mais quoi, bordel ? Tu crois que ça me fait plaisir de savoir que tu t'es conduis comme une pute ?

L'utilisation du mot, très fort et dur, suffoqua Kazuya comme une brusque douche gelée. Un filet de sueur glacée glissant le long de son dos, il fixa son aîné, les yeux démesurément agrandis et la bouche ouverte sur une exclamation qui n'arrivait pas à sortir. Il avait l'air d'un poisson hors de l'eau. Ce qui exaspéra Jin.

- Quoi ? J'ai pas raison peut-être ?

- N… Non !

- Alors vas-y, explique-moi la différence entre ce que tu as fais et ce que fais une prostituée, exigea Jin en croisant les bras, luttant pour garder un semblant de self-contrôle.

Une nouvelle fois, le cadet ouvrit la bouche, mais aucune réponse ne vint. Comment, en effet, justifier l'injustifiable ? Sur le coup, ce qu'il avait fait ne lui avait pas semblé grave étant donné son état d'esprit d'alors, mais avec le recul, les paroles de son fiancé le heurtèrent de plein fouet et lacérèrent son cœur comme autant de lames, faisant à nouveau couler ses larmes.

- Tu vois, tu trouve rien à dire, parce que tu sais que j'ai raison ! Putain, Kazu, t'as pas la moindre dignité pour t'abaisser à ça ou quoi ? T'étais en manque à ce point ? T'es pas un nympho, merde !

Le silence retomba. Tellement lourd et dense qu'on aurait pu le couper au couteau.

- Et ensuite, qu'est ce qui s'est passé ? demanda durement Akanishi.

Mais le plus jeune n'était plus en étant de parler davantage et secoua la tête. Il craignait vraiment les réactions de son aîné à présent, car celui-ci semblait réellement furieux.

- J'estime avoir le droit de connaître l'étandue des dégâts, Kazuya. Et, au point où on en est, je crois qu'il ya plus grand chose qui pourra encore me choquer, alors accouche l'histoire.

"Kazuya"… Jamais depuis qu'ils étaient ensemble, Jin ne l'avait appelé par son prénom complet. Et ça aussi lui serra le cœur. Il comprit cependant qu'il n'avait pas le choix et, après un temps qui sembla in fini, reprit d'une toute petite voix :

- Après… il m'a avoué qu'il m'aimait.

- Ben tiens… grinça le plus âgé en serrant de nouveau les poings, à s'en faire blanchir les articulations. Et t'as répondu quoi ?

- Rien sur le coup, j'étais trop surpris. Et puis, j'ai fini par lui dire de me laisser du temps, parce que je t'avais toujours dans la tête.

Un ricanement l'interrompit et, en comprenant parfaitement la raison, il n'osa pas regarder son interlocuteur.

- Parce que tu pensais à moi quand tu le suçais p'têtre ? Arrête de t'foutre de ma gueule, j'suis plus d'humeur à rire là.

L'entendre dire ça fut trop pour les nerfs éprouvés du plus jeune, qui fit pivoter son fauteuil, et roula à toute vitesse en direction de la chambre, dans l'intention de laisser libre cours à sa peine. Attitude lâche qui ne fut pas du tout du goût de son aîné, qui le rattrapa en quelques enjambées, le dépassa, puis se pencha pour poser les mains sur les accoudoirs de l'engin, l'empêchant ainsi de bouger.

- Ah non, certainement pas. Je t'interdis de te défiler, Kamenashi Kazuya, dit-il en rapprochant bien trop son visage pour la tranquillitié d'esprit du plus jeune. Tu va finir ton histoire. Je te lâcherais pas avant.

Le ton était menaçant. Très menaçant même malgré l'apparent calme avec lequel il avait prononcé ces mots. Mais Kazuya ne s'y trompa pas. Jin était bien capable de le frapper s'il continuait dans cette voie et ce malgré le fauteuil dont il se moquait totalement. Un sanglot irrépressible s'échappa de la bouche du leader de KAT-TUN. Il ne l'aurait jamais avoué, mais voir Jin énervé à présent qu'il n'était plus, physiquement, sur un pied d'égalité avec lui, lui faisait peur. Il se sentait comme un gosse face à son père. Et il détestait ça.

- Et chiale pas, parce que ça changera rien au problème, alors parle, je t'écoute.

Si seulement le cadet avait pu se lever, pour se sentir moins en position d'infériorité. Mais il ne pouvait pas puisque ses stupides jambes étaient comme mortes. Alors, sa fierté malmenée reprit le dessus et, relevant la tête, il fixa Jin dans les yeux.

- Si tu veux que je continue, commence déjà par te reculer, Akanishi. T'es pas mon père et j'ai théoriquement pas de compte à te rendre sur cette période puisqu'on était plus ensemble. Je suis déjà bien gentil de raconter.

- Mais ouais, j'oubliais la "grande mansuétude" du non moins grand Kamenashi Kazuya… railla l'interpelé.

- "Mansuétude" ? releva le plus jeune. Depuis quand t'emploie des mots de plus de trois syllabes toi ?

- Depuis que t'as appris à fermer ta gueule quand il faut.

Tous deux se regardèrent en chiens de faïence pendant plusieurs minutes et l'atmosphère, déjà tendue avant cet échange de piques, devint franchement orageuse. Un observateur extérieur aurait même probablement crié "tous aux abris ! ça va tomber !".

- Alors on se tappe dessus ou tu continue ton histoire ? finit par demander Jin.

De nouveau un silence, puis Kazuya soupira.

- Je préfèrerais autant qu'on évite la baston. J'suis légèrement trop… diminué pour me battre correctement là…

- Ouais c'est pas faux.

- Tu te sens capable de pas hurler toutes les deux minutes si je continue ?

- J'ai pas hurlé, je te signale.

- Nan mais c'était pas loin. Alors ?

- J'peux toujours essayer.

Hochant la tête, Kazuya fit faire demi tour à son engin et retourna dans le salon, Jin sur ses roues. Ce dernier prit place sur le canapé, juste en face du fauteuil roulant et attendit que son cadet reprenne le cours de son récit.

- Après ça, Junno a décrété qu'il s'installait ici, de façon, disait-il, à ne pas avoir à se déplacer sans arrêt entre chez lui et chez moi. Ce qui m'arrangeait, parce que je n'étais encore capable de rien faire seul.

- Ben voyons, la bonne excuse… marmonna Jin à mi-voix.

- Hein ?

- Nan nan, rien. Continue.

- J'avoue que j'ai bien profité de lui. Il courrait partout toute la journée pour satisfaire mes moindres… caprices. J'aoue maintenant que c'était des caprices. Il m'avait dit qu'il m'aimait et j'en ai outrageusement profité. Et comme il est trop… gentil pour m'envoyer bouler, il faisait tout sans discuter.

- Trop bon trop con, commenta Akanishi. T'en a profité avec lui parce que tu savais bien que moi je t'aurais envoyé chié.

- Oui… Et peut-être que, quelque part, j'espérais qu'il le fasse. Mais ça ne s'est jamais produit.

- Et après ?

C'était insupportable, ça faisait référence à une des périodes les plus douloureuses de sa vie, mais Akanishi avait l'impression de suivre une intrigue passionnante narrée par un conteur de talent. Il était littéralement suspendu à ses lèvres. Lèvres très tentantes d'ailleurs. Mais s'il les touchait maintenant, il n'aurait plus le courage d'entendre ce qui restait à raconter. Il devait résister.

- J'ai commencé par râler. Je ne voulais pas de lui ici. Il est trop chaint sur bien des points. Et puis j'ai cédé en lui édictant une dizaine de règles à ne pas enfreindre sous peine d'une colère terrible.

- Oh oh… J'imagine. Et ça a marché ?

- Vaguement. Il a commencé par faire la cuisine. D'ailleurs, il est bien plus doué que toi sur ce point.

- Hé ! C'est un coup bas ça !

- Non, c'est la vérité. Tu veux que je te rappelle le coup des sushis ?

- Nan, c'est pas la peine, se renfrogna l'aîné.

- Bref, après avoir bouffé, ou avant je sais plus, je me souviens vaguement de lui avoir gueulé dessus comme un bœuf parce qu'il avait pété un truc, je sais plus quoi.

A ces mots, Jin grimaça.

- Aïe, j'aurais presque pitié de lui, là…

- Attend ça veut dire quoi ça ?

- Que quand tu gueule, c'est pas à moitié et que la moitié des voisins en profitent aussi.

- Connard…

- Moi aussi je t'aime. Bon, continue.

- J'étais claqué, alors je suis allé me pieuter. Seul. Et puis au milieu de la nuit, un de mes fameux cauchemars m'a réveillé et j'ai hurlé. Enfin c'est ce qu'il a dit. Après ça, j'avais trop la trouille pour me rendormir seul. J'avais trop l'habitude de dormir à deux, alors je lui ai demandé de passer la nuit avec moi. Juste pour dormir. Et il a accepté.

- Tu m'étonne… L'occaze était trop bonne…

- Mais tu vas la fermer oui ? fit Kamenashi, agacé des interruptions. Sinon j'arrête, hein !

- Ah nan ! Tu continue, putain !

- Alors ta geule, bordel !

- Le lendemain matin, je me suis réveillé avec la tête dans le cul, à pas reconnaître ce qui était autour de moi. Ni qui y était.

- Pourquoi je sens venir le truc pas net…

- J'étais vraiment dans le pâté et pas habitué à dormir avec un autre que toi, alors… pensant que c'était toi, je l'ai embrassé pour lui dire bonjour.

Un silence suivit cet aveu.

- Putain… Tu l'as carrément embrassé, merde !

- Je te l'ai dis, j'étais pas réveillé et du coup je l'ai pris pour toi.

- Ah bah putain, pour confondre Taguchi avec moi, effectivement tu devais être sacrément dans le potage, ouais, râla le plus âgé.

- Quand il a parlé, j'ai réalisé que c'était pas toi et je me suis excusé. Et là, il a dit que ça l'avait pas dérangé.

- Pardi, il est pas fou ! Tu lui tombais tout rôti dans le bec, il allait pas cracher dessus, hein !

- Mais tu vas te calmer à la fin ? Comment tu veux que je perde pas le fil, t'arrête pas de m'interrompre ! Enfin, après ça je l'ai trouvé en train de déplacer tous les trucs de cuisine à ma hauteur.

Du canapé, Akanishi se tourna vers ladite pièce et oberva le plan de travail couvert de vaisselle diverse.

- Ah c'est pour ça que tout est sorti… je me demandais aussi ce qui t'étais passé par la tête.

- Je pouvais plus rien atteindre par moi-même, donc… Et il a fait la même chose dans mon placard.

- Sympa, il faut le reconnaitre. J'y aurais probablement pas pensé.

- Et puis, je ne sais pas ce qui s'est passé dans ma tête… je lui ai demandé de m'embrasser.

- T'as fais quoi ? bondit Jin, indigné.

- Comprend-moi… On avait rompu et…

- Nan, TU avais rompu ! Tout seul, comme un grand ! Et tu t'es barré sous un prétexte foireux, parce que t'avais trop la frousse de ce que je pourrais dire, parce que tu savais que j'aurais jamais donné mon accord pour qu'on se sépare ! D'ailleurs à ce sujet, j'aimerais bien comprendre…

- Un truc à la fois tu veux, c'est déjà assez compliqué comme ça. Bref, quelle que soit la façon dont le formule, on était plus ensemble et je voulais… tourner la page en quelque sorte.

- T'as cherché à m'oublier… comprit alors Jin, peiné. En plus du reste tu voulais même plus te souvenir de moi…

Ennuyé, Kazuya baissa la tête et se mordilla la lèvre inférieure.

- Alors c'est comme ça que tout à commencé… déduisit encore Akanishi d'une voix sourde, avant d'ajouter : Après ça, je suppose que vous avez…

Un nouveau hochement de tête affirmatif.

- Lui ou toi ?

- Lui. Mais j'ai du le guider parce qu'il…

- Nan, je veux rien savoir d'autre, c'est bon ! Je pensais que tu laisserais jamais un autre que moi te prendre, Kazu… Je pensais…

Il s'interrompit pour inspirer profondément, pour chasser la tristesse qui perçait dans sa voix.

- Jin… je sens rien du tout de toute façon…

- Ca change rien, bordel ! T'as laissé un autre te prendre, merde ! Je me sens trahi !

- Mais trahi de quoi ? On était plus ensemble à ce moment-là !

- Peut-être que pour toi on ne l'était plus, Kazu… mais pour moi, on n'a jamais cessé de l'être…

La peine, dans sa voix, était si audible à l'évocation de cette rupture, qu'elle en était presque palpable et, de nouveau, la culpabilité submergea le cadet. Il pensait bien que ces explications ne se feraient pas sans heurts, mais bon sang, là, c'était presque insoutenable. Il se faisait l'effet d'être le dernier des enfoirés, alors qu'il avait simplement cherché à le protéger. Avoir une conscience, c'était vraiment très inconfortable.

- De toute façon… même alors qu'on sortait ensemble, je me suis conduit comme un monstre avec lui, éluda-t-il. Plus il était gentil, patient et compréhensif, plus je devenais méchant, tyranique et capricieux. Je crois que, quelque part, je lui en voulais de pas être toi.

- Plutôt paradoxal, comme pensée, vu que tu m'as jeté et que tu voulais m'oublier, ne put s'empêcher de remarquer l'aîné, soudain acide.

- Je sais, admit son interlocuteur. Avec le recul, je crois que mon conscient t'avais jeté, mais que mon inconscient ne se résolvait pas à la séparation.

- Viens pas foutre des trucs de psy là-dedans. T'as décidé ça tout seul, l'accusa Jin en faisant les cent pas dans la pièce.

Putain, il allait le rendre dingue avec cette histoire. Pourquoi avait-il compliqué encore plus une situation qui l'était déjà bien assez ? Comme si sa maladie et sa paralysie n'était pas suffisante, qu'il fallait encore y ajouter une rupture impossible à admettre et une liaison annexe.

- Jin, mes cauchemars parlent pour moi, reprit son cadet, interrompant ainsi ses réflexions intérieures. C'était mon inconscient qui travaillait. Comme je te l'ai dis quand tu es revenu, tous ces mauvais rêves étaient uniquement tournés vers toi. Ce qui veut dire que je pouvais pas t'oublier parce que je t'aimais toujours malgré ce dont j'essayais de me convaincre.

- Mouais. Et en fait, qu'est ce qui t'as fais revenir à la raison ?

- Quelqu'un de totalement extérieur étrangement. D'ailleurs, il faudra que je le remercie pour la gifle.

L'aîné s'arrêta de tourner en rond et tourna brusquement la tête vers son compagnon en clignant des yeux.

- Une gifle ? Attend je comprends rien là… Qui t'as baffé ? Qui a osé baffer le grand Kamenashi Kazuya, que je lui saute au cou ?

- C'est pas drôle, Jin.

- Nan, effectivement. Alors c'est qui le sauveur ?

- Mon kiné. Ikuta Tôma. Un drôle de kiné à qui j'en ai fais voir de drôles aussi.

- Aïe… Va falloir que j'en retrouve un autre je suppose…

- Bah non, parce que celui-là, il est très, mais vraiment très tenace. Il a quand même eu droit à des « tu me touche, je te crève ».

- Ah ouais, dur… Alors c'était pas des conneries quand tu disais que t'étais devenu un salaud.

- J'ai jamais dis « salaud », mais en gros c'est ça. J'ai passé au moins un mois à parler à Junno comme à un chien.

- Et il a jamais rien dis ? Il t'as vraiment jamais de chez jamais rembarré ? s'ébahit l'aîné.

Kazuya secoua la tête.

- Ah bah putain… A croire qu'il a vraiment rien dans le froc…

Un regard noir accueillit cette déclaration, puis le cadet reprit :

- Pour en revenir à Ikuta, il prenait la défense Taguchi à chaque fois que je faisais un truc qui lui plaisait pas à son sujet. Et la dernière fois, j'ai été tellement ignoble, qu'il m'a giflé en me disant mes quatre vérités. Si tu veux mon avis, j'crois qu'il a flashé sur Junno.

- Ca, ça m'arrange parce que j'aurais plus le Taguchi dans les pattes, mais c'est le bordel cette histoire quand même…

- Je te le fais pas dire…

- Mais c'est quoi le rapport avec le fait que tu sois redevenu toi-même et tout ça ?

- Au moment où il m'a frappé… je me suis souvenu que t'aurais réagi pareil. Et là…

La révélation était si énorme, que Jin écarquilla les yeux, sous le choc.

- Ah bah putain… répéta-t-il.

- C'est suite à ça que tu m'as trouvé dans l'état dans lequel j'étais. Mais d'ailleurs… comment t'as su ? Et comment t'es rentré ?

- Taguchi. C'est lui qui est venu me chercher chez Pi où j'étais réduit à l'état de loque depuis notre engueulade au ref de la Jimusho. Et d'est lui aussi qui m'a ouvert la porte avec sa clé. Qu'il m'a passée d'ailleurs.

- Merde… On se détruisait chacun de notre côté…

- Ouais, on est trop cons…

Il y eut un silence prolongé, pendant lequel Jin se dirigea vers la cuisine, prit deux tasses parmi la vaisselle amassée sur le plan de travail, puis mit la machine à café en route. Le blanc fut bientôt uniquement troublé par le bruit de l'appareil en train de chauffer. L'aîné placa ensuite une dosette dans le logement adéquat et pressa le bouton. Quelques secondes plus tard, il répétait l'opération pour la seconde tasse et retourna au salon en tendre une à son fiancé. Celui-ci s'en empara et en but quelques gorgées sans rien dire. Comme si les révélations précédentes avaient tué en lui toute envie de parler. Pourtant, il allait bien falloir qu'il reprenne la parole, car Jin n'avait pas encore obtenu toutes les réponses à ses questions.

- Kazu… commença-t-il prudemment. Tu m'explique, maintenant, pourquoi tu t'es cassé de New-York comme ça ? Je sais que c'était un prétexte bidon, le coup des disputes, alors j'aimerais entendre la vérité.

Encore un blanc. A tel point que l'aîné crut que son cadet ne l'avait pas entendu, jusqu'à ce que sa voix s'élève à nouveau.

- Je me suis projeté dans l'avenir, répondit Kazuya en posant sa tasse désormais vide sur la table basse, le regard perdu dans le vague. Et je t'ai vu t'occuper de moi sans arrêt. Je me suis dis que tu n'avais pas la moindre idée de la charge de travail que représente un… un paralytique, même à peu près autonome. Et je ne voulais pas t'enchaîner à ce fauteuil comme je le suis moi-même. Alors je me suis dis que le mieux était qu'on se sépare. Et tu as raison, je suis parti en catimini parce que je savais que tu n'aurais pas approuvé, parce que tu m'aimais trop. Et c'est justement parce que moi aussi je t'aimais trop, que je ne voulais pas de cette vie pour toi. J'ai fais ce qui me semblais le mieux.

A nouveau un silence.

- Tu te rends compte que c'est débile comme raisonnement ? demanda Jin sans élever le ton. Enfin c'est gentil, mais c'est débile, dans la mesure où c'était évident que j'allais souffrir à en crever et que je te laisserais pas partir comme ça.

- Alors pourquoi t'es pas venu tout de suite ?

- Je voulais mais vu la façon dont t'étais parti, j'avais un peu peur de ta réaction. C'est pour ça que j'ai failli rendre Pi fou, à force de lui demander comment te récupérer.

- Pauvre Pi… Bon, tant qu'on y est, y'a d'autres trucs que tu voulais savoir ?

- Ouais, mais c'est pas urgent.

- Bah on y est alors vas-y. Au moins ce sera fait et on reviendra plus dessus.

Hochant la tête, Akanishi déposa à son tour la tasse sur la petite table et reporta son attention sur son compagnon.

- Pourquoi j'ai l'impression que t'as accepté ce maudit fauteuil comme une fatalité ?

- « Maudit fauteuil » ? releva Kazuya. Je croyais que tu t'en fichais, que je sois en fauteuil.

- Je m'en fous totalement. Mais ce dont je me fous pas, c'est de voir que tu l'as accepté, alors que ta paralysie est pas définitive ! Alors putain, qu'est ce que tu fous à rouler tranquillement dedans, alors que tu devrais être en train de te démener comme un diable pour retrouver l'usage de tes jambes ? T'as envie de laisser tomber la scène ? KAT-TUN, c'est du passé pour toi ?

- Bien sûr que non. La scène me manque.

- Alors bouge-toi, bordel ! Ce Ikuta, là, il revient quand ?

- Je sais pas. Aujourd'hui ou demain je crois.

- Bah je vais lui causer quand il va arriver. Et crois-moi que tu remarcheras bien plus vite que tu pense, maintenant que je suis là. Il est hors de question que je te laisse là-dedans. Tu m'entends, Kamenashi Kazuya ?

Un sourire doux fleurit sur les adorables lèvres de son cadet, mettant du baume au cœur d'Akanishi. Kami-sama qu'il aimait ce sourire qu'il n'offrait qu'à lui…

- J'entends, dit-il.

- Bon bah au moins t'es redevenu raisonable. Ah la la, heureusement que je suis là…

- Oui, tu es mon sauveur, déclara alors Kazuya d'une voix de fausset digne d'une princesse en détresse, tout en battant des cils.

- Oh là, il te manque plus que la perruque et la robe là, railla Jin. Tu devrais demander à Tegoshi, il doit bien avoir ça dans ses affaires.

- Dis-moi… t'attends quoi depuis tout à l'heure ?

- Hein ?

- T'arrête pas de regarder ma bouche comme si tu voulais me dévorer, alors fais-le.

Tout à leur conversation, l'aîné ne s'était même pas rendu compte que son regard revenait régulièrement sur le fruit rosé et charnu des lèvres de son compagnon. Ces lèvres dont il voulait déjà s'emparer alors même qu'ils étaient en train de se disputer. Décidément, son cadet pouvait faire perdre la tête à n'importe qui et surtout à lui.

- Alors ? demanda Kazuya en se passant sensuellement la langue sur les lèvres, sachant parfaitement que son fiancé ne résistait jamais bien longtemps à ce geste.

De fait, Jin sentit tout à coup une grande chaleur l'envahir. Bon sang, il savait vraiment comment le rendre parfaitement dingue. Dans la seconde qui suivit, il s'était jeté comme un affamé sur les lèvres pulpeuses de son vis-à-vis, les mordillant, suçotant, happant entre les siennes, passant le bout de sa langue dessus, avant d'introduire celle-ci entre elles dans une recherche éperdue de sa consoeur. Il avait déjà le souffle court alors qu'il ne s'agissait que des prémices d'un baiser, mais il en avait été privé si longtemps, que même ça, le rendait déjà à moitié fou. Il était vraiment dépendant de lui physiquement, en plus de l'aimer. Il en prenait conscience alors que sa langue venait palper, caresser et s'enrouler autour de sa jumelle, la goûtant comme si c'était la première fois, en appréciant chaque parcelle, avant que toutes deux entament une folle ronde de plus en plus rapide, qui les laissa pantelants.

- Wow… se contenta de dire le cadet, essouflé, lorsque son aîné le laissa à nouveau respirer. Tu m'avais jamais embrassé comme ça avant…

- On a été séparés longtemps, rétorqua Jin, le souffle pareillement court, en le fixant avec insistance. Trop longtemps.

- Et maintenant ? demanda à nouveau Kazuya, qui espérait bien que les choses ne s'arrêteraient pas là.

- A ton avis…

La voix déjà rauque de son aîné laissait entendre que son intention n'était pas de s'arrêter en si bon chemin.

Se penchant, Jin prit son compagnon sous les épaules et les genoux, puis le souleva, le calant contre lui en se dirigeant vers la chambre, tandis que son « fardeau » déposait des dizaines de baisers papillon dans son cou. Une fois là, il l'allongea sur le lit et se hâta de lui ôter son t-shirt, avant de l'observer longuement sans plus remuer. A tel point que Kazuya s'inquiéta.

- Jin ? Tout va bien ? On dirait que tu me regarde pour la première fois.

- C'est un peu mon impression. J'avais presque oublié à quel point tu étais magnifique.

- Oh… sourit son compagnon, touché. Alors profite de ma… « magnifiscence » autant que tu veux.

Après quelques secondes supplémentaires qui semblèrent des siècles au cadet dans l'attente, les mains de son aîné se posèrent sur ses épaules, les caressant lentement pour apprécier le grain fin de sa peau pâle, puis descendirent sur sa poitrine, allant titiller des pouces, les deux boutons de chair qui durcirent immédiatement, tirant au plus jeune un soupir de bien-être. Les mains expertes mais plus douces que d'ordinaire descendirent jusqu'à ses abdominaux, les effleurant du bout des doigts, passèrent sur les côtes qu'elles palpèrent légèrement, pour aller effleurer ses hanches encore couvertes de tissu. Tissu que Kazuya aurait aimé que Jin lui retire au plus vite, mais il ne formula pas ce souhait car il sentait que, cette fois, son aîné longtemps privé de lui, avait besoin de tendresse autant que de temps, pour cette étreinte de retrouvailles. Il le laissa donc faire à son rythme, passant une main dans ses cheveux soyeux, puis sur sa joue. Un peu d'affection dans leurs relations charnelles n'était pas un mal après tout. Ca changeait de leurs ébats sauvages et passionnés.

Le nez dans le cou de son cadet, Jin respira l'odeur de sa peau comme s'il s'agissait de la plus délicieuse des drogues et il agissait d'ailleurs comme un camé en manque tant il mettait de la lenteur dans le moindre de ses gestes, dans la plus infimes de ses caresses. En effet, il donnait l'impression de le toucher pour la première fois et, quelque part, c'était un peu le cas. Avant ce jour, avait-il jamais réellement pris le temps d'apprécier la moindre parcelle de ce corps qui le rendait toujours fou ? Probablement pas car il était toujours trop excité par les mouvements lascifs que ne manquait jamais de faire Kazuya pour l'amener là où il le voulait. Alors aujourd'hui, il prenait son temps. Son bien-aimé méritait d'être enfin traité comme autre chose qu'un corps splendide.

Prenant le relai de ses mains, la bouche de Jin entreprit d'aspirer légèrement la peau de son buste, dardant sa langue de temps à autre pour y laisser des sillons ardents qui, cette fois, firent gémir le plus jeune, surtout lorsque les lèvres charnues se refermèrent tour à tour sur ses tétons dressés, les agaçant de son appendice brûlant.

- Jin… murmura simplement Kazuya.

Remontant lentement sur la gorge offerte de son cadet, l'interpellé, maintenant allongé de tout son long au côté du plus jeune, le serra contre lui en passant un bras autour de sa taille fine et alla suçoter délicatement le lobe de son oreille. Redescendant, il lécha langoureusement cette partie, derrière son oreille, dont il savait que l'agacer rendait Kazuya fou. Le résultat ne se fit pas attendre. A peine eut-il effleuré cette zone, qu'un nouveau gémissement franchit les lèvres sensuelles de son compagnon, lui déclenchant un long frisson.

- Mmm, Jin…

Même après trois ans, il était toujours surpris de constater l'effet dévastateur que pouvait avoir sur lui la voix chaude de son cadet. Ne pouvant administrer de caresses intimes au plus jeune, car il ne les aurait pas senties, l'aîné était obligé de se concentrer sur la partie supérieure de son corps. Ce qui lui permit de découvrir chez son compagnon, des zones érogènes dont, jusqu'ici, il ne soupçonnait pas l'existence. Il remarqua ainsi que, lorsqu'il effleurait sa clavicule du bout des doigts ou passait la langue sur son nombril, Kazuya émettait une nouvelle plainte sourde et crispait les mains sur ses épaules qu'il avait agripées.

- Haaaa… Jin… Mmm… geignait ce dernier à chacune des découvertes corporelles de son amant.

A chacune des plaintes qu'il laissait échapper, l'aîné sentait le sang bouillir dans ses veines le désir se faire plus pressant, plus violent. Il avait beau se contenir, se maîtriser afin de faire de ces retrouvailles un moment de tendresse et de complicité, il n'en restait pas moins que son propre corps avait du mal à résister à l'appel de celui de son bien-aimé et cette partie de lui, qu'il pensait endormie, s'était réveillée en sentant Kazuya étendu contre lui. Du reste, ce dernier le sentit parfaitement et, à travers le jean de son compagnon, se posa sur la virilité de se dernier, à présent dressée contre sa cuisse. Ce simple geste suffit à rendre la respiration d'Akanishi chaotique et lui tira une plainte.

Souriant de le sentir si réceptif à un attouchement somme toute banal, le cadet entreprit de déboucler sa ceinture, puis défaire son pantalon, avant de plonger la main dans son boxer, y cherchant le sexe palpitant et bouillant de son fiancé. Il entreprit alors de le caresser langoureusement, d'abord du bout des doigts, exerçant de temps à autre une légère pression, puis lui appliqua des mouvements de va-et-vient, ses prunelles noisette emplies de désir fixées dans celles, pareillement voilées, de celui qu'il aimait.

C'était bon, si bon… Totalement abstinent depuis leur séparation, Jin avait fini pour oublier à quel point être caressé par les mains expertes de son cadet, était bon jusqu'à la torture. Comment, dans ce cas, retenir les plaintes de plaisir qui montaient en lui ? Il ne le pouvait, ni ne le voulait. Se laissant aller sous les doigts fins du plus jeune, l'aîné ferma les yeux et se laissa emporter par le tourbillon de sensations grisantes qui montait en lui. Pourtant, malgré la force de ces impressions, de la frustration fit son apparition. Frustration due au fait qu'ils soient encore tous deux habillés. Un grognement lui échappa.

- Jin ? Ca va pas ? s'inquiéta Kazuya, la voix rauque.

- Si… mais je veux te voir et cette saloperie de jean m'en empêche.

Le rire cristallin de son cadet résonna plaisemment dans la pièce.

- Alors retire-le-moi, dit-il dans un sourire.

Un nouveau grognement et l'aîné s'empressa de s'exécuter, dénudant son bien-aimé, avant de se deshabiller à son tour, revenant ensuite se presser contre lui en s'appropriant ses lèvres fruitées, tandis que l'une des mains de Kazuya revenait à sa position initale, recommençant sa délicieuse torture, qui ne tarda pas à le refaire gémir. Gémissements qui se muèrent en plaintes rauques, lorsque la bouche trop experte se referma sur l'extrémité de sa virilité en exerçant une légère suçion, descendant lentement centimière par centimètre. Trop lentement au goût de Jin, qui grogna à nouveau de frustration.

- Plus vite…

Mais comme pour le faire languir, le plus jeune sembla encore ralentir la vitesse de sa caresse buccale et l'aîné porta la main à sa nuque, comme pour le forcer à accélérer, ce qu'il fit après d'interminables secondes. Le prenant totalement en bouche, il fit quelques mouvements de va-et-vient d'abord lent, puis de plus en plus rapides, faisant perdre le sens à sa victime consentante, dont la main abandonna soudainement sa nuque. Après quelques mouvements supplémentaires, Akanishi, trop excité, se déversa entre les lèvres de son cadet.

- Wow… t'es toujours aussi doué, complimenta le plus âgé lorsqu'il reprit son souffle.

- Ravi de te l'entendre dire… rétorqua Kazuya, avant de l'embrasser passionnément à son tour.

Après quelques instants, ce dernier s'empara de la main de Jin pour sucer et lécher sensuellement chacun de ses doigts. Pourtant, malgré l'érotisme de la scène, Akanishi ne put s'empêcher de penser à celui qu'il aimait, justement.

- Kazu… t'es sûr ? Après tout tu… tu…

Les mots refusaient de quitter sa gorge, heureusement, Kazuya connaissait bien son aîné et comprit à demi mots.

- C'est pas parce que je sens rien, que t'as pas le droit de ressentir quelque chose, toi. Et t'as envie de moi, non ?

- Oui, mais…

- Shhht… souffla simplement son cadet, avant de reprendre ses doigts en bouche dans un ballet affolant.

De lui-même, Kazuya soustrait la main à sa bouche et la dirigea vers son intimité, sans quitter son bien-aimé du regard, comme une invitation muette à passer aux choses sérieuses. Le regard comme hypnotisé, par celui, empli de désir, du plus jeune, Jin sentit son cœur partir dans une course folle et sa respiration déjà saccadée prendre un rythme franchement erratique. Seulement avec un regard. Le pouvoir des yeux noisette de son cadet était plus que troublant et si lui y succombait facilement, il n'osait imaginer les fans qui se pâmaient au moindre de ses gestes. Il ne le répèterait jamais assez : Kamenashi Kazuya était…

- … une bombe sexuelle, murmura-t-il pour lui-même.

Mais les mots n'échapèrent pas à l'intéressé placé si près de lui.

- Tu dis ?

- Ce que tu sais déjà, parce que je passe mon temps à te le répéter depuis trois ans.

- A savoir ?

- Que tu es une bombe sexuelle et une perpétuelle invitation à faire l'amour.

Un sourire en coin teinté de perversité naquit sur les lèvres trop tentantes.

- Oui en effet, mais c'est toujours aussi agréable à entendre.

- Comme si t'avais jamais entendu ça venant d'autres personnes… ne put s'empêcher de répliquer l'aîné.

- Il n'y a que venant de toi que ces mots ont une valeur. Ce que disent les autres, je m'en fiche complètement. D'ailleurs, en parlant de ça… qu'est ce que tu attends ? Prends-moi…

Ces deux mots furent prononcés sur un tel ton suave, que Jin sentit qu'il ne pouvait plus résister. De toute façon, le désir qui pulsait douloureusement au creux de ses reins demandait un assouvissement rapide, voire immédiat. Comme pour le motiver davantage, Kazuya fit un mouvement de bassin suggestif, qui exacerba encore davantage l'appétit charnel de son aîné. Incapable de se contenir davantage, Jin, s'empara de la jambe de son compagnon et la releva, glissant légèrement sur le drap, pour se placer à l'entrée de l'intimité de son compagnon. D'un brusque coup de reins, l'aîné le fit sien. Il ne le pénétrait pas, il le faisait réellement sien, comme si c'était la toute première fois. Pourtant, bien que ce soit ce qu'il ressentait au plus profond de lui, voir de ses yeux l'absence totale de réaction de son bien-aimé Kazu, à une intrusion qui, sans aucune préparation, l'aurait auparavant fait gémir de douleur autant que de plaisir, crucifia littéralement le cœur de Jin. Il cessa donc tout mouvement, reposa la jambe de son cadet et le serra dans ses bras comme un désespéré, nichant son nez dans son cou.

- Jin ? s'étonna alors Kazuya.

- Je peux pas, murmura l'aîné tout contre sa peau, soufflant ainsi sur celle-ci et procurant un frisson au plus jeune.

- Tu peux pas quoi ?

- Je peux pas, répéta Akanishi, en accentuant encore son étreinte autour du corps gracile.

- Jin… Explique-moi… demanda doucement le cadet.

Quelques secondes passèrent dans un silence angoissant, puis, dans le creux de son cou, Kamenashi sentit une goutte tomber, roulant lentement suivant la courbe de son épaule. Une goutte ? Mais…

- Jin, tu… tu pleure ? comprit le KAT-TUN, effaré. Qu'est ce qui se passe ?

Ne recevant aucune réponse, Kazuya commença à paniquer et, de lui-même, désolidarisa leurs corps toujours fusionnés et prit entre ses mains le visage de son compagnon, pour le relever vers lui.

- Jin ?

Dans sa voix, le désir avait disparu, tué par l'inquiétude. Qu'arrivait-il à son fiancé, toujours si fort d'ordinaire ? Il ne supportait pas de voir la peine altérer ses traits, surtout quand il n'en comprenait pas la raison.

- Je peux pas, Kazu, souffla de nouveau l'interpelé. Même si tu es consentant, j'ai… J'aurais l'impression de… de te violer. Je peux pas.

La force et la violence de ce terme suffoquèrent Kazuya et une boule de chagrin obstrua sa gorge, l'empêchant de prononcer le moindre mot. Il était loin de s'attendre à ça et la soudaine sensibilité de son compagnon, ainsi que sa détresse inhabituelle, le touchaient, le bouleversant au plus profond de son âme.

- Jin… chuchota-t-il à son tour en lui caressant tendrement les cheveux dans un geste de réconfort, tandis qu'il posait la tête au niveau de son cœur. Tu… je croyais que ça ne te gênait pas…

- C'est ce que je pensais aussi, mais… (il s'interrompit, se redressa soudain et, agrippant les épaules de son cadet, ajouta d'un ton poignant) S'il te plait, Kazu, il faut que tu guérisses vite… Si tu le fais pas pour toi, fais-le pour moi… C'est… c'est trop dur de te voir comme ça… Je t'en prie…