Chapitre 20
Réconciliation
Une heure plus tard, souhaitant prendre congé de ses amis, Yamapi alla frapper à la porte de la chambre, qu'il ouvrit.
- Kame, j'y vais. A plus.
Détournant le regard de la télévision, son cadet le fixa.
- Oh. Ok.t'as vu ce que tu voulais avec Jin ?
- Ca a pas été une mince affaire, mais ouais, répondit Yamashita.
- Ok. Ben à la prochaine alors.
Un petit sourire fleurit sur les lèvres du news, alors que Kazuya reportait son attention sur l'émission qu'il suivait.
Le leader de KAT-TUN serait surpris de la vitesse à laquelle arriverait cette "prochaine".
Lorsque la porte se fut refermée sur Tomohisa, Jin fit à son tour irruption dans la pièce où se trouvait son fiancé.
- Dis, Kazu, si on sortait ?
- Hum ? Non, pas envie, répondit l'interpellé sans quitter l'écran des yeux.
Mais visiblement, "non" n'était pas une réponse qui faisait partie du vocabulaire d'Akanishi et ce dernier s'empressa de passer derrière le fauteuil de son compagnon, avant de le faire pivoter et de le pousser vers l'entrée de l'appartement… au grand mécontentement de son cadet.
- Hé, Akanishi, quelle lettre t'as pas compris dans le mot "non" ? aboya celui-ci en tournant la tête pour le fusiller du regard.
- Moi aussi je t'aime, Kazu, répliqua Jin avec ironie.
- Joue pas au plus fin ! Je t'ai dis que je voulais pas sortir, bordel ! T'es sourd ?
- Et moi je te dis qu'il faut qu'on sorte, rétorqua le plus âgé sans perdre son calme face à la soudaine mauvaise humeur de son compagnon.
- Et qu'est ce qui justifie cette sortie ? demanda encore le plus jeune avec un regard qui signifiait clairement "si t'as pas une bonne raison, je t'explose".
- Il faut bien qu'on se trouve des costumes pour le mariage, expliqua finalement l'aîné.
Il y eut un silence, comme si Kazuya méditait cette réponse.
- Mouais, c'est une bonne raison, consentit-il à dire dans une grimace.
- Ah bah cache ta joie… T'as l'air heureux, ça fait plaisir… marmonna Jin, douché et très déçu. Si tu préfère regarderla télé que t'occuper du mariage, dis-le tout de suite.
La remarque fit sursauter Kamenashi. Ah non, il ne fallait surtout pas que son Jin s'imagine des trucs qui n'avaient pas lieu d'être !
- Mais non ! Pas du tout ! je suis très content ! Allons-y ! s'exclama-t-il en espérant que son soudain enthousiasme ferait oublier qu'il traînait les pieds un instant plus tôt.
- Mouais… Jolie tentative de rattrapage aux branches…
- Allons-y ! fit encore Kazuya en se propulsant jusqu'à l'entrée.
Jin le rejoignit et se chaussa, puis attrapa ses inséparables chaêau et lunettes de soleil dont il se para, avant d'ouvrir la porte et de laisser passer son fiancé sans prononcer un mot.
Tandis qu'ils se dirigeaient vers une boutique de confection spécialisée, le silence devint pesant et la gorge de Kame sèche. Son compagnon marchait tranquillement à côté de lui, calant son allure sur la vitesse de ses propres tours de roues, pourtant il ne le regardait pas comme il le faisait d'habitude. Pire, il regardait devant lui sans lui prêter attention. Le cadet savait bien qu'il avait fait une boulette monumentale en réagissant comme il l'avait fait, qu'il avait été con… mais il ne savait pas comment rattraper le coup. Jamais, même au plus fort de ses colères envers lui, Jin ne s'était montré si distant. C'était insupportable. A choisir, Kazuya aurait encore préféré l'entendre lui crier dessus, lui dire ses quatre vérités comme il le faisait d'ordinaire. Il aurait préféré une franche explosion à cette colère froide, à ce ressentiment presque palpable… à cette brusque indifférence. Le voir comme ça serra très douloureusement le cœur du plus jeune et, soudain, la peur panique de le perdre le submergea.
Poussant sur ses bras comme un possédé, Kamenashi dépassa son fiancé, puis fit faire volte-face à son engin, coupant la route d'Akanishi, qui s'immobilisa.
- Je t'en prie, Jin, excuse-moi, ilmplora-t-il en s'emparant de ses mains, tout en levant la tête vers lui. Je te jure que ce mariage est aussi important pour moi que pour toi.
Le regard que l'interpellé posa sur lui était à la fois si froid et si triste, que le plus jeune reprit, les larmes aux yeux devant la non réaction de celui qu'il aimait plus que sa propre vie.
- Jin, je t'en supplie… hurle-moi dessus si tu veux, mais dis-moi quelque chose…
Le silence dura encore quelques secondes, puis Akanishi prononça quelques mots… qui crucifièrent le cœur meurtri de son cadet. Surtout le dernier.
- Que veux-tu que je te dise, Kame ?
"Kame"… Il n'y avait que ses amis et connaissances, qui l'appellaient comme ça. Depuis le premier jour où ils étaient sortis ensemble, il avait toujours été "Kazu" pour Jin. Même furieux après lui, son aîné n'était jamais descendu plus bas qu'un simple "Kazuya"; Qu'il en soit arrivé au diminutif que même les fans utilisaient, déchira le cœur et l'âme du KAT-TUN en milliers de fragements et il éclata en sanglots, certain d'avoir fais la connerie qui le lui avait fait perdre à jamais.
- Pourquoi tu pleure ? questionna l'aîné qui ignorait quelles sombres pensées agitaient son cadet.
- Je ne... veux pas te... perdre... articula péniblement Kazuya d'une voix hachée. Je ne... peux pas vivre sans... toi...
Un silence suivit cet aveu larmoyant, puis Akanishi soupira.
- Sois pas con... J'ai pas fais tout ça pour te quitter à la première occasion, baka. Oui, je suis triste, déçu et blessé, mais quoi que tu dise et quoi que tu fasse, je t'aime alors je peux tout te pardonner, même les pires conneries. Et t'en as déjà fais pas mal, je suis vacciné.
- Jin... murmura le plus jeune, touché par ces paroles. Je suis tellement... désolé... Je voulais pas te... blesser. J'ai pas réfléchis avant de parler.
- Et après c'est moi qu'on traite de Bakanishi... Bakame, va, fit le plus âgé dans un sourire en coin.
Il ne l'avait pas volée, aussi Kamenashi accepta-t-il le repproche de bonne grâce. Le voir sourire, même ainsi, recollait quelque peu leas bribes du coeur morcellé du KAT-TUN, pourtant, il se sentait toujours aussi mal et coupable d'avoir fais de la peine à celui qu'il aimait tant.
- Allez, tire pas cette tronche, lança finalement Akanishi en lui ébouriffant les cheveux, ce qu'il détestait.
- Ah non ! Laisse-mes... tifs tranquilles, bordel ! Est-ce que je... m'occupe des tiens, moi ? râla Kazuya à travers ses larmes en tentant d'applatir avec ses paumes les épis générés par le geste de son fiancé.
- Ah bah je préfère te voir comme ça : de mauvais poil, acerbe et coupant, répliqua Jin en souriant plus franchement.
- Quoi ? Attend, je suis pas que ça quand même ! s'indigna l'accusé.
Sa mine offensée fit bien rire son compagnon.
- Mais nan, Kazu, je te charie, c'est tout. Allez viens, on a du boulot.
Tous deux entrèrent dans la boutique de confection quelques instants plus tard et, aptès un moment, l'aîné montra à son cadet un somptueux costume blanc.
- Kazu, qu'est ce que tu pense de celui-là ?
- Heu, je suis pas sûr que le blanc soit ce qui t'aille le mieux, objecta le plus jeune.
- Mais pas pour moi, baka, pour toi. Depuis quand je fais du S, moi ?
- Mais pourquoi on commence par moi ?
- Parce que.
- C'est pas une réponse.
- Parce que ça me fait plaisir de m'occuper de toi en premier. Ca te va comme réponse ?
- Oui. Mais pourquoi blanc ?
- Parce que ça fait mariage. Et surtout parce que t'es juste sublissime dans cette couleur.
L'affirmation fit rire Kazuya.
- Qu'est ce que t'en sais ? Je me fringue jamais en blanc.
- Si, t'en as déjà porté dans quelques dramas.
- Parce que t'as regardé mes dramas ? s'étonna Kamenashi, qui l'ignorait.
- Tous.
- Tous ? Arrête, tu déconne ? Même "Kami ni shizuku" ?
- Ouais, même celui-là. J'ai failli lâcher l'affaire plusieurs fois tellement il est chiant, mais je l'ai vu jusqu'au bout.
- T'es maso ?
- Non, accro.
- A mes dramas ? s'amusa le cadet qui avait tout à fait compris.
- A celui qui joue dedans, plutôt.
C'était une évidence dans la mesure où ils allaient se marier, mais le plus jeune aimait tellement entendre ces mots dans la bouche de Jin, que jamais il ne se lasserait de ces "je t'aime", "tu me rends fou" et autres "je suis accro" qui franchissaient plus facilement les lèvres de son aîné que les siennes. Ce n'était bien sûr pas qu'il ne les pensait pas, mais il lui paraissait simplement plus naturel de le montrer que de le dire.
- Tu l'essaye ? demanda Jin dans un sourire auquel son compagnon était incapable de résister.
- Ok, donne, capitula-t-il sans même penser à tenter de résister d'une quelconque façon.
S'emparant des vêtements de cérémonie, il les posa sur ses genoux et dirigea son fauteuil vers la cabine. Une fois devant, il pivota vers son compagnon.
- Tu viens ? Je te rappelle que je ne peux pas me changer seul ici.
Jin le rejoignit en quelques pas et referma la petite porte, tandis que Kazuya faisait passer son t-shirt par dessus sa tête.
L'étroitesse de l'endroit ainsi que la vision de la peau nue, pâle et parfaite, de son cadet, firent monter la température interne d'Akanishi de quelques degré et éveilla le désir en lui. Comme mus par une vie propre, ses doigts commencèrent à parcourir lentement le buste offert, suivant le douce courbure d'une épaule, puis descendant sur les pectoraux.
Le contact, auquel il ne s'attendait pas, fit sursauter, puis frissonner Kazuya.
- Jin, qu'est-ce que tu... Mmmmh...
La fin de sa phrase se perdit dans un gémissement étouffé, lorsque son aîné comença à faire rouler ses tétons sous ses doigts. Ce simple geste risquait de lui faire perdre la tête malgré lui. Il fallait qu'il l'arrête avant que les choses aillent trop loin et qu'il ne soit plus capable de réfléchir.
- Jin, a... arrête. On... avait dit que... Et puis, pas ici... N'importe qui peut... entendre... souffla-t-il d'une voix hachée dans laquelle perçait le désir.
- Alors il va falloir que tu te fasse discret, mon Kazu, murmura à son tour Jin, avant de s'accroupir, puis de se pencher pour poser sa bouche sur l'un des boutons de chair durçi, pour le suçoter et mordiller délicatement, le taquinant de la langue de temps à autre.
L'effet fut immédiat : un nouveau gémissement plus prononcé franchit les lèvres de Kamenashi, bien vite étouffé par sa paume. Quand il disait qu'il le rendait fou rien qu'en le touchant... C'était affolant, presque effrayant.. mais si bon...
Sentir son cadet si réceptif électrisa Jin, qui se mit à parcourir le torse délicatement sculpté de ses lèvres avec une avidité d'autant plus croîssante, que les plaintes émises par osn compagnon ne cessaient plus. Il sentait la respiration de Kazuya s'accélérer de façon drastique, pouvant presque sentir les battements désordonnés de son coeur emballé. Ses yeux étaient légèremement voilés et sa bouche entrouverte derrière sa main comme pour chercher de l'air qui lui ferait défaut. Cette vision des plus érotiques n'arrangea pas l'excitation que le plus âgé s'était lui-même créée. Son cadet avait peut-être raison après tout, peut-être qu'il était bel et bien maso finalement. Surtout qu'ils seraient de nouveau frustrés tous les deux quand il en aurait terminé avec ce qu'il faisait, mais l'appel de la peau soyeuse de son fiancé était trop puissant. S'arranchant à ses pensées, l'aîné reprit le cheminement brûlant qu'il avait initié, se délectant de sentir son compagnon frissonner et se cambrer comme pour mieux s'offrir.
Mais soudain, les paumes de Kazuya se posèrent sur sa poitrine et appuyèrent légèrement, tandis que son souffle s'accélérait encore, preuve de l'effort qu'il fournissait sur lui-même.
- Non… fit-il d'une voix rauque et sourde. Arrête.
- Tu en as envie aussi, Kazu… Ne dis pas le contraire… souffla alors Jin d'une voix enjôleuse et tentatrice.
- Evidemment, que j'en ai envie ! Tu me chauffe depuis tout à l'heure ! répliqua le plus jeune d'une voix basse et sifflante. Mais c'est toi qui ne veux plus me prendre tant que je ne serais pas guéri parce que tu aurais l'impression de me violer, alors à quoi ça sert de nous torturer tous les deux ?
- Kazu…
- Sors de la cabine.
- Mais l'essayage…
- Je vais me démerder tout seul vu que t'es pas capable de contrôler tes pulsions.
- C'est pas ma faute si t'es aussi sexy et ban… désirable.
- Parce que c'est la mienne ? s'indigna Kazuya qui ne paraissait pas avoir remarqué la bourde.
- Shhhht, Kazu, pas si fort, les vendeuses vont entendre…
- Bah alors casse-toi de là !
- Kazu…
- J'ai dis barres-toi !
L'aîné s'exécuta en soupirant et se campa devant la porte, bras croisé comme un vigile de supermarché. Après quelques minutes, il entendit son fiancé souffler et jurer, signe qu'il se débattait probablement avec son jean. Il fut tenté de rentrer à nouveau mais, craignant la réaction de son compagnon, s'en abstint finalement.
Lorsque la petite porte s'ouvrit presque quinze minutes plus tard, Kazuya était échevelé et son visage congestionné des efforts qu'il venait de faire pour s'habiller. Sans compter qu'il semblait à présent de très mauvaise humeur. Pourtant, malgré ça, il était si magnifique dans le costume immaculé qu'il avait réussi à enfiler, que Jin en resta bouche bée.
- Quoi ? aboya le plus jeune, mal aimable au possible, quand il se rendit compte que son fiancé le fixait avec des yeux ronds.
A la base, il n'avait aucune intention de mal parler à son Jin, mais le temps passé à se changer l'avait épuisé, ce qui influait en mal sur son humeur.
- Rien, c'est juste que tu es si indescriptiblement superbe, que j'ai été saisi, répondit l'aîné.
En temps normal, ce compliment aurait eu le pouvoir de dérider Kamenashi, mais son énervement était tel, que sa réaction ne fut pas du tout celle escomptée par Jin.
- Bah encore heureux vu le mal que je me suis donné pour le mettre, répliqua aigrement Kazuya.
Cette remarque décontença l'aîné, qui resta quelques instants sans réaction, puis décida de passer outre.
- Heu... Tu te sens bien deans ? Je veux dire, il est pas trop large ou trop serré ?
- De ce que je constate, non, consentit à répondre le KAT-TUN en tentant de mettre sa mauvaise humeur de côté. Et tant mieux parce que c'est une épreuve que je suis pas prêt à revivre de si tôt.
Jin avait bien compris que son fiancé ne parlait pas du choix des costumes, mais de l'essage, aussi ne releva-t-il pas.
- Tu veux un coup de main pour l'enlever et remettre tes fringues ?
Un regard noir accueillit cette suggestion et Akanishi se hâta d'ajouter :
- Je te jure que je te toucherais pas. Mais tu as tellement eu l'air de galérer pour le mettre, que je me suis dis que tu aurais sûrement besoin d'aide pour l'opération inverse.
- Mouais... Je me demande si je dois te croire, fit Kazuya avec un regard suspicieux à son compagnon.
- Oh, Kazu... fit Jin, peiné.
- Ca va, ça va, amrmonna alors l'interpellé. Viens, mais si tu me touche, je te castre, ok ?
- Tu serais bien emmerdé après, ne put s'empêcher de plaisanter l'aîné.
- Jin...
- J'ai compris, t'inquiète, fit-il en pénétrant à nouveau avec lui dans le minuscule espace.
Il le laissa retirer la veste, le gilet et la chemise avec des gestes lents qui, s'ils témoignaient de sa réelle fatigue, ressemblaient aussi beaucoup trop à un strip-tease inconscient. Captivé, Jin le regarda faire les yeux brillants, jusqu'à ce que, sentant le regard de son compagnon sur lui, le plus jeune en relève la tête.
- Jin, tu bave, se moqua soudain Kamenashi. Je sais que je suis irrésistible, mais quand même, tu en fais trop.
- Et tu es si modeste en plus, renchérit Jin sur le même ton.
- Absolument, approuva Kazuya avant d'éclater de rire. Nan, sérieux, t'aurais pu avaler des mouches. Je suis si intéressant que ça à regarder ?
- T'as même pas idée... répondit l'aîné d'un ton lourd de sous-entendus.
- Toi, t'as encore des idées salaces...
- Comment faire autrement avec toi qui de déssape devant moi ?
- T'es infernal...
- Mais ça te plait.
- Ouais.
Cette fois, ce fut Akanishi qui s'esclaffa.
- C'est franc au moins. Mais tu le savais déjà.
- Quoi donc ?
- Que tu es un perpétuel appel au viol, sussura-t-il à son oreille.
- Jin... Qu'est ce que je t'ai dis...
- Ah mais je t'ai pas touché, se défendit l'accusé.
- Je me demande si tes insinuations perverses sont pas pires en fait, répliqua le cadet, toute mauvaise humeur envolée.
- Oh tout de suite...
- Allez, aide-moi à virer ça, qu'on rentre.
- Heu... oui, je vais t'aider, mais avant de rentrer, on doit encore s'occuper des alliances, objecta l'aîné.
A ces mots, un gémissement désespéré passa les lèvres du KAT-TUN.
- Pitié, Jin, pas aujourd'hui. Je suis claqué, là.
Il accompagna cette supplique d'un regard à faire rendre guimauve un coeur de pierre.
- Rah mais c'est déloyal, ça ! râla le plus âgé.
Le regard de chat potté s'accentua... et Akanishi craqua. Ah la la, son Kazu savait vraiment comment s'y prendre pour l'amener où il le voulait. Il le connaissait trop bien, c'était dangereux.
- Bon bon, d'accord, céda-t-il, gagnant un sourire à faire fondre un iceberg. On choisira les alliances sur internet, ça te va ?
Le sourire s'agrandit, bouleversant l'aîné qui y était pourtant habitué.
- Oui, bonne idée. Merci, Jin.
Après une demi heure supplémentaire au cours de laquelle le choix de Jin se porta sur un smoking très élégant qui, selon Kazuya, le faisait ressembler à James Bond, chacun insista pour mayer les vêtements de l'autre, puis l'aîné suspendit les deux sacs cartonnés aux poignées du fauteuil et ils reprirent le chemin de l'appartement.
18h45, 20 février 2011, appartement de Junno
Depuis son retour chez lui, ou plutôt depuis le départ de Tôma de la Jimusho, les paroles de son aîné résonnaient sans fin dans la tête de Junno, sans pour autant qu'il arrive à trouver une quelconque réponse. Le médecin semblait sincère, lorsqu'il affirmait sa volonté de s'occuper de lui et l'aimer comme il le méritait, mais après son expérience désastreuse avec Kame, Taguchi avait du mal à accorder de nouveau sa confiance sur ce plan-là. "Chat échaudé craint l'eau froide", comme disait le proverbe. Pourtant, la solitude commençait déjà à lui peser, comme une masse importante sur son coeur et son âme encore meurtris. Ah il allait finir fou à force de ressasser tout ça ! Pourquoi tout était-il si compliqué ? Pourquoi les choses ne pouvaient-elles pas se faire naturellement sans qu'il ait besoin de se prendre la tê... Mais oui ! C'était ça la solution ! Effectivement, retourner tout ça dans tous les sens ne faisait rien avancer, mais s'il laissait les évènements se dérouler tout seuls, il en résulterait probablement quelque chose de bien ! Après tout, il appréciait beaucoup Tôma alors...
Tout content d'avoir trouvé un remède qui satisferait tout le monde, le géant des KAT-TUN se leva d'un bond du canapé sur lequel il s'était laissé tomber en rentrant, arrêta de maltraiter ses cheveux ébouriffés par les mains qui les avaient agrippés comme si ça pouvait l'aider et esquissa un pas de danse joyeux... avant de s'immobiliser. Comment allait-il s'y prendre pour annoncer sa décision au kiné ? Il n'était pas très doué pour s'exprimer, surtout sur ce sujet, alors ça n'allait pas être simple. Ou peut-être trop justement. Se donnant une gifle mentale, il alla chercher son portable et composa rapidement le numéro du médecin, sachant que s'il réfléchissait encore, il n'aurait plus le courage de le faire. Le thérapeute décrocha à la seconde sonnerie.
« Junno ? Je ne m'attendais pas à avoir de tes nouvelles si rapidement ! », fit la voix joyeuse du médecin.
- ...
« Junno ? Tout va bien ? », demanda Tôma, inquiet de son silence.
[CLIC]
Il n'avait pas pu. Il s'était lâchement dégonflé au dernier moment. Et en plus, il avait racroché au nez d'un ami, ce qui ne se faisait pas, mais il ne se voyait pas lui dire ça comme ça, même si le téléphone était sûrement moins "dangereux" qu'un face à face.
Evidemment, son portable sonna dans les secondes qui suivirent la brusque coupure de la communication. Taguchi n'avait même pas besoin de consulter l'écran de l'appareil, pour savoir qu'il s'agissait de Tôma.
[Première sonnerie]
Qu'est ce qui lui avait pris ?
[Deuxième sonnerie]
Pourquoi avait-il appelé ?
[Troisième sonnerie]
Pourquoi avait-il raccroché ?
[Quatrième sonnerie]
Pourquoi le courage lui manquait-il pour décrocher ?
[Cinquième sonnerie. Répondeur]
Junno soupira, puis laissa passer une minute et consulta sa boite vocale. La voix du kiné, angoissée, s'éleva dans le récepteur.
« Junno, c'est Tôma. Je sais que ce n'est pas dans tes habitudes de racrocher au nez des gens et j'en déduis que quelque chose te tracasse et que tu as besoin d'en discuter, mais que tu n'ose pas parce que... enfin à cause de ma déclaration. Je ne sais pas de quoi il s'agit, mais tu peux m'en parler. Je reste ton ami avant tout, alors ne reste pas seul avec tes soucis. Rappelle-moi, s'il te plait. »
Voilà, en plus, il l'inquiétait. Mais il ne pouvait pas se résoudre. Posant le téléphone sur la table basse, il s'en éloigna vivement comme d'un serpent venimeux, avant de se dire que le mieux était encore de l'éteindre, ce qu'il fit sans tarder. S'ils l'avaient vu, les gars auraient dit qu'il se mettait la tête dans le sable, que c'était reculer pour mieux sauter et que, de toute façon, il devrait bien parler à Tôma à un moment ou un autre... C'était vrai mais, en dépit de ses résolutions, il ne pouvait pas encore affronter le kiné.
Pour tenter de penser à autre chose, le KAT-TUN joua à la console, mais son regard était si souvent attiré par le portable désactivé qui paraissait l'appeler silencieusement, qu'il perdi partie sur partie. Agacé, il arrêta tout et se rabattit sur des DVD. Mais là encore, impossible de se concentrer, car son regard dérivait sans cesse. Après deux heures de ce petit jeu, il finit par exploser, adressant la parole à l'objet commevs'il était vivant et en mesure de lui répondre.
- Arrête de me regarder comme ça ! pesta-t-il. J'y arrive pas, c'est tout ! C'est quand même pas un drame ! Je sais qu'il faut que je lui parle, mais je peux pas, tu comprends ça ?
Un silence suivit cette véhémente diatribe envers le malencontreux objet.
- Voilà que je parle à un téléphone maintenant... remarqua-t-il en se passant les mains sur le visage. Cette histoire est en train de me faire virer dingue.
S'emparant du portable, il le ralluma et se précipita sur sa messagerie. Comme il s'y attendait, il y avait des messages. Trois. Tous de Tôma. De plus en plus angoissé.
« Junno, je ne sais pas ce qui se passe, mais je n'aime pas ça du tout. Je t'en prie, rappelle-moi, il faut qu'on parle. »
Puis,
« Junno, est-ce qu'il t'es arrivé quelque chose ? Ton silence me fait peur. Rappelle-moi pour me rassurer. »
Le dernier tenait en deux mots.
« J'arrive ! »
Le KAT-TUN raccrocha, pensif, puis sursauta violemment, effaré. Quoi ? Comment ça "j'arrive !" ? Mais quand ? Quelle heure était-il quand son ami avait laissé ce message ? La ré-écoute des informations précedant les fatidiques deux mots lui fit écarquiller les yeux. Vingt minutes... Il avait donc tout juste le temps de s'enfuir courageusement.
Se précipitant vers le vestibule, il se chaussa à vitesse supersonique, puis ouvrit la porte... et se retrouva face à Ikuta qui s'apprêtait à sonner. Tous deux écarquillèrent les yeux, l'un de stupeur, l'autre de soulagement et ils parlèrent en même temps.
- Tôma, c'était pas la peine de...
- Junno, tu vas bien ? J'étais tellement...
Tous deux s'interrompirent et Taguchi, acculé, ne put faire autrement que de le laisser entrer.
Dans le plus grand silence, le chanteur emboîta le pas à son invité jusu'au salon où celui-ci prit place tandis que, mal à l'aise, Taguchi restait debout à côté du sofa.
- Junno, qu'est ce qui se passe ? finit par demander le médecin, de l'inquiétude dans le regard.
- Rien du tout, répondit très vite celui-ci. Tu t'en fais pour rien.
- Alors pourquoi tu as racroché ? Pourquoi tu as fais le mort ?
Un silence, que le thérapeute interpréta mal, suivit ces questions bien légitimes.
- C'est ma faute ? C'est à cause de ma déclaration que tu… Parce que si c'est le cas, je préfère encore…
- C'est d'accord, lâcha soudainement le chanteur, lui coupant la parole.
C'était sorti malgré lui. Il venait de passer plus de deux heures à répéter qu'il ne pouvait pas, qu'il n'en était pas capable… pour finalement qu'une réponse, à laquelle il n'avaot pas vraiment réfléchi, franchisse ses lèvres d'elle-même.
Stoppé dans son élan, Tôma, quant à lui, avait du mal à suivre le tortueux cheminement de pensées de son cadet.
- Qu'est ce que tu veux dire par là ? questionna-t-il, incertain.
Evidemment, il aurait été trop beau que son aîné comprenne sans qu'il ait besoin de s'expliquer… Mal à l'aise, Junno se dirigea vers la fenêtre et, pour se donner une contenance, feignit de s'obssorber dans la contemplation de l'extérieur, alors qu'il était conscient des moindres gestes d'Ikuta derrière lui.
- Junno ? insista celui-ci en se levant pour le rejoindre.
- Tu… m'as demandé de te laisser une chance… de… nous laisser une chance…
Faisant brusquement le lien entre ses propres paroles et les simples mots prononcés par son cadet, le kiné écarquilla les yeux. Venait-il de dire ce qu'il pensait ? Il fallait qu'il s'en assure avant de se faire une fausse joie.
- Junno, fit-il d'une voix douce, est ce que… tu viens de dire que tu… accepte ?
Un hochement de tête affirmatif lui répondit et le cœur de Tôma manqua un battement.
- Je… Je ne sais pas ce que ça va donner, ni même si… ça pourra marcher entre nous mais…
- Mais tu veux essayer, compléta l'aîné, bouleversé. Ca me suffit.
Le KAT-TUN ignorait dans quoi il venait exactement de se lancer, mais une chose était sûre : ce n'était pas en ressassant le passé, qu'il pourrait aller de l'avant. Il était peut-être naïf, mais il avait envie de croire en la sincérité de son interlocuteur, de croire qu'il pouvait enfin être heureux. Il avait envie de s'entendre dire "okaeri !" le soir après une dure journée de travail, d'avoir quelqu'un qui le comprenne et ne le juge pas, qui rentre dans son monde et fasse l'effort de s'intéresser à ce qu'il aimait. Des choses si simples qu'elles en paraissaient insignifiantes mais, pour lui qui en avait été privé, signifiaient tant.
- Junno, regarde-moi, demanda l'aîné en posant la main sur sa joue pour le forcer à tourner la tête vers lui. Je peux te jurer que tu ne le regretteras pas. Jamais.
Et sur ces mots, son cœur semblant s'arrêter, il approcha lentement son visage du sien, allant effleurer les lèvres de Taguchi des siennes, les caressant doucement avec tout l'amour du monde, avant de les presser un peu plus fort, sans chercher à aller plus loin.
Ce chaste baiser, à travers lequel il perçut l'intensité des sentiments que lui portait son aîné, tira des larmes au plus jeune. C'était donc ça, un baiser empli d'amour ? C'était si doux, si tendre, si réconfortant… Comme un cocon ou une bulle dans lequel il avait envie de se laisser envelopper. Il avait trop souffert émotionnellement, il l'avait mérité.
- Pourquoi pleures-tu ? demanda Tôma tout contre ses lèvres lorsque les gouttes salées l'atteignirent.
- C'est rien, répondit le KAT-TUN, embarrassé.
- Dis-moi, pria alors le kiné en essuyant ses larmes des pouces. On ne doit plus rien se cacher, maintenant. Je veux partager tes joies mais aussi tes peines. Parles-moi…
Les paroles du plus âgé touchèrent le cadet au plus profond de lui et la rivière de perles translucides prit de l'ampleur.
Comprenant qu'il avait besoin de s'épancher, le thérapeute le serra contre lui et lui caressa tendrement la nuque, le laissant pleurer tout son soul. Le flot ininterrompu mais silencieux continua pendant plusieurs minutes, avant que le chanteur ne se reprenne.
- Désolé, murmura-t-il.
- Ne t'excuse pas, lui répondit le médecin en essuyant de la main les dernières traces qui sillonnaient ses joues. Je te l'ai déjà dis, pleurer n'est pas une honte, c'est une soupape de sécurité. Quand ça arrive, c'est qu'on en a besoin. Ca évite de devenir fou.
Un léger sourire étira les lèvres de Junno en l'entendant.
- Tu es tellement gentil… constat-t-il, quelqus gouttes perlant à nouveau de ses yeux.
- C'est très cliché de dire ça, mais c'est parce que je t'aime et que la seule chose que je veux, c'est te rendre heureux.
- Mais… et toi ? s'enquit le cadet.
- Moi je le suis déjà, répondit Tôma en souriant. En m'acceptant, tu m'as rendu très heureux. Et plus tu le seras, plus je le serais.
Il y eut un court silence, puis Ikuta demanda :
- Tu veux bien m'expliquer, maintenant ?
- C'est… un peu embarrassant à raconter…
- Même à moi ?
- Surtout à toi…
- Je vois…
Le médecin comprenait ses réticences car, après tout, ils ne se connaissaient pas tant que ça, mais il ne pouvait s'empêcher d'être déçu que son désormais petit ami ne lui accorde pas encore toute sa confiance.
- C'est pas contre toi, se hâta alors de préciser Taguchi comme si'l avait lu dans ses pensées. C'est juste que comme ça te touche de près…
- Et c'est ce qui t'empêche de te confier ? Je peux tout entendre, tu sais. Surtout si ça te soulage.
- Oui, mais…
- Je ne forcerais jamais tes confidences, reptit le kiné en prenant ses mains, mais j'aimerais que tu me parle sans hésiter.
En soupirant, le plue jeune quitta son poste d'observation fictif et alla s'affaler sur le canapé en se passant une main dans les cheveux. Comment lui expliquer ce qu'il ressentait, alors qu'il ne savait pas exprimer ce genre de chose ?
- Ne réfléchis pas. Dis-moi juste ce que tu as en tête. Hje n'ai pas besoin de grandes phrases pour comprendre les choses, tenta de l'aider Tôma.
- Je… je ne t'ai pas caché que, jusqu'à présent, mes relations amoureuses ont été un complet désastre, finit par se lancer Junno, vaincu par la gentillesse de son compagnon, sans regarder celui-ci.
Ne voulant pas l'interrompre, le thérapeute hocha la tête et Taguchi reprit.
- Jusqu'ici, dans… à chaque fois que… que j'ai partagé un baiser, le seul amour qu'il y avait était de mon côté uniquement. Alors tout à l'heure, quand… tu m'as embrassé, j'ai…
Pensant avoir compris ce que cherchait à formuler son petit ami, Ikuta s'abstint cependant de le dire à voix haute, le laissant conclure lui-même.
- J'ai vraiment ressenti cet amour dont tu me parle depuis un moment et je… ça m'a bouleversé.
- Tu es tellement sensible... fit alors Tôma dans un sourire tendre. C'est une des choses qui me plait chez toi.
- Ah oui... dit le chanteur, un peu gêné. Je ne sais pas s'il y a tellement à s'en glorifier quand on est un homme.
- Se glorifier, peut-être pas, concéda le médecin en posant une main sur celle que Junno avant abandonnée sur le canapé, entrlaçant ses doigts aux siens. Mais je te préfère largement comme ça, que sans coeur comme une certaine personne.
L'aîné ne mentionna aucun nom, toutefois le ressentiment, dans sa voix, était si audible, que Taguchi ne put que comprendre et demanda :
- Tu le déteste, pas vrai ?
- Je ne devrais pas, parce qu'il reste mon patient malgré tout, mais je ne peux pas m'en empêcher.
- Pourquoi ? questionna encore le KAT-TUN en refermant timidement ses doigts autour des siens.
Ravi de cette initiative, le thérapeute lui sourit, avant de répondre :
- Parce qu'il t'as fais beaucoup de mal et que j'ai horreur de l'injustice et de la méchanceté gratuite.
- Juste pour ça ?
- C'est déjà beaucoup, tu ne crois pas ?
- Alors la gifle...
- Je n'ai pas supporté la façon abjecte avec laquelle il t'as parlé ce jour-là. Mais je n'aurais pas du. C'était dans l'exercice de mes fonctions et j'ai outrepassé mes droits. Il pourrait porter plainte contre moi pour ça.
- Il ne le fera pas, puisque c'est ça qui lui a permis de retrouver son précieux Jin, le rassura Junno, amer.
- Je ne veux plus entendre ça, fit alors Tôma d'un ton ferme.
Le chanteur le regarda, interloqué et, comme son cadet ne semblait pas comprendre ce qu'il entendait par là, l'aîné expliqua :
- Tu as décidé de nous laisser une chance, non ? Alors, en tant que ton petit ami, je ne veux plus entendre le moindre regret concernant ce garçon sortir de ta bouche. Oublie-le pour tout ce qui concerne autre chose que le travail ou la simple amitié, d'accord ?
Le terme "petit ami", sur lequel Taguchi ne s'était pas vraiment attardé, le choqua tout d'abord tellement, qu'il ne réagit pas.
- Ju' ? Tu as bien compris ? insista le kiné en le regardant dans les yeux.
- D'accord. Désolé.
- N'en parlons plus alors. Embrasse-moi, plutôt.
La demande stupéfia le plus jeune, qui se troubla et détourna la tête, gêné. Il aurait du s'en douter maintenant que Tôma était officiellement devenu son petit ami, mais entre s'en douter et l'entendre, il y avait un abysse. Et il ignorait encore s'il était déjà prêt à le franchir de lui-même.
Sa réaction n'échappa pas au kiné, qui, d'une légère pression sur sa joue, le força à le regarder.
- De quoi as-tu peur, Junno ?
- Ce n'est pas que j'ai peur...
- Alors, qu'est ce qui te retient ? Je ne te plais pas ?
- Si, bien sûr.
C'était la première fois que le KAT-TUN avouait qu'il lui trouvait un attrait physique et cette simple constatation le fit sourire.
- Tu sais, je crois que tu intellectualise beaucoup trop le moindre geste. Parfois, il est bon de suivre son instinct.
- En d'autres terme... ?
- Si tu as envie de m'embrasser, fais-le sans réfléchir.
- C'est plus facile à dire qu'à faire...
- C'est très simple, je t'assure. Essaye pour voir.
- Tôma, je ne crois pas que...
- Essaye, insista Ikuta sans le lâcher du regard.
Déglutissant, le plus jeune ferma les yeux, se pencha légèrement et effleura les lèvres de son aîné des siennes, le coeur battant, avant d'appuyer davantage.
Ne voulant pas le brusquer, le médecin s'abstint d'approfondir le baiser alors qu'il en mourrait d'envie. Il devait laisser son petit ami aller à son rythme, même si se contenter d'un si chaster baiser alors qu'il bouillait intérieurement de passion, s'avérait être une gageure d'envergure. Se rendait-il compte de l'état dans lequel le mettait ce contact pourtant anodin ? Se rendait-il compte qu'il pourrait lui sauter dessus immédiatement tellement son envie de lui commençait à se faire pressante ? Probablement pas. Et le kiné s'était juré d'attendre le temps qu'il faudrait pour que son cadet soit prêt.
Soudain, il sursauta, surpris, car il venait de sentir la langue du chanteur effleurer sa bouche. Etait-ce un geste maladroit, ou ce dernier réclamait-il un passage qu'il ne serait que trop heureux de lui accorder ? La langue se faisant insistante, le thérapeute entrouvrit les lèvres pour la laisser entrer. Timide et hésitante, elle frôla légèrement celle de son aîné, comme si elle n'osai pas la toucher réellement, comme s'il craignait ses réactions. Puis, le sentant répondre, Junno prit un peu d'assurance, commençant à la caresser lentement, comme pour en apprendre le goût, la texture, comme pour en connaitre les moindres détails. Elle la palpa, l'entoura, la cajôla lentement, cherchant des repères qu'elle ne possédait pas.
Après quelques délicieux instants supplémentaires, ce fut Tôma lui-même qui mit fin à un baiser qui devenait trop langoureux pour qu'il puisse l'endurer sans craquer.
- Qu'est ce qu'il y a ? demanda alors Taguchi, aussi surpris qu'essoufflé.
- Il vaut mieux... s'arrêter là, articula le médecin, dont le boxer commençait à devenir trop étroit pour contenir son désir grandissant.
- Pourquoi ? demanda le chanteur.
Après tout, c'était lui qui avait souhaité ce baiser. Et maintenant qu'il l'appréciait, que son coeur battait plus vite, que sa respiration s'accélérait, qu'il se sentait bien... tout s'arrêtait. C'était à n'y rien comprendre.
- Parce que j'ai très envie de toi et que je ne pense pas que tu sois encore prêt. Alors si on continue, je ne réponds plus de rien. J'ai mes limites aussi... expliqua doucement Ikuta, à la grande confusion de son cadet.
Celui-ci s'écarta alors vivement à l'autre bout du canapé, très embarrassé.
- Désolé, marmonna-t-il en se passant une main dans les cheveux.
- Pourquoi t'excuse-tu ?
Très bonne question... De quoi s'excusait-il ? D'être assez aimé de son nouveau petit ami pour provoquer son désir ? De lui faire envie juste en l'embrassant ? Il n'y avait là aucune raison de s'excuser. C'était même ridicule de le faire.
- Je ne sais pas. Ca me semblait juste approprié.
- Baka, sourit Tôma bien que le désir qui pulsait dans ses reins soit douloureux. Je peux t'emprunter ta salle de bain ?
En temps normal, Junno aurait fait une plaisanterie du genre "D'accord si tu me la rends après", mais les circonstances étant ce qu'elles étaient, il s'en abstint.
- Heu... oui vas-y, tu sais où c'est, acquiesça simplement le KAT-TUN qui se doutait de la raison de cette demande.
Il suivit son aîné du regard, mal à l'aise, jusqu'à ce que le verrou soit tiré. Quelques instants plus tard, des gémissements étouffés se faisaient entendre de la pièce carrelée, mettant un comble à l'embarras de Taguchi. Mais Tôma avait vu juste : il n'était en effet pas prêt à passer à l'acte pour le moment. Et il lui était vraiment reconnaissant de ne pas lui avoir forcé la main. C'était ça, le véritable amour : savoir parfois faire passer ses propres désirs après ceux de l'autre. Les gémissements se turent, remplacés par un râle d'extase et, enfin, de l'eau coula.
Le kiné sortit et le rejoignit, un peu gêné malgré tout, puisque l'objet de ses pensées érotiques était là.
- Je suis désolé, s'excusa-t-il. C'est une situation délicate. J'aurais préféré que tu n'aie pas à la vivre.
- C'est bon, c'est rien. C'est... Enfin quelque part, c'est flatteur. C'est moi qui suis désolé de ne pas pouvoir... Enfin en effet, c'est trop tôt.
Un sourire naquit sur les lèvres d'Ikuta et il posa la main sur son épaule.
- Ne t'inquiète pas, je comprends tout à fait. Et, je te l'ai dis, je ne te forcerais jamais à rien.
- Merci.
- Bon, je vais te laisser, fit à nouveau le thérapeute. Tu dois avoir envie de te détendre.
Sur ces mots, il se dirigea vers l'entrée, mais fut arrêté dans son élan par la main de son cadet, qui s'était refermée sur son poignet.
- S'il te plait, reste. J'ai pas envie de me retrouver tout seul. Et puis... comment je pourrais réussir à t'aimer, si tu ne passe pas de temps avec moi ?
Cette interrogation, plus réthorique qu'autre chose, toucha l'aîné qui ne s'y attendait pas.
- C'est que je ne voudrais pas trop t'imposer ma présence...
- Dis pas de conneries, Tôma. T'es... mon petit ami maintenant, non ? Alors c'est normal qu'on passe du temps tous les deux, pas vrai ?
- Oui, bien sûr, mais...
- Alors reste...
- D'accord, puisque tu insiste, sourit le kiné, ravi de son insistance. Qu'est ce qu'on fait alors ? Une partie de jeux vidéos, comme l'autre fois ?
Cette proposition alluma des étincelles dans le regard brun du plus jeune. Il n'y avait vraiment que son aîné pour penser à lui proposer ça.
- Vraiment ? Tu veux ?
Tôma hocha la tête en souriant.
- Après tout, il faut bien que j'améliore la catastrophe précédente, plaisanta-t-il.
- Ouais ! s'exclama Taguchi avec enthousiasme, avant d'allumer la télévision, puis la console dans laquelle la cartouche de Mariokart se trouvait encore. Ah ah, t'as aucune chance !
L'affrmation fit rire le plus âgé.
- Probablement puisque je suis encore inexpérimenté en la matière.
Tous deux s'apprêtaient à s'élancer sur le circuit, lorsque le portable de Junno sonna. Il mit le jeu en pause, puis s'excusa auprès de Tôma de devoir déccrocher. Il s'éloigna de quelques pas et ouvrit le clapet de son téléphone, prenant ainsi la communication.
- Oui ?
« Taguchi, c'est Akanishi. »
- Tu veux quoi ? demanda son ex-ami, sa bonne humeur envolée.
« Ecoutes, je sais qu'on s'est quittés plutôt mal, mais il faut que je te parle. »
- Et on fait quoi, là, à ton avis ?
« Non, je veux dire... face à face. », précisa Jin sans se démonter.
- Ouais, ben figure-toi que j'ai pas la moindre envie de te voir.
« S'il te plait, Junno. Pour Kazuya. »
La gorge de l'interpellé se serra. Pourquoi, alors qu'il essayait de tourner la page, le spectre de son ex revenait-il le tourmenter par la bouche de son propre amant ?
- Qu'est ce qu'il vient faire dans cette conversation ?
« Il n'y a rien que je ne ferais pas pour lui. Or ça le blesse qu'on ne s'entende plus. »
- Il y a peut-être des raisons pour ça, non ? fit Taguchi, d'un ton si coupant que Tôma, inquiet, s'approcha de lui.
« Je sais. Je sais tout. Mais on était amis avant tout ça et... »
- Quand ?
« Tu accepte ? »
- Ouais. Mais je serais pas seul. Je le laisserais pas de côté pour tes beaux yeux.
« Oh, tu as trouvé quelqu'un ? Tant mieux. Kazu sera content. »
- Te fous pas de ma gueule. Il en a rien à foutre de moi. Il en a jamais rien eu à foutre.
« C'est faux. Tu es son ami. Il s'inquiète pour toi. »
- Mais ouais, c'est ça. Bon, t'accouche de l'heure ? J'ai pas l'année.
« Wow, depuis quand t'es aussi agressif ? »
- Bon, tu me gave. Ciao, fit Taguchi, agacé, en s'apprêtant à raccrocher.
« Ok, ok. Dans une heure dans le parc à côté de chez Kazu. »
- A plus, fit le KAT-TUN, avant de raccrocher.
Le silence qui suivit la fin de la communication s'éternisa.
Sans qu'aucun nom ne soit mentionné, Ikuta avait compris à la fois qui avait téléphoné et de qui il s'était agi. Et même si son nom n'avait pas été prononcé, il était heureux d'avoir entendu son petit ami dire qu'il ne le mettrait pas à l'écart. Mais le malaise et l'énervement de son cadet persistaient et ça, il ne pouvait pas le laisser passer.
- Pourquoi as-tu accepté de le rencontrer si ça te contrarie à ce point ? demanda-t-il en lui caressant la joue.
- J'en sais rien...
- C'est... pour lui ? risqua encore le médecin tout en redoutant sa réponse.
- Non. Rien à voir.
- Alors pourquoi ?
- Peut-être parce que, vu les circonstances, on a plus de raison de rester fâchés.
- Dans ce cas, pourquoi es-tu si agacé ?
- Il ne veut pas me parler pour lui, parce que ça l'ennuie qu'on soit brouillés ! Il ne le fait que pour lui ! Parce qu'il "n'y a rien qu'il ne ferait pas pour lui", selon ses propres mots ! Et ça me rend dingue !
- Oui, c'est normal... fit Tôma en pensant que, décidément, même absent, Kamenashi était un vrai poison.
- Je ne veux pas rester fâché avec lui, même si ses raisons sont mauvaises.
- Je comprends. Les amis sont sacrés.
Le cadet hocha la tête. C'était si agréable de se sentir compris. C'était vraiment le ciel qui lui avait envoyé Tôma. Il était gentil, compréhensif, patient, tendre, à l'écoute, il s'intéressait sincèrement à lui et à ce qu'il faisait, il faisait tout pour entrer dans son monde... Bref, aux yeux de Junno, le kiné tenait plus de l'ange salvateur que de l'homme de chair et de sang.
- Donc, si j'ai bien compris, tu veux que je t'accompagne quand tu iras le voir.
- Je ne t'ai même pas demandé ton avis, désolé.
- Ce n'est pas ça. Je serais ravi de venir avec toi si c'est ce que tu veux, Ju'. Mais tu ne pense pas que ma présence risque de vous empêcher de parler librement ? Après tout, il ne me connait presque pas. Ca pourrait le déranger.
- Il a paru content que je ne sois plus seul, alors... Et puis je ne veux pas te cacher.
Ces paroles touchèrent le thérapeute au plus profond de son coeur.
- Adorable.. murmura-t-il en lui caressant de nouveau la joue.
C'est alors que quelque chose frappa Taguchi.
- Attends... comment tu m'as appellé ?
- Pardon ? fit Tôma, interloqué.
- A l'instant... comment tu m'as appellé ?
- Heu... "Ju'". Je sais que ton diminutif est "Junno", mais même les fans t'appellent comme ça... et je ne veux pas faire comme elles.
C'était un petit rien, mais le simple fait de savoir que son petit ami voulait l'appeller d'une façon que lui seul utiliserait, chamboula le chanteur. Avoir enfin l'impression d'être unique pour quelqu'un était vraiment grisant.
- Mais si tu ne veux pas, je peux...
- Non, je veux... C'est très bien. Ca me va, fit-il, la voix pleine d'émotion.
- Alors tant mieux, sourit Ikuta. Dans combien de temps avons-nous rendez-vous ?
- Une heure. Ca nous laisse le temps de jouer un peu.
sur ces mots, il reprit la manette qu'il avait lâchée et attendit que son compagnon fasse de même.
Junno était vraiment incroyable. Sa personnalité avait tant de facettes, que le médecin se demandait s'il arriverait un jour à toutes les découvrir.
Reprenant à son tour la manette, il s'efforça de se concentrer sur la partie pour faire plaisir à son cadet, luttant contre l'envie de le serrer encore contre lui et de l'embrasser à perdre haleine. Evidemment, il termina encore dernier, dépassé même par les bots contrôlés par la console, mais l'enthousiasme enfantin et les éclats de rire du KAT-TUN quand il se plantait, étaient une telle joie pour lui, qu'il se moquait bien de perdre. Il jeta un coup d'oeil à la pendule et posa la manette.
- Ju', il faut y aller, sinon Akanishi va attendre.
- Il le mériterait. Il lui passe tous ses caprices.
Ikuta s'abstint de lui faire remarquer que c'était plutôt lui, qui passait tous les caprices de Kamenashi et qu'Akanishi semblait, au contraire, le seul à même del ui tenir tête. Du reste, de ce qu'il avait vu, il était même le seul que son patient écoutait.
- Allez, on y va, fit l'aîné en prenant la main de son cadet.
Il ne fallut guère de temps au couple pour parvenir au parc. Jin était déjà là, ses inséparables chapeau et lunettes de soleil le dissimulant. Il semblait préoccupé et il y avait de quoi puisqu'ils ne s'étaient pas revus depuis le fameux jour où Taguchi lui avait lui-même demandé de retourner auprès de Kame.
- Salut, Junno. Content que tu sois ven...
Il s'interrompit et écarquilla les yeux en soulevant ses lunettes, car il venait de reconnaitre celui dont son ami tenait la main.
- Ikuta-sensei ? s'effara-t-il.
- Bonsoir, Akanishi-san, fit poiment le médecin sans lâcher son petit ami, des fois que.
- Tu connais déjà Tôma, je crois, fit leur cadet.
- Attends... vous êtes ensemble ?
- En effet, confirma le thérapeute.
- Mere, Kazu avait vu juste... Impressionnant...
- Qu'est ce que tu veux dire ? interrogea alors taguchi.
- Qu'il avait deviné que son kiné était dingue de toi.
- A cause de la gifle, je suppose, déduisit Ikuta.
- Ca et d'autres choses, répondit Jin.
Le silence retomba entre eux, seulement troublé par le bruit du vent qui jouait dans les branches des arbres alentour. S'ils avaient été dans un drama, la caméra aurait tourné autour du trio au niveau de leur visage avec une musique ou chanson de circonstance soulignant le côté émouvant mais emprunt de tension, du moment. Seulement ils n'étaient pas les héros d'une fiction télévisée et étaient là pour une bonne raison. Aussi Jin et Junno se décidèrent-ils à parler.
- Ecoutes... commencèrent-ils en coeur, avant de s'interrompre en même temps.
- Commence, si tu veux, proposa Akanishi.
- Non. C'est toi qui m'as appellé.
- D'accord. Bon, écoutes... encore plus dans les circonstances actuelles, c'est con de rester fâchés. Je veux dire... on est adultes et la... lutte qui nous opposait n'a plus de raison d'être, je pense que tu es d'accord.
- Effectivement.
- Alors, je te propose d'enterrer la hache de guerre, conclut Jin.
- Ca me va, acquiesça Junno.
- Amis ? fit l'ex KAT-TUN en lui tendant la main.
- Amis, confirma le plus grand en la serrant.
Un sourire éclaira les traits de Jin.
-Et toi, tu voulais me dire quoi ?
- La même chose, en fait. Moi aussi je trouvais ça con de rester brouillés.
- Sérieux ? Génial alors.
Il y eut un nouveau blanc et Akanishi retira ses lunettes noires, fait rarissime surtout en extérieur. Une expression d'intense réflexion avait prit place sur son visage.
- Oh, toi, tu as autre chose à me dire, devina Taguchi qui le connaissait bien.
- Ouais.
- Bah alors accouche, Bakanishi, fit Junno en lu donnant une tape sur la tête. Depuis quand tu prends des gants avec moi ?
- Bah c'est un peu délicat quand même.
- Allez parle, te fais pas prier. T'as pourtant pas ta langue dans ta poche d'habitude.
- Bon, Ok, alors écoute, Kazu et moi on va se marier le 23 et on voudrait vraiment que tu sois là.
A ces mots, il y eut un autre blanc. Persistant. Au point que Tôma, qui n'avait rien dis jusque là, décida de s'en mêler.
- Si je peux me permettre, Akanishi-san, c'est très maladroit de votre part alors que vous venez tout juste de vous réconcilier, déclara l'aîné du trio en fixant le compagnon de son patient, avant de regarder son petit ami, inquiet. Ju', ça va ?
Quelques secondes passèrent encore, avant que la voix du KAT-TUN ne s'élève.
- Je viendrais.
La surprise se peignit sur les traits du médecin et du chanteur.
- Vraiment ? fit ce dernier.
- Tu es sûr, Ju' ?
- Ca me permettra de tourner définitivement la page, répondit-il aux deux, avant de s'adresser à Ikuta seul : Et de me consacrer à toi seul sans pensée parasite.
- Oh…
- Génial ! Je suis vraiment content ! s'exclama Jin. Inutile de dire que vous êtes invité également, Ikuta-sensei.
- Etant donné la situation, je pense que nous pouvons nous passer de ça. Mes amis m'appellent Tôma.
- Jin, répliqua celui-ci en tendant également la pmain à son aîné.
Tous deux échangèrent une franche poignée de main, qui fit plaisir à Junno.
- Je t'enverrais un mail avec toutes les infos, dit ensuite Akanishi à ce dernier.
- Il y aura qui ?
- Bah vous quatre, les parents et frangins de Kazu, les miens et RyoPi. Plus Tôma maintenant.
- RyoPi ? Tu en parle comme d'une seule entité, s'esclaffa Taguchi.
- C'est pas loin, figures-toi.
- Oh, y'a eu des avancées que j'ai pas suivies ?
- Plutôt, ouais. T'as trois trains de retard, mon pote, rigola Jin.
- Faudra que tu me raconte alors.
- Pi me tuera, mais ok. Allez, je file, j'aime pas laisser Kazu tout seul trop longtemps. Qui sait quelle connerie il peut faire en mon absence.
- Je reviendrais demain pour ses soins, déclara alors le thérapeute.
- Ca marche. A demain alors, Tôma. Junno, on se rappelle.
Sur ces mots, il remit ses lunettes de soleil et s'éloigna.
