Chapitre 2 : Le voyage d'un vampire.


C'est l'odeur du sang qui le réveilla. Un vampire a le sommeil lourd durant la journée. On pourrait jouer un grand air de Heavy Metal à leurs côtés, taper dans des grands tambours en bois cela ne ferait rien… C'est pourquoi un vampire était si fragile pendant la journée si jamais celui-ci s'endormait. Draco ne faisait pas exception. Il s'était endormi dans les bras de son homme après qu'ils se soient mutuellement épuisés et depuis rêvait tranquillement de son visage, de sa peau, de son sang.

Jamais il n'avait rêvé d'un autre homme… Et si on regarde bien jamais il n'avait rêvé ! Mais là, il s'était imaginé jusqu'à même sa voix. Comment pouvait-elle être ? Sûrement douce et calme, comme lui. Il ne pensait pas se réveiller pendant la journée et pourtant ce fut le cas. Il se réveilla à cause d'Harry. Car c'était son sang qui avait coulé. D'une odeur si sucrée, il la reconnaîtrait parmi tant d'autre ! En sortant des brumes épaisses du sommeil, il remarqua alors plusieurs choses étranges.

D'abord, Harry ne se tenait plus contre lui mais assis sur lui, les mains posées sur son torse. Ensuite il n'était plus nu, les deux hommes étaient habillés. Harry les aurait-il rhabillés ! Pourquoi ? Et de plus, pourquoi saignait-il ? Draco était sûr d'avoir refermé toutes ses plaies. Dans un effort considérable, le blond ouvrit les yeux pour tomber pile poil, dans les deux lagunes vertes. Il remarqua de suite que le sang provenait de son nez et de sa bouche. Sa lèvre était fendue prouvant qu'il s'était mordu jusqu'à en saigner.

Draco voulu se relever mais le brun pressant une main sur sa bouche, de l'autre il plaça un doigt sur la sienne, l'intimant de ne pas faire un seul bruit. Le blond ne comprit pas mais hocha la tête. Le brun lui fit un petit sourire sali par le sang qui coulait de son nez. Il se mit soudainement à mal respirer. Le blond se releva lentement et lécha doucement le sang. Il s'approcha de son oreille et murmura :

- Que se passe-t-il ?

Le brun n'eut le temps de faire un geste qu'un bruit vint de derrière la porte. Il repoussa le blond dans le lit et replaça le drap comme il était. Juste à ce moment la porte explosa. Le blond tourna la tête vers les hommes qui pénétrèrent la chambre et sortit les crocs mais le brun plaça une main sur sa joue et la refit tourner vers lui. Il lui redit de se taire d'un simple geste. Le blond hocha à nouveau. Il vit les hommes faire le tour du lit et le regarder sans les voir.

C'étaient des hommes habillés de noirs et portant des masques. Ils tenaient de longues baquettes de bois dans leurs mains qu'ils pointaient vers le lit, les placards et autres. « Des sorciers », pensa le blond. Il regarda Harry qui ne le quittait pas des yeux et fronça les sourcils. Il devait être là depuis longtemps, au moins une heure pour que son amant soit dans cet état. Un homme entra d'un pas lent à son tour, les mains derrières le dos, il fixa ses sorciers. Il confirma alors les doutes du blond en leur disant.

- Il n'y a rien ici, nous avons déjà inspecté cette pièce !

- Monsieur le ministre, j'ai entendu du bruit, un murmure ! Quelqu'un se cache sûrement ici !

- Très bien alors montre-moi où ?

Draco se mordit à son tour la lèvre, il regarda l'homme qui se faisait appeler « ministre ». C'était le seul qui n'avait pas de masque. Il était grand, d'une pâleur incroyable quoique bien moins que le blond, et possédait de mi-longs cheveux noirs en coupe carrée retombant sur ses épaules. Le vampire eut de suite la mauvaise impression que cet homme ne lui voulait pas que du bien. Celui-ci tourna lentement dans la pièce et jeta quelques sorts partout, même sur le lit. Le sort ne fit que les traverser. Draco regarda Harry qui pâlissait de plus en plus, des grosses gouttes glissaient maintenant sur son visage, se mélangeant au sang coulé.

Draco se demanda combien de temps il arriverait à tenir encore et pria le ciel que ses hommes partent. Ils devaient posséder une quelconque force au dessus de la sienne pour que le brun ne le laisse pas les tuer tous. Où… juste parlementer. Savoir ce qu'il faisait chez lui en pleine journée, et pourquoi ils avaient défoncé sa porte de la sorte ! La réponse ne se fit pas tarder. L'homme revint au centre de la chambre et dit.

- Non… il n'y a personne ici. Cette maison est vide.

- Mr le ministre, vous pensez que…

- Cela ne peut être que ça ! Ce petit Potter a dû arriver avant nous et ils ont dû fuir. Cet abruti… J'aimerais bien savoir la personne qui l'a laissé s'échapper de sa geôle… Elle le regretterait amèrement.

Draco n'en croyait pas ses oreilles. Il regarda son amant qui commençait à très mal respirer. Heureusement, sa respiration abrupte ne fut pas entendue. Le blond reporta son attention vers le ministre qui sortit brusquement quelque chose de sa poche. Cela ressemblait à un petit coffret de bague de mariage d'un rouge vif entouré d'or. Il le regarda, fit la moue puis soudain le laissa tomber.

- Nous en aurons sûrement plus besoin. Je lui avais laissé une chance… un choix à faire. Il a préféré sauver la vie de ce… sale vampire. Quelle honte pour ce sorcier téméraire. Mais peu importe, il mourra avec le vampire. Allons-y. Ils ne peuvent marcher de jour, ils ne doivent être loin.

- Oui, monsieur. Dirent les autres.

Et ils sortirent. Draco allait se relever mais Harry l'en empêcha une fois de plus. Ils attendirent. Le brun ferma les yeux soudain il commença à ressentir une emprise qui s'échappait. Il n'avait sentit l'emprise mais maintenant, il la sentait s'en aller. Le brun s'effondra soudainement sur le blond qui le rattrapa d'un geste rapide. Il l'embrassa tendrement, sachant que cela ne l'aiderait sûrement pas à aller mieux mais lui ferait du bien émotionnellement. Cela marcha, le brun se détendit.

Et soudain, il releva la tête. Il regarda la boîte à terre et celle-ci se mit à léviter jusqu'à lui. Il la prit et sourit. Il la montra au blond. Celui-ci qui ne savait pas ce que c'était la prit à son tour et essaya de l'ouvrir mais Harry la lui retira rapidement en hochant négativement. Avec des gestes tremblants il se releva et sortit du lit. Tout chancelant, il fit un pas avant de s'effondrer à nouveau. Draco le rattrapa encore. Il regarda la porte puis murmura :

- Combien de temps nous as-tu tenu sous invisibilité.

Harry montra trois de ses doigts et Draco écarquilla les yeux.

- Trois heures !

Le brun hocha la tête. Il voulut se relever mais ses jambes ne lui répondaient plus. Le blond regarda à nouveau la porte. Il y avait un filet de lumière du soleil prouvant qu'il faisait encore jour dehors. Mais en ces temps de grand froid les jours étaient courts et la nuit ne tarderait guère. Il se dit qu'il n'était pas en sécurité ici, surtout Harry dans cet état et qu'il devait partir aussitôt que le dernier rayon de soleil quitterait cette partie de la planète. Dans ses bras, Harry luttait contre le sommeil. Il agita une main tremblante vers la porte qui se referma lentement, se réparant. Le noir complet regagna la chambre. Draco posa un baiser contre son cou et lui dit :

- Cesses d'utiliser tes pouvoirs, tu es trop faible.

Le brun hocha la tête. Draco se traîna, lui et aussi son amant, jusqu'au mur le plus proche puis s'y adossa. Il berça Harry contre son ventre jusqu'à ce que celui-ci accepte enfin de s'endormir, serrant contre lui le petit coffret, comme s'il s'agissait de la chose la plus précieuse au monde. Le vampire ne tarda pas à le rejoindre, la pesanteur du soleil l'alourdissait considérablement.


Il se réveilla bien plus tard, à l'instant même où le dernier rayon de soleil quitta cette partie de la planète. Ses yeux s'agrandirent d'un coup, s'éclatant et rougissant. Puis ils redevinrent normaux juste au moment où ils rencontrèrent le visage décrispé de son homme. Draco eut un petit sourire et se levant d'un coup. Il posa Harry dans le lit et traversa son manoir jusqu'au petit boudoir rouge. Il ouvrit certaines armoires et sortit de quoi les habiller. Il prit ensuite un sac et le remplit d'autres habits. La toilette, pour lui, était primordiale, il détestait se sentir sale.

En sortant il passa devant le Miroir du Riséd mais pour une fois ne le regarda pas. C'est dommage. Car s'il l'avait ne serait-ce qu'aperçu, il aurait vu quelque chose de tout à fait différent que son simple reflet. Quelque chose… Non quelqu'un ! Il y avait deux personnes maintenant, deux brun dont un, on le reconnaîtrait entre mille, était Harry. Et l'autre… l'autre était la même personne mais qui accompagnait Draco lorsque se fut Harry qui regardait le miroir. Il s'agissait d'un jeune homme, extrêmement beau. Qui semblait avoir le même âge qu'Harry mais qui était plus grand que lui. Il avait de magnifiques yeux gris et un sourire angélique. Le Harry dans le miroir souriait aussi en tenant l'autre par le bras. Même réaction qu'avait eut Draco quand Harry avait regardé, bien qu'à la différence il soit plus grand que le brun inconnu. Comment aurait réagit le blond s'ils les avaient vu ? Aurait-il vraiment fallu qu'il les voie ? Qui sait…

Draco remonta dans sa chambre et se dirigea vers la douche puis soudain se stoppa. Il regarda le lit où Harry dormait toujours et revint sur ses pas. Il le réveilla en douceur, déposant des baisers sur son visage et sur son cou. Le jeune homme ouvrit lentement les yeux avant de se tourner vers son homme. Celui-ci lui sourit.

- Il faut que nous partions maintenant.

Harry hocha la tête.

- Allons prendre une douche avant.

Le brun leva ses bras et Draco le prit avec un léger rire. Il le cala contre son torse avant de rentrer dans l'immense salle de bain. Le blond déshabilla son amant puis le déposa dans la baignoire. Il se dévêtit à son tour et se plaça derrière lui. Pendant ce temps l'eau avait déjà bien grimpé et Harry se complaisait dedans, cela lui faisait un bien fou. Il se colla contre le torse du blond qui les moussa avec du savon qui sentait la vanille.

Ce petit moment de détente apaisa le cœur dérangé du brun. Celui-ci était à la fois heureux, triste, en colère, inquiet… Il ne voulait pas parler de ce qui c'était passé avant que l'histoire ne commence, certain d'entre vous ne voudrez pas le savoir, je pense… Si, si, vous ne voudriez pas le savoir. Mais il savait pertinemment que Draco lui poserait des questions et il ne pouvait pas lui mentir. Juste il repousserait l'échéance au maximum. Draco, lui, pensa à tout ce qu'il avait entendu. Il en savait assez pour se dire qu'il pouvait avoir parfaitement confiance en son homme, mais il sentait aussi qu'il ne savait pas tout ! En outre, pourquoi le voulait-on mort ! Il espéra qu'un jour, ou plutôt une nuit, Harry lui raconterait tout en commençant d'abord par qui il était.

Ils sortirent du bain, la tête bourdonnante de questions pour l'un, de résolutions pour l'autre, puis Draco attrapa une serviette et entoura Harry qui miraculeusement tenait sur ses pieds. Il en prit une pour lui et une troisième avec laquelle il essuya le visage de son brun qui ne le quittait pas des yeux. Leurs regards se croisèrent et Harry sourit doucement. Draco se pencha et l'embrassa. Pendant l'espace d'un moment, ils oublièrent tous les deux que les sorciers pourraient revenir d'un instant à l'autre. Ils étaient dans leur monde à eux. Et ce n'est pas eux qui s'en plaindraient. Draco finit par se calmer et termina leur étreinte d'un dernier baiser volé. Il sourit en se mordant la lèvre.

- Avec toi comme compagnon, on va avoir du mal à avancer tu ne trouves pas.

Harry sourit. Il aurait rit s'il ne s'était pas retenu. Car pour lui, rire alors qu'aucun son ne sortait de votre bouche, il trouvait ça stupide. Il se dressa sur la pointe des pieds et lui vola à son tour un baiser. Il pensait aussi qu'il aurait dû mal à se contrôler. Mais pourtant il le fallait. Soudain, il eut extrêmement mal au ventre. C'était une douleur si aiguë qu'il se crispa brutalement. Elle passait par sa colonne vertébrale et revenait vers son bas ventre puis remontait encore. Cela fit quelques vas et viens avant qu'elle ne disparaisse. Draco le regarda en fronçant les sourcils, inquiet.

- Harry, ça va ?

Le brun hocha vivement la tête, peut-être un peu trop vivement car cela n'apaisa pas le blond. Il lui fit alors un sourire légèrement forcé puis montra la porte. Le blond soupira puis tendit au brun des habits propres qu'il espérait être à sa taille. Lorsqu'il les mit le blond se retint de rire. Cela lui allait très bien à part qu'il était au moins deux fois trop grand. Mais soudain ils se mirent à rétrécir jusqu'à ce qu'ils lui aillent parfaitement. Draco, tout en s'habillant, ne put s'empêcher de baver sur lui. Il le trouvait admirablement magnifique. En plus la veste verte et le jean noir qu'il portait à présent le rendaient encore plus beau. Il regarda son visage si jeune et soudain il lui demanda :

- Oh faite Harry, quel âge as-tu ?

Le brun sourit de nouveau et des chiffres de feu apparurent sur le côté droit de son visage. Draco écarquilla les yeux.

- V-Vingt et un ? Impossible… Tu fais bien plus jeune.

Le jeune homme rougit et haussa les épaules. Draco lui aurait donné moins de dix-huit ans ! Harry le pointa du doigt et il comprit. Il rit amèrement.

- Moi, j'ai bien plus de cinq cent ans vois-tu. C'est vieux non ?

Harry hocha négativement la tête puis sourit un peu plus. Il sortit sans rien ajouter de la salle de bain puis de la chambre. Draco le rejoint et le prit par la main. Harry essayait de donner un rythme assuré et dur à ses pas mais Draco sentit parfaitement qu'il était encore tremblant et pas vraiment remis. S'il le fallait, le blond le porterait sans hésitation ! C'est à peine si l'autre pesait plus d'une plume dans ses bras.

Ils sortirent de la maison quand soudain Harry s'arrêta. Il sortit de sa poche la petite boîte et se mordit la lèvre. Il regarda soudainement sa main qui se mit à trembler puis la tourna et fit apparaître une grande flamme bleue. Draco regarda sans faire de commentaire, une légère admiration dans les yeux. Le brun aperçut ce regard puis soupira. Il plaça son index sur sa bouche et Draco acquiesça bien qu'il ne comprenait pas tout. Harry lui fit signe de ne pas bouger et soudain recula.

Un gigantesque dôme, d'environ quatre mètres de diamètre, transparent l'entoura, formant une balle coupée en deux par l'herbe. Harry se mit alors à genoux et inspira un bon coup. Draco s'approcha lentement et toucha le dôme. Cela lui fit un effet de mur de glace, froid et humide à la fois, il ne pouvait le traverser. Il regarda Harry qui avait fermé les yeux et soudain ouvrit la boîte. Il ne comprit pas trop ce qu'il se passa mais soudain, tout autour d'Harry, le vent se mit à frapper les parois du dôme comme s'il voulait sortir.

Le brun leva la tête vers le ciel et ses cheveux battaient dans le vent tout comme ses vêtements. Draco fronça les sourcils, puis écarquilla les yeux quand il vit son amant ouvrir la bouche en grand. C'était comme si… il hurlait ! Du sang coula de sa bouche et cela alerta le blond qui aurait voulu allait l'aider. Un grand brouillard empli alors tout l'intérieur et Draco ne vit plus rien que du blanc.

- Harry ? Murmura-t-il apeuré.

Est-ce que l'homme pouvait l'entendre ? Est-ce qu'il pouvait le voir ? Draco appuya ses deux mains contre la paroi. Il l'aurait poussé de toutes ses forces, l'aurait frappé ou griffé, rien n'aurait changé. Le dôme au contraire, se serait renforcé. C'était une défense parfaite. Et Draco avait rapidement compris cela, c'est pourquoi, il posa juste ses mains sur la paroi et attendit.

Le brouillard s'épaissit encore, on aurait dit qu'il voulait sortir en prenant une forme solide, puis soudain, il finit par disparaître, petit à petit, et si Harry se trouvait auparavant à genoux, là il était couché au sol. Que pouvait-il bien être arrivé pendant ce court laps de temps… Draco ne le saura que bien assez tôt car à peine le dôme disparu, il se précipita sur lui et le prit dans ses bras. Cela devenait pratiquement une nécessité…

Le brun ne dormait pas, il avait l'air de souffrir encore plus qu'avant comme s'il venait de se vider complètement. Cependant entre ses soufflements brusques, il sourit au blond. Il ouvrit la bouche, la referma, l'ouvrit à nouveau. On aurait dit qu'il voulait parler mais qu'il n'y arrivait toujours pas. Et soudain, il rit. Draco écarquilla les yeux. Il avait rêvé de ce rire, il l'avait imaginé, il avait su que ce serait le sien. Car c'était exactement le même rire de son rêve. Comme si à travers les âges, il l'avait déjà entendu… Mais c'était impossible.

- J'ai… tellement de chose à te dire que je ne sais par où commencer…

Il avait aussi rêvé de cette voix. C'était pratiquement la même, à quelque chose près. Il l'avait rêvé moins masculine, plus enfantine. C'est sa voix qui révélait toute la vieillesse de l'homme et non son visage. Pourtant, il l'aurait cru jusqu'au bout, il était sûr de l'avoir entendu quelque part. C'était inscrit au fond de son esprit… Cet homme, qui il soit, il l'avait déjà vu autre part…

- Draco…

Ce nom à peine murmuré, sortant de sa bouche, fragile, cassé… Il l'aurait voulu l'entendre des tonnes et des tonnes de fois. Draco était vraiment en train de devenir fou de lui. Il le regarda de long en large, ne se demandait même plus pourquoi et comment… C'est ce que tout être se demande, n'est-ce pas ? Pourquoi je l'aime, qu'est-ce qu'il me plaît chez lui ? Qu'est-ce que je lui trouve ? Des questions critiques, allant de plus en plus dans la stupidité, rencontrant la dernière, la plus forte, « Qu'est-ce qu'il cloche chez moi ? »

Draco n'en était plus là. Il était amoureux d'un inconnu connu, d'un homme, d'un brun, d'Harry et ses yeux verts et de cette voix… de sa voix. Se damnerait-il, se tuerait-il pour lui ? Oui sûrement… Il venait de trouver son maître et il se sentait bien stupide, car on le sait tous, l'amour rend stupide.

- C'est bien que tu commences par là… Murmura-t-il. Maintenant, dis-moi ce que je dois faire, et je le ferais…

Harry ne prit pas cela comme il l'aurait voulu. Il crut que l'homme lui en voulait pour l'avoir légèrement manipulé… Mais il se ressaisit vite. Le vampire ne pouvait savoir. Le brun regarda par-dessus son épaule puis dit :

- Si tu peux me porter, quittons rapidement cet endroit, mon énergie a dû les avertir malgré mais effort pour la cacher.

- C'est… la bulle, n'est-ce pas ? Questionna le vampire en le soulevant comme s'il n'était rien.

Il commença à marcher, droit vers la forêt qui bordait son manoir (vous savez, c'était cette grosse forêt, touffue et aux arbres si serrés qu'ils empêchaient les histoires de cette histoire de se concrétiser) débutant ainsi, sans le savoir, le voyage le plus étrange de sa vie. Mais une chose était sûre, la destination n'était pas inconnue pour Harry car là où il l'emmènerait, il saurait que le vampire serait en sécurité. Mais pour cela il fallait absolument que l'homme arrive jusque là-bas.

- Non, cela, c'était pour le bruit. Ça faisait un tel bruit, que j'ai cru devenir sourd. C'était horrible… mais je suis heureux.

- D'avoir retrouvé ta voix ?

- De pouvoir te parler…

Draco baissa les yeux vers lui et sourit doucement.

- Etait-ce une exclusivité qui m'était réservé ?

Harry hocha la tête, puis ferma les yeux, le visage douloureux à ses simples pensées.

- On me l'a retiré car je ne voulais pas parler, peu importe la façon dont on m'a traité… Je n'ai rien dit. Alors ils me l'ont enlevée.

- Et que voulait-il savoir, quel était le prix de ta voix ?

- Toi.

- Je ne comprends pas…

- Je sais toutes les questions que tu dois te poser, toutes les réponses que tu aimerais savoir…

Soudain, Draco secoua négativement la tête. Il le voyait à son teint et dans ses yeux, Harry était fatigué et s'il avait la force encore de parler, ce n'était que parce qu'il se forçait. Son souffle n'était pas encore net et la main qui serrait étroitement la veste noire de Draco tremblait férocement. S'il n'y avait eu l'intrusion des sorciers, il n'aurait sûrement pas été aussi affaibli. Garder deux personnes sous illusion n'était pas donné à tout le monde, alors… Garder deux personnes sous illusion pendant plus de trois heures, c'était carrément impensable !

Oui, Draco avait étudié les coutumes, les sorts et la magie des sorciers. Il savait, entre autre, que utiliser de la magie demandait en force physique tout autant que mentale, plus encore lorsque l'on voudrait être aussi transparent et invisible qu'un fantôme. Le jeune homme dans ses bras devait être fort… plus fort que n'importe quel sorcier qu'il avait vu jusqu'à lors, de plus il pratiquait de la magie sans baguette. Cela l'intriguait plus encore. Alors oui, Draco avait des millions de questions, mais pas maintenant. Il voyait bien que ce n'était pas le moment.

- Je ne compte pas te lâcher avant longtemps, lui dit-il. Où que tu ailles je t'accompagnerais. Bien que je ne sache pourquoi je fais cela, et que je sache que, sûrement, toi tu le sais… J'aurais juste une question, à te poser, si tu veux bien y répondre…

Harry hocha la tête lentement.

- J'essaierais.

Draco s'en contenta. Il s'arrêta brusquement et le regarda profondément.

- Est-ce que… est-ce que tu ressens la même chose que moi quand je te regarde ?

D'un coup, Harry rougit. Il commença à sourire, sa main qui pressait le vêtement serra un peu plus fort.

- Mais… que ressens-tu, lorsque tu me regardes ?

- De l'amour… étrange… de la tendresse, de la douceur aussi mais surtout cet étrange amour. Je n'ai jamais aimé de ma vie, je ne devrais pas dire s'il est étrange ou non, mais c'est ce que je ressens. Il y a une part de moi qui m'oblige à t'aimer, une autre qui le fait toute seule car elle te trouve… infiniment beau, mignon, fort et puissant… Dans les deux cas, je crois que je suis tombé amoureux de toi la première fois que je t'ai vu et parlé… Alors, dis-moi si toi… M'aimes-tu aussi ?

- Oui, chuchota le jeune homme sans hésitation. Et tu as tout à fait raison car en moi aussi j'ai ces deux parties séparées… mais les deux sont… accrocs à toi… Lorsque je devrais tout te dire, tout t'annoncer, peut-être que tu me détesteras par la suite mais moi, jamais je ne pourrais, malgré tous les efforts que je voudrais… ou plutôt que je pourrais y mettre, je continuerais à t'aimer… jusqu'à ma mort. Draco, je t'aime, c'est ainsi, je ne peux le changer.

- Je n'aimerais que tu le changes. Je voudrais que tu me dises tout mais cela peu attendre. Prenons la route, si je cours vite, nous serons dans un bateau d'ici deux à trois heures, trois nuits plus tard, nous accosterons en France… Je connais une très bonne auberge près de la Manche dans une petite ville appelée Lille. Quand nous y serons, tu me raconteras tout. Nous y resterons le temps que tu veux, l'aubergiste est un ami, il nous cachera.

Harry hocha la tête, heureux que le blond prenne les devants. Il avait eu peur car il pensait qu'il devrait le forcer, mais bien au contraire, celui-ci lui facilité la tâche.

- Excuse-moi, murmura-t-il. Je pourrais nous transporter directement mais…

- Hors de question ! S'exclama le blond en recommençant à marcher. Tu ne devrais pas utiliser tes pouvoirs avant d'être complètement remis !

- Tu pourrais peut-être y remédier…

Draco le regarda sans comprendre alors qu'il rougit. Le blond le trouva un peu plus beau ainsi, le rouge aux joues, il était magnifiquement désirable.

- J'aimerais… pourrais-je avoir un baiser ?

- Tu n'as pas à demander, sourit-il en se penchant sur ses lèvres.

Cependant, il s'arrêta juste avant de les toucher.

- N'as-tu pas peur de te perdre ?

Le brun entoura son cou de ses deux bras et pressa ses lèvres aussi fort qu'il put. Plus encore, jusqu'à ce que les canines du vampire les déchirent, les lacèrent. Il se dégagea lentement et ouvrit à demi les yeux qu'il avait fermés pendant le baiser. Du sang coulait de sa bouche mais il s'en fichait, ainsi serrait contre le vampire, il se sentait en sécurité, il se sentait bien.

- Si je me perds en toi, cela me va…

- Alors accroche-toi, tu ne risques pas de te retrouver…

L'homme rit et ils s'embrassèrent de plus belle. Draco léchait avidement de telle façon qu'aucune goutte de sang ne se perdait. Il prit un plaisir plus intense encore à sucer avidement la langue d'Harry dans sa bouche. La sensation de danse qu'elle lui offrait l'obligeait à continuer de plus en plus. Les minutes s'écoulaient, ils s'oubliaient. Ils se perdaient… Harry repoussa légèrement le blond et cessa, avec grande difficulté de l'embrasser. Draco sourit tristement.

- Nous devons y aller, n'est-ce pas ?

Harry hocha la tête, incapable de parler. S'il avait été debout, il n'aurait pu marcher. Il avait surtout une légère gêne qu'il tentait vainement de cacher. Oui, vainement, puisque le blond l'avait déjà remarqué, avec un sourire ironique et caché. Il n'allait sans plaindre, lui qui s'était retenu à grande peine, c'est le contraire qui l'aurait vexé ! Les minutes passaient et le vampire accéléra la cadence. Ils étaient toujours dans la forêt mais la fin n'était plus très loin. Déjà là, il vit le petit ruisseau qui bordait la forêt et Londres. Il regarda une nouvelle fois son homme et le trouva entrain de bailler.

- Harry, tu peux dormir si tu le…

Un cri l'arrêta brusquement. Il se retourna et tomba sur une dizaine d'hommes qui portaient des habits de paysans et de grandes fourches à leur main. Un des hommes avaient aussi une épée.

- Des moldus, murmura Harry.

- A leur expression, j'ai bien peur qu'ils ne nous veulent pas que du bien.

- Oui, c'est vrai.

Harry plissa les yeux et dévisagea les hommes. Il remarqua alors, dans un sursaut de tristesse, que certain possédait des yeux d'une couleur étrange, d'un gris sournois et bleu nuageux.

- Draco, certains sont envoûtés, ils sont sous Imperium.

Le blond hocha la tête.

- C'est le sort qui sert à contrôler qui on veut, n'est-ce pas ?

- Oui… Pauvres gens…

- Comment puis-je faire la différence entre ceux qui le sont et ceux qui ne le sont pas ?

- A leurs yeux.

- Très bien.

Soudain, il se tourna et posa le brun à terre.

- Attends-moi là, mon amour.

Sous le surnom, Harry rougit brusquement. Il se mordit la lèvre de complaisance. Il était si heureux qu'il était prêt à oublier les hommes qui les menaçaient juste pour l'embrasser jusqu'à perdre raison. Ou peut-être l'avait-il déjà perdu, sa raison. Mais alors que le blond se relevait pour partir, il revint sur la Terre et lui attrapa la chaussure. Draco le regarda sans comprendre à son geste, sans comprendre à son teint, son visage triste et inquiet pour ces hommes qui n'hésiteraient de le finir, lui si mal en point, même si ce geste semblait à celui d'un lâche. Mais cependant il ne pouvait lui désobéir et lorsqu'il lui demanda d'une voix faible, de ne pas les tuer, il hocha de nouveau la tête et lui sourit.

- Dors… dors, mon amour, je m'occupe du reste…

Le brun acquiesça, trop faible pour parler. Il aurait voulu ne pas s'endormir, au cas où Draco aurait besoin de lui. Malheureusement, il fut contraint à fermer ses yeux qui commençaient à lui faire mal et immédiatement, il s'endormit lourdement, la tête posée sur le côté. Pris d'une irrésistible envie, le blond aurait voulu se pencher pour l'embrasser encore. Son visage sous la lune était le plus beau qu'il n'ait jamais vu. Mais sous le danger qui les menaçait, soit cette dizaine d'hommes qui approchaient dangereusement, soufflant comme des taureaux, il s'abstint et les regarda tour à tour. Aucun ne devait s'approcher de l'homme allongé au sol. Draco chercha un compromis diplomatique, il leva les bras et dit :

- Ecoutez-moi bien, car je sais que vous pouvez me comprendre. Certains des hommes ici présents sont contrôlés par des sorciers. Ils auraient été victimes d'un sort qui les oblige à venir m'attaquer. Ces hommes-là, je ne les tuerais pas, mais pour tous les autres, sachez que je ne ferais pas de quartier !

Certains hommes se stoppèrent net, d'autres continuèrent d'avancer, toujours menaçant. Draco, grâce à sa ruse, su immédiatement, sans même regarder leurs yeux, qui était prisonnier de leur cerveau et qui ne l'était pas.

- Vous avez encore le choix, quittez cette forêt et retournez auprès de vos familles. Je suis un vampire, oui, mais totalement inoffensif…

- Inoffensif alors que tu viens de nous menacer de mort. S'exclama l'un des Moldus. On nous a dit que tu tuais pour ton seul plaisir !

- On vous a menti, fit Draco en baissant la voix.

Il montra soudainement derrière lui, le corps d'Harry.

- Voici mon amant, mon amour, ma seule raison de vivre. Je ne laisserais aucun de vous le toucher même si pour cela je devrais vous tuer ! Je suis désolé, mais c'est ainsi.

Draco n'avait vraiment pas fait attention à ce qu'il disait, les mots avaient dépassé sa pensée, mais maintenant qu'ils les avaient énoncés, il ne put le nier et ne les trouva que plus justes. Jamais il ne pourrait laisser l'homme de sa vie mourir. C'était impossible.

- Alors s'il vous plait, ne me laissait pas faire un carnage ! Je mettrais à terre les hommes envoûtés puis m'en irai loin. Vous n'entendrez même plus parler de moi.

Il eut un mouvement d'hésitation, les hommes qui continuaient d'avancer avaient pratiquement gagné le blond, celui-ci les regardait attentivement, il savait très bien qu'il ne lui faudrait que quelques secondes pour se débarrasser d'eux avant de prendre la fuite. Un long murmure s'était élevé, une hésitation plus grande, on tremblait par moment car il est vrai que se battre contre un vampire si peu armé, qui oserait ? Enfin proche de lui, les envoûtés passèrent à l'attaque. Ils étaient six au total, des paysans, des ouvriers sachant à peine brandir leurs fourches. Draco les vainc en moins d'une minute et durant ce combat, il remarqua subitement un attrait devenu inexistant. Au cours de tel combat, il avait toujours ressenti ce besoin de se nourrir, car son propre sang bouillait et sa soif augmentait… mais pas là. Cette fois-ci, Draco les battit sans plus, sans même ressentir ce besoin de se nourrir.

Il se tourna, une fois fait, vers son homme à terre et comprit ses paroles. « Tu ne pourras plus jamais boire un autre sang que le mien tant que je vivrais. » Peu importe, cela ne changerait rien… Il se nourrirait de lui, son sang était d'ailleurs le plus succulent qu'il ne lui ait jamais été donné de boire. Il regarda à nouveau les autres hommes et murmura :

- Comme promis, je vais quitter ses lieux, rentrez chez vous !

Les paysans qui avaient à peine vu le vampire mettre à terre les autres laissèrent tomber leurs armes et commencèrent à reculer. Sans réveiller son amour, le blond se pencha et le ramassa. Sa tête se pendit dans le vide, de telle manière que n'importe qui les verrait, aurait cru que celui-ci était la victime de son porteur, mort d'une manière douce et qui ne laisse pas de trace. Alors le vampire le redressa d'un mouvement sec et rapide plaçant ainsi sa tête contre son torse et sa main serrant involontairement et inconsciemment sa longue veste noire.

Qu'il l'aime ou qu'il le déteste, tout ça n'avait maintenant plus d'importance… Il l'aimait, il le savait. « Lorsque je devrais tout te dire, tout t'annoncer, peut-être que tu me détesteras par la suite mais moi, jamais je ne pourrais malgré tous les efforts que je voudrais… ou plutôt que je pourrais y mettre, je continuerais à t'aimer… jusqu'à ma mort. » Oui Draco savait qu'il lui cachait des choses, mais maintenant, il ne pouvait plus se dépêtre de cet homme. Il l'aimait et s'il devait le haïr un jour, il préférerait se crever les yeux et se couper la langue. Draco regarda le cours d'eau, puis partit dans un grand élancement de sa cape noire.