Chapitre 5 : L'histoire d'un vampire.


Draco se trouvait dans le bureau du Grand Conseiller. Malgré la triste nouvelle qu'il avait reçu, il avait tout de même choisi de le suivre, pour comprendre ce que le vieux vampire appelait « inéluctable ». Celui-ci s'assit derrière son grand bureau et croisa les bras. Le blond vit facilement les réflexes de l'homme qui a une très longue histoire à raconter. Il espéra que celle-ci ne soit cependant pas très longue, car il désirait à tout prix retourner au chevet de son amant. Déjà, le savoir si loin de lui l'exaspérait. A tout moment, le brun pouvait arrêter de respirer… à tout moment, il pouvait se réveiller et lui ne serait pas là pour lui.

- Vous semblez avoir la tête ailleurs, sourit le Grand Conseiller.

- C'est peu de le dire. Murmura le blond.

- Vous n'avez pas à vous inquiéter, il ne mourra pas aujourd'hui, vous avez un délai plus grand je pense…

- Commence ton histoire, Grand Conseiller ! Et finis-la vite.

- Commencer, je sais faire, mais personne n'a la même vitesse que vous ! De plus, plus j'irai vite, moins vous comprendrez, il vous faudra donc être patient et attentif… Majesté, le coupa-t-il alors qu'il allait rétorquer, je sais que l'état de votre humain vous taraude mais s'il vous plait…

Le blond hésita puis hocha la tête. Rogue sourit.

- Bien… alors… Que savez-vous du Premier des Vampires ?

- Peu de chose… Le tout premier vampire aurait été créé par le Diable, à l'effigie de l'humain, tout en étant son parfait contraire. Il aurait, tout comme l'humain se reproduit, mordu certain pour créer ses propres enfants.

- C'est pratiquement ça à une chose près, vous oubliez que lorsqu'un vampire est tué, tous ceux qu'il a mordus…

- Meurt avec lui… oui je sais !

- Bien… alors voilà, tout commença de là. C'était il y a fort, fort, fort longtemps. Le Premier des Vampires naquit du Diable comme vous l'avez dit, qui voulait s'amuser et contrer le Dieu. Ce vampire s'appelait Dracula, tout comme il y eut Eve et Adam. Il mordit beaucoup de vampire et vécu de longues années dans le bonheur et l'indécence. Némésis de l'humain, il vivait la nuit, se nourrissait de sang frais, se reproduisait en tuant et non en donnant la vie. Ainsi, mille ans passèrent jusqu'à ce que Dracula remarque notre… point faible…

- Le fait que les enfants meurent avec le père ?

- Oui… Il vit alors avec horreur, qu'il était bien moins agile que dans ses jeunes années, et que si jamais il était pris en chasse, bien qu'il se fasse discret, s'ils étaient plusieurs, il pouvait bien mourir, et alors tous les vampires mourraient avec lui. Car c'était lui le Premier des Vampires… Il chercha alors, pendant des jours et des jours, à s'en tuer la santé et l'esprit, une solution pour cela. Il décida alors de demander de l'aide à un de ses amis. Le seul qu'il est d'humain. Il s'agissait d'un sorcier. En ces temps-ci, cela était bien peu courant, c'était bien avant la naissance de Jésus-Christ. Son ami comprit immédiatement son problème et, ami des vampires, fit tout son possible pour l'aider.

- Pourquoi a-t-il choisi un sorcier ?

- Car il n'avait pas confiance aux moldus, et les vampires ne risquaient pas de l'aider comme toutes autres races mortes… Le sorcier en question chercha pendant bien longtemps, à s'en faire saigner le cerveau. Et puis un jour, il trouva la solution. Il revint au manoir de Dracula et lui dit : « Il faut que vous ayez un enfant ». Le Premier des Vampires ne comprit pas. Il lui dit que cela ne pouvait être la solution, des enfants, il en avait des tonnes et des tonnes. « Non, répondit le sorcier, il faut que vous ayez un véritable enfant, avec un être vivant, et celui-ci héritera alors de tous vos pouvoirs et aussi de la vie de vos enfants morts. »

- Un enfant ? C'est impo…

Le blond fit brusquement silence. Lorsqu'Harry avait parlé de vampire né, il avait répondu la même chose. Maintenant, il commençait de plus en plus à comprendre ce qu'il arrivait au brun. Et le mot impossible prenait une ampleur assez médiocre. Rogue le regarda réfléchir un long moment puis dit :

- Si vous ne voyez pas d'inconvénient, je vais continuer. Dracula réfléchit à son tour et lui demanda comment il allait pouvoir réussir un tel prodige. Le sorcier lui demanda un délai de quelques jours en plus que le vampire lui offrit. Il revint ensuite avec quelques potions et sorts de son cru et dit alors à l'autre : « Voilà ce qui va se passer, nous allons devoir avoir une relation sexuelle mais avant cela, il vous faudra apprendre l'amour, vous qui n'avait jamais aimé. » Dracula eut beaucoup de mal mais les jours passèrent et il apprit grâce à son ami et puis un jour, il aima.

- Il a appris à aimer ? Je pensais que l'amour ne s'apprenait pas…

- Pour certain sûrement mais quand on a vécu mille années sans une once d'amour, il faut bien que l'on commence quelque part.

Draco hocha la tête.

- Que se passa-t-il après ?

- Après, le sorcier prit toutes sortes potions et jeta ses sorts sur eux. Il devint alors le premier des sorciers purs et ils passèrent une nuit d'amour.

- Pourquoi le sorcier n'a pas demandé à une femme de faire cela.

- Car il connaissait les conséquences de son geste et ne pouvait pas se permettre d'utiliser une autre vie que la sienne… C'était un homme d'une grande bonté d'âme, d'une douceur exemplaire, d'une sagesse extrême…

- Il savait que faire cet enfant le tuerait…

- Oui… Il ne le précisa pas à Dracula sachant que celui-ci lui en voudrait, car maintenant qu'il avait appris à aimer…

- On lui retirait un bonheur, une extase… la plus belle chose qui vous arrive et qui malheureusement ne vient qu'une fois… L'amour n'est pas éphémère… il est éternel.

Le Grand Conseiller fut surprit par tant de tristesse. Il avait été là à sa naissance et n'avait pas vu autant d'amour chez Lucius pour sa sorcière pure. Narcissa n'avait vécu avec lui que deux seules semaines. Il était persuadé qu'Harry ne ferait pas mieux. Comment se faisait-il que le blond soit ainsi ? Il y avait quelque chose en plus dans leur couple. Quelque chose qui n'était pas dans tous les autres… mais qui bizarrement était présent dans celui du Premier des Vampires.

- Qu'arriva-t-il à l'enfant ?

- Oh… l'enfant vécu. Dracula, souffrant de la mort de son ami, lui priva cependant de ses pouvoirs de sorcier et ne lui dit rien de sa véritable naissance. A la place il construisit un premier Conseil et leur dit toute la vérité. Il annonça alors qu'ils devraient raconter son histoire aux fils quand ceux-ci deviendraient pères, et cela… jusqu'à la nuit des temps.

- Comment Dracula savait que cela se perpétrait par delà les âges ?

- Parce que le sorcier le lui avait dit, et il lui avait fait confiance. Dracula chérit son enfant comme aucun autre, il lui apprit tout ce qu'il fallait. Il l'appela « Dernier des Vampires » comme lui en avait été le premier. Et un beau jour, la vérité le rattrapa, il sombra dans une tristesse perpétuelle, et jour après jour sa santé se détériora. Il comprit que la mort de son tout premier et dernier amour ne pouvait être effacée de la sorte. Il mourut peu de temps après. Et comme prévu ses enfants vécurent, et un nouveau sorcier pur arriva, et le fils devint père, et un nouveau fils naquit, un nouveau dernier des Vampires… encore et encore…

- Et les sorciers purs ?

- Ils meurent après la naissance…

- Ils meurent toujours, chuchota le blond en se rappelant des paroles d'Artie.

- C'est pourquoi sa mort est inéluctable, à part si bien sûr vous tuiez votre propre fils. Malheureusement… je ne pense pas qu'il vous laisse faire… S'il ne vous a laissé aucun choix, tous comme le premier sorcier pur ne l'a pas fait pour Dracula, c'est qu'il ne voulait pas que vous le choisissiez lui, au dépit de votre propre race…

- Il aurait su que je l'aurais choisi lui…

Draco jusqu'à lors assis se leva doucement, malgré ses jambes en coton. Il avait brusquement l'envie de pleurer, l'envie de hurler. Et ce fut à ce moment-là qu'il regretta sa petite vie pépère dans son manoir, esseulé, seul et solitaire…

- Mais vous ne pouvez pas. Le Conseil vous en empêchera. Il fera tout pour que cet enfant vienne au monde. Vous comprenez, même si vous devez voir votre descendance comme une malédiction, certain vampire pense que c'est un cadeau car vous avez aimé pendant un cours laps de temps alors que les vampires n'aiment pas…

- Seulement parce qu'il ne cherche pas à essayer et à… apprendre…

- C'est vrai… Mais vous comprendrez que le Conseil ne sait pas ce que vous ressentez. Moi-même je ne le sais pas… et nous privilégierons la sauvegarde de notre race plutôt que quelque chose que nous ne pouvons connaître ni même comprendre…

- Alors je vais t'expliquer. Vois-tu tous ses drogués notoires que nous ramassons à la pelle dans les rues pour un petit quatre heures. Ces mêmes hommes qui n'attendent plus rien de la vie lorsque leurs drogues leurs sont ôtées.

- Oui, et bien ?

- L'amour c'est un peu comme cette même drogue. Si vous me la retirez, je préfèrerais mourir…

Le Grand Conseiller ne répondit rien, juste il hocha la tête en essayant de s'imaginer l'effet que cela pourrait faire. Vu qu'il ne semblait pas y arriver, le blond posa ses mains sur son bureau et murmura.

- J'ai mieux… Penses que tu es dans un cercueil, un cercueil que tu ne peux ouvrir, un cercueil enterré sous la terre… Et les jours passent. Tu la sens cette soif ? Une soif immense… Tu as besoin de sang et petit à petit cela te tue… Là tu comprends mieux ?

Rogue ouvrit de grands yeux et hocha lentement la tête. Oui, là il pouvait alors savoir à quoi pensait le blond lorsqu'il voyait le moment où Harry ne serait plus. Le blond se rassit brusquement et passa sa main devant ses yeux. Il devait se reprendre, il était en train de perdre pied. Sans regarder à nouveau le Grand Conseiller, il chuchota :

- Raconte-moi la mort des sorciers purs.

- Ils… sont… mangés… par leur enfant. Lorsque celui-ci vient au monde, il boit le sang et mange la chair du porteur. Cela n'est pas très beau à voir…

- Tu veux dire que… j'ai mangé ma mère autrefois… j'ai…

- Je sais que c'est dur mais… oui… A la naissance les enfants humains hurlent, les enfants vampires mangent. Ils en ont besoin… tout comme le sang.

Draco se sentit blêmir. Le fait qu'il était né sur un acte de loup-garou le répugnait. Il lui fallait absolument sortir de là. Il se leva et demanda prestement :

- Il y a autre chose que je dois savoir ?

Rogue ne dit rien pendant une minute puis hocha la tête.

- A partir de la conception, il reste deux semaines aux sorciers purs. Je ne sais pas quand vous l'avez étreint… mais si vous êtes vraiment amoureux… Profitez du temps qu'il vous reste…

Draco déglutit avec force. Il calcula rapidement et ses yeux embuèrent.

- Une semaine… cela fait une semaine…

Il s'enfuit alors, ne le supportant plus… Il ne retourna cependant pas dans la chambre où Harry dormait… Il fallait absolument qu'il sorte, il avait l'impression qu'il allait étouffer… Le Roi des Vampires sortit de la grotte par une autre porte et arriva dans les bois, totalement affolé… jamais il n'avait ressenti cela ! Si son cœur battait encore sûrement qu'il partirait en trombe à ce moment-là… Sûrement qu'il respirerait bruyamment… Cependant il n'échappa pas aux larmes… Celles-ci roulèrent, rouge sang et laissèrent des traces sur son visage si pâle. Le vampire avait une envie destruction. Il pourrait tuer des centaines et des centaines d'humains sans se fatiguer… Il pourrait mourir, il s'en fichait… Car maintenant il connaissait sa vie.

Le vampire se traîna jusqu'à un arbre, éloigné de l'infâme vie qu'on lui offrait. Il s'assit à terre et prit ses jambes entre ses bras. Il saignait encore, ses larmes tombaient une à une… Il comprenait maintenant pourquoi le jeune brun ne lui avait rien dit. Dans une semaine tout au plus, le seul homme de sa vie, celui qui avait fait flamber son être et avait dévoré son cœur allait le quitter. Dans une semaine, il allait devoir regarder son fils en se demandant s'il devait l'aimer ou le détester… Draco perdit rapidement le fil de ses pensées. Il laissa sa tête dodeliner sur le côté, comme si toute âme avait quitté ce corps tourmenté.

Il sentit alors une odeur. C'était celle de Blaise Zabini, un ami de longue date. Il était plutôt grand, d'une peau et d'une couleur de cheveux identique : celle de l'ébène. Il avait des yeux marron dorés et de grandes mains, très utile pour frapper ou s'agripper dans ses sauts plus que surhumains. Celui-ci apparut peu de temps après et s'arrêta face à l'image funeste que le Roi dégageait. Il vit ses larmes et se mordit la lèvre. Jamais il n'avait vu pareille tragédie. Il était beaucoup trop rare de voir un vampire pleurer. Et Blaise n'en avait jamais vu… Ce sang qui traçait deux traits parallèles et symétriques n'allait pas sur son visage. Et le grand noir ne put s'empêcher de le faire remarquer.

- Vous n'avez pas bonne mine, Votre majesté.

- Si bonne mine peu avoir un vampire, je préfère que la mienne reste figée dans le temps… Avec celle d'Harry.

Le noir ne chercha pas à rétorquer, il savait pertinemment la peine qu'éprouvée le blond pour l'avoir lui-même éprouvée auparavant… Il était l'un des seuls vampires qui l'avait testé… Cela le marquera à jamais. Il s'assit sur une des grosses racines qui ressortaient du sol et qui entourait le Roi comme si l'arbre lui-même tentait de le protéger.

- Voulez-vous en parler ?

- Tu étais au courant ?

Le noir hocha difficilement la tête.

- Je fais parti du Conseil, l'avez-vous oublié.

- Non, mais il y a des choses que j'aimerais oublier mais que je ne peux pas… Il y en a d'autres que je ne veux absolument pas…

- Mais qui s'en vont dans un souffle de nuage de poussière. Je sais… Il est dur de réaliser un rêve… Mais lorsqu'on y parvient, c'est exaltant de se dire que l'on se sera battu pour qu'il devienne… réel…

Le blond releva un peu la tête et le regarda droit dans les yeux. Le noir lui fit une petite mimique qui se voulait réconfortante.

- Que viens-tu faire ici ?

- Je voulais juste vous dire que quoique vous fassiez, je vous soutiendrais… J'étais là lors de votre naissance, vous savez… ce n'est vraiment pas joli à voir. Du moins, c'est ce que j'ai pensé mais les autres ont… trouvé cela d'une grande beauté. Moi je n'ai pas réussi à boire quoique se soit pendant plus d'une semaine. Le sang était fade dans ma gorge… Alors… allez-vous laisser cela comme ça ?

- Tu fais parti du Conseil, te révoltes-tu ?

- Vous savez qu'il n'y pas si longtemps j'ai perdu le seul être qui m'était cher… Je sais ce que vous ressentez… là…

Il pressa alors sa main contre son propre cœur, et sourit.

- Quand vous êtes près de lui, vous vous sentez… vivre. Quand il vous enlace, vous vous sentez chaud ! C'est comme s'il arrivait à réécrire votre être… Prisonnier des glaces, il est votre feu… L'aimez-vous ?

Le blond ferma les yeux et plongea sa tête entre ses bras.

- Plus que n'importe qui d'autre. Mais je n'ai plus le choix. Il ne me l'a pas laissé.

- Dracula ne l'a pas eu lui non plus. Mais cela ne l'a pas empêché de tout faire pour que sa lignée continue de vivre. Je suis sûr que s'il l'avait eu, il aurait tenté de préserver et son amour et ses enfants…

- Harry ne me laissera pas user de quelqu'un d'autre que lui. Il n'en survivrait pas s'il devait vivre avec un mort sur sa conscience. Il est bien trop pur. Je pourrais tenter de le sauver mais comment… je n'ai aucune expérience dans ce domaine là et j'ai bien peur que cela soit totalement différent d'un accouchement ordinaire.

- Si ce n'est que cela je peux vous en faire une description détaillée… Malheureusement… elle ne sera pas vraiment jouissive…

- Parles tout de même.

- Si je m'en souviens bien… Nous avons su que vous veniez au monde aux premiers hurlements de votre mère. Celle-ci hurlait de douleur et son ventre nu bougeait anormalement. Je ne sais pas trop ce qu'il s'est passé à l'intérieur, mais peu de temps après, environ une demi-heure, ta mère a cessé de respirer et s'est tu. Quelques secondes plus tard son ventre s'est déchiré et tu es sorti. Tu… mangeais… L'intérieur était dévasté… il y avait…

- C'est bon… n'en dis guère plus.

Le noir hocha la tête, compréhensif.

- Mon père était-il amoureux ? Il ne m'en a jamais parlé… Aimait-il ma mère ?

- Je crois… je ne sais pas si c'est le sort ou un véritable amour, je ne peux pas te dire. Je sais juste qu'après sa mort, il n'a rien dit et n'en a jamais reparlé. Je crois bien qu'il avait acceptait sa mort…

- Il devait donc être sous l'emprise du sort…

Draco réfléchit un long moment.

- Suis-je le seul… suis-je le seul qui aime… sans obligation ?

- Dracula aimait… Et Harry aussi !

Le Conseiller Blaise rit. Il se pencha ensuite, prenant à peu près la même position que le blond. Il souriait même si cela se voyait, son sourire était aussi sec que la branche sur laquelle il était assis. Il souriait car il ne voulait pas que l'un, et peut-être le seul, de ses amis tombe dans la même dépression dont il était sorti il y a peu.

- Vous n'avez jamais pensé, durant ses deux années et surtout à cet instant même où tout pour vous pourrait dégringoler… vous n'avez jamais pensé ce que donnerais la vie si on changeait les règles ? Moi ça fait un peu moins de deux cent ans que je recherche ardemment cette… liberté…

- Je n'y ai jamais réfléchi parce que… je n'ai jamais cherché à faire autrement que l'habitude. J'ai toujours suivi à la lettre le protocole que m'avait donné le Conseil, sans poser de question… Je me disais, si mon père et mes prédécesseurs ont agi de la sorte, il faut que je fasse de même.

- Mais là, cela n'a plus rien avoir avec les autres. Nous parlons de votre amour, de vos sentiments. Vous êtes le Roi…

- Je suis une poupée ! S'exclama le blond en se relevant. Je suis juste une poupée de glace que le Conseil manipule à sa guise. Pourquoi m'a-t-il fallu autant de temps pour m'en rendre compte… Pourquoi est-ce qu'il fallait la future mort d'un être aimé pour que je m'en aperçoive… Suis-je aussi stupide…

Blaise se leva à son tour et posa sa main sur l'épaule du Roi. Il compatissait grandement à son tourment. Malheureusement, il ne pouvait que l'aider psychologiquement car physiquement c'était totalement impossible. Pas qu'il avait peur mais qu'il n'avait aucune idée de la marche à suivre. Alors juste il posa une main sur son épaule et murmura doucement.

- Vous n'êtes pas stupide… écoutez juste votre cœur, il vous guidera toujours… toujours…

Le blond se tourna vers lui et hocha la tête.

- Si cela peut vous aider un peu plus, sachez que beaucoup d'autres vampires pensent que le Conseil abuse de ses pouvoirs… moi de même et le Grand Conseiller le pense également. Je n'ai pas fait confiance à votre père, mais en vous voyant si troublé et plein de question je pense pouvoir vous le dire…

- Blaise… il faut que je t'avoue, tout ce qui touche de près ou de loin le Conseil ne m'intéresse pas. Du moins pas maintenant… Nous en rediscuterons, c'est promis…

- Oui, je peux comprendre ! J'attendrais…

Le noir se poussa légèrement puis fit une petite courbette face à lui.

- Sire…

Mais alors qu'il s'en allait le blond le retint. Il se retourna et perçut un vague sourire sous les sillons de sang.

- Merci… murmura le blond.

Et Blaise de répondre par un petit hochement de tête. Il n'avait pas fait grand-chose, du moins c'est ce qu'il pensait. Draco décida de rebrousser chemin mais cette fois-ci il prit tout son temps, pensant et repensant à ce qu'il venait d'apprendre aujourd'hui… à ce que Blaise avait dit… à propos des rêves. Son cerveau bouillonnait, il avait encore envie de pleurer et pourtant il se retenait. Il essuya d'ailleurs les traces avant de pénétrer à nouveau la Cité. Les vampires qui le voyaient passer pouvaient sentir sa tristesse et étaient eux-mêmes atteint par elle.

On se courbait à son chemin mais il n'y faisait pas attention. Plus rien n'avait d'importance à ses yeux que cette fleur qui maintenant allait faner… sans qu'il ne puisse rien faire pour la sauver. Il se demanda soudainement s'il aurait droit au repos éternel une fois l'enfant né… Il n'aurait plus besoin de lui par la suite !

Draco ouvrit la porte de la chambre et jeta un regard en cercle autour de la pièce. Il soupira bruyamment et la pénétra ensuite. Presque immédiatement il fut près du lit. Harry n'avait pas bougé, la fièvre qu'il avait, avait cependant baissé. Il dormait profondément, son cœur battait suffisamment fort pour que le vampire puisse l'entendre sans même tendre l'oreille. Le blond le découvrit lentement puis releva son t-shirt.

Tous ce qu'il y vit c'est un ventre plat et bien formé, le même que celui qu'il avait mainte et mainte fois enlacé au cours de la semaine passé. Là, il se demanda si le ventre du brun ne devait-il pas être un peu plus rebondi ? Un infime espoir le prit. Peut-être n'est-il pas enceint et c'est un autre mal qui le rongeait… Le Roi passa doucement son pouce contre sa peau en sueur et s'enquit de le caresser avec une douceur infinie. Il se pencha alors et l'embrassa sur le nombril. Puis posa son oreille tout contre.

C'est alors qu'il l'entendit, un tout petit boum, contre la paroi. Signe que le jeune enfant était bien à l'intérieur et qu'il grandissait bien plus vite que la normale. On toqua à sa porte le faisant sursauter comme un fou. Le Roi se releva en se disant que les histoires ne semblaient pas terminées.

- Entres, murmura-t-il, sachant que le vampire l'entendrait.

Le vampire ouvrit la porte et sourit. Il s'agissait d'une femme. Une femme qui faisait partie elle aussi du conseil. Elle portait une chevelure bouclée châtain et avait une taille plutôt fine. Son sourire était à la fois bizarrement chaleureux, calme et posé… Bien moins de ce que l'on attend d'un vampire, mais aussi d'un Conseiller.

- Puis-je ?

- Fais…

La jeune femme s'avança et vint se poster juste à ses côtés. Elle regarda longuement le jeune homme. Draco replaça son vêtement puis le drap. Il ne voulait pas que la jeune femme pose un autre regard que celui neutre qu'elle avait en ce moment. Silencieuse, elle fit tout de même remarquer au bout de quelques minutes.

- Il est très beau. C'est rare que de voir un tel trésor… Je vous plains.

- Tu n'aurais pas à le faire, Conseiller Granger, si tu avais la décence d'exprimer tes vrais sentiments…

- Ne vous mettez pas en travers de la prophétie… attaqua-t-elle directement en se tournant vers lui. Elle doit s'accomplir, c'est ainsi… Votre majesté, vous, plus que quiconque, devez comprendre l'importance de la survie de notre race.

Le Roi ne répondit rien. Il s'assit juste sur la chaise près du lit et caressa le front humide du malade. L'homme enceint, dans sa triste et longue agonie, eut alors un soupir de bonheur. Son visage se décontracta un peu, comme s'il ressentait sa présence autant que s'il était debout. Hermione Granger, le Conseiller, les regardait tous les deux avec tristesse. Elle savait que ces moments seraient durs.

- Ecoutez, Votre majesté.

- J'en ai assez des histoires… j'aimerais profiter de mon homme si tu le permets.

- Juste, fit-elle en hocha toutefois la tête, sachez que tous sont passés par là. C'est à votre tour et nous voudrions que vous gardiez la tête froide. Rien n'est plus important que l'enfant. Le sorcier ne vit et ne meurt que pour nous servir.

- Je ne te savais pas Grand conseiller !

Le blond tenta de rester calme mais il avait de plus en plus de mal à garder son sang-froid… du moins, au sens figuré ! La jeune femme recula un peu car elle avait tout de même senti cette grande décharge de mauvaises ondes. Elle murmura juste :

- Je sais que ce n'est pas mon travail que de venir vous voir mais il faudra bien que l'on vous parle car le Grand Conseiller ne vous a présenté la chose qu'objectivement. Un peu trop d'après le Conseil. Ils m'ont donc désignée pour venir vous parler et vous dire quel rôle vous devrez jouer !

- Parce que maintenant vous allez me donner des ordres. Que je sache qui est le Roi, ici ?

Ils en étaient là… Et le Conseiller lui répondit exactement ce qu'il pensait :

- Cela ne vous donne pas tous les droits.

- Mais cela me donne certains privilèges…

- Et si vous prévalez de ceux-ci, vous ferez honte à notre race.

- Et que feras-tu ? Tu me tueras peut-être ?

Le Conseiller recula un peu plus, comme si l'homme venait de la frapper avec brutalité.

- A quoi pensez-vous ! C'est impensable !

Le blond secoua sa crinière de désespérance.

- Si je ne peux le sauver, je ne pense pas pouvoir continuer de vivre. Tout comme Dracula mourut d'amour, j'en ferais de même. Je préférerais que tu me tues…

- Vous ne pouvez pas ! Vous ne devez pas… Au nom du Conseil…

- Sors.

Le ton était sans appel. Le Conseiller le regarda longuement puis fit demi-tour et sortit sans la moindre délicatesse. La porte claqua et le brun grogna dans son sommeil. Immédiatement le vampire se pencha vers lui et lui chuchota des paroles réconfortantes pour qu'il reste endormi. Il se coucha ensuite sur lui et l'entoura de ses bras. Le jour allait se lever il le sentait… Il ne tardera pas à s'endormir. Cependant dans sa tête, un hurlement survint, puis un autre…

C'était ceux d'Harry…