08h10, 22 février 2011, appartement de Kazuya

- Jin, réveille-toi, debout ! le secoua Kazuya.

Cela faisait déjà dix minutes qu'il essayait vainement de sortir du sommeil son fiancé dont seuls le haut des cheveux dépassaient de la couette, mais celui-ci ne semblait pas l'entendre. En désespoir de cause, il éjecta l'édredon et l'air plus frais de la chambre fit grogner l'aîné, qui attrapa son oreiller pour s'en couvrir la tête comme si ça changeait quelque chose.

- Allez, lève-toi ! s'exclama encore Kame.

- Kazu, pitié, je suis crevé, laisse-moi dormir, implora la voix étouffée de Jin.

- On a pas le temps ! Tu veux que je te rappelle quel jour on est ?

Un Akanishi échevelé se redressa avec un air endormi qui aurait fait crier les fans et ne semblant pas comprendre le rapport entre la date, le temps manquant et la visible agitation de son compagnon.

- Jin, quel jour on est ? reprit le cadet en tentant de garder son calme.

- Heu... mardi, nan ?

- Pas le jour de la semaine, baka, la date !

Il y eut un silence, preuve que le cerveau encore embrumé de l'aîné fonctionnait à plein régime.

- Le 22, finit-il par répondre.

- Et il se passe quoi le 22 ? tenta encore de l'aiguiller le plus jeune.

- Kazu, pitié, il est trop tôt pour jouer aux devinettes ! fit l'ex KAT-TUN.

- Au cas où tu l'aurais oublié, le mariage c'est demain et aujourd'hui, nos familles débarquent ! craqua alors Kamenashi dont les nerfs commençaient à lâcher.

Ce brusque rappel acheva de réveiller Jin, qui sauta littéralement hors du lit.

- Oh merde !

- Comme tu dis ! L'appart' est en bordel et tu connais ma mère aussi bien que la tienne...

- Ah bordel... Bon, ben au boulot alors, fit-il en se dirigeant vers le salon.

- Jin... ça me dérange pas que tu fasse le ménage à poil, mais ça risque de pas être pratique, hein, fit le plus jeune dans un sourire en coin.

- Petit pervers, va. Tu voudrais bien que je le fasse à poil, le ménage. Comme ça tu pourrais mater tranquille.

- Et pas que, confirma le cadet. Mais on a pas le temps. Je m'occupe de la cuisine et tu fais la chambre et le salon, ok ?

- Oui, chef !

Sur ces mots, Kazuya propulsa son fauteuil hors de la chambre et roula jusqu'à la cuisine. Un quart d'heure plus tard, après une douche éclair, Akanishi était de retour dans la chambre. Il ouvrit la fenêtre en grand et replia la couette au pied du lit pour aérer celui-ci. Il se mit ensuite à ramasser leurs vêtements qui traînaient un peu partout et, ne sachant pas ce qui était propre ou sale, emmena le tas somme toute conséquent jusqu'à la salle de bain... où il resta perplexe devant la machine à laver.

- Heuuu... Kazu, comment on fait une machine ? demanda-t-il en élevant la voix pour que son compagnon l'entende malgré la distance.

Le chuintement des roues sur le parquet, fit comprendre à l'aîné que son cadet arrivait... et qu'il allait se fiche de lui.

- Attend, tu sais toujours pas depuis le temps ? s'effara Kame en entrant dans la pièce carrelée, les yeux rivés sur le visage embarrassé de son fiancé.

- Baaaaah... fit Jin en se passant une main dans les cheveux.

- Mais comment tu faisais, tout seul aux States ? T'avais jamais de fringues propres ou quoi ?

- Bah si. J'appellais ma mère pour savoir comment on faisait.

- C'est pas vrai... J'hallucine... Et si j'étais pas là, tu ferais comment ?

- Bah j'appellerais 'kaa-chan.

- Et si elle non plus n'était pas disponible ?

- Heu... Ueda ? Maru ? Junno ? Koki ? Pi ? Y'aurait forcément quelqu'un qui saurait.

Cette réponse désespéra Kazuya, qui se passa une main sur le visage.

- Enfin, Jin, c'est du délire. Tu peux pas rester un assisté toute ta vie. Faut que t'apprenne à te démerder.

- Mou...

Cette onomatopée fut accompagnée d'une moue adorable, mais le plus jeune resta inflexible.

- Je te montre une fois. Après, tu te débrouille.

- Mais, Kazu...

- Y'a pas de "mais, Kazu...". T'as 26 ans, Jin. Il est temps. Alors regarde et enregistre.

Sur ces mots, il lui montra et lui expliqua comment trier le linge et mettre la lessive.

- Voilà, maintenant tu le fais tout seul. Et si je retrouve mes fringues bousillées, je te bute, ok ?

Sur cette menace plus que claire, Kame retourna à son propre rangement, laissant son compagnon perplexe. Il valait mieux qu'il ne se plante pas, sinon son Kazu lui ferait payer cher.

Avec précaution, le plus âgé tria les affaires, puis les plaça dans le tambour, qu'il referma avant de lancer le programme. Satisfait, il soupirait de soulagement... lorsqu'il réalisa qu'il n'avait pas mis la lessive. Aïe aïe aïe... Et cette stupide machine qui tournait déjà... Comment faire ? S'il appelait son Kazu à la rescousse, il se ferait engueuler. Et le temps passait en plus, ce con... Ne sachant pas quoi faire, il força comme un fou pour ouvrir le hublot, qui céda dans un grand "crac" de mauvais augure, tandis que des litres d'eau se déversaient sur le sol, trempant tout. Oh non, pas ça ! Il avait explosé la machine, c'était une catastrophe ! Kazuya allait le découper en morceaux si petits qu'il pourrait le donner à manger à Ran-chan ! Qui n'était pas là, d'ailleurs... Où était passée cette chienne ? Il ne l'avait pas vue depuis son retour, alors que son cadet et elle était comme des siamois d'habitude. Non, non, non, il s'occuperait de Ran-chan plus tard, il devait déjà sauver sa propre peau. Si c'était possible. Kami-sama, vite, une idée avant que...

- Jin, c'était quoi ce bruit ? fit Kame en revenant.

Il écarquilla les yeux en constatant le désastre, alors que les roues de son fauteuil trempaient dans un centimètre d'eau.

- Putain, j'y crois pas ! s'exclama-t-il, furieux, lorsqu'il fut revenu de sa stupeur. T'es même pas capable de faire ça ! T'es vraiment débile quand tu t'y met, bordel ! C'était pas le moment, merde ! Bah j'en ai rien à foutre, tu nettoie et la réparation c'est toi qui la paye !

Sur ces mots pleins de colère, le plus jeune fit volte-face et s'éloigna, ses pneus mouillés laissant une trace sombre sur le parquet.

Il fallut plus d'une demi heure à un Jin torse nu et suant, pour éponger le raz-de-marée miniature. Lorsqu'il se redressa, il mourait de chaud et avait mal au dos, mais étant donné la fureur de son compagnon, il ne fallait pas compter sur un massage. Il soupira et se releva, puis fixa la pile de linge désormais trempé et sale en se demandant ce qu'il allait bien pouvoir en faire. Le pire, c'était que, dans le tas, il y avait la chemise préférée de Kazuya. S'il s'en rendait compte, Akanishi ne donnait pas cher de sa peau... N'ayant pas de solution immédiate à l'esprit, il laissa tout où c'était et continua à ranger. Il refit correctement le lit, puis passa dans le salon où un ouragan semblait avoir tout ravagé. Des magazines étaient éparpillés ; le cendrier débordait ; une boîte de pizza vide trônait sur la table dont la nappe était tachée, juste à côté d'une bouteille de Coca vide couchée ; des partitions diverses avaient volé dans tous les coins ; les coussins du canapé était de guingois et affaissés... sans compter la couche de poussière qui recouvrait les meubles. En temps normal, ce bazar ne serait pas resté une heure tellement Kame détestait le désordre, mais, ces derniers temps, tous deux étaient crevés et il s'était passé tellement de choses ces derniers jours, que l'entretien de l'appartement était totalement tombé aux oubliettes. Dans un soupir, il redonna une forme acceptable au sofa, et empila proprement les magazines par dessus les partitions. S'emparant du carton et de la bouteille, il les emmena à la cuisine pour les jeter et trouva son fiancé en train de finir la montagne de vaisselle en stand-by. Il déposa le tout dans la poubelle, puis prit le cendrier et le vida au même endroit, avant de le mettre à tremper dans de l'eau bouillante additionnée de vinaigre pour le désinfecter. Il se plaça ensuite derrière son compagnon et se pencha pour l'enlacer par les épaules, posant son menton sur la gauche.

- Kazu... Je suis vraiment désolé, s'excusa-t-il.

- Tu t'excuse toujours après avoir fait des conneries monumentales, Jin. C'est pénible, asséna le cadet sans pourtant se dégager de l'étreinte. Réfléchis un peu avant d'agir. Maintenant on va passer je ne sais combien de temps sans machine et on devra emmener nos fringues au pressing. T'en rate pas une, quand même.

Au moins, la colère avait disparu de sa voix. Remplacée par la lassitude, ce qui n'était pas forcémment mieux.

- Je sais, je suis un baka.

- Et pas qu'un peu. Qu'est ce que je vais faire de toi, hein ? Te surveiller sans arrêt comme un gosse ?

- Ce serait peut-être la soution, admit l'aîné. Je suis une calamité en tâches ménagères.

- Ouais et ça a empiré pendant que t'étais aux States en plus. Junno, au moins, c'était pas un boulet à ce niveau-là.

La phrase fit mal à Akanishi, qui pâlit légèrement.

- Je reconnais avoir mérité tes reproches, mais ça, Kazu, c'était un coup bas, fit-il.

Il y eut un court silence.

- Ok, désolé, fit le plus jeune en prenant sa main pour embrasser sa paume. J'aurais pas du dire ça. Pardon.

- T'as de la chance que je t'aime comme un dingue, hein...

- Oui, je sais, j'ai une chance folle de t'avoir. Même si tu multiplie les conneries.

Il y eut un silence, puis Jin se reprit.

- Bon, allez tu t'arrête de bosser pour le moment.

- Hein ? Mais t'es barge, on a trop de boulot.

- Sauf que je te rappelle que Tôma va bientôt débarquer pour tes soins.

A cette évocation, le cadet se renfrogna.

- Ah ouais... J'avais zappé...

- Pas moi. Et tu as promis, Kazu.

- Je sais, je sais...

- Allez, on reprendra le rangement ensuite. Il y en a pas pour très longtemps, tu sais bien.

Il avait à peine fini de parler que la sonnette rettentif. Embrassant son fiancé, Akanishi se dirigea vers la porte et l'ouvrit en souriant au visiteur.

- Bonjour, Tôma.

- Bonjour, Jin, répondit le kiné dans un sourire. Il est visible ?

- Ouais. Pas ravi ravi, mais il a promis et puis maintenant qu'il sent à nouveau quelque chose dans ses jambes, l'espoir revient.

Hochant la tête, l'aîné des trois se dirigea vers la chambre sans hésiter et, sachant que ça ferait plaisir à son nouvel ami, sourit au compagnon de celui-ci.

- Alors, Kamenashi-san, nous allons voir les progrès que vous avez fait avec vos jambes, fit-il avant d'aller se laver les mains. Comme d'habitude, dites-le si vous sentez quelque chose.

Il revint ensuite et prit place près de son patient plus docile qu'il ne l'avait jamais été. Stoïque aurait même été un mot plus approprié étant donné l'immobilité de l'intéressé. Celui-ci laissa le thérapeute manipuler ses membres inférieurs avec délicatesse et dextérité, puis les massa vigoureusement pendant un moment, jusqu'à ce qu'une exclamation l'interrompe.

- Aïe ! fit Kazuya, lui-même surpris d'avoir senti la douleur avec tant d'acuité.

- Quel mouvement vous a fait mal au juste ? questionna calmement le praticien.

- Le dernier, répondit l'interrogé.

- Celui-ci ? s'enquit Ikuta en le refaisant.

- Mais aïe ! T'es pas dingue non ? Je te dis que ça fait mal et toi, tu...

- Je voulais juste vérifier ce que je pensais, le coupa le médecin. Kamenashi-san, avec ces nouvelles informations, la fréquence des soins va s'intensifier. Vous êtes en très bonne voie.

Les massages reprirent encore un moment, puis Tôma se redressa en disant qu'il avait d'autres patients à voir et, tout en rangeant ses affaires dans sa trousse, recommanda à Jin de recommencer aussi souvent que possible dans la journée.

- Hein ? Hé mais vous délirez ! s'exclama Kazuya, ébahi. Le mariage c'est demain, on a encore du rangement à faire et nos familles vont débarquer !

Le kiné se tourna vers lui et planta dans les yeux noisette de son cadet, son regard brun toujours dépourvu de chaleur dès lors qu'il le regardait.

- Je le sais parfaitement, Kamenashi-san, mais votre guérison doit être prioritaire et vos familles le comprendront très bien, asséna-t-il.

- Il a raison, Kazu, intervint Akanishi.

- Tu prends encore son parti ?

- Je le prends quand c'est utile, Kazu. Tu pense bien que tes parents et tes frères préfèreront rester seuls un moment plutôt que de te voir compromettre ta guérison. Sois un peu raisonnable pour changer.

- Dans ce cas, puisque tout est réglé, je vous dis à demain pour le mariage, fit le thérapeute en se dirigeant vers la porte de la chambre.

- Vous me détestez, pas vrai ? l'arrêta la voix du cadet. Vous seriez bien content si je restais dans ce fauteuil pour toujours...

L'insinuation fit se retourner le médecin, qui le regarda avec attention. Mentir ne servirait de toute façon à rien. C'était lui qui abordait le sujet, alors autant crever l'abcès.

- Je ne vous aime pas, c'est un fait. De plus je vous méprise pour le comportement inutilement cruel que vous avez eu envers Junno. Vous ne le méritiez pas. Il était trop bien pour vous. Mais malgré ça, non, jamais je n'ai souhaité que vous passiez votre vie en fauteuil. Je ne souhaiterais ce sort à personne. Pas même à vous.

- Voilà qui est franc, au moins, si ce n'est pas poli, fit remarquer le plus jeune, étrangement calme.

Il y eut un court silence puis, d'un ton toujours dénué de colère, il reprit :

- Vous devez vraiment tenir à lui...

- Je l'aime à un point que vous ne pouvez pas comprendre.

- Je comprends très bien au contraire, rétorqua Kame avec un regard énamouré vers osn fiancé. Parce que j'éprouve la même chose. Mais vous avez raison, j'ai utilisé Junno pour pallierà l'absence de Jin et je l'ai mal traité. Je le regrette maintenant, il n'avait pas mérité ça.

- C'est déjà un miracle que vous en soyez enfin conscient, fit Ikuta. Mais je pense qu'il apprécierait des excuses.

- Je les lui présenterais.

- Wow, alors là, je suis fier de toi, Kazu, le complimenta alors Akanishi, avant de s'adresser au médecin : Tôma, je te raccompagne.

- Merci, mais ce n'est pas utile. Veille plutôt sur lui.

Sur ces mots qui laissèrent le cadet pantois étant donné que leur aîné avait avouer le détester, le kiné s'en fut, laissant les deux plus jeunes seuls. Se rapprochant du bord du lit, Kamenashi transféra son poids plume sur l'assise du fauteuil dont les accoudoirs étaient restés relevéd, puis abaissa ceux-ci, avant de faire pivoter l'engin et de se propulser vers la cuisine pour y achever sa tâche interrompue. Tandis que, sans rien dire, il reprenait le torchon abandonné, son fiancé se rapprocha et l'enlaça.

- Kazu, tu te rends compte de ce que signifie le fait que tu aie eu mal ?

- Bah oui, je suis pas con non plus.

- KAT-TUN retrouvera bientôt son leader et moi mon Kazu sur ses deux jambes.

- T'emballe pas, on y est pas. Même si je vire à moitié dingue à force d'inaction, il va encore falloir pas mal de temps.

- Je sais, mais au moins, c'est en bonne voie. C'est l'essentiel.

Un petit sourire fleurit sur les lèvres du plus jeune.

- Allez, Bakanishi, on a encore du boulot.

- Chef, oui chef !

Ils venaient à peine de terminer, lorsque la sonnette retentit.

- Déjà ? fit Jin, qui n'était pas si pressé que ça de se retrouver confronté aux deux familles. Tu parie pour la tienne ou la mienne ?

- La tienne. Ca m'étonnerait qu'ils aient tous réussi à se déplacer aussi vite à sept aussi silencieusement. Et on n'entend pas tellement de bruit derrière la porte.

- Pas faux. Et vu comment ils s'excitent sur la sonnette, ça peut pas être la tienne, ajouta Akanishi en se dirigeant vers la porte, qu'il ouvrit sur sa mère. Bonjour 'kaa-ch...

- Ah enfin ! J'ai cru que tu allais laisser ta pauvre mère sur le pallier ! s'exclama Madame Akanishi en coupant la parole à son aîné. Où est Kazuya ?

- Bonjour quand même, gromella Jin, douché. Et où sont 'to-san et Reio ?

- Pardon, bonjour, mon grand, fit la mère dans un sourire contrit. Ils sont à la voiture, ils remontent les bagages.

Le chuintement des roues sur le parquet se fit alors entendre et Kame fit son apparition.

- Bonjour, Satomi-san, fit-il en souriant.

- Bonjour, trésor, répondit l'interpelée en souriant. Comment vas-tu ? Ce grand benêt ne t'en fait pas trop voir ?

- Merci pour le « grand benêt », 'kaa-chan... râla le concerné. Ca fait toujours plaisir la veille de son mariage.

- Non, il est adorable, répondit Kamenashi.

- Adorable ? Mon grand baka ? rit-elle. C'est donc vrai que l'amour est aveugle.

- Oi ! 'Kaa-chan, c'est ma fête ou quoi ?

Il n'eut pas le temps de grogner davantage, car un grand coup fut frappé à la porte et uene voix grave râla « pas besoin de défoncer la porte non plus ».

- Ca, c'est ton frère, devina kazuya à l'intention de Jin.

- Toujours aussi brute celui-là.

- Tu peux parler, rigola son fiancé. Bon, j'y vais.

Il propulsa son fauteuil jusqu'à l'entrée et le décala pour ouvrir.

- Bonjour à vous deux ! fit-il dans un grand sourire.

- Salue, Kame, le salua Reio.

- Bonjour, mon garçon, fit le père de Jin.

- Entrez.

Les deux Akanishi pénétrèrent dans l'entrée, se déchaussèrent et observèrent le fauteuil de Kazuya franchir la petite rampe que Jin lui avait fait faire, avant de le suivre.

- Salut, frangin, fit le cadet, avant de donner une accolade à son aîné.

- Vous avez l'air fatigués tous les deux, remarqua Satomi.

- En gros, elle dit que vous avez une sale gueule, traduisit obligemment le petit frère.

- Akanishi Reio, comment tu parle à tes frères ?

- C'est bon, c'est bon, 'kaa-chan, c'et pas des gosses et moi non plus, se rebella-t-il.

Le sourire de Kame s'élargit en s'entendant qualifier de frère car, bien qu'il sache que les parents de Jin l'appréciaient, s'entendre nommer ainsi signifiait qu'il faisait déjà partie de leur famille.

- Vous allez pouvoir poser vos affaires dans la chambre d'ami que Jin a préparée, lança le plus jeune des fiancés. Par contre, vous allez devoir y dormir tous les trois parce que les deux autres sont pour ma famille vu qu'ils sont sept.

- Ne t'inquiète pas pour ça, trésor, répondit Satomi dans un sourire. Nous comprenons très bien.

Kazuya fit pivoter son fauteuil pour le diriger vers la pièce dont il poussa la cloison coulissante. A l'intérieur, ils apperçurent trois futons parfaitement faits et, entrant, reio se laissa tomber sur l'un d'eux.

- Je vous laisse vous reposer du voyage si vous voulez, ajouta Kamenashi en remarquant le mouvement de son beau-frère.

Il retourna ensuite au salon où Jin l'attendait. Son aîné s'était affalé sur le fauteuil avec un air de profonde lassitude. Un sourire amusé naquit sur les lèvres du cadet, qui s'approcha doucement et posa le menton sur son épaule.

- Me dis pas que t'es déjà crevé alors qu'ils sont même pas là depuis un quart d'heure ? fit-il, gentiment moqueur.

La main d'Akaishi se leva et, sans tourner la tête, trouva naturellement sa place sur la joue de son compagnon, qu'il caressa du pouce tandis que ce dernier, surpris mais ravi de ce tendre contact, fermait les yeux. Pour un peu, il aurait même ronronné.

- Nan, je suis pas crevé, je redoute juste la suite, répondit finalement l'interrogé.

- Pourquoi ? demanda Kazuya en entourant son cou de ses bras, avant de l'embrasser sur la joue.

- Parce que ma mère peut être infernale quand elle s'y met… et que quand la tienne sera arrivée, elles vont nous rendre la vie impossible.

- Hum, c'est pas faux. Mais seulement pour aujourd'hui, c'est ce qu'il faut te dire. Demain, on sera mariés.

A cette idée, un grand sourire illumina les traits de Jin.

- C'est vrai. Et j'ai hâte d'y être. Pour que tu m'appartienne enfin.

- Ah, parce que ce n'était pas déjà le cas ? s'amusa le cadet.

- Si, mais c'est différent. Là, c'est le monde entier qui le saura.

- Tu exagère, comme d'habitude, réplqua kazuya, touché, en l'embrassant dans le cou. Mais c'est trop mignon, j'adore.

- Dis pas ça, fit Jin en rougissant.

Cette brusque coloration des joues de son fiancé amusa le plus jeune, qui ne résista pas à l'envie de le taquiner.

- Oh t'es tout rouge, ça te rend encore plus chou !

- Arrêteuh…

- Trop trop chou ! insista intentionnellement Kamenashi/

- Kazuuuu, arrêteuuuuh…

- Oh non, sûrement pas, c'est trop drôle, sourit le cadet.

- Méchant…

- Mais tu aime quand je suis méchant… susurra-t-il à son oreille. Pas vrai, Jin ? ajouta-t-il en lui mordillant le lobe.

Malgré lui, un léger gémissement échappa à Akanishi, qui pencha la tête sur le côté pour lui laisser un meilleur accès. Pour une fois que son Kazu prenait des initiatives du genre alors que ce n'était plus arrivé depuis des mois, il n'allait pas le repousser, il n'était pas fou non plus.

- On n'est pas tout seuls… tenta-t-il malgré tout d'objecter en n'y croyant pas lui-même.

- T'es pas du tout crédible… souffla kame en suçotant la peau de son cou. Tu meurs d'envie que je continue en fait…

Il pouvait difficilement dire le contraire. La simple sensation de cette bouche si tentant qu'elle en était indécente, sur sa peau, était une torture merveilleuse qu'il appellait de tous ses vœux… et son fiancé semblait prêt à lui donner ce qu'il voulait… ou pouvait physiquement parlant.

Les lèvres douces comme la soie, affolantes, poursuivirent leur lent cheminement, jusqu'à ce que la bassesse du fauteuil ne freine les ardeurs du de frustration, Jin releva lui-même les accoudoirs du siège de son compagnon, l'enlaça et l'attira sur ses genoux.

- Impatient ? murmura Kamenashi, amusé, en passant les bras autour de son cou pour reprendre ses baisers interrompus.

- Toujours quand il s'agit de t… Mmmmh… Kazuuu…

La fin de la phrase se perdit dans un second gémissement, car la bouche experte avait atteint ses clavicules et kazuya avait entreprit de les lécher lentement, en tirant un peu sur le col de son t-shirt pour ne pas être gêné par le tissu.

Ils n'eurent pas le temps d'aller plus loin, car une voix moqueuse s'éleva derrière eux :

- Je dérange peut-être ?

Les fiancés tournèrent la tête, pour voir Reio, nonchalament appuyé au chambrale de la porte, les bras croisés et un sourire en coin aux lèvres.

- T'as toujours le don de débarquer quand il faut pas, râla Jin.

- Mais oui, moi aussi je t'aime, frangin, railla le cadet des Akanishi, avant d'ajouter : 'Kaa-chan demande une couverture supplémentaire.

Un soupir échappa à l'aîné. Evidemment, ça aurait été trop beau qu'ils soient tranquilles une demi heure…

- Tu veux que j'y aille ? demanda Kazuya.

- Nan, c'est bon, je m'en charge, t'inquiète.

Avec délicatesse, Jin fit glisser son compagnon de ses genoux sur le canapé, l'embrassa, lui sourit et rejoigntit son frère.

- J'ai interrompu un moment torride ? rigola le cadet des Akanishi.

- Ah ça va, n'en rajoute pas, hein…

- Je me serais bien abstenu d'entrer, mais tu connais 'kaa-chan… Quand elle a une idée en tête…

- Elle est pire qu'un pitbull à qui on a chouré son os, je sais.

Un éclat de rire du plus jeune résonna à cette phrase pleine d'humour.

- J'espère qu'elle t'as pas entendu, sinon ça va être la Saint Jin.

- Entendu quoi ? fit la voix suspicieuse de Satomi au moment où ils entraient tous les deux dans la chambre d'ami.

- Bon, heu… courage frangin, fit Reio en prenant courageusement la fuite vers le salon.

- Espèce d'enfoiré ! cria l'aîné à son adresse.

- Jin !

- Ca va, ça va… fit-il en s'approchant du placard, qu'il ouvrit pour en sortir des couvertures.

- Entendu quoi ? répéta sa mère, qui n'aimait pas qu'on ne lui réponde pas quand elle demandait quelque chose.

- Mais rien, cherche pas… Tiens, ajouta-t-il en les lui collant dans les bras.

- Akanishi Jin…

- C'est pas en m'appellant par mon nom complet que ça va changer quelque chose. A plus tard, 'kaa-chan, rétorqua Jin, qui sentait sa patience s'effriter à vitesse grand V, alors que sa belle-mère n'était même pas encore là.

L'air qu'arborait l'aîné des Akanishi lorsqu'il revint, était éloquent quant à ce qui s'était passé dans la chambre… mais pas uniquement.

- A ce point ? demanda Reio, écroulé sur le canapé à côté de Kazuya qui avait repris place dans son fauteuil.

- …

- 'Kaa-chan a râlé ou… tenta de deviner le cadet. Nan, tu peux pas faire cette tronche pour ça… A moins que… Me dis pas que tu fais la gueule parce que je vous ai interrompus Kame et toi ?

- A ton avis ? aboya Jin.

- Oh putain… Nan mais Jin, sérieux, t'as quel âge ? T'as trois ans de plus que moi et tu boude comme un gosse, c'est abusé.

- La ferme.

- Jin, laisse-le intervint doucement Kamenashi en entendant le ton monter entre les deux frères. C'est pas grave, on aura toute notre vie pour être ensemble.

- Voilà, écoute-le un peu.

- Toi, je t'ai dis de la fermer ! T'es sourd en plus ?

- Jin, arrête, répéta Kame plus fort, en fronçant les sourcils. Et toi, Reio, pas la peine d'en rajouter. Vous êtes pas là pour vous battre, surtout que vous vous êtes pas vus depuis longtemps.

Ils n'eurent d'ailleurs pas le temps de se disputer davantage, car la sonnette retentit de nouveau.

- Déjà ? Ils se sont suivis ou quoi ?

Le carillonnement se fit insistant et, de nouveau, l'aîné des fiancés se dirigea vers la porte.

- Ca va, j'arrive, pas besoin de péter la sonnette non plus… pesta-t-il… avant de tomber nez à nez sur l'adorable minois poupin de la petite Seira dans les bras de son père.

L'air contrarié d'Akanishi fondit comme neige au soleil et un grand sourire le remplaça.

- Seira-chan ! s'exclama-t-il. Petite coquine, c'était toi qui faisais tout ce bruit alors.

Un éclat de rire cristallin adorable salua ces paroles.

- Bonjour, Jin, s'amusa Koji, qui tenait toujours sa fille.

- Bonjour, Koji, bonjour, Rei, les salua-t-il avec bonne humeur, tandis que la dénomée Rei s'approchait. Où sont Kazuhiko et Hinata ?

- Encore en bas, répondit Yuya qui était monté en compagnie de Yuichiro. 'To-san met toujours un temps fou pour se garer. Salut Jin.

- Entrez, entrez, restez pas dehors, fit l'aîné des Akanishi en s'effaçant pour les laisser passer.

Koji posa Seira pour prendre les bagages et la fillette filla immédiatement au salon en criant «'ChuChu-Ni ! ».

- Oh je connais cette petite voix, fit l'interpellé en faisant pivoter son fauteuil en direction de l'envahisseur miniature. Bonjour, ma puce, ajouta-t-il en souriant à sa nièce.

Sans plus s'occuper du fauteuil que s'il n'existait pas, l'enfant grimpa sur les genoux de son oncle comme elle en avait l'habitude et passa ses petits bras autour de son cou pour lui faire un gros câlin. Adorant la petite fille, Kame le lui rendit bien volontiers et l'embrassa sur la joue en faisant y faisant claquer ses lèvres pour la faire rire, ce qui ne manqua pas.

Pendant cette scène adorable, les deux aînés des Kamenashi, leurs épouses et leur frère cadet étaient entrés à leur tour et y avaient assisté en souriant, tout en réprimant le mouvement de surprise causé par la vision de leur célèbre frère dans son fauteuil. Ils en avaient longuement parlé avant de partir et avaient décrété qu'aucun d'eux n'y ferait la moindre allusion. Fauteuil ou pas, il restait leur frère et, de plus, cette situation n'était que temporaire, même si elle durait depuis déjà plusieurs mois.

- Ma fille a l'air de t'aimer plus que moi, je devrais être jaloux et horriblement vexé, fit Koji, amusé. Dans la voiture, elle n'en avait que pour son ChuChu-Ni adoré. J'ai même cru que Chiro allait râler parce qu'Ana était fatiguée et que ça risquait d'agraver les choses.

- J'aurais pu vu comme c'était parti, confirma l'aîné des quatre fils.

- Bonjour tout le monde, salua Kazuya. Vous avez fait bon voyage ?

- Le voyage a été long depuis Okinawa, répondit Yuichiro, mais ça va.

- Content d'être arrivé, déclara Yuya, le plus jeune des quatre frères. C'est vrai que c'était long.

- Asseyez-vous, proposa Jin. Vous voulez boire un truc ?

Ils allaient répondre, lorsque Seira, qui venait de remarquer Reio toujours affalé, tendit son petit doigt dans sa direction.

- C'est qui ? demanda-t-elle, son pouce dans la bouche.

- Seira-chan, on ne montre pas les gens du doigt, c'est malpoli, la réprimanda gentiment son oncle qu'elle n'avait pas lâché. C'est Reio, le frère de 'To'Jin. Il faut ête gentille avec lui, d'accord ?

L'enfant âgée de cinq ans prit un petit air sérieux pour hocher la tête et descendit des genoux de Kame, pour trottiner vers le cadet des Akanishi qui l'observa, aussi amusé que le reste de l'assistance.

Elle s'approcha jusquà toucher ses jambes, posa les mains sur ses genoux, pencha la tête sur le côté, plissa le nez comme si ça allait l'aider à mieux voir, puis grimpa sur le canapé. Elle posa ses mains sur ses joues et rapprocha son visage du sien jusqu'à loucher, avant de finalement décréter avec un grand sourire :

- Tu es un joli prince !

- Trop chou ! s'exclamèrent, attendris, tous ceux qui avaient assisté à la scène.

- Un prince ? Moi ? demanda l'intéressé.

- Hum, fit la fillette en hochant la tête.

- Ca c'est gentil, fit le plus jeune des Akanishi en souriant. Alors si je suis un prince, tu es ma petite princesse.

- Seira est une princesse ?

- Hum, acquiésca à son tour Reio.

Un éclat de rire et un battement de mains enthousiaste accueillit cette réponse et l'enfant se précipita vers sa mère de toute la vitesse de ses petites jambes.

- 'Kaa', Seira est une princesse !

- Oui, mon trésor, fit la voix douce de rei en la prenant dans ses bras.

Une fois bien installée en hauteur, la petite fille remit son pouce dans sa bouche, posa la tête sur l'épaule de sa mère et ferma les yeux.

- Elle a l'air crevée, cette gosse, remarqua Jin.

- Elle l'est. Impossible de lui faire faire la sieste dans la voiture tellement elle était excitée, expliqua sa mère. Je peux la coucher quelque part ?

- Oui, je te montre la chambre d'ami, fit Akanishi en la précédant.

Tous trois disparurent dans le couloir et, amusé, Koji regarda Reio.

- Et bien, succès complet, lui dit-il, amusé. Je n'ai jamais vu quelqu'un d'étranger à son cercle proche faire si vite sa conquête. Impressionnant.

- C'est le charme des Akanishi ça. Aucun Kamenashi peut nous résister, fanfaronna-t-il en jetant un coup d'œil à Yuya. Même un Kamenashi miniature.

- Ca c'est un truc que Jin aurait pu dire, rigola Kazuya.

- Bah c'est pas mon frère pour rien, s'esclaffa Reio.

- Hum, Ka', tu devrais peut-être faire les présentations maintenant, fit Koji, alors que la porte d'entrée s'ouvrait sur les parents Kamenashi.

- Ah ouais, c'est vrai que vous vous êtes jamais rencontrés. Donc, Reio, voilà Yuichiro, mon frère aîné et sa femme Ana.

- Enchanté, firent les deux hommes et la jeune femme presque simultanément.

- Ensuite mon deuxième frère aîné, Koji et sa femme Rei qui est partie coucher la petite. Notre petit frère Yuya, dit Kame en les désignant succéssivement de la main. Et voici nos parents, Kazuhiko et Hinata.

- Qui est ce charmant jeune homme ? demanda cette dernière en souriant.

- Reio. Je suis le frère de Jin, répondit directement le concerné.

- Oh, enchantée ! fit-elle, l'air de vraiment l'être.

- De même, fit Kazuhiko. En parlant de Jin, où est-il ?

- Parti montrer à Rei où coucher Seira, répondit Yuichiro.

A cet instant, des voix résonnèrent dans le couloir, n'appartenant à aucune des personnes susnommées.

- On dirait que la sieste de Satomi et Kotaro a duré moins longtemps que prévu, constata Kazuya en se disant qu'à présent que les deux familles étaient réunies, ça allait rapidement être un beau bordel.

Du reste, Satomi venait de tomber dans les bras d'Hinata et toutes deux avaient commencé à papoter, échangeant diverses informations plus ou moins importantes sur ce qui s'était passé dans leurs vies respectives depuis tout le temps qu'elles ne s'étaient pas vues. Quelques instants plus tard, Kotaro et Kazuhiko s'étaient eux aussi mis à discuter, la conversation roulant sur la politique, l'économie nippone et mondiale, l'actualité… Quant aux six fils réunis, eux aussi se mirent à parler de choses et d'autres. Bientôt, le brouhaha créé par ce rassemblement de onze personnes devint insupportable, au point que, pris d'un mal de tête, Kazuya dirigea discrètement son fauteuil jusqu'à la chambre.

Mais le mouvement n'échappa pas à son fiancé, qui s'empressa de le rejoindre.

- Ca va pas, mon Kazu ? s'inquiéta-t-il aussitôt.

- Si si, t'inquiète. Juste un léger mal de tête, répondit-il.

- Oh… Tu veux que j'aille te chercher un truc ?

- Nan c'est bon. J'aime pas les médocs, tu sais bien. Je vais m'allonger un peu et ça va passer.

- Hum… J'aime pas te savoir comme ça…

- Jin, c'est qu'un mal de crâne, je vais pas crever. Arrête de flipper.

- Excuse-moi de m'inquiéter pour toi, hein, répliqua l'aîné, un peu douché.

- Désolé, je voulais pas te rembarrer. Mais je t'assure que ça va aller.

- T'es nerveux, avoue.

- Hein ?

- Pour le mariage demain. T'es nerveux. Et le bruit en plus, c'est ça qui t'as collé mal à la tête.

Il y eut un blanc.

- C'est possible ouais…

- Détends-toi alors, dit-il avant de l'embrasser. Tout va bien se passer.

- Ouais, je sais…

Le plus âgé lui adressa un sourire.

- Tu veux que je ferme la porte ?

- Oui, s'il te plait, fit le cadet en relevant les accoudoirs du fauteuil, pour transférer son poids sur le lit.

Il arrangea ensuite ses jambes et s'appuya sur les oreillers avant de fermer les yeux.

Lorsque Jin revint au salon, tout le monde avait remarqué la disparition de son fiancé et Hinata s'approcha de lui, inquiète pour son petit.

- Kazuya ne va pas bien ? demanda-t-elle.

- Juste un mal de tête apparemment. Ca va passer, pas la peine de s'inquiéter. Il s'est allongé pour faire un somme. Ca lui fera du bien, surtout qu'il est un peu tendu.

- Nerveux comme une jeune mariée, se marra Yuya.

- Heureusement qu'il t'entend pas, fit Koji. Tu sais comment il est à ce sujet. C'est un truc sur lequel on blague pas.

- Ouais ouais, je sais, soupira le plus jeune de la famille.

Il était plus de seize heures lorsque Kazuya rejoignit Jin et leurs deux familles. Il arborait un sourire, preuve qu'il s'était vraiment reposé et était prêt à « affronter » ce qui allait suivre. Mais à peine eût-il mis une roue dans le salon, qu'Hinata et Satomi se précipitèrent sur lui, le mitraillant de tellement de questions qu'il était totalement impossible de déterminer qui demandait quoi. Il ne parvint même pas à comprendre de quoi il s'agissait.

- Jin ? l'interpella-t-il de loin.

- Oui, mon Kazu ? fit celui-ci en arrivant près de lui dans la seconde.

- C'est quoi le délire là ?

- Cherche pas, elles me rendent à moitié fou depuis une heure… J'ai déjà pété un plomb malgré tes frangins, mais rien n'y fait.

- A quel sujet ?

- Plusieurs trucs… Elles estiment notamment que nos costumes ne sont pas assez classe pour un mariage. Enfin pour des mariés.

- Pardon ?

L'air complètement abasourdi, Kamenashi força tour à tour sa mère et sa belle-mère, ce qui les força à s'expliquer.

- Disons qu'ils sont très jolis, mais… commença Satomi.

- Pas suffisants. Vous n'êtes pas n'importe qui tous les deux, termina Hinata.

Cherchant à rester calme, le cadet des fiancés se pinça l'arrête du nez en fermant brièvement les yeux et compta mentalement jusquà dix en inspirant profondément.

- Expliquez-moi en quoi un SMOKING et un costume blanc qui y ressemble quand même vachement, ne sont pas assez classe, parce que là j'avoue que, ou je suis devenu complètement con, ou il y a un problème quelque part, fit encore Kame, qui tentait visiblement de se maîtriser.

Il y eut un court silence puis, sans laisser à l'une et l'autre le temps de répondre, il reprit en tâchant de rester aimable malgré son envie de les rembarrer salement :

- C'est notre mariage à Jin et moi. Pas le vôtre. Donc nos tenues nous conviennent très bien, merci.

- Tu sais, Ka', fit alors Yuichiro en s'approchant, c'est parce qu'elles n'ont pas pu aider à la préparation du mariage, comme pour celui de Ko'. Du moins en ce qui concerne 'kaa-chan, mais je suppose que c'est la même chose pour Akanishi-san. Donc en faisant ça, elles ont un peu l'impression de participper. Du coup, c'est pas sympa de les rembarrer comme ça…

- Et je suis supposé faire quoi ? Les laisser tout foutre en l'air ? Merde, Chiro, le mariage c'est demain ! Même si j'étais d'accord pour changer maintenant, on aurait plus le temps ! L'avion pour Vegas, c'est ce soir qu'on le prend ! explosa Kazuya.

- Je sais, je sais, calmes-toi, fit l'aîné en second dela famille Kamenashi en posant une main apaisante sur l'épaule de son cadet.

- Et c'était quoi le reste ? aboya Kame, toute bonne humeur envolée.

- Rien d'important, je te jure, essaya à son tour de le calmer Akanishi. Je t'en prie, ne te met pas dans un état pareil…

- Putain, ça me gave, sérieux…

- Quel caractère de merde… marmonna alors Yuya en espérant ne pas être entendu.

Malheureusement pour lui, son aîné avait une très bonne ouïe et, furieux, il fit pivoter son fauteuil, avant de fondre sur le plus jeune de ses frères.

- Toi, la ramène pas ! cracha-t-il.

Constatant que la réunion de famille allait tourner au pugilat pur et simple, leur père décida d'intervenir.

- Kazuya, ça suffit, fit-il en élevant simplement la voix. Laisse ton frère tranquille. Koji t'a expliqué la raison de tout ça, alors fais preuve d'un peu de compréhension, ça ne va pas te tuer.

- Bordel… Et voilà, c'est ma faute maintenant… pesta Kame, toutefois maté par l'autorité paternelle.

- En plus, tu vas finir par réveiller… commença Yuichiro. Trop tard…

Du couloir, venait d'émerger la minuscule silhouette d'une Seira réveillée en sursaut par les cris furieux de son ChuChu-Ni adoré. Elle se frottait les yeux en chouinant, complètement perdue et son père alla la prendre dans ses bras.

- Tu as eu peur, mon cœur ? lui demanda-t-il.

- Ui. Qui a crié ? murmura la petite voix cristalline, encore ensommeillée.

- C'est ChuChu-Ni, répondit Koji sans la lâcher. Mais c'est fini maintenant. Pas vrai, Ka' ?

Ennuyé d'avoir fait peur à sa nièce, l'interpellé hocha la tête, puis s'excusa.

- C'est vrai. Désolé, ma puce.

- T'es en colère, ChuChu-Ni ? demanda-t-elle en le regardant.

- Non, c'est fini, répondit-il.

- Seira veut pas que tu sois en colère… Parce que Seira t'aime…

Attendri, le troisième fils de la famille roula jusqu'à elle, la prit des bras de son père et la fit asseoir sur ses genoux.

- Je t'aime aussi, ma puce, lui dit-il, tandis que Jin passait ses bras autour de son cou. Et To'Jin aussi.

- Ca c'est vrai, approuva ce dernier en souriant. Je t'adore même.

- Seira aussi.

- Alors on veut des bisous, exigea Akanishi.

En souriant, la fillette s'exécuta et colla un gros baiser sur la joue de chacun des deux. Impressionné, Yuya constata alors l'impressionnant pouvoir de cette enfant, car calmer son frère en colère n'était jamais aisé et elle y arrivait toujours, en ne faisant presque rien. Sentant un regard sur lui, le plus jeune tourna la tête et croisa celui de Reio qui le fixait. Embarrassé, il reporta son attention sur ses frères, son beau-frère et leur nièce commune.

- ChuChu-Ni, Seira a un cadeau ! s'exclama soudain l'enfant en souriant.

- Pour moi ? s'étonna Kame.

- Et pour To'Jin aussi. Seira va chercher !

Sur ses mots, elle courut jusqu'à son sac Pikachu, le ramena avec elle, l'ouvrit et en sortit une feuille pliée en quatre, qu'elle tendit à son oncle. Celui-ci la déplia et y découvrit un dessin, aussi maladroit que coloré… dont il eut du mal à comprendre le sujet. Embêté de ne pas reconnaitre les personnages y figurant, il demanda gentiment :

- Qui est-ce, ma puce ?

- Bah c'est ChuChu-Ni et To'Jin, répondit-elle d'un ton d'évidence, en désignant successivement les deux bonhommes dessinés.

Il y eut un court silence et, cette fois franchement gêné, il demanda :

- Seira-chan… pourquoi ChuChu-Ni porte une robe ?

- Bah parce que tu deviens la femme de To'Jin, répondit-elle de nouveau du même ton d'évidence.

Deux rires étouffés émanèrent de l'assistance. Manifestement, l'idée d'un Kame en robe blanche devenant « la femme » de leur aîné, amusait beaucoup Reio et Yuya. Kazuya leur lança un regard noir sans voir que, derrière lui, Jin se mordait la lèvre inférieure pour éviter d'éclater de rire, sachant que son Kazu le prendrait très mal.

- Ma puce… On en a déjà parlé plusieurs fois, tu te souviens ? reprit doucement ce dernier. Je suis un garçon aussi. Même si j'épouse To'Jin, je reste un garçon, donc je peux pas… (il chercha ses mots) être « sa femme ». Tu comprends ?

La fillette hocha la tête sans conviction et fit une petite moue. Depuis des mois, tout le monde essayait de lui expliquer pourquoi elle n'avait pas d'autre tata qu'Ana et qu'à la place d'une deuxième tata, elle avait To'Jin. Depuis l'annnonce du mariage, tout le monde avait aussi essayé à plusieurs reprises de lui faire comprendre que des garçons ne pouvaient pas avoir d'enfant et que donc, elle n'aurait pas de cousine pour jouer… mais elle était manifestement trop jeune pour avoir vraiment compris, même si elle aimait Jin de tout son cœur.

- Allez, c'est pas grave, fit le pauvre Kame, qui avait l'impression qu'il n'en aurait jamais fini avec ça, avant de l'embrasser sur la joue. Merci pour le dessin, ma puce.

- ChuChu-Ni est content ? demanda l'enfant, incertaine.

- Oui, ne t'inquiète pas. C'est très joli.

- Seira a fait attention en coloriant, précisa-t-elle, toute fière.

- Je vois ça, fit Kazuya en contemplant ses cheveux verts, sa peau bleue et ses yeux jaunes... sans oublier sa tête en forme de smiley et sa robe blanche.

- Elle a refusé de nous le montrer tant qu'elle travaillait dessus, expliqua Rei en riant. Elle répétait tout le temps « non, que pour ChuChu-Ni et To'Jin ».

- On a pas voulu insister, renchérit Koji, mais on est curieux maintenant. On peut voir ?

- Je vous préviens que le premier ou la première qui se fout de moi, ça ira mal, les mit-il en garde, avant de déplier le dessin et de le tenir devant eux.

Il y eut un flottement, puis deux personnes éclatèrent de rire sans parvenir à s'en empêcher.

- Yuya ! Reio !

- Ah nan mais c'est très ressemblant, fit le cadet des Akanishi, qui essuyait les larmes de rire qui perlaient au coin de ses yeux.

- Surtout toi, Nii-chan, renchérit le plus jeune des Akanishi.

- Ah vous êtes cons...

- ChuChu-Ni, c'est quoi « con » ? demanda alors Seira

A ces mots, Koji adressa un regard de reproche à son frère, à qui il avait déjà répété cent fois de surveiller son langage devant la petite fille. Ce dernier articula un « désolé » silencieux à son adresse et regarda de nouveau la fillette.

- Rien du tout, ma puce. Tu veux un biscuit ? J'en ai fais hier.

- Biscuit ? Oui ! répondit-elle, les yeux brillants, sa question déjà oubliée.

- Alors viens. On va à la cuisine.

- Seira peut rester sur tes genoux pour y aller ?

- Seira, mon coeur, tu es lourde, tu sais, intervint Koji. Tu vas fatiguer ChuChu-Ni.

- Nan, c'est bon, Ko'. Elle est pas si lourde et je me suis musclé les bras à force, répondit-il avant de s'adresser de nouveau à sa nièce : Accroche-toi, on part en ballade.

En riant, la petite fille passa les bras autour de son cou et, bandant ses muscles, Kazuya propulsa le fauteuil en direction de la cuisine où tous deux disparurent en une minute.

Lorsqu'ils furent hors de vue, Hinata s'approcha de Jin.

- Est ce que son état a progressé ? ne put-elle s'empêcher de demander.

- Oui, ce matin, il a eu mal quand son kiné lui a fait son habituel massage.

- Vraiment ?

- Hum. Bien sûr, la guérison complète est encore loin, mais Tôma est confiant.

- Tôma ? releva Yuichiro. Qui est-ce ?

- Son kiné. On a fini par sympathiser, expliqua Akanishi en passant sous silence les débuts houleux de cette amitié toute neuve.

- Je suis soulagée... fit Hinata.

- Et moi donc... répliqua Jin. Enfin, Tôma sera également présent au mariage puisqu'il sort avec Junno maintenant. Donc si vous avez des questions à lui poser, vous pourrez.

- Vos amis nous rejoignent directement à Vegas ? demanda Reio en jetant un nouveau coup d'oeil à Yuya.

- C'est ça. Ils pendront tous les cinq le premier vol de demain matin.

Il y eut un nouveau blanc, qui s'éternisa comme si tout sujet de conversation était épuisé. C'est à ce moment que Kame revint.

- Qu'est ce qui se passe ? demanda-t-il, tandis que Seira courait tirer sa Barbie préférée de son petit sac à dos pour jouer avec.

- Rien du tout, le rassura Jin. Ne t'inquiète pas, d'accord ?

- Hum… Bon, je vais commencer à préparer le dîner, lança-t-il, avant de faire de nouveau pivoter le fauteuil.

Evidemment, chacun se proposa de l'aider et, en quelques minutes, la cuisine si bien rangée et nettoyée le matin même, se retrouva transformée en vaste capharnaüm, car même ceux qui n'y mettaient jamais les pieds en temps normal l'avaient envahie. Pensant bien faire, tout le monde se bousculait, renversait des ingrédients sur le sol et/ou le plan de travail, riait trop fort, personne ne s'écoutait et Jin, dépassé par les évènements, n'arrivait pas à canaliser les membres un peu trop empressés de leurs familles. C'est pourquoi il surveillait d'un œil inquiet, la cocotte-minute nommée Kazuya, dont la pression semblait monter de minute en minute et pouvait donc exploser n'importe quand. Du reste, l'explosion en question ne tarda pas.

- Ca suffit ! finit-il par crier, à bout. Tout le monde sort de là !

- Mais Ka', tu peux pas tout faire, t'as vu le nombre qu'on est, tenta de le raisonner Yuichiro.

- J'ai pas besoin de tout ce monde dans mes roues ! Bon sang, regardez le bronx que vous avez foutu ! Allez, bougez !

- Ils essayaient juste de t'aider, plaida Jin.

- Belle aide, ouais ! Regarde la cuisine qui était nickel ce matin ! En même pas un quart d'heure, elle a été ravagée !

- Désolés, s'excusa Koji en leur nom à tous. On sort, ajouta-t-il en faisant signe à l'assemblée de vider les lieux au plus vite.

Une fois le calme revenu, Kame contempla le désastre d'un œil morne et se prit la tête dans les mains, soudain infiniment las. Heureusement que ce n'était que pour une seule journée, comme il l'avait dit à Jin. Plus, c'était un coup à devenir cinglé.

Après cette explosion, plus personne n'osa entrer sur le territoire interdit, même pas le second des fiancés malgré l'envie qu'il en avait. Déranger dans sa cuisine un Kazu énervé, revenait à provoquer dans sa tanière un grizzli réveillé de son hibernation : c'était mauvais pour la santé. Ey si Akanishi reconnaissait volontiers être fou, il n'était tout de même pas suicidaire. Surtout pas la veille de son mariage.

Une demi heure plus tard, Kame ouvrait la porte et appelait son futur mari.

- Jin, tu peux venir, s'il te plait ?

- J'arrive, Kazu ! s'exclama-t-il immédiatement en se levant du canapé où il discutait avec Reio.

Le bon point, c'était que sa voix ne contenait plus de trace de colère et qu'il avait dit « sil te plait ». Y aller ne représentait donc, en toute logique, pas trop de risque.

- Oui ? fit-il en passant la tête dans la pièce.

- Tu peux mettre la table ?

- Déjà ? Wow, toujours aussi rapide ! sourit Jin. Ok, je le fais tout de suite. Ca sent bon, c'est quoi ?

- Tu verras bien quand ce sera dans ton bol, répondit Kame en lui tirant la langue. Oh et pense à empiler des coussins sur une chaise pour Seira-chan.

- Oui, chef ! s'empressa-t-il d'acquiescer en sortant toute la vaisselle qu'ils avaient.

Le voyant revenir les bras chargés d'une pile aussi fragile qu'instable, Ana et rei se précipitèrent pour l'aider et, en quelques instants, la table fut mise.

Alors, Seira releva le nez de son jeu solitaire et renifla doucement.

- Ca sent bon, déclara-t-elle. Seira a faim.

- C'est ChuChu-Ni qui cuisine, la renseigna son père.

- Oh miam ! fit-elle, enthousiaste. Seira a encore plus plus pluuuuus faim !

L'affirmation fit rire tout le monde et Koji lui ébouriffa les cheveux.

- Mais oui, mon cœur, on le sait que tout ce que fait ChuChu-Ni est trèèèès bien, rit-il.

Le repas se passa agréablement, puis, vers vingt et une heures, Jin sonna l'heure du départ. Il était temps de partir pour l'aéroport. Tout le monde récupéra ses valises et autres affaires, puis s'entassa dans les voitures. Las Vegas, les voilà.