Chapitre 6 : Les rêves d'un vampire.


Le lendemain à l'aube de la nuit, le vampire se réveilla pratiquement au même moment que le brun. Il regarda pendant une dizaine de minutes son visage maintenant totalement détendu. La crise était passée. C'est pourquoi il se réveilla, ouvrant difficilement ses paupières alourdies par la douleur qu'il avait endurée. S'il avait eu un souffle, le Roi l'aurait retenu pendant le court laps de temps qu'il lui fallut pour que son regard se fixe. Il se mit ensuite à caresser toutes les parties de son visage passant surtout sur ses lèvres qu'il ne tarda pas à violer.

Le brun ne se plaignit point, satisfait d'un tel réveil car il savait la peine et la détresse que le blond avait dû subir surtout si quelqu'un d'autre avait parlé à sa place. Vu la façon dont le Roi l'embrassait, il pouvait savoir qu'on lui avait dit la vérité ! Il n'y avait aucune brusquerie cette fois-ci, pas de morsure comme s'il avait peur de le casser… Juste de la tendresse et de l'amour, sûrement que la dernière image que voulait donner le blond à son amant était celui d'un vampire amoureux jusqu'au bout des griffes !

Draco soupira contre sa bouche et s'arrêta là bien qu'Harry aurait voulu continuer encore et encore, juste pour oublier les prochaines nuits à venir ! Le blond le regarda sobrement, essayant de ne pas laisser voir sa tristesse qui voulait encore ressortir. Harry lui n'eut pas le même courage et ses yeux se remplirent d'eau. Les larmes coulèrent d'elles-mêmes, il n'arrivait même pas à soutenir son regard, se perdant dans les ourlets de la couverture. Il aurait voulu pouvoir s'effacer entièrement, car son lourd secret était à nu et maintenant il ne pouvait plus échapper.

Le blond ne chercha pas à le faire arrêter au début, puis ensuite il le prit un peu mieux dans ses bras et murmura son prénom. A ce souffle, ce fut comme une décharge, un grand coup derrière le crâne, Harry se dégagea presque immédiatement.

- Déteste-moi, s'exclama-t-il. Il faut que tu me détestes. Tout irait mieux si tu me détestais.

- Tu ne peux pas me demander ça car c'est impossible… Et tu le sais, bien mieux que moi, j'en suis certain. Pourquoi Harry… Pourquoi ne m'as-tu pas laissé le choix ? C'était dans mon droit de refuser si je le voulais…

- Parce que tu ne devais pas refuser… Si toi tu ne le voulais pas, moi je le veux ! Mourir pour toi sera ma plus belle mort…

- Et si j'avais envie que tu vives pour moi !

- Alors ça aurait été ma plus belle vie… Crois moi, pendant ces années au fond de cette geôle moisie et sale, j'y ai réfléchi. J'y ai réfléchi jusqu'à m'en faire saigner le cerveau… Il fallait que cet enfant naisse et je savais que mon courage n'était pas grand. Si je te l'avais dis… je me serais une fois de plus défilé ! Il le fallait…

- Harry… Qu'est-ce que je vais faire sans toi !? Ne vois-tu pas que tout comme toi je meurs ? Et c'est toi qui me tues…

Les larmes du sorcier doublèrent. Il pressa son corps contre l'autre.

- Il faut que tu vives pour notre enfant. Il faut que tu continues à vivre, je veux qu'il soit aimé et chéri, je veux que son père lui parle de moi. Lui parleras-tu de moi ?

Draco le regarda puis secoua négativement la tête.

- Je n'aurais pas à le faire car c'est toi qui le feras !

Que savait-il de sa mère ? Autrefois et jusqu'à maintenant, pratiquement rien ! C'était une belle femme ! Voilà ce que lui avait dit son père. C'est une sorcière pure. Voilà ce que lui dit le conseil. Qu'en sait-il de plus… rien… Il ne voulait pas que son futur fils soit ainsi. Il ne voulait pas que son amant meure… Le brun secoua la tête, sachant qu'il était impossible que les deux vivent. S'il survivait, l'enfant mourrait, s'il mourrait l'enfant vivrait et c'est ainsi ! Il ne pouvait pas y changer. Pour lui, c'était inscrit : l'enfant devait vivre !

- Draco, murmura-t-il alors. Si l'enfant ne vient pas au monde je n'aurais d'autre choix que de recommencer encore et encore ! C'est mon destin, je dois l'accomplir tout comme la prophétie l'indique.

- La prophétie ? Est-ce tout ce qui t'importe !?

Harry n'osa pas le regarder. Il finit par hocher lentement. Il savait que s'il montrait un quelconque enthousiasme à rester en vie, Draco l'exploiterait pour lui faire abandonner toute idée de suicide. Car il faut l'accorder, cette idée était bien plus que suicidaire !

- Tu m'as dit que tu serais capable de m'offrir ta vie ! Moi je l'offre à notre enfant… c'est comme… un cadeau que je te fais.

- Un cadeau à double tranchants !

- Comment ?

- Quand je le regarderais, qui verrais-je ? Toi… Quand je l'écouterais, qui entendrais-je ? Toi… Quand je le toucherais, à qui penserais-je…

Le blond releva son visage pour que son homme le regarde enfin. Leurs regards s'affrontèrent dans un combat que le brun savait perdu d'avance.

- Toi, toi et seulement toi…

- Je…

Le brun se mordit la lèvre puis finit sa phrase dans un murmure.

- Je veux que tu me promettes de l'aimer… comme tu m'as aimé !

- Harry…

- Promet le moi ! Je t'en prie Draco…

- Je ne peux pas… te faire une telle promesse sachant ce que j'ai à perdre. Je t'aime trop Harry, je l'aimerais mais… pas comme toi… beaucoup moins… peut-être même avec réticence…

- S'il te plait…

Le blond hocha négativement la tête puis l'embrassa avec autant de force que de douceur. La seconde suivante, la place à ses côtés était vide et la porte se refermait avec délicatesse. Harry pleura chaudement, se redressant difficilement il mit sa tête entre ses mains. Il fallait à tout prix qu'il trouve une façon pour l'obliger à aimer plus leur fils… Il ne voulait pas partir en sachant que ce dernier risquait de passer des moments sans amour. Harry n'avait plus que ça dans sa vie, dans les dernières nuits qui lui restaient. L'amour…


Draco avança lentement à travers les longs couloirs et les dédales de la Cité des Vampires. Perturbé encore plus que la nuit dernière, il présentait les symptômes de l'homme mourant sans la maladie. Sûrement est-ce se que pensa le Grand Conseiller quand il réussit à le retrouver. Il ne le salua pas sachant être mal accueilli… car il le voyait bien, cette nuit était toute sauf belle aux yeux hagards du Roi.

- Sire… Je sais…

- Non, tu ne sais rien…Tu n'as pas à savoir, tout ce qui t'intéresse est la descendance et la survie de notre peuple…

Le blond finit par se coller à la pierre froide du trop long couloir puis y glisser jusqu'à atteindre le sol. Il se trouva alors, sans le savoir, dans la même position qu'Harry dans son lit en ce moment même.

- Votre Majesté… Oui, la survie des vampires me prive quelque peu d'impartialité… mais j'avoue que vous m'inquiétez plus qu'à d'autre. J'étais l'ami le plus proche de votre père et croyez moi… Il vous a toujours aimé, il voulait que je prenne soin de vous à sa mort.

- Il me demande de l'aimer… de l'adorer comme lui je l'adore. Sait-il au moins ce qu'il me demande… Il n'est pas encore mort qu'il s'y voit déjà.

- Je sais qu'au fond, il ne veut pas mourir… qui le voudrait ?

- Moi… S'il meurt, je le suivrai, c'est inéluctable !

Rogue ne dit rien. Il le regarda longuement ne sachant pas s'il devait l'encourager ou le dissuader. Et là, il se demanda franchement à quoi servait le Conseil s'il ne pouvait arranger des moments comme ceux-ci… Le Conseil n'arrangeait rien. Pour eux, tout était comme il le voulait. Harry mourrait, l'enfant vivrait et deux à quatre cents ans ou beaucoup plus d'années pourront s'écouler sans histoire jusqu'au prochain dernier des Vampires. Le vieux vampire s'avança vers le jeune et posa sa main exactement au même endroit que Blaise l'avait fait avant. Le blond releva la tête.

- Tout n'est pas perdu… Vous êtes médecin, non ?

Il lui fit alors un clin d'œil, se redressa pour mieux faire sa révérence, et partit dans la direction opposée à celle d'où il venait. Draco le regarda faire, bouche bée. Oui, il était médecin mais quel rapport ? Pour ouvrir et refermer un corps vivant, il savait le faire sans problème, il le faisait même les yeux fermés mais… une fois à l'air libre l'enfant mourrait… Et Harry le haïrait… Il recommencera et l'obligerait à le refaire. Non, il ne pouvait pas… Cependant, les mots marquèrent l'esprit du blond qui se leva et repartit vers sa chambre.

Quand il la pénétra, Harry releva la tête vers lui et le regarda faire le tour de la pièce sans même lui adresser un seul regard. Le brun ne chercha pas à le stopper, il voyait bien que l'homme était plus que concentré. Il y avait cette petite pliure entre ses deux sourcils et aussi le fait qu'il se parlait tout seul et qu'il se grattait le menton avec empressement. Et soudain le jeune homme s'arrêta net, autant que la respiration du brun qui attendait patiemment qu'il réagisse à sa présence.

Le vampire se tourna enfin vers lui et eut un petit sourire. Ses yeux éclataient l'espoir, il virait du rouge à son gris métallique. Il fit alors sursauter le brun en s'exclamant.

- Il suffirait de recréer l'atmosphère de ton corps en dehors de celui-ci !

Le blond se jeta carrément sur le brun et l'embrassa chastement.

- J'en ai pour une minute, il faut que je demande quelque chose au Grand Conseiller.

Harry eut juste le temps de lever la main pour l'arrêter que Draco avait déjà filé. Le brun resta estomaqué, sans bouger, n'ayant pas tout à fait compris ce qu'il se passait. Que voulait-il dire par « recréer » ? Comptait-il vraiment sortir l'enfant de son ventre avant que celui-ci ne l'ait totalement mangé ? Il savait que c'était proscrit si l'enfant devait vivre. Le brun décida de lui déconseiller toute tentative pour le sauver ! Harry voulait vivre. Il aurait fait n'importe quoi pour cela ! N'importe quoi qui n'envisage pas le meurtre de son enfant ou sa simple non-existence ! Il voulait vivre avec son enfant et son amant. Mais il préférait cent fois mieux la survie de l'enfant que la sienne !

Le blond revint quelques instants plus tard et il n'eut le temps de rien dire qu'il s'installait directement sur le lit juste en face de lui. Il possédait dans sa main, une grande seringue et une grosse bouteille.

- Tends-moi ton bras, demanda-t-il au brun.

- Que fais-tu ? Lui répondit-il sans obéir, pas sûr des intentions de son amour.

Draco le regarda un moment puis lui sourit.

- Fais-moi confiance.

Harry se mordit la lèvre. Il se dit alors que pendant tout le long, Draco lui avait donné une confiance aveugle, alors qu'il lui avait menti et rendu triste. Il se laissa alors faire et tendu son bras. C'est avec une grande surprise qu'il lui fit plusieurs prises de sang. Il lui retira un litre exactement et les plaça dans la bouteille. Harry ne dit rien et attendit qu'il ait fini pour lui reposer la question en rajoutant :

- A quoi cela te servira-t-il ?

- Harry, dit le blond doucement. Je vais te sauver. Parce que sans toi, ma vie n'aurait plus de raison d'être ! Je vais te sauver pour que tu puisses toi-même te présenter à notre enfant, pour que tu puisses m'apprendre à l'aimer un peu plus chaque jour ! J'ai compris que ce n'est pas le vampire qui aime car aucun vampire ne peut aimer de son propre chef. C'est ceux qui te font aimer… Tout comme toi… Un peu… précipitamment… un peu avec fragilité ! Mais c'est ainsi que je le vois. Il n'y a en toi qu'amour et pureté et sans toi, je redeviendrais la bête d'ennui que j'étais, comprends-tu ?

Harry hocha la tête. Sa gorge était sèche, il ne pourrait parler, alors juste il écouta.

- Tu m'es arrivé comme une étoile qui soudain se met à briller là haut… Avec toi j'ai tout réappris, et cela ne fait qu'une semaine que nous sommes ensemble ! Je sais que j'ai encore beaucoup plus à apprendre et sans toi c'est impossible ! C'est pourquoi, il faut que tu vives… il faut que vous viviez ! Pour moi ! Alors je vais te sauver.

- Co-comment ?

- Je vais te prélever un litre de sang par nuit. Le reste suivra la nuit de la naissance du petit. Fais-moi confiance, tout ira bien.

- Alors promet-moi que tu privilégieras la naissance de l'enfant plutôt que ma survie !

Le blond hésita longuement mais finit par hocher la tête.

- Si tu le veux…

Pourtant il avait l'espoir. Et personne ne pourra le lui ôter. Il se pencha et enlaça son homme qui ne demandait que ça.

- Draco… sais-tu, je suis orphelin depuis mes un an… je n'ai jamais connu l'amour des parents, c'est pourquoi…

- Tu vivras Harry, et c'est de nous deux que notre bébé recevra cet amour. Tu vivras, j'en suis persuadé !

- Pourquoi ?

- Parce que je l'ai rêvé…


Plus déterminé que jamais, la nuit se terminait sans autre accroc. Harry était perdu dans son monde et Draco, assis juste à côté de lui réfléchissait encore et encore à son futur plan. La moindre erreur, plus petite soit-elle, et son homme mourrait. Il ne fallait pas qu'une seule chose se passe de travers. Il devait aussi penser à écarter le Conseil du lieu de naissance car il savait pertinemment qu'il l'empêcherait de le sauver, et ça, c'était inadmissible ! Son regard tourna ensuite vers Harry qui s'était recouché. Ses larmes avaient tracé sur ses joues bien trop creuses des lignes blanches.

- Tu as faim ?

Le brun sortit de sa torpeur et hocha la tête.

- Nous n'avons pas de nourriture ici mais je connais un village pas très loin qui en possède… Je serais de retour dans pas…

- Non. Ne sort pas, le soleil ne va pas tarder à se lever. Je patienterais jusqu'à demain…

Draco acquiesça.

- Je voulais te demander… Comment se fait-il que ton ventre ne porte aucune trace de l'enfant ?

Harry rougit soudainement.

- C'est… assez gênant. Je préfère ne pas le montrer.

Le Roi plissa les yeux.

- Arrête le sort ! Ordonna-t-il.

Harry se mordit la lèvre puis finit par soupirer. Il relâcha alors le sort dans un soupire de soulagement. Son ventre gonfla à vu d'œil. Et Draco écarquilla les yeux et plaça une main sur sa bouche face à l'énormité de celui-là. Il semblait que le bébé soit presque à terme, c'était incroyable. Le brun rougit brutalement face aux regards non seulement étonné mais aussi plus qu'amoureux !

- Pourquoi es-tu si épris de ce ventre ?

- Parce que c'est à la fois le tien et à la fois le mien ! Non en vrai… je le trouve plaisant et à la fois repoussant… je l'aime et je le déteste… Deux sentiments me torturent… je l'aime mais pas comme je t'aime… Ce ventre me hantera jusqu'à sa disparition !

- Tu ne l'aimes pas comme moi mais je te ferais aimer mon cadeau, je te le promets. Et chaque fois que tu l'aimeras un peu plus, moi je t'aimerais encore plus, si c'est possible…

Le blond hocha, il caressa longuement le ventre rebondi et sourit.

- Je le sens… Il est tout petit…

- Tu devrais venir te coucher !

Draco hocha encore et se coucha contre le brun, sa main continuait ses caresses. Le souffle du brun contre sa peau de diamant l'emplit de chaleur, lui si froid. Bientôt le soleil se leva et sa lourdeur conquit le vampire, il s'endormit presque immédiatement. Harry ne tarda pas à le suivre.


Le lendemain, aux premières lueurs de l'aube, Harry se réveilla en premier, surtout à cause de son ventre qui lui faisait atrocement mal. Il lui jeta un regard énervé et se mordit au sang la lèvre pour ne pas hurler. Son corps se réchauffa rapidement et il eut bientôt des sueurs froides… glacées même ! Draco se réveilla brusquement et se releva.

- Harry… Harry que t'arrive-t-il ?!

- Rien… Murmura le brun. Ça… ça va passer.

Harry sortit alors sa bouteille de sa poche avec des mains plus que tremblantes. Il lui rendit sa taille normale et but une gorgée puis une autre. Immédiatement son cœur se calma ainsi que la douleur. Il regarda avec anxiété sa bouteille de sang, il avait peur de la réaction du blond, c'est pourquoi il n'osa pas le regarder. Cependant Draco lui prit avec douceur la bouteille en verre et la regarda.

- Tu as eu ça chez Artie non ?

- Oui…

- Pourquoi ne m'en as-tu pas parlé ?

- Par honte… Je pense…

- De quoi aurais-tu honte ? Tu fais ça pour toi ou pour le bébé ?

- Les deux, cela le calme… et ça me détend aussi… mais ça me donne encore plus faim.

- Je vais te chercher à manger !

Il se releva mais Harry l'arrêta brusquement.

- Non, attends… Reste encore un peu avec moi ! J'aimerais marcher, un peu… J'en ai assez de ce lit, sors-moi s'il te plait.

- Je ne pense pas qu'il le faille… Je veux dire…

- Je t'en prie ! Je t'en prie…

Draco soupira bruyamment. Il se leva et lui prit par la main.

- Prenons une douche, puis nous ferons le tour et ensuite tu mangeras !

Harry sourit. Il se releva avec difficulté mais arriva à marcher correctement.

- Oh ! S'exclama-t-il avant de rire légèrement. Qu'il est plus lourd !

Draco l'attrapa par la taille et l'emmena jusqu'à la baignoire. Harry ne pouvait pas s'empêcher de loucher sur son ventre qu'il touchait comme si tout était irréel. Le blond sourit légèrement.

- Qui est épris maintenant ?

Harry rit.

- Moi je le suis depuis le début… De lui et de toi !

Ils prirent un bain à la fois relaxant et envoûtant. Harry se détendit au maximum, goûtant à chaque petite douceur que Draco lui offrait. Ce dernier put aussi s'offrir quelques minutes de calme dans son esprit. Il soupira de soulagement dans le creux des oreilles du brun. Harry, entre ses jambes, posa sa tête sur son épaule et ferma les yeux. Le blond caressa sa joue de la sienne et l'embrassa avec douceur. Sous la mousse, l'homme caressait encore et encore son ventre rebondi. Il aimait… il aimait… et Harry le voyait de ses yeux à moitié plissés. Il souriait… L'image était si douce et protectrice qu'à ce moment plus qu'à n'importe quel autre qui allait suivre, Harry crut à cet avenir où il serait encore de ce monde…

Quelle vie allait suivre alors ? Même si ce n'est que pour soixante années, Harry en profiterait… il préférait soixante ans qu'une semaine seulement. Il prendrait goût à chaque parcelle… et puis quand la mort viendra, cette fois-ci, il sourirait et serait satisfait de tout ce qu'il avait entrepris ! Cependant, tout ça n'était que suggestion, il n'y avait que vingt pour cent de chance qu'il en ressorte vivant, si ce n'est moins.

- Draco…

- Qui a-t-il mon ange ?

- Explique-moi comment tu comptes me sauver ? L'enfant à besoin de chair à manger pour survivre… Je t'interdis d'utiliser un autre être humain que moi ! Je ne pourrais…

- Shhht…

Draco sourit lentement.

- Je savais que tu ne le voudrais pas mais ne t'inquiètes pas pour ça, j'y ai pensé. Pour l'heure, sache juste que je vais t'anesthésier, tu ne sentiras rien du tout.

- Mais…

Harry ne continua pas. Il savait qu'il devait faire confiance à son amant qui, après tous les mensonges qu'il lui avait dit, continuait à l'aimer et prenait soin de lui. La discussion s'éteint comme elle avait commencé, dans les remous de l'eau bleuie par le savon. Ils finirent par sortir de la baignoire puis de la chambre et, à la demande du brun, ils firent le tour de la Cité. Ensuite, Draco emmena Harry vers le village dont il lui avait parlé. Dans celui-ci, le brun remarqua qu'il y avait bien plus de vampires que d'humains mais que ceux-ci étaient tout de même présents.

Draco l'invita dans un restaurant chic et lourdement éclairé. Harry ayant revêtu le sort qui maintenait son ventre plat, passa inaperçu tout le contraire de Draco qui bizarrement n'était pas nommé. Une fois à table et servi, le brun se risqua à poser sa question :

- Pourquoi n'étais-tu point distingué ici ?

- Oh, ce n'est pas qu'ici. A l'extérieur de ma Cité, les vampires ne doivent m'appeler par mon titre, une excentricité du Conseil.

Le blond réfléchit un instant pendant qu'Harry avalait goulûment son repas, puis il sourit.

- Maintenant, je pense pouvoir dire que c'est à cause du ministère, n'est-ce pas ?

Harry haussa les épaules.

- Pourquoi donc ?

- Allons ! Si jamais le ministère savait qui est le Roi des Vampires, il saurait aussi qui est le Dernier des Vampires ! En l'occurrence moi !

- Eh bien normalement cela n'aurait pas dû être le cas… Mais c'est vrai que pour toi oui !

- Comment ça ?

- Et bien, lorsque tu deviens Roi, tu n'es plus Dernier des Vampires, puisque c'est le fils qui reprend le flambeau. Mais par ma faute, deux ans se sont écoulés et ces deux années-là, tu étais en danger en étant les deux identités à la fois. Malgré ma détermination à aider les vampires, je n'en reste pas moins fautif ! Tout aurait pu arriver !

- Ne dit pas ça, il a fallu pratiquement deux cents ans aux sorciers pour retrouver mon père et pour l'abattre ! Deux ans pour nous ce n'est rien !

- Comment expliques-tu le fait qu'ils t'aient découvert si vite, alors ? Moi je n'ai jamais rien dit !

- Il y a sûrement dû avoir une fuite chez nous.

- Tu doutes de ton propre peuple ? Ils n'auraient pu faire ça ! Et puis peu de vampires savaient pour la prophétie !

- Oui mais si des sorciers auraient réussi à capturer un vampire puis torturé comme toi tu l'as été… S'il avait juste demandé le nom du Roi, là, ils auraient su…

- Je doute qu'un de tes enfants ait pu te trahir, il aurait préféré mourir plutôt que de…

- Harry ! Nous sommes des créatures de la nuit, nous sommes viles et abjects ! Nous nous nourrissons de sang et parfois de chair ! Il ne faut pas croire que nous sommes tous des anges ! Quand il s'agit de trahir, violer, tuer… Harry ne te repose pas sur tes lauriers, le Conseil n'hésiterait pas à te tuer pour que le Dernier des Vampires naisse ! Ils n'ont aucun scrupule ! Dit le toi haut et fort, ici, il n'y a que toi et moi et bientôt l'enfant que nous allons avoir… la confiance avec les autres ne se construit qu'avec le temps et les obstacles !

- A qui as-tu confiance, toi ?

- Principalement ? Le Grand Conseiller Severus Rogue et le Conseiller Blaise Zabini. Blaise a plus été un ami pour moi qu'un Conseiller !

- Et si jamais un inconnu toquait à ta porte et te demandait la pitance… le rejetterais-tu ?

- Non ! Mais il y a une différence entre être gentil envers les démunis et leurs accorder une confiance aveugle.

- Tu m'as donné les deux, pourtant…

Draco sourit.

- Parce que je suis tombé amoureux… Un coup de foudre est si vite arrivé…

- Je suis content qu'il m'ait heurté !

Le Roi prit la main du brun et lui sourit de toutes ses… canines aiguisées et pointues. Un sourire qui fut rendu au centuple. Le brun termina son repas sur un verre de sang frais. Cela fit rappeler à Draco ce qu'il devait lui prélever et grisa quelque peu son mental. Dans cette atmosphère légèrement romantique et joyeuse, il en était arrivé à oublier le reste et surtout la dure épreuve qui l'attendait. Soupirant, il paya et les deux hommes sortirent du restaurant. Draco voulut rentrer immédiatement pour ne pas presser le brun si jamais ils laissaient passer le temps, la nuit étant bien entamée. Harry ne fut pas contre malgré la douleur qu'il ressentait au niveau des jambes et qu'il cacha merveilleusement bien au blond.

Il ne voulait ni l'inquiéter ni l'importuner. Harry comprit alors que s'il n'avait pas fui il y a deux ans, rien ne se serait passé ainsi ! Il n'aurait jamais eu ni la sagesse ni la dureté qu'il avait acquises au cours de son séjour dans les geôles de la prison d'Azkaban. Peut-être aurait-il renié jusqu'au dernier souffle l'amour qu'il éprouvait pour le blond, lui qui, à l'époque, était si borné ! Il n'aurait alors jamais éprouvé l'exquise sensation qu'il ressentait en ce moment même, alors que le blond l'entourait de ses bras protecteurs et doux. Oui, maintenant, il se dit qu'il avait bien fait de fuir… Que tout était bien ainsi !

Revenu dans la Cité, plus particulièrement dans la chambre du Roi, celui-ci obligea Harry à se coucher et lui fit la prise de sang. Le brun ne se plaignit pas malgré la légère sensation d'affaiblissement qu'il ressentit.

- Tu devrais aussi en prendre pour toi… murmura le brun.

- Non… Un vampire peut survivre deux à trois semaines sans boire quoi que se soit et sans s'affaiblir… Ne t'inquiète pas ! Je vais d'abord te sortir de là et après je me nourrirais.

- Ne te prive pas, sinon après tu auras du mal à te retenir !

- Aies confiance… J'arriverais à me contenir !

- Je m'inquiète pour toi.

- Et moi pour toi ! Dors maintenant. Ne t'occupe plus du reste…

Le brun ouvrit la bouche puis la referma aussitôt. Il hocha la tête et s'allongea dans le lit. Draco partit un moment avant de revenir s'installer dans les bras de l'autre.

- Où as-tu mis les bouteilles ?

- Qu'ai-je dit ! Dors !

Harry rit et enfouit son nez dans le torse dénudé du blond.

- Je t'aime, murmura-t-il.

- Moi aussi, Harry… Moi aussi…

Le brun s'endormit presque automatiquement.


La semaine fut rude, autant pour Harry et ses douleurs continuelles qui empiraient, que pour Draco dont le stresse rendait irascible. Il refusait de parler à Harry de la façon dont il allait le sauver. Celui-ci était persuadé qu'il utiliserait un autre corps humain et, aidé de ses hormones surdéveloppées, piquait de grosses crises de nerfs. Malgré qu'il se dise devoir profiter de chaque instant avec le blond. L'ambiance dans la chambre était de plus en plus électrique au fil des jours. Pourtant Draco continuait ses prélèvements de sang car il y avait une chose qu'on ne lui enlèverait pas l'espoir. Et Harry pleurait, souvent, plus que de raison, parfois contre son gré… mais il pleurait dans le dos du blond car il tentait de rester fort face à lui.

Des membres du Conseil vinrent souvent le voir mais Draco ne les laissait pas s'approcher de lui à moins de dix mètres. A chaque fois ce fut le même refrain qu'il entendit. Un « merci » pour sauver la race vampire, un « bonne chance » pour l'au-delà ! On le priait d'avoir une belle mort, cela n'aidait pas franchement le comportement du blond. Il n'y a que Blaise qui vint les voir pour les soutenir, pour remonter le moral et bien sûr il fut bien accueilli.

Rogue, quant à lui, resta à l'écart de la chambre, il n'avait pas envie de voir ses deux visages si tristes… Il se dit qu'il irait quand Draco aura fait naître l'enfant tout en préservant Harry. Il se rappelait quand il avait rencontré Harry pour la première fois. Il n'avait jamais vu homme plus détruit que lui et pourtant il souriait encore. Si jamais il avait été à sa place, il aurait sûrement demandé à son bourreau de l'achever plus qu'autre chose ! Mais Harry Potter avait tellement envie de retrouver leur Roi qu'il avait passé outre toutes ses blessures…

Avant de l'amener jusqu'à lui, Rogue l'avait un peu soigné, il lui avait donné quelques potions qui l'avaient guéri des ecchymoses et des blessures les plus marquées. Il fallait, il avait cru, que l'homme soit présentable devant sa majesté. Et le sang sur la totalité de son corps n'était pas possible, à part si c'est un repas qu'il voulait lui offrir. Or, ce n'était pas le cas.

Rogue se rappelait de ce visage calme et serein qu'il rencontra quand il lui dit qu'il était un vampire, comme s'il le savait déjà. Peut-être était-ce le cas… le petit brun avait-il lu dans son esprit ? Avait-il vu sa vie ? Ça il ne pouvait le savoir car il était bien trop discret. Même en ayant retrouvé sa voix, les Conseillers n'avaient pu lui arracher que des oui et des non… Il semblerait qu'il ne parle qu'à des personnes de confiance… Maintenant, était-ce lui ou le sort ? Pourquoi Draco ne se posait-il pas la question ? Pouvait-il avoir confiance en Harry Potter et pas seulement au sorcier pur… Peut-être le Grand Conseiller se faisait-il des idées, des idées sans importance puisque quoiqu'il ait l'envie de dire, il ne ferait pas changer d'avis au blond, ça il pouvait en être certain.

Cependant il devrait peut-être mettre en garde sa majesté ! Le Conseil, plus particulièrement certains Conseillers, ne le laisserait pas transgresser leur ordre… et ferait tout pour qu'Harry Potter meure bien comme il le doit, le jour de la naissance du fils. Il faudra que lui arrive à les retenir le plus de temps possible… Déjà, il voyait un plan se former dans son esprit…

Revenant à Harry et Draco dont les nuits épuisantes les laissaient tous les deux sur une route amère et salée !

Alors que la septième nuit se levait, un hurlement survint, puis un autre…

C'était ceux d'Harry…