Revenir à son appartement, seul, fit un drôle d'effet à Junno, qui l'avait quitté depuis tout le temps qu'il s'était installé chez Kazuya. Penser à son cadet, même brièvement, lui fit aussi mal de si on lui avait planté dans le cœur des couteaux chauffés à blanc. Il l'aimait encore tellement, qu'il avait du mal à se convaincre que tout était fini, que Jin, son rival, avait repris sa place initiale près de lui et qu'il n'en partirait plus. Et le pire était qu'il était l'artisan de ce retour. Il y avait vraiment de quoi se traiter d'imbécile. Il devait vraiment être masochiste. Il avait même laissé là-bas ses vêtements, alors qu'il y était à la base retourné pour ça. Mais il n'avait pas pu. Tout ce qu'il avait été capable de faire, c'était donner son double de clé à cet abruti de Bakanishi. Un profond soupir lui échappa tandis qu'il se laissait tomber dans le canapé. Il s'était tellement habitué à ne plus être seul, à avoir quelqu'un à qui parler quand il rentrait, même s'il devait en retour ne recevoir que des paroles mal aimables… que ça lui avait fait réaliser qu'il n'était vraiment pas fait pour le célibat. Il aurait voulu pleurer, se lamenter sur son sort, mais, étrangement, ses yeux restaient secs, comme s'il s'étaient aséchés en même temps que son cœur. Baissant la tête, il se la prit dans les mains et resta ainsi prostré un long moment. Sa conversation avec Tôma lui avait fait du bien, mais n'avait pas vraiment atténué la douleur. La seule chose qui le soulageait un tant soit peu était qu'au moins, maintenant, Kazuya allait recommencer à sourire au moins un peu.
Dans un étrange cheminement, ses pensées dérivèrent vers le kiné et la fin de leur conversation. Pourquoi ne lui avait-il rien dit dès le départ ? Et pourquoi s'en était-il offusqué de cette façon ? Au lieu d'être content de trouver quelqu'un de gentil et d'attentionné, qui prenne à cœur ses problèmes et les comprenne, il avait réagi comme s'il s'était senti trahi. Ce qui était parfaitement stupide. Il ne savait même pas lui-même pourquoi il avait fui. Peut-être parce que, justement, trouver soudainement une personne qui fasse si attention à lui, avait été "trop" pour lui qui n'avait connu pendant des semaines que rebuffades et paroles cruelles. Aaaaaaah c'était à rendre fou ! Le mieux qu'il avait à faire, c'était d'arrêter de penser. Et le mieux pour parvenir à ce résultat, était faire des choses absolument pas constructives, pour se changer les idées. Il allait commencer par prendre une douche et ensuite comater devant les programmes les plus stupides possible de la télé ou alors jouer à la console jusqu'à ce que ses yeux ne tiennent plus ouverts. Considérant son programme comme bon, Taguchi se leva avec effort et se traîna jusqu'à la salle de bain.
A partir du moment où son cadet l'avait laissé en plan dans le café, Tôma avait commencé à réfléchir à un statagème le concernant. Il était évident que, s'il lui faisait comprendre de front, qu'il s'intéressait à lui, Junnosuke, encore trop accroché à son ex, le prendrait mal. Il allait donc falloir ruser, afin qu'il accepte au moins de lui donner une chance. La première chose à faire était de renouer le dialogue. Il était persuadé que le chanteur ne lui en voulait pas et que, s'il l'appelait, il ne raccrocherait donc pas. Il devait lui faire comprendre rapidement qu'il était son ami et ne voulait que son bien. Ce qui était la réalité. L'aîné avait rapidement saisi que le plus jeune était fragile émotionnellement, même s'il ne le laissait pas paraître et il avait instantanément eu envie de le protéger. Evidemment, jamais Ikuta ne le formulerait de cette façon, car ce serait le meilleur moyen pour qu'il soit vexé et lui file entre les doigts. Mais le fait était que le médecin était intimement persuadé que Taguchi avait besoin qu'on s'occupe de lui au moins un peu, qu'il avait besoin de se sentir soutenu, aimé, approuvé lorsqu'il faisait quelque chose. Et ça, il pouvait le lui apporter. Il fallait juste qu'il arrive à le lui faire comprendre de façon subtile.
Payant leurs consommations, le médecin quitta le bar, puis,se dirigea vers chez lui en sortant son portable de sa poche et composa le numéro de son cadet. Celui-ci déccrocha à la troisième sonnerie.
« Taguchi », fit-il.
- Junno, c'est Tôma.
Un petit silence. Embarrassé.
« Désolé d'être parti comme ça », s'excusa-t-il, visiblement ennuyé.
- Il n'y a pas de mal. Mais la conversation a été abrégée et je ne pense pas que tu aie dis tout ce que ton cœur avait besoin de soulager. Tu sais, j'aimerais vraiment que tu me vois comme un ami et que tu n'hésite pas à me parler si ça ne va pas.
« C'est sympa, merci. »
- Ne me remercie pas pour ça, c'est normal. Ca va aller ?
« Je m'occupe, on va dire »
La phrase laissa penser au praticien que son cadet ne faisait rien à part se morfondre. Ce qui était le pire qui puisse se passer.
- Tu ne devrais pas rester seul, c'est pas bon quand on est déprimé. Tes amis du groupe, là, tu ne peux pas passer la soirée avec eux ?
« Ueda est à la boxe, Koki au ciné avec sa copine, Maru à un colloque sur un truc que je pige pas et K ame… »
Il n'acheva pas sa phrase mais c'était inutile. Rien que prononcer ce diminutif semblait le faire souffrir. Maudissant intérieurement ce Kamenashi de malheur, le kiné reprit :
- Ecoute, j'aime pas te savoir tout seul. Si on allait faire un bowling ou autre chose ? Ca te tente ?
« Boarf… J'ai envie de rien… »
OK. Là, il devait VRAIMENT faire quelque chose.
- Bon, t'habite où ?
« Hein ? »
- Envie de rien ou non, je viens te chercher et je te fais sortir par la peau du coup si besoin est. Alors t'habite où ?
Il y eut un nouveau soupir, mais le KAT-TUN donna son adresse à son nouvel ami.
- C'est pas très loin. J'arrive. Ne bouge pas.
Et sur ces mots, il raccrocha. Première partie du plan effectuée et c'était un franc succès.
Un quart d'heure plus tard, il était installé sur le canapé du salon de son cadet, cherchant à le convaincre de laisser sa Super Nintendo pour sortir avec lui.
- Ce n'est pas en t'abrutissant devant cette console, que tu iras mieux, argumenta-t-il encore. Tu ferais mieux de voir du monde. Et le mieux pour ça, c'est de venir avec moi.
- Pas envie… rétorqua le plus jeune en faisant faire un dérapage parfaitement contrôlé à son kart.
Jetant un coup d'œil à la télévision, puis au monceau de jeux qui encombrait la table basse, l'aîné compris que le chanteur était un passionné de jeux vidéos. Bien, alors s'il ne voulait pas venir dans son monde, il allait entrer dans le sien.
- Je peux jouer aussi ? demanda-t-il soudain.
Appuyant sur start pour mettre le jeu en pause, Taguchi observa son invité d'un air surpris.
- Tu sais jouer ? demanda-t-il.
- Non, mais tu peux m'apprendre, répondit Tôma en souriant.
A ces mots, un grand sourire ravi vint éclairer les traits harmonieux du plus grand. A part Ninomiya de temps en temps, jamais aucun de ses amis n'avait même essayé de comprendre son intérêt pour les jeux de console, sans parler d'y jouer. Alors entendre Ikuta, qu'il connaissait depuis si peu de temps, lui demander de lui expliquer, remplit le cœur simple de Junno d'allégresse.
- Bien sûr ! Attend, je remets le jeu au début ! acquiésça-t-il en se penchant vers la console.
Il reprit ensuite sa place et tendit la manette à son compagnon de soirée puis, pendant que l'écran d'acceuil s'affichait sur la télévision, il lui expliqua le but du jeu et la façon de se servir de la manette.
Voir le sourire de son cadet et entendre son enthousiasme alors qu'il semblait si déprimé cinq minutes auparavant, réchauffa le cœur de Tôma. Il avait trouvé au moins un moyen de le distraire de ses noires pensées.
- En fait c'est un jeu des années 80, expliqua-t-il encore, tout fier de ses connaissances. Le graphisme de l'époque était simpliste, mais c'était quand même bien sympa.
- Tu as l'air de t'y connaître, remarqua le médecin dans un sourire.
- Bah à force de jouer, oui, répondit Junno, avant de désigner l'écran. Là, sélectionne "one player". J'ai qu'une seule manette alors on devra jouer à tour de rôle.
- Mais je ne veux pas t'empêcher de jouer, protesta l'aîné.
- T'inquiète, ça baigne. Appuie sur start pour sélectionner. Voilà. Et maintenant, tu choisis ton personnage. Nan, pas Bowser, il est nul ! protesta-t-il en voyant le curseur se diriger vers un genre de dragon à la carapace de tortue hérissée de piquants.
La remarque fit rire Tôma.
- Ok. Qui alors ?
- Hum… Tu débute alors prend plutôt Toad.
- C'est lequel ? rigola encore Ikuta.
- Le champignon, là.
- Pourquoi lui ?
- Son kart est plus petit et plus léger alors tu auras moins de mal à le diriger, expliqua Taguchi en grand connaisseur.
- D'accord, fit l'aîné en appuyant sur le bouton de sélection, les yeux rivés sur le beau profil du plus jeune, qui avait maintenant les siens sur l'écran.
- Le truc, expliqua encore Junno, tellement à fond dans son truc qu'il ne remarqua rien, c'est d'appuyer sur le bouton de démarrage, quand le deuxième feu passe au orange. Ce fait faire un démarrage canon.
Ecoutant d'une oreille distraite, le kiné manqua dire qu'il n'y avait que lui qui était canon, mais se retint de justesse. C'était bien trop tôt pour ce genre de déclaration.
- Vas-y, appuie ! s'excita le chanteur lorsque ledit feu passa à la couleur susdite.
Le débutant en la matière s'exécuta docilement en quittant à regret le profil de son vis à vis et tenta de se concentrer sur le jeu qui captivait tant son cadet, même si lui n'y voyait qu'un intérêt plus que moyen, puisque ce n'était qu'une façon d'atteindre un peu plus celui dont il était tombé amoureux au premier regard.
- Regarde, passe par là, lui indiqua Junno en désignant un passage dans le sable entre le bord de la piste et un tuyau. C'est un raccourcis.
- Mais le bonhomme fait signe qu'il faut pas, fit remarquer Töma lorsqu'un petit personnage perché sur un nuage fit des signes en brandissant un panneau marqué d'une croix rouge.
- On s'en fiche de lui, rétorqua l'expert.
- Ce ne serait pas de la triche par hasard ? s'amusa le plus âgé en regardant à nouveau le KAT-TUN.
- Pas du tout, c'est de la ruse. Aaaaah mais fais gaffe, tu rentre dans la bordure ! Et voilà, y'en a trois qui te sont passés devant !
- Désolé, fit Ikuta en se retenant d'éclater de rire devant la mine déconfite de son cadet.
- Mais dégage-toi ! pesta Junno.
- Moi je veux bien, mais j'y arrive pas, se défendit l'accusé.
- Tourne, mais tourne ! Ils te passent tous devant là, t'es huitième !
Voyant que le médecin ne s'en sortait pas, le chanteur reprit la manette des mains de son ami et, d'un air concentré que Tôma trouva tout à fait adorable, entreprit de dégager le petit véhicule de l'impasse, puis de rattraper le temps perdu, dépassant à nouveau tous les personnages dirigés par la console.
- Heureusement qu'il reste un tour, marmona-t-il en rendant la manette à son voisin. Allez, vas-y à fond maintenant ! Go, go, go !
Lorsque, enfin, le kart maladroitement dirigé par Tôma franchit la ligne d'arrivée en seconde position, Taguchi fit un signe de victoire, qu'il ponctua d'un "Yosh !", puis d'un "Yatta !" sonores, faisait rire le kiné.
- Et bien le moins qu'on puisse dire, c'est que tu es à fond dedans, fit remarquer Ikuta en posant la manette. J'aime bien te voir rire. Ca te va tellement mieux que la tristesse.
Ne sachant pas quoi dire, Junno se sentir vaguement rougir et, pour se donner une contenance, s'empressa d'éteindre la console pour allumer la wii. Il ne savait pas pourquoi, mais cette simple phrase, qui n'était même pas un compliment, l'embarrassait un peu.
- On va faire un jeu marrant, déclara-t-il pour couper court au sujet, sans se rendre compte que des larmes avaient glissé sur ses joues.
Comprenant alors que c'était sa faute, le médecin tendit le bras et, du bout des doigts, ceuillit les perles translucides.
- Junno… Tu n'as pas à te forcer à être fort devant moi, tu sais, lui dit-il doucement. Tu es triste, alors tu as le droit de pleurer, c'est pas un crime.
- Je… Je sais, mais… bredouilla le géant des KAT-TUN sans réagir au contact pourtant inattendu.
- Mais rien du tout, répliqua l'aîné, en attirant son cadet contre lui, lui caressant la nuque pour l'apaiser.
Le voir dans cet état lui brisait le cœur, mais il fallait qu'il fasse son deuil de cette relation, avant de pouvoir en entreprendre une autre.
Pendant un long moment, Taguchi resta sans bouger dans les bras étrangement rassurants du médecin, pleurant toutes les larmes de son corps, puis, peu à peu, ses sanglots s'espacèrent, s'estompèrent et s'arrêtèrent.
- D… Désolé, bafouilla-t-il lorsque sa respiration se fut-elle aussi à peu près calmée.
- Ne t'excuse pas pour ça, baka, rétorqua le plmus âgé dans un sourire, en lui ébouriffant gentiment les cheveux. Si tu as pleuré, c'est que tu en avais besoin. Et c'est le rôle d'un ami d'être là pour ce genre de chose.
- Merci, Tôma. Merci… d'être là pour moi…
- Je t'en prie, sourit encore le praticien, ravi que la suite de son plan se déroule sans accroc. Alors ce jeu, tu me montre ? fit-il en montrant la console dernière génération, toujours allumée.
Ces quelques minutes où il l'avait tenu contre lui, avait fait réaliser à Ikuta, qu'il voudrait que ce soit toujours le cas. Ses sentiments pour lui semblaient s'être accrus en très peu de temps et à un point que lui-même n'avait pas vraiment réalisé. Et le voir si désemparé lui en avait fait prendre conscience. Il voulait lui éviter le chagrin autant que possible, tout connaître de lui, il voulait pouvoir apprécier le moindre de ses sourires, le plus petit de ses gestes… Et il se rendait soudain compte que c'était devenu un besoin.
Deux heures plus tard, après un repas constitué de nouilles instantanées et deux parties de Mario Party, Junno, vaincu par les émotions de la journée, s'endormit sur le sofa. Attendri, Tôma partit alors en quête de la chambre, dans laquelle il prit une couveture, qu'il revint poser sur son cadet. Après quoi, il passa quelques instants à l'observer en souriant doucement, avant de se diriger vers l'entrée pour se chausser et rentrer. A minuit passé, il était temps. Après un ultime regard à son cadet endormi, Ikuta quitta l'appartement.
07h25, 18 février 2011
En se réveillant, le lendemain matin, Junno eut quelques difficultés à faire le point. Pourquoi était-il sur le canapé ? Avec une couverture ? Et la console allumée ? Bâillant à s'en déccrocher la mâchoire, il regarda autour de lui en essayant de se rappeler, puis les souvenirs de la veille lui revinrent par flashs : la façon dont il avait été quitté, la conversation au bar avec Tôma, le débarquement de celui-ci, les parties de jeux vidéos… Il avait sûrement du s'endormir et son invité était finalement parti. Merde, il n'avait pas été très poli. Il allait devoir l'appeler pour s'excuser. Et aussi pour le remercier de sa gentillesse et lui dire qu'il avait malgré tout pasé une bonne soirée. Mais pour le moment, deux choses urgeaient : une bonne douche et un bon café bien fort, histoire de se réveiller.
08h10, 18 février 2011
En se dirigeant vers son cabinet, Tôma repensa à la soirée de la veille. Indépendament du fait que son plan marchait comme sur des roulettes, il avait passé un moment très agréable, bien que différent de ce dont il avait l'habitude. Ces quelques heures passées en compagnie de Junno, lui avaient montré une facette de lui qu'il ne connaissait pas encore : le Taguchi enjoué et souriant, ayant la faculté de s'enthousiasmer pour de petites choses, ce que l'aîné trouvait touchant. Il avait eu l'impression de se rapprocher de lui, ce qui était loin de lui déplaire. Et surtout, son cadet s'était reposé sur lui, se déchargeant d'une partie de sa tristesse, comme s'ils avaient été des amis de longue date. Comme s'il le connaissait depuis aussi longtemps que les membres de son groupe. Drôles d'amis d'ailleurs, si on y réfléchissait bien. Pas un ne semblait s'être rendu compte de la détresse émotionnelle de l'un des leurs. Evidemment, il ne parlait pas de Kamenashi, qui semblait bien trop occupé avec son amant, pour prêter une quelconque attention à son ex… mais ils étaient bien cinq dans ce groupe, non ? Alors, que fichaient les trois autres dont les noms lui échappaient ? Etaient-ils totalement aveugles ? Même s'il n'avait pas été témoin de la cruauté de Kamenashi à son égard, Ikuta n'aurait eu qu'à croiser le regard de Taguchi, pour comprendre que quelque chose n'allait pas, qu'il allait mal. Alors pourquoi ces trois hommes, dont il semblait pourtant si proche, n'avaient-ils rien vu ? Etre trop proche pendant tant d'années faisait-il perdre la capacité de remarsuer les problèmes des autres ? En tout cas, le médecin se jurait bien que, si le chanteur lui donnait l'opportunité de s'occuper de lui comme il le méritait, il ne tomberait pas dans ce travers.
Toute la matinée, les patients se succédèrent mais, bien que Tôma fasse preuve d'autant de professionnalisme que d'habitude, ses pensées restaient tournées vers son cadet. A la pâuse déjeuner, il tenta donc de le joindre afin de prendre de ses nouvelles, mais le plus jeune ne déccrocha pas. Peut-être était-il en répétition avec son groupe. Ce qui serait une bonne chose car cela lui permettrait de se concentrer sur autre chose que ses problèmes de cœur, lui changeant les idées par la même occasion.
Tout en engloutissant le contenu de son bento, le kiné pensa à la tâche pénible qui l'attendait l'après-midi : les soins hebdomadaires de Kamenashi. Idée d'autant plus ennuyeuse que, maintenant, il n'avait même plus la consolation de savoir que Junno allait lui ouvrir la porte. Ne restait que cette sensation de devoir ingrat. Et cette envie insidieuse de casser la figure de son cadet pour tout ce que Taguchi avait souffert et souffrait encore à cause de lui.
14h20, 18 février 2011, appartement de Kazuya
- Kazu, il va être l'heure, t'es prêt ? demanda Jin en entrant dans la chambre.
Un grognement d'ours des cavernes lui répondit, lui faisant froncer les sourcils et il se rapprocha du lit dans lequel sont compagnon somnolait encore quelques minutes auparavant.
- Ah non, tu vas pas commencer à jouer à ça avec moi, Kamenashi, le prévint Akanishi, mécontent, en enlevant la couette que son cadet avait rabattu sur sa tête. Je suis pas Taguchi, moi, alors ta mauvaise humeur à la con, tu te la garde ou crois-moi que ça va chier.
- Ca va, pas besoin de me parler comme ça, râla le plus jeune.
- Si, parce que c'est de coups de pied au cul dont t'as besoin, rien d'autre, rétorqua Jin en le fixant.
- Essaye, de toute façon je les sentirais pas, railla le concerné.
- Joue pas au plus fin, Kazuya. Ca prend pas avec moi. Tu m'as fais une promesse, alors t'as intérêt à la tenir.
- Ca va, ça va, pesta encore le KAT-TUN en se redressant sur le matelas.
Un silence pesant s'installa, mais Kazuya avait beau dire, il était intérieurement ravi que son Jin le brusque comme ça. C'était de ça qu'il manquait avec Junno : quelqu'un pour le malmener verbalement quand il allait trop loin ou qu'il se laissait aller, quelqu'un qui ne se laissait ni faire ni intimider même quand il aboyait, quelqu'un qui lui tienne tête sans s'écraser, qui n'hésite pas à lui dire ses quatre vérités quand il le fallait. Et tout ça, Jin seul en était capable.
Le soudain bruit de la sonnette lui fit pousser un nouveau grognement. Ca y était, cette fois, plus moyen de reculer. Il aurait bien envoyé ce maudit kiné de malheur au diable mais 1) il avait promis 2) Jin veillait 3) il voulait remarcher 4) Jin veillait 5) il en avait marre de ce fauteuil 6) Jin veillait. Bref… il n'avait pas le choix, il allait devoir subir la présence et les soins de ce type qui avait une dent contre lui.
- J'y vais. Tu bouge pas d'ici, toi, le prévint Akanishi en se dirigeant vers l'entrée.
- Et tu veux que j'aille où, baka ? T'as envoyé valser mon fauteuil ! rétorqua Kazuya, boudeur.
- J'me méfie ! répliqua Jin en ouvrant la porte.
Quelle ne fut pas sa surprise de se retrouver alors face à face avec un canon faisant la même taille que lui, avec un visage adorable encadré de cheveux roux qui lui tombaient dans le cou et des yeux bruns. Le voyant avec une blouse blanche et une malette à la main, il déduisit qu'il s'agissait du kiné qui avait osé gifler son Kazu. C'était donc à lui qu'il devait son retour. Et bien s'il s'était attendu à ça…
- Bonjour, le salua le praticien d'une voix claire et agréable bien que très froide. Je suis Ikuta Tôma. Je viens pour les soins de Kamenashi-san.
Wow, canon, mais réfrigérant, le médecin. Difficile de croire qu'il se soit emporté au point de frapper son patient.
- Akanishi Jin, se présenta-t-il à son tour en s'effaçant pour le laisser passer. Kazuya est dans la chambre.
Un simple hochement de tête lui répondit, tandis que le spécialiste ôtait ses chaussures et s'y dirigeait, Jin sur ses talons. La pièce était plongée dans la pénombre, aussi le premier réflexe de Tôma fut-il d'aller ouvrir les rideaux qui masquaient la chaude lumière du soleil, puis il posa sa malette.
- Bonjour, Kamenashi-san, le salua-t-il, polaire.
Un silence obstiné lui répondit, bientôt troublé par un raclement de gorge. Jin veillait.
- Bonjour, répondit finalement Kazuya à contrecoeur.
- Avez-vous fais les exercices que je vous avais recommandés, Kamenashi-san ? demanda encore Ikuta, qui avait décidé de rester professionnel et impartial, même face à ce patient qu'il détestait.
- Non.
- Quels exercices ? intervint alors Jin, aussi stupéfait que mécontent de découvrir que son fiancé lui avait encore caché quelque chose à propos de sa santé.
- Ceux destinés à aider ses muscles à retrouver leur mobilité, Akanishi-san, répondit le médecin.
- Kazu…
- Je m'en doutais, rétorqua Tôma. Et bien dans ce cas, c'est bien que vous soyez là, Akanishi-san, vous pourrez l'obliger à les faire.
- Comptez sur moi, sensei, répondit Jin d'une voix sourde qui n'augurait rien de bon, en posant sur son cadet un regard qui avait gagné en colère.
- Bien, fit simplement Ikuta, qui ne releva pas l'emploi d'un terme qu'il avait pourtant demandé à Junno de ne pas utiliser.
Sur ce, il écarta la couette qui couvrait encore son patient jusqu'à la taille, la repliant au pied du lit, puis prit place sur le bord du lit et ouvrit sa malette, dont il tira une petite bouteille. Il s'enduisit les mains du produit et entreprit de masser vigoureusement les mollets, puis les cuisses de son cadet, sous le regard blasé de celui-ci, qui avait d'ailleurs croisé les bras.
- Dites-moi si vous sentez quelque chose, recommanda le kiné en continuant.
- Je sens que dalle et vous le savez très bien, gronda Kame, de mauvaise humeur.
Qui se fit immédiatement reprendre par la voix, toujours sourde, de Jin.
- Kazuya…
- En effet, mais il se pourrait que vous finissiez par sentir quelque chose. Auquel cas, il faudra me le dire, répliqua le médecin sans perdre son calme.
- Humf…
La séance se poursuivit pendant un peu plus d'une heure, Tôma massant et faisant jouer les muscles du plus jeune, Kame y mettant toute la mauvaise volonté du monde sans pourtant entraver la bonne marche des soins, Jin réprimendant sans cesse son fiancé.
Passant à la salle de bain pour débarrasser ses mains du produit, le thérapeute revint ensuite dans la chambre et tendit le petit récipient à Jin.
- Je reviendrais la semaine prochaine, Akanishi-san, dit-il. Dans l'intervalle, puisque vous êtes là, il faut faire tous les jours ce que vous m'avez vu accomplir aujourd'hui. Et surtout, tenez-moi au courant si un quelconque changement se produit.
- Bien, sensei, répondit Akanishi en défiant du regard son compagnon de dire quoi que ce soit.
Il raccompagna le praticien à la porte et, une fois que celle-ci se fut refermée, retourna à la chambre, furieux.
- Bordel, Kamenashi, tu m'explique à quoi tu joue ? tonna-t-il.
- Quoi ? Je l'ai laissé faire, nan ? fit l'interpellé avec une mauvaise foi flagrante.
- Joue pas à ça ! Tu l'aime à ce point, ton putain de fauteuil ? T'as vraiment envie d'y rester jusqu'à la fin de tes jours ?
Le silence seul lui répondant, l'aîné reprit.
- Tu veux à ce point oublier la scène et KAT-TUN ? T'as à ce point envie de lâcher Koki, Maru, Ueda… et même Taguchi ? Répond, bordel !
Mais une fois encore, son cadet resta coi.
- Putain, Kazuya, répond ! Je croyais que tu AIMAIS la scène, que tu kiffais les tournages de PV et de dramas !
- Mais évidemment, couillon !
- Bah alors réagis, merde ! Ce mec, il est là pour t'aider à récupérer tes jambes, tu t'en rend compte de ça ? Alors même si tu peux pas l'encaisser, fais un effort, bordel !
- …
- Tu me l'as promis, Kazuya ! Tu me l'as promis… répéta-t-il plus bas, sa voix se brisant.
- Jin, je… commença le plus jeune, avant de s'interrompre, horrifié en voyant son aîné quitter la pièce à grands pas. Jin ! JIN ! JIN ! l'appela-t-il alors, terrifié à l'idée de le perdre à nouveau.
Quelques instants plus tard, la porte de l'appartement claquait sans que l'interpellé ait fait mine de rebrousser chemin. Kamenashi aurait voulu lui courir après, le rattraper, lui dire qu'il était désolé, qu'il ne recommencerait plus, qu'il ferait un effort… mais il ne le pouvait pas. Il était cloué dans ce lit à cause de ses jambes et même s'il avait été dans son fauteuil, il n'aurait jamais été assez rapide pour l'empêcher de sortir. Il avait été con. Encore une fois. Mais il espérait tant qu'une fois encore, son Jin lui pardonnerait et qu'il reviendrait. A la limite, il pouvait survivre sans ses jambes… mais il ne pouvait ni vivre ni même survivre sans son Jin. Impossible.
18h45, 18 février 2011, appartement de Junno
Son cadet n'était pas là. Il aurait du s'en douter après tout. Le travail de Junnosuke était suffisament extraordinaire pour ne pas être soumis à des horaires précis comme le sien, pourtant, Tôma était déçu. Une journée passée sans le sourire de Taguchi était une journée ratée. Pourtant il ne pouvait pas se résoudre à repartir vraiment. Même si ce n'était que quelques minutes, il avait besoin de le voir. Un coup d'œil à sa montre lui apprit qu'il était presque 19h. Il soupira. Autant faire un saut au combini le plus proche pour y prendre de quoi manger. Le kiné redescendit dont l'escalier et s'y rendit. Le petit magasin n'était distant que de quelques centaines de mètres et Ikuta se fit la réflexion que ça devait être bien pratique quand on avait des horaires aléatoires.
Il venait de saisir des takoyakis dans le rayon, lorsque de petits cris en direction du rayon des magazines, attirèrent son attention. Curieux, il fit quelques pas et son regard se posa sur deux adolescentes, en extase manifeste devant un magazine ouvert dans les mains de l'une d'elles.
- Ah Junno est trop beau ! disait l'une. T'as vu son sourire ? Je m'en remettrais jamais !
- Moi non plus. Mais c'est con qu'il soit pas plus mis en avant dans les shoots. J'adore Kame et Koki, mais Maru, Junno et Ueda passent souvent à la trape quand même…
- Ouais, c'est injuste.
La mention du diminutif de son ami, lui fit comprendre qu'elles parlaient de son groupe… KAT-TUN lui semblait-il et il tendit davantage l'oreille, attentif.
- Kami-sama, je retire ce que je viens de dire, se rétracta la seconde. Ces photos dans la baignoire… Miam…
- Ouais trop ! approuva la première. Pourquoi il en fait pas plus souvent des photos comme ça ?
- Faut dire ça aux autres ! Elles vont mourir aussi !
Sur quoi, le portable de la première sonna laissant résonner dans la boutique un air qu'il avait déjà entendu plusieurs fois à la radio. Probablement une du groupe de Junno étant donné qu'elle en semblait fan. Ayant répondu, elles reposèrent rapidement le magazine et sortirent. Il attendit qu'elles soient au loin puis, après avoir jeté un coup d'œil autour de lui, s'en saisit avec curiosité. Le magazine, intitulé Myojo, présentait en courverture plusieurs groupes, y compris le sien. Mais une seule personne attira son attention. Lui. Magnifique vêtu de blanc, un léger sourire énigmatique aux lèvres. Le kiné resta médusé. Il avait beau avoir vu Taguchi en face à face plusieurs fois, jamais il ne se serait douté qu'il était si photogénique. Puis les exclamations des jeunes filles lui revinrent en mémoire et c'est presque fébrile qu'il tourna les pages jusqu'à ce que, sur celle de gauche, son regard se pose sur lui. Immergé tout habillé dans une baignoire, sa chemise sombre ouverte collant comme une seconde peau à celle, parfaite, de son torse, la main dans les cheveux et le regard rêveur. Cette vision coupa le souffle du médecin, dont le cœur s'emballa comme un fou, cognant dans sa poitrine comme s'il voulait en sortir. Il n'était pas obsédé, loin de là, mais, sur cette photo, son cadet était un véritable appel au viol. Il comprenait mieux la quasi hystérie de ces filles à présent. Incapable de détacher son regard du trop sexy Junno de la photo, les doigts d'Ikuta, comme mus d'une vie propre, caressèrent la silhouette de papier glacé, tandis qu'il se léchait les lèvres, le souffle plus court. Et, sans qu'il comprenne comment ni pourquoi, il se retrouva à la caisse, le magazine dans les mains. Alors qu'il sortait de son portefeuille les 490 yens nécessaires, il se fit la réflexion qu'il se comportait exactement comme il supposait que le faisaient les groupies de base, alors qu'il s'était promis de ne pas le faire. A la différence que lui connaissait personnellement l'objet de ses fantasmes… et de son qu'il venait de faire avaut d'autant moins de sens, qu'il s'apprêtait justement à aller le retrouver chez lui pour, il l'espérait, passer la soirée avec lui. Mais il n'avait pas pu s'en empêcher.
Enfouissant son acquisition dans sa sacoche aussi subrepticement qu'un voleur dissimule le fruit d'une rapine, Tôma reprit le chemin de l'appartement de Junno, une légère hinte colorant ses pommettes car, en plus, il s'en était fallu de peu qu'il ne serre la photo contre son cœur. Il fallait vraiment qu'il se surveille.
Soudain, son portable somma et il s'empressa de décrocher.
« Tôma ? », fit la voix de Junno à l'autre bout du fil. « C'est toi qui a essayé de me joindre ? »
L'entendre après tout ça, fit carrément rougir le thérapeuthe.
- Oui. Salut Junno, réussit-il à dire normalement, ce qui était un exploit. Tu vas bien ?
« Nickel. Juste un peu crevé. Tu voulais quelque chose en particulier ? »
- Heu… non. J'étais dans le coin alors je me demandais juste si je pouvais passer, mentit l'aîné.
« Ah… Bah y'a les gars avec moi là. Mais viens si tu veux. »
- Les gars ? Ah les membres de ton groupe. Mais je ne veux pas vous déranger.
« Nan nan, t'inquiète. »
- D'accord. J'arrive alors. A tout de suite.
Ikuta raccrocha, mitigé. Ce n'était pas vraiment comme ça qu'il avait pensé passer la soirée avec lui, mais bon, après tout, pourquoi pas. Et puis, il lui avait proposé de se joindre à eux, alors autant en profiter puisque le but était de rentrer dans son monde. Bon, par contre, il fallait qu'il arrive à se souvenir des noms de ses amis. Arg, ça c'était pas gagné. Lui et les noms… Bon, solution express… Vérifiant encore que personne ne regardait, il ressortit le magazine et le feuilleta jusqu'à tomber sur la page qu'il cherchait. Bon, alors le bizarre à tête de racaille s'appellait Tanaka Koki. OK. Celui qui avait un visage si fin qu'il aurait pu le prendre pour une femme s'il n'avait pas su la vérité, c'était Ueda Tatsuya. Et le dernier Nakamaru Yuichi. Bon, moins compliqué qu'il ne le pensait. Il n'avait quand même pas moins de mémoire qu'une fan. Pourtant, par précaution, il se répéta leur nom en boucle jusqu'à la porte de l'appartement, avant de se dire que ce serait peut-être mieux de faire comme s'il ne les connaissait pas du tout, puis sonna.
La porte s'ouvrit sur un Junno tout souriant, accompagné d'éclats de rire en provenance du salon. Le voir ainsi fit comme un coup au cœur du médecin.
- Salut, le salua-t-il en s'efforçant d'avoir l'air naturel, alors que son cœur battait au moins à 2000 à l'heure.
- Salut Tôma, entre, lui dit son cadet en s'effaçant pour le laisser passer.
Ne connaissant pas ce milieu, le médecin ne savait pas à quoi s'attendre en pénétrant dans l'appartement « plein » de stars nationales, même s'il se répétait en boucle que c'était des hommes comme les autres (il n'y avait qu'à voir la simplicité de taguchi pour s'en convaincre). Junno devait d'ailleurs avoir pris les devants en leur expliquant qu'il ne les connaissait pas, car chacun le salua, puis se présenta en souriant.
- Ikuta Tôma, enchanté, dit-il à son tour en prenant place sur le canapé, à côté de Ueda et Nakamaru, tandis que Tanaka s'asseyait par terre, sous le kotatsu et Taguchi sur le fauteuil. Kotatsu d'ailleurs encombré de cannettes de bière vides.
La soirée passa à une vitesse phénoménale entre les rires générés par les blagues pas drôles lancées par Junno, souvent acceuillies par une tape sur la tête du plaisantin incompris les questions qu'ils lui posèrent sur sa profession les anecdotes sur la leur… Lorsque le praticien s'inquiéta enfin de l'heure, il était presque 3h du matin.
- Bon, je vais rentrer dormir un peu, lança Tôma en se levant soudain. Sinon je ne serais pas en état d'ouvrir le cabinet et les patients vont râler. Merci pour la soirée.
- C'était un plaisir, répondit Ueda dont il avait appris qu'il était l'aîné du groupe (et le sien), ce qu'Ikuta n'aurait jamais soupçonné.
- Fais attention à toi, lui recommanda Taguchi en le raccompagnant à la porte.
C'était tout lui, ça. C'était lui qui allait mal –même si ce soir ça avait été moins flagrant- mais il s'inquiétait quand même pour les autres. En fait, les heures avaient filé d'autant plus vite, que les chanteurs l'avaient immédiatement intégré à leur cercle, comme s'il en avait toujours fait partie, ce qui s'était avéré très agréable.
15h25, 18 février 2011
Une fois à l'extérieur, Jin soupira. Il avait beau savoir que son Kazu était plus têtu qu'un troupeau de mules, là, ça allait quand même très loin. OK, se faire tripatouiller les jambes par un quasi inconnu n'était pas marrant (et encore, il était super sexy, son kiné), mais de là à réagir comme ça, il y avait de quoi rendre dingue moins fort que lui. Et encore, il avait un peu craqué quand même. Il avait eu du mal à ne pas se retourner quand la voix paniquée de son cadet l'avait appelé, mais il s'était fait violence. Peut-être que s'il avait la trouille qu'il ne revienne pas, il se montrerait plus raisonnable ensuite. Akanishi n'aimait pas trop l'idée d'arriver à ses fins par la peur, mais si ça pouvait donner une leçon à son fiancé… Après tout, ne disait-on pas "qui veut la fin veut les moyens" ? Alors d'accord, ledit moyen était assez dégeulasse et ça lui faisait mal au cœur de l'utiliser, mais bon…
Marchant sans but dans les rues de Tokyo, son chapeau sur la tête et ses lunettes noires sur le nez pour ne pas risquer d'être reconnu, il réfléchissait. Il n'avait pas abandonné l"idée d'épouser son Kazu, même si celui-ci était pour le moment cloué dans son maudit fauteuil roulant, mais le convaincre de ne pas renoncer n'allait pas être une maince affaire. A moins que… Oui c'était la seule solution, mais il allait avoir besoin d'aide. Surtout qu'il n'avait pas beaucoup de temps, car il voulait que le mariage ait lieu le 23 février, jour de l'anniversaire de son cadet, qui fêterait alors ses vingt-cinq ans. Or, cette date, c'était dans cinq jours. Il allait falloir faire vite pour organiser les choses.
Sortant son portable de sa poche, il composa rapidement le numéro de Ueda et celui-ci déccrocha après plusieurs sonneries.
« Allô ? »
- Salut, Tat-chan. Désolé de te déranger mais j'aurais besoin de ton aide.
« Salut, Jin. Oui je vais bien merci. Et toi ? », ironisa l'aîné.
- Désolé. C'est juste que…
« Bon, si t'es si pressé, je suppose que ça a un rappoort avec Kame ? »
- On ne peut rien te cacher.
« En quoi je peux t'être utile ? »
- Je veux toujours épouser Kazu. Mais vu son état d'esprit actuel, j'ai un peu peur qu'il veuille plus.
« A cause du fauteuil. », devina Tatsuya.
- Ouais. Et donc je pense que le seul moyen, c'est de le mettre devant le fait accompli, tu vois.
« En faisant quoi par exemple ? »
- J'avais pensé à un kidnapping.
« Jin… »
- Je sais, c'est pas beau, mais tu vois une autre solution, toi ?
Il y eut un blanc, comme si l'aîné du groupe réfléchissait.
« Non, effectivement. », répondit Ueda.
- Mais ça, il n'y a que vous qui pouvez le faire. Si c'est moi, il risque de griller le truc et ce serait foutu. Et puis il faudra que je sois à l'arrivée.
« Et Tu veux qu'on fasse quoi au juste ? »
- Je sais pas… Vous débrouiller pour l'emmener jusqu'au lieu. Vous êtes assez malins pour ça.
« Quel lieu ? »
- Bah justement, je vais m'en occuper là.
Un nouveau blanc. Trouvait-il son idée si mauvaise ? Allait-il refuser de l'aider ? Soudain, Akanishi n'entendit plus que des voix étouffées, signe, certainement, qu'il parlait à Koki, Maru… et peut-être Taguchi même si ça ne l'enchantait pas.
« Bon, on vient d'en parler. On est d'accord pour t'aider, même si l'idée de lui forcer la main nous plait pas trop. »
- Vous forcez rien, Tat-chan. Il avait dit oui.
« Mais tu dis toi-même qu'il risque de dire non si tu lui en reparle, donc quelque part, tu lui force la main. »
- Bah non. Il peut encore dire non au dernier moment. Mais si ça se produit, j'aurais fais tout ce que je pouvais pour qu'il accepte.
« Admettons. Tiens-moi au courant quand tu auras défini le lieu et l'heure et on se chargera du reste. »
- Merci, Tat-chan.
« Me remercie pas encore, baka. Tu le feras si ça marche. Ce qui est pa gagné, parce que Kame est loin d'être con. »
- On verra. Bon, je file, faut que j'organise le truc, moi.
« Bon courage alors. Salut Jin. »
Sur ces mots, tous deux raccrochèrent et Akanishi remit le téléphone dans sa poche.
10h20, 20 février 2011, appartement de Tôma
C'était son jour de repos, aussi Tôma s'éveilla-t-il tard ce matin-là. Après s'être longuement étiré dans tous les sens, le médecin se leva et se dirigea vers la cuisine pour se faire un thé. Tandis que l'eau chauffait, il repensa à la soirée de la veille. Encore une fois, il était allé chez Junno, mais celui-ci ne semblait même plus surpris de le voir soir après soir. Comme si, finalement, le chanteur trouvait naturel de l'avoir dans son entourage. Pour la seconde fois, il avait joué aux jeux vidéos, mais pas seul, car Taguchi avait acheté une seconde manette. Soit disant parce que « regarder quelqu'un jouer, c'est nul ». Mais Ikuta n'était pas dupe. Il avait parfaitement compris que c'était pour lui que son cadet avait fait cette acquisition, puisqu'il était le seul à accepter cette passion sans restriction et, mieux, à tenter d'y prendre part. Et cette petite attention toute simple avait vraiment fait plaisir au thérapeuthe, car cela signifiait que Junno pensait au moins un peu à lui, même si ce n'était pas encore de la façon qu'il souhaitait. Mais au moins, il semblait désormais faire partie de ses amis, ce qui n'avait pas pris longtemps, car la star paraissait accorder facilement sa confiance (peut-être un peu trop. Il lui faudrait le mettre en garde contre ça lorsqu'ils seraient plus proches).
Lorsqu'il eut vidé sa tasse et fait la vaisselle, le médecin s'attaqua à la préparation des bentos qu'il avait prévu d'apporter à l'élu de son cœur. Ne connaissant pas ses goûts, il décida d'un assortiment relativement conséquent, en partant du principe qu'un danseur était un sportif et avait donc besoin de pas mal manger pour restaurer l'énergie perdue à l'entraînement. Une fois les couvercles des deux boites refermés, il jeta un coup d'œil à la pendule murale, qui indiquait midi moins dix. Il plaça les deux bentos dans un sac, puis prit son téléphone et composa le numéro de son cadet, qu'il connaissait à présent par cœur.
11h53, 20 février 2011, Jimusho, salle de répétition de KAT-TUN
Alors que la musique résonnait toujours dans la pièce et que les membres du groupe continuaient à répéter pour être parfaitement synchronisés, une mélodie intruse se fit entendre, troublant l'ordre et tous s'immobilisèrent. Pourssant un soupir d'exaspération, Nakamaru alla éteindre la chaine hifi et pesta.
- Encore ? Nan mais sérieux, les gars, vous pouvez pas éteindre vos portables pendant les répètes ? C'est la troisième fois ce matin ! Junno, répond ou ça va continuer.
- Hé, on y est pour rien, nous, protestèrent en chœur Koki et Tatsuya, en fusillant leur ami du regard.
- Désolé, s'excusa Taguchi en se dirigeant vers son sac.
- Déjà qu'on a plus Kame et qu'on est bien embêtés de plus être que quatre, on va pas s'en sortir si ça continue, rouspéta encore l'aîné en second.
- Relax, Maru, essaya de l'apaiser l'aîné principal.
Pendant qu'il râlait, Junno avait tiré son téléphone de son sac et souri en découvrant l'identité de son correspondant.
- Tôma ? C'est cool de t'entendre, mais je suis un peu occupé là…
- TRES occupé ! corrigea Yuichi de loin.
« Oh désolé. Je fais vite. J'ai préparé des bentos et je me demandais si tu voulais déjeuner avec moi. »
- Ah… Heu ben pourquoi pas. Mais on a pas fini, là…
« Pas grave, j'attendrais. Rien ne me presse aujourd'hui, je ne travaille pas. »
- Veinard… marmonna alors le géant des KAT-TUN, assez bas pour n'être compris ni de ses amis ni de son interlocuteur.
« Tu dis ? »
- Rien rien. Bah écoute, je sais pas quand on aura fini, alors viens à l'agence. Je te ferais rentrer en attendant. Comme ça, tu verras un pro à l'œuvre, ajouta-t-il malicieusement en sachant très bien que ses camarades réagiraient.
- Le "pro" ferait bien de se remettre au boulot en vitesse, avant de se prendre mon pied au cul ! menaça alors Koki, faisant rire Tôma qui l'avait entendu.
- Ouais ouais, lui répondit Taguchi, hilare.
« Ca ne va pas déranger, tu es sûr ? », demanda Ikuta.
- Nan nan, c'est bon, viens. Bippe juste quand t'es en bas. A plus.
Sur ces mots, il raccrocha et rangea son portable.
- Enfin ! fit encore Nakamaru. Si le standard de monsieur Taguchi a fini de sonner, on va peut-êtr pouvoir s'y remettre.
- Désolé, s'excusa encore Junno.
La répétition reprit donc son cours jusqu'à ce que, vingt minutes plus tard, le portable bippe.
- Taguchi, je vais te tuer ! s'exclama Tanaka en levant les mains vers l'avant comme pour étrangler son ami.
- Je vais chercher Tôma et je reviens ! Je me grouille !
- T'AS INTERET ! cria encore le rappeur, mais son camarade était déjà dehors.
Junno fila comme une flèche dans le couloir, manquant percuter au passage Masuda et Tegoshi, ses collègues de News, qui revenaient à leur salle et se regardèrent, abasourdis.
- C'était quoi ça ? une fusée ? demanda Yuya en clignant des yeux.
- Aucune idée, répondit Takahisa en haussant les épaules, avant d'ouvrir la porte de leur local.
Une fois au rez-de-chaussée, il fit ouvrir la porte par le vigile posté à l'entrée en lui expliquant que le visiteur était avec lui.
- Désolé de débarquer à l'improviste, s'excusa le kiné.
- Pas grave, mais viens vite, sinn les autres vont me démolir.
Il entraîna donc son aîné jusqu'à leur étage et ouvrit rapidement, poussant le thérapeuthe à l'intérieur devant lui.
- Bon, voilà, assieds-toi, lui dit-il. Quand la séance de torture sera finie, on ira manger.
Un grand "aïe" ponctua la fin de sa phrase, car, levant la main, Ueda venait de lui taper sur la tête.
- Méheu… protesta-t-il en se frottant le crâne. Espèce de brute.
Un éclat de rire du médecin salua cette constatation.
- Pauvre martyre, rigola Ikuta.
- T'as vu ça ? fit Junno, ravi de voir qu'au moins une personne compatissait. Il en a pas l'air comme ça, mais comme il fait de la boxe, Tat-chan a vachement de force dans les bras.
- Mais oui, mais oui, fit l'intéressé en levant le yeux au ciel. On lui dira. Allez, le martyre, on s'y remet.
- Chef, oui chef ! répliqua alors le plus jeune des deux, en mimant un petit salut militaire.
La musique reprit et les quatre garçons se remirent en place. Avec étonnement, Tôma se rendit compte du sérieux qui était apparu sur les traits de son cadet et contrastait avec son air comique précédent. Mais quand il le vit danser, il en oublia tout le reste. Il avait beau ne rien y connaître en danse, Junno était sans conteste doué. Très doué même. Le voir se mouvoir en rythme était presque envoûtant, tant le moindre geste était fluide et naturel.
Après un moment, en sueur, les garçons ôtèrent leur t-shirt pour être plus à l'aise et Tôma, les yeux exorbités, manqua s'étrangler. Du regard, il suivit malgré lui une petite goutte de transpiration, qui se traçait un chemin atrocement lent, le long de ses pectoraux, puis de son ventre, passant près de son nombril, pour finir sa course à la lisière de son pantalon. Il déglutit péniblement. Il aurait voulu être cette goutte, pour pouvoir toucher l'objet de ses désirs, mais il ne pouvait pas. Pas encore. C'était bien trop tôt, puisqu'il venait tout juste de passer du statut de "connaissance" à celui d'"ami".
Lorsqu'ils s'arrêtèrent de danser, ils attrapèrent une serviette dans leurs affaires et s'épongèrent, puis se laissèrent choir un peu où ils étaient, essouflés et haletants.
- Dis donc, Tôma, c'est pas un peu tard pour entrer à l'agence ? lança soudain Koki pour taquiner le médecin.
- Quoi ? fit ce dernier qui n'avait pas saisi.
- Bah les seuls macs qui entrent ici sont des Johnny's, des chorégraphes ou des managers, expliqua Maru.
- Ah…
- Tu pourrais, tu sais, intervint Junno.
- Je pourrais quoi ? demanda Ikuta, qui avait du mal à suivre.
- Entrer ici. Faire partie des Johnny's. T'es assez canon pour ça, précisa Taguchi.
A ces mots, le cœur du kiné manqua un battement. "T'es assez canon pour ça"… Taguchi avait-il la moindre idée de ce que ces simples mots signifiaient pour lui ? Non, bien sûr. Il avait lancé ça comme ça, sans y penser. Mais pour lui qui l'aimait tant, en était tout retourné. Et le pire, c'était que ça se voyait.
- Et, visez ça, les gars ! Il rougit, le "petit" Ikuta ! s'exclama Koki, mort de rire. Bah alors, t'es amoureux ou quoi ?
La question fit sursauter l'intéressé, qui vira aussitôt au cramoisi. Il avait été découvert ? Si vite ? c'était une catastrophe !
Sa réaction n'échappa pas à l'œil de lynx du rappeur.
- Arrête, sérieux, c'est ça ? fit-il, stupéfait. Mais de qu…
Il s'interrompit, réalisant à partir de quel moment leur nouvel ami avait changé de couleur.
- Ah la vache ! rugit-il. Hé, Taguchi, t'as un super ticket, là ! Saute sur l'occaze !
L'incompréhension la plus totale se peignit sur les traits de l'interpellé, qui regarda son collègue avec attention, avant de fixer le thérapeuthe.
- Qu'est ce qu'il veut dire ? demanda-t-il, manifestement perdu.
- Oui, Tôma, qu'est ce que je veux dire ? rigola encore Tanaka, écroulé sur le sol.
- Arrête, Koki, t'es lourd, dit Maru qui avait pitié de la gêne visible du médecin.
Et le rappeur de se tordre de rire sur le sol, sous le regard interloqué de Junno et celui, plus que confus, du praticien.
C'était de pire en pire. Là, il avait pratiquement le couteau sous la gorge. Il allait devoir lui dire. Et se déclarer si tôt n'était pas DU TOUT ce qu'il avait prévu. Bien trop peu de temps s'était écoulé depuis la rupture qu'avait vécue son cadet et il y avait à peine une chance sur un million qu'il accepte ses sentiments. Sans même parler d'y répondre. Il allait droit dans le mur en faisant ça, c'était obligé. Et pourtant…
- Alors, ces bentos, on va les manger ? demanda-t-il d'un ton qui se voulait naturel.
- Bah si tu veux, fit Taguchi. On sort ? J'ai chaud.
Et lui donc… Avoir celui qu'il aimait si près de lui, seulement à demi vêtu était une vraie torture.
- D'accord. Je te suis.
Tout en lui emboîtant le pas sous les quolibets gentillets de Koki, Tôma se traita mentalement d'imbécile. Pourquoi, Kami-sama, POURQUOI était-il allé se fourrer dans la gueule du loup ? Il aurait du savoir que c'était une mauvaise idée. Et maintement, c'était trop tard, il était acculé.
Lorsqu'ils arrivèrent dans une petite cour et que Junno s'assit sur un banc, le kiné ne savait toujours pas de quelle façon aborder le sujet. Pour se donner quelques secondes de réflexion supplémentaires, il entreprit de sortir les deux bentos de son sac et en tendit un à son voisin, avec des baguettes.
- Merci, fit le plus jeune en prenant le tout dans un sourire adorable qui étreignit le cœur de son interlocuteur.
- Je t'en prie. Ecoute, Junno, il faut que je…
Il fut coupé dans son élan par son cadet, qui s'extasiait sur le contenu de sa boite.
- C'est toi qui as préparé tout ça ? C'et génial !
- Junno, s'il te plait, éc…
- Hé, c'est trop bon ! s'exclama encore le chanteur après avoir mordu dans un onigiri.
- Je… tenta encore Tôma.
- T'es vraiment doué. Moi, je sers à rien dans une cuisine, rigola le KAT-YTUN.
- Je t'aime !
Oups. C'était sorti tout seul. Sans forme, sans rien. Et, visiblement, ces trois mots si simples et pourtant si puissants, avaient fait beuguer meur destinataire. En effet, celui-ci s'était figé, un sushi coincé dans ses baguettes, à mi-chemin de sa bouche ouverte. Il la referma, reposa la nourriture à sa place initiale et fixa son interlocuteur.
- Quoi ? fit-il avec une voix qu'il ne reconnut pas lui-même.
- Je… suis amoureux de toi, Junno, répéta le kiné, pas franchement à l'aise.
Il aurait voulu prendre son temps, lui dire ça autrement, avec plus de rafinement, pendant un dîner par exemple, au lieu de se déclarer à la sauvette, presque entre deux portes, parce que Tanaka avait décidé de jouer les boulets. Mais là, ce qui l'inquiétait, c'était le manque total de réaction de Taguchi face à son aveu.
- Heu… Junno ? Ca va ? lui demanda-t-il, incertain.
- Tu… m'aime ? répéta le danseur, abasourdi.
- Oui. Désolé.
Ca, c'était stupide comme réponse. Pourquoi s'excusait-il d'éprouver des sentiments pour lui ? Là encore, c'était sorti tout seul. Comme si, malgré lui, il cherchait à atténuer le choc que son vis à vis venait de recevoir. Le silence s'installa. Se prolongea. S'éternisa.
- Junno ? tenta doucement Ikuta.
Seul un blanc lui répondit et l'aîné craignit d'avoir même brisé leur amitié toute neuve.
- Je suis très ouché, mais je ne… commença soudain le KAT-TUN.
- Je sais que tu ne m'aime pas, l'interrompit le médecin, reprit par l'espoir. Mais tu l'as dis toi-même : tu n'es pas fais pour être seul et tu n'aime pas ça. Et j'ai constaté que tu as besoin de quelqu'un qui te comprenne, qui ne te juge pas et fasse attention à toi. En somme, tout ce que quelqu'un qui t'aime peut, seul, t'apporter. Laisse-moi essayer d'être cette personne, s'il te plait.
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