Chapitre 7 : La naissance d'un vampire.
Draco se réveilla en sursaut alors que le brun étouffait un soupir de douleur. Le jeune homme transpirait énormément et retenait avec force le drap. Ses poings serrés étaient blancs aux jointures et sa bouche s'ouvrait et se refermait dans un simple désespoir de pouvoir respirer. Harry avait gardé les yeux fermés si fort qu'il ne vit, ni même ne sentit le réveil du blond. Celui-ci se redressa d'un coup et attrapa le corps du brun dans ses bras. Il caressa lentement son front ruisselant puis passa une main sur son ventre.
A l'intérieur du bedon, l'enfant bougeait énormément. Draco sentit avec horreur ses mains pousser les parois, cherchant à se délivrer de l'étroit endroit. A ce moment-là, Draco sut pertinemment qu'il n'avait plus qu'une trentaine de minutes avant la naissance du petit vampire. Il fallait donc se dépêcher, il devait à tout prix le déplacer et l'emmener là où il avait tout préparé.
Il se leva et s'habilla rapidement puis attrapa Harry par le dos et derrière les genoux. Il devait se dépêcher. Cependant, arrivé à sa porte, il se heurta à un mur de Conseillers. Ils étaient tous là sauf Rogue et Blaise qui était tout bonnement contre le fait de sacrifier Harry. Granger s'avança vers lui et lui tendit ses bras.
- Donne-le-nous…
- Reculez, s'exclama Draco qui n'était vraiment pas, et là plus que jamais, patient.
Ils obéirent immédiatement. Bien qu'il le voudrait, ils ne pouvaient aller à l'encontre de leur Roi et devaient se plier à ses ordres. Ils s'écartèrent mais continuèrent leurs tentatives infructueuses de conserver leurs règles érigées depuis tant d'années. C'est un autre vampire, d'une taille impressionnante, vieux comme le monde, qui s'activa le premier poursuivant Draco qui déjà fuyait.
- Votre majesté ! Vous ne pouvez détruire ainsi près de trois mille ans de dogme vampirique ! Comprenez à quel point notre race est bien plus importante qu'un simple humain !
- Oui, continua un vampire chauve. Il est né pour être sacrifié, sa nature elle-même n'existe que pour nous servir !
- Peu importe ce que vous direz, murmura Draco, parlez encore, parlez toujours, vos sottises ne m'intéressent pas ! Vous voulez un enfant, vous l'aurez, mais moi j'exige un amour, un seul ! Et c'est celui-là que j'ai choisi !
- Vous ne comprenez pas.
- Non, c'est vous qui ne comprenez pas !
Il s'arrêta brusquement.
- J'interdis quiconque de venir m'importuner d'ici les deux jours à venir, sinon vous en prendrez l'entière responsabilité ! Le temps où je me laissais faire telle la marionnette qui dansait entre vos mains est révolu. Votre Roi vous ordonne de disposer. Nous discuterons plus tard, quand l'enfant sera né ! Disparaissez !
Aussitôt dit, aussitôt fait, les vampires partirent les uns après les autres. Bientôt, seul resta le Conseiller Granger.
- Faîtes attention à vous, majesté… Vous prenez des dispositions qui parfois font peur à plus d'un.
- C'est une menace ?
La jeune femme hocha négativement la tête.
- Un simple conseil…
- D'un Conseiller malhabile…
- Certes, je m'y prends mal… mais je vous mets toute fois en garde… Avec Blaise, nous essayons de les retenir mais vous savez ce que l'on dit : Un loup en cage ressort toujours plus affamé…
Draco assimila ses propos sans broncher. Un gémissement de la part d'Harry lui rappela qu'il avait, à ce moment, mieux à faire que de réfléchir à tout cela. Comme il l'avait dit, il s'occuperait de tout, une fois l'enfant né et Harry en sécurité… Du moins, lorsque Harry sera sûr de ne pas mourir à cause de la naissance du petit, parce qu'en sécurité, il eut bien peur que jamais il ne le serait. Il eut aussi peur qu'en plus du ministère, des moldus, il devrait aussi se méfier des vampires… Malgré sa protection.
- Contenez-les encore… Après je m'en occuperais.
Il repartit alors droit dans la chambre la plus profonde. Là, il était sûr de ne pas être vu. C'était une grande chambre dont les murs n'avaient pas été lissés et la pierre ressortait aussi bien que s'il avait été dans une grotte. Il y avait là, un lit à une place où le brun fut déposé dessus. Celui-ci ouvrit brusquement les yeux quand il rencontra le froid de l'acier et la dureté du matelas. Il leva les yeux un peu partout pour identifier la pièce. Au fond, il vit une grande table où sept bouteilles de sang étaient posées, ainsi qu'une petite bassine dont la couleur était impossible à voir. Juste à côté il y avait, attaché à un poteau… une vache !
- Tu m'as dis de ne pas user d'être humain ! S'exclama immédiatement le vampire avec un petit sourire d'excuse.
- Pauvre bête, murmura le brun au visage crispé.
- Désolé mais je ne pleurerais pas sur cet animal, si c'est ma seule chance de te sauver. Allez ferme les yeux maintenant, et endors toi…
Le brun n'obéit pas, il se saoula du visage du blond, comme si, pour lui, c'était la dernière fois qu'il le verrait. La peur coulait en lui comme un venin, et le vampire la sentit aussi facilement qu'il sentait son odeur. Alors il se pencha sur lui et respira à quelques centimètres de son visage. Son regard perçant l'autre, sa bouche goûtant à la douceur salée de la sueur sur ses joues. Il lui offrit un premier baiser salé, juste pour le réchauffer… Un second sucré, juste pour l'apaiser.
- Aie confiance, murmura-t-il enfin.
Harry aurait bien voulu mais son corps refusait d'obéir. Il n'arrivait pas à fermer les yeux et bientôt ceci se recouvrir de larmes.
- Je… Je suis désolé…
- Non… non ne t'inquiètes pas…
- Je suis terrifié…
- C'est normal mon amour. S'il te plait… Ne t'inquiète pas.
Le brun hocha la tête. Le vampire sortit brusquement une seringue qu'il avait préalablement stérilisée et la planta dans le cou du jeune homme. Harry écarquilla les yeux puis son souffle s'arrêta.
- Je… t'aime…
Conscient de cela, Draco sourit légèrement. Il vit son amant lentement s'endormir alors que sa respiration se stabilisa.
- Je te répondrais quand tu te réveilleras, murmura le Roi.
Enfin il revint à la réalité, c'est-à-dire le ventre qui maintenant se déformait dangereusement. Draco commença par verser six des sept bouteilles dans la bassine, tout en gardant un œil sur le torse nu du brun. Il coucha alors, sans forcer, la vache à terre. Celle-ci beugla méchamment mais ne résista pas. Il lui attacha les pattes pour qu'elle ne bouge pas, puis il prit un long couteau effilé, lui aussi stérilisé. Quand il revint près du brun, sa respiration avait recommencé à s'efforcer et la transpiration avait doublé. Du sang coulait du coin de sa bouche, signe que l'intérieur était bien en train de subir des dommages considérables.
Draco hésita un moment, il regarda la lame à sa main, sa main qui tremblait… Arriverait-il vraiment à faire ça ? Il avait vraiment l'impression que c'était lui qui allait tuer son homme. Pourtant, il savait pertinemment qu'il n'y avait que cette façon pour qu'il le sauve, il devait le faire ! Alors il planta le couteau sur le ventre rebondi. Il partit du nombril faisait très attention de ne pas toucher l'enfant ni aucun organe. Il avait longtemps pratiqué de la chirurgie étant médecin, mais il fallait bien l'avouer, l'enjeu ici présent était bien plus grand que tous les autres. Aucune erreur ne devait être faîte ! C'est pourquoi il tremblait !
L'intérieur était désastreux, l'enfant avait déjà attaqué le placenta et il ne restait plus grand-chose de lui. Draco ne prit pas le temps de ne serait-ce que le regarder. Il attrapa l'enfant et l'enleva du corps. Il fut stupéfait du manque de cordon ombilical mais ne le resta que peu de temps, l'enfant dans ses mains, commençait déjà à suffoquer. Il le plongea immédiatement dans le bac de sang. Avant de se retourner vers la vache et de l'ouvrir sans préalable avertissement. L'hurlement de l'animal toujours en vie retendit dans les oreilles du vampire qui ne s'en soucia pas.
Il posa le bébé à l'intérieur qui se remit à table sans un mot. Le blond se tourna ensuite vers son homme et nettoya l'intérieur avec rapidité, retirant le reste de placenta. S'il avait pu suer, sûrement qu'il le serait à ce moment. Il n'avait jamais été aussi concentré qu'à cet instant. Il attrapa un fil et une aiguille et referma d'un geste expert le ventre maintenant redevenu plat. Le vampire se retourna ensuite vers l'enfant qui avait dévoré avec délice la moitié de l'animal maintenant mort. Il prit la bassine de sang et l'aspergea avec ce qui restait. A sa surprise, l'enfant rit !
Cette fois-ci il le regarda. Sous tout ce sang, le petit avait un corps d'environ six mois. C'était incroyable ! Il était assis et ces griffes étaient plantées dans la chair, cependant il semblait être rassasié. Enfin, il se coucha et s'endormit. L'image était très étrange… Le vampire se releva brusquement, sur le petit lit rempli de sang dorénavant, le cœur du brun avait cessé de battre. Draco retourna auprès de lui. Il posa une main sur son front, une sur son cœur.
- Ne me fais pas ça Harry ! S'écria-t-il, soudain désespéré.
Il s'enquit alors de lui faire un massage cardiaque et au bout d'une incroyablement longue minute, son cœur reparti, et Draco poussa un cri de victoire. Il alla chercher la bouteille de sang et préleva le sang à l'aide d'une seringue et il le replaça dans son corps. Maintenant, il n'avait plus qu'à attendre que son amour se réveille pour savoir si tout allait bien.
Il ouvrit la porte et hurla soudainement :
- Mon fils est né !
A travers les dédalles de l'endroit on entendit des cris proches de ceux de bêtes et des applaudissements. Tous étaient heureux. Même le Conseil, qui déjà avait réuni tous les membres pour entretenir une réunion privée. Mais ça, loin de tout, Draco ne le savait pas. Celui-ci d'ailleurs cria Severus Rogue et quelques instants plus tard, il arrivait. Il se pencha devant lui, un grand sourire aux lèvres. Là, il venait de sentir le cœur du brun battre.
- Vous avez réussi, Majesté ! Vous l'avez sauvé.
- Je te dirais ça quand il se réveillera. Dis-moi, combien de temps met l'enfant avant de devenir un homme ?
- Deux semaines… Il aura l'apparence et l'esprit d'un jeune homme d'une vingtaine d'années, comme vous !
- Très bien… Merci pour ton aide.
- Je suis là pour ça, votre Majesté. Si je puis vous donner un conseil, prenez un moment pour vous remettre.
- Oui, dès que je nous aurais donné une douche. Il faut que je quitte cet endroit, son odeur rempli la pièce et j'ai soif…
- Vous retenir n'est pas très bon, vous savez…
- Je me nourrirais quand il sera remis. Puis-je te demander de faire le ménage derrière moi ?
Le Grand Conseiller hocha la tête et Draco retourna dans la pièce où il prit l'enfant dans ses bras. Il prit ensuite très délicatement Harry et emmena ses deux êtres endormis dans sa chambre. Il les posa directement dans la baignoire, le plus petit sur le plus grand. Ce fut comme un déclic, dès qu'il toucha sa peau, le bébé se lova avec plaisir contre lui et un sourire apparut sur son visage. Draco passa sa main sur son visage et sourit aussi.
- Te voilà Dernier des Vampires… mon fils…
Il alluma ensuite l'eau et commença à les doucher, l'eau sur eux n'eut aucun effet contre leur sommeil, ils restèrent profondément endormis. Par contre leurs corps furent lavés et blanchis. Avec beaucoup de précaution, le blond retira le pantalon d'Harry et l'eau chaude réchauffa et rougis leurs peaux. Une fois tout nettoyé, le blond cessa l'eau et prit le bébé. Il l'enroula dans un fin linge blanc d'où seul sa tête à touffe noir et blonde en ressorti. Son corps était froid, complètement gelé, et Draco sut que l'enfant n'était pas vivant…
Durant le trajet qui le menait de la baignoire à son lit, le blond ne put s'empêcher de le dévisager. Il était d'une splendeur inégale, son corps menu, son visage mignon à croquer. Le blond sourit, il avait prit beaucoup plus de trait du brun et il le retrouvait dans chacune de ses petites mimiques. Maintenant, il était sûr à cent pour cent ! Si le brun n'avait pas survécu il n'aurait pu regarder son fils sans pleurer, sans s'insulter… Il n'aurait lui-même survécu ! Enfin, il posa le petit vampire sur le lit puis revient près de la baignoire. Il entoura le brun d'une grande serviette et le prit dans ses bras.
A la différence du bébé Harry était brûlant et il réchauffa chaque particule du corps du blond. Et au plus profond de lui son cœur en fut le plus touché. Le retenant d'une main, il caressa son visage livide et sourit un peu plus.
- Tout va bien aller maintenant… Tu restes avec moi…
Il posa le brun juste à côté de son fils et fit en sorte que le petit ne puisse tomber. Il les regarda un moment, ses yeux les couvaient comme la poule ferait attention à ses œufs. Il avait là, devant lui, la plus belle merveille au monde ! Son homme et son fils. Il passa une main fébrile dans ses cheveux et soudain remarqua qu'ils étaient pleins de sang. Le blond revint alors vers la baignoire, se déshabilla. Il prit une douche rapide, voulant écourter le plus possible leur temps de séparation. Il n'avait qu'une envie ! C'était de reprendre ces amours dans ses bras.
Il eut une riche idée, car à peine il sortit du bain que l'enfant était déjà réveillé. Il s'agitait dans tous les sens, essayant d'échapper au drap qui le serrait. Draco eut juste le temps de s'habiller que le petit déchira de ses griffes son entrave. Le blond le rattrapa de justesse avant qu'il ne roule hors du lit. Il retira le vêtement en lambeau et en prit un nouveau qu'il enroula mais, cette fois-ci, laissant ses bras à l'air libre. Il berça avec toute la douceur que le vampire pouvait donner le petit homme dans ses bras.
- Mon petit bébé…
Il le voyait, c'était clair comme de l'eau de roche. C'était comme avec le brun. Cela arrivait petit à petit, beaucoup moins vite qu'avec son amant, mais cela arrivait… Il tombait amoureux… Amoureux de ce petit être qu'il avait dans ses bras. Déjà, il voulait l'entendre l'appeler « Papa ». Déjà, il voulait le prendre dans ses bras, avec moins d'ardeur que son homme, avec cet amour différent, moins fort, mais il le voulait ! Et c'est tout ce qui comptait.
- Tu ressembles comme deux gouttes d'eau à ton père… lui murmura-t-il en posant un baiser sur son front.
Il fit lentement les cent pas dans toute la pièce, berçant l'enfant dans l'espoir qu'il se rendorme. Cependant celui-ci, trop occupé à mordiller, sans le percer, le pouce de son père, jetait de ses grands yeux gris, des regards perçants sur les alentours, intrigué au plus haut point par tout ce qui se passait autour de lui. Les minutes s'écoulèrent pendant lesquelles, Draco revint un nombre incalculable de fois pour voir si Harry se réveillait. Il n'avait qu'une envie, c'est de lui présenter son fils et de lui dire combien il l'aimait.
Malheureusement le brun ne bougea pas d'un pouce. Il respirait bien, mais son teint ne reprit aucune couleur. Le blond commençait à se faire du souci quand, on toqua à la porte. Il fronça les sourcils puis sentit l'odeur de Blaise alors il lui dit d'entrer, ce qu'il fit. Le noir vint directement s'incliner devant le blond avant de sourire.
- Il est vraiment mignon, cela ne m'étonne pas…
- Pourquoi cela ?
- Avec vous et votre sorcier pur comme model, Majesté, cela est évident qu'il n'aurait pu qu'être parfait !
Draco sourit avant de regarder une fois de plus son fils.
- Il est sublime.
- Puis-je ?
Le blond hocha la tête et lui tendit le petit vampire. Celui-ci ne protesta pas, plus curieux que révolté.
- Je me demande pourquoi il n'est pas fatigué… dit Draco.
- C'est normal, vous ne l'étiez pas non plus ! Vous vous êtes directement accoutumé à notre façon de vivre. Pour un vampire, la fatigue ne vient que lorsque le soleil apparait, pour votre enfant ce sera la même chose… Cependant il supportera la lumière du soleil.
- Quoi ?
- Le Grand Conseiller ne vous a pas dit ?
- Non… comment cela se fait-il ?
- C'est parce qu'il possède encore ses pouvoirs de sorcier. Lors d'une cérémonie qui vient juste après la naissance, le Conseil retire ses pouvoirs pour que jamais le Dernier des Vampires n'apprenne ce qu'il est avant que…
- … Son père ne meurt, oui je commence à retenir !
Draco réfléchit un moment en toisa son enfant dans les bras du noir avant de murmurer :
- On ne lui retirera rien…
Blaise qui grattait avec gagatisme le ventre du bébé s'arrêta brusquement et regarda le blond, les yeux ronds.
- Quoi… Mais… ?
- Voyons, Blaise, j'ai déjà détruit tout ce que le Conseil était en sauvant Harry. Et puis, celui-ci ne le permettra jamais…
Le conseiller sourit légèrement. Il reprit ses caresses sur l'enfant qui essayait de le mordre gentiment.
- Vous savez très bien, mon Roi, que quoi que vous fassiez, je serais avec vous. Ainsi que tous les vampires ! Très peu soutienne le Conseil…
- Et c'est un Conseiller qui me dit ça !
Blaise rit.
- Non, c'est un ami qui vous fait part de ses conseils…
- Enfin des conseils avisés !
Draco reprit son enfant et se remit à lui caresser les cheveux.
- Qu'allez-vous faire en attendant ?
Il soupira.
- Juste attendre. Attendre qu'enfin il se réveille et qu'enfin il prenne son enfant dans ses bras.
- Comment l'avez-vous nommé d'ailleurs ?
- Harry me le dira ! Je veux que ce soit lui qui choisisse.
Le noir hocha la tête et le silence se fit pendant un moment où juste les gazouillis de l'enfant ressortaient. Blaise finit par se pencher à nouveau puis partit, laissant Draco seul avec son bébé. Celui-ci s'assit sur une chaise et se mit à bercer son bébé et lui-même. Cette nuit fut la plus longue de toute sa vie. Il ne fit rien d'autre que de regarder son amant et son bébé puis le jour vint et il se coucha dans le lit, l'enfant entre eux. Ils s'endormirent aux premières lueurs du soleil.
Aucuns des trois ne se réveillèrent durant tout le jour suivant mais à peine la nuit arriva que le bébé hurla. Il réveilla par cela le blond qui ne comprit pourquoi l'enfant pleurait. Il le souleva, le berça, le caressa, l'embrassa mais rien ne fit, l'enfant pleurait encore. Il s'habilla alors et sortit de la pièce. S'éloigner ainsi de son amant lui fendait le cœur mais il n'avait pas d'autre choix. Il marcha rapidement jusqu'à la chambre de Rogue qui venait juste d'émerger de son sommeil. Il entra sans frapper, et entendit l'eau qui coulait dans sa douche.
- Grand Conseiller, s'exclama-t-il.
- Ma-majesté ?
Le vampire n'osa pas sortir de la douche, il coupa cependant l'eau.
- Mon enfant pleure, pourquoi ?
- Il a mangé ?
- Mangé… mangé quoi ? Du sang ? Doit-il encore se nourrir de chair ?
- Non, Majesté ! De la nourriture, de la vraie, ainsi que du sang ! Tant qu'il possédera ses pouvoirs il aura certaines caractéristiques humaines, dont le besoin de se nourrir…
- Mais son corps n'est-il pas mort ?
- Oui… mais il a besoin d'alimenter la magie qui est en lui… Et ça le sang ne peut rien pour lui !
- Vous me dîtes qu'il a besoin de sang pour son corps, et de nourriture humaine pour sa magie ?!
- C'est cela !
Draco réfléchit puis soupira.
- Bien… de toute manière je devais aller en chercher pour Harry. Merci Severus !
- De rien…
Et le blond partit laissant l'homme reprendre sa douche. Il passa par la chambre pour voir si son amant dormait toujours ce qui était le cas. Alors il sortit de la Cité des Vampires pour aller acheter à manger. Et trouver un homme à qui voler du sang pour le petit. Draco ne voulait pas quitter Harry car il avait peur que celui-ci ne se réveille sans lui, ou pire que quelqu'un ne l'attaque pendant son sommeil. La première hypothèse étant la plus possible, c'est bien ce qu'il arriva.
Harry sortit de son lourd sommeil, ouvrant difficilement les yeux. Il avait un mal de tête énorme et se sentait lourd. Il ne réalisa rien. Pas même le fait qu'il était toujours en vie… Cela vient bien après… Après qu'il est ouvert et refermé les yeux tellement de fois que les compter serait regrettable. Après qu'il est appelé Draco tout autant de fois. Après qu'il est remarqué sa douleur au ventre et ses points de suture.
Ses yeux se remplirent de larmes et un sourire fugace apparut sur son visage. De même que ses yeux et que le prénom du Roi des Vampires, il s'en allait et revenait un nombre incalculable de fois. Parce qu'Harry ne savait s'il devait pleurer encore ou rire. Il était en vie, certes, mais que s'était-il passé ? Son fils était-il mort ? Les vampires étaient-ils morts avec lui ? Pourquoi Draco ne répondait pas à ses appels ? S'il était ici, il devrait répondre… Mais il ne le faisait pas ! Pourquoi ? Harry éclata en sanglot, la douleur de l'esprit et celle du corps l'achevait. Il s'insulta d'être aussi faible, plus encore qu'avant.
La peur s'insinua en lui. Qu'avait-il peur ? Il avait peur d'être seul au monde dans cette Cité… Peur d'avoir échoué, et d'avoir survécu. Peur d'avoir perdu le seul être au monde qu'il n'ait jamais aimé… Et puis soudain il remarqua quelque chose d'étrange. Sa tête était vide. Il n'y avait maintenant que sa vie et celle de Draco…
On toqua à la porte, alors qu'il sursauta.
- Entrez… chuchota-t-il, persuadé que s'il s'agissait d'un vampire, il l'aurait entendu.
Cela fonctionna la porte s'ouvrit lentement et une jeune femme rentra, tout sourire.
- Bonjour… On ne se connaît pas vraiment, je m'appelle Hermione Granger, Conseiller.
- Vous… vous êtes… un vampire ? Demanda le brun dans l'espoir revenait.
- Oui… Quoi d'autre dans cet endroit ? Je vous ai entendu et je suis venue. Pourquoi pleurez-vous ?
- Où est Draco ?
La jeune femme ne fit aucun geste. Elle s'avança alors et s'assit sur le lit près de lui. Son regard se fit sauvage, tellement que le brun eut un frisson.
- Vous savez que vous ne devriez pas être en vie…
- Tout comme toi tu ne devrais être ici, claqua une voix grave à la porte.
La jeune femme se leva immédiatement, et s'enfuit. Harry regarda son sauveur et tomba sur des yeux qu'il avait déjà vus. C'était ceux de Blaise Zabini. Draco lui avait présenté ce Conseiller et lui avait dit qu'il pouvait avoir confiance en lui. C'est pourquoi Harry sourit légèrement à son arrivée. Sourire qui fut rendu.
- Je pense que tous les vampires ont dû entendre votre désespoir ! C'est malheureux… pourquoi pleuriez-vous ?
- Je veux Draco… Mais il n'est pas là.
- C'est vrai… Je l'ai senti quitter la cité avec votre bébé ce matin.
- Notre bébé… Il vit, alors ? s'écria le brun en souriant beaucoup plus.
- Oui ! C'est d'ailleurs un beau bébé… J'ai eu l'occasion de le voir de près… Excusez-moi de l'avoir porté avant vous !
Le brun hocha négativement la tête.
- C'est bien ! J'aimerais tant le voir.
- Si vous pouvez patienter, encore, vous le verrez bientôt, j'en suis sûr. Si le Roi est parti c'est qu'il avait une bonne raison, hier il n'a pas voulu quitter votre chevet… Sachez cependant que de vous voir en vie ranime mon cœur… Je suis heureux de ne pas voir un ami de longue date aussi malheureux que moi ! Et puis… je l'ai observé hier et il semble être sous le charme du bébé…
- Espérons que vous dîtes vrai…
- Comment allez-vous l'appeler ?
- Comment ? Il ne lui a pas donné de nom ?
- Non. Il voulait que cela soit vous qui le lui donniez.
Harry réfléchit un moment et hocha négativement la tête.
- J'aimerais le voir avant de choisir.
- Je comprends… Bien… Je crois que je vais m'éclipser…
- Non. Restez s'il vous plait ! La compagnie ne m'effraie point, je dirai même que c'est tout le contraire.
Blaise rit et vint s'installer sur la même chaise que, hier, Draco avait occupée toute la nuit. Les minutes s'écoulèrent, une heure passa, ils discutèrent de tout et de rien… De bébé et d'amour, Blaise expliqua à Harry que les vampires n'étaient pas faits pour aimer… Il lui dit aussi que cela dépendait de leur choix ! Il lui parla du Conseil et du danger qu'il encoure. Il lui parla de Draco et de leur rôle prochain à jouer dans l'histoire des vampires, des choses qui avaient changé, celles qui changent et d'autres qui changeront… Il réussit à faire passer le temps au brun qui n'en pouvait plus d'attendre.
Il ne souhaitait qu'une chose prendre son homme et son fils dans ses bras. Il attendrait toute la nuit s'il le fallait et tout le jour suivant mais il ne se rendormirait pas avant de l'avoir fait. Avant d'avoir remercier de mille manières différentes son amant… D'avoir trouvé un nom pour son fils. Cependant lorsqu'enfin Draco revint, les mots restèrent coincés dans sa gorge. Il ne put faire un geste, il dévisagea le blond qui, lui, le regardait en retour. Enfin ces yeux se posèrent sur l'enfant qui remuait grandement et enfin Harry sourit. Draco se rapprocha lentement avant de se décharger des sacs qu'il avait en les posant à terre.
Il vint ensuite sur le lit du brun et déposa un long baiser mérité sur les lèvres du brun. Blaise partit sans un bruit pour ne déranger. Harry regretta plus tard de ne pas l'avoir remercié pour avoir attendu avec lui, pour lui avoir parlé, et réconforté, mais là, il avait d'autre chose à penser comme ce goût succulent qu'avait les lèvres du blond, et cette odeur magnifique que dégageait le bébé entre les deux corps serré. D'ailleurs celui-ci ayant sentit son autre père avait de suite voulu se blottir contre lui. Draco se poussa légèrement pour qu'Harry profite de la vue du petit.
- On dirait un petit ange.
- Il est aussi beau que toi…
Harry sourit en le regardant. Draco déposa le bébé dans ses bras et le sorcier s'en délecta. Il était tellement petit et si fin, si léger…
- Tu l'aimes ?
- Oui ! Je l'aime… C'est dur de réaliser combien mais je l'aime ! Et cet amour grandit avec lui ! Et aussi…
Le vampire se pencha encore sur ses lèvres qu'il ravit.
- Je t'aime, mon amour, j'ai juré te le dire lorsque tu te réveillerais, alors maintenant je te le dis ! Je t'aime tellement !
Harry éclata d'un rire pur, comblé de joie immense. L'enfant entre eux se mit à sourire tant le bonheur était là, tout autour d'eux. Harry rapporta son attention à lui en le baisant sur tout le visage.
- Tu ressembles vraiment à un petit ange… Tu t'appelleras Gabriel… mon petit ange.
Draco sourit fortement.
- Soit, Gabriel… notre enfant, tu seras l'être le plus aimé qu'il existe sur Terre. Dommage que tu grandisses si vite…
Harry lui sourit, et le vampire caressa les cheveux déjà plus longs du petit Gabriel. Conscient que le brun le fixait, il releva la tête pour lui sourire. Son visage halé n'était plus tourmenté, il n'y avait plus ni cernes, ni rides, ni douleurs… Le blond le retrouva comme il l'avait vu les deux premiers jours. Il le trouva encore plus beau ainsi. Le petit dans ses bras, pour lui c'était un véritable tableau de beauté, un tableau d'amour, et il rêva d'avoir continuellement devant lui ce si beau tableau… Cette fresque qui, maintenant, racontait toute sa vie. Il finit par affirmer, aidé par les traits tirés du sourire d'Harry :
- Tu es heureux…
- Plus que tu ne le crois… Lui répondit-il avec, en lui, pas une once de sournoiserie, ni même d'ironie.
Rien n'était plus beau que cet instant, pour les deux hommes. Malheureusement les choses ont toujours une fin. Et bientôt on toqua à la porte. Harry sursauta alors que Draco fronça les sourcils. Qu'est-ce que Rogue venait faire ici !? Il s'empressa de savoir en lui demandant de pénétrer dans la chambre. Le Grand conseiller obéit et se courba légèrement en entrant devant les trois hommes. Il eut alors un sourire angélique mais qui disparu pratiquement immédiatement. Ne laissant le temps aux deux autres que de l'entrapercevoir.
- Je suis terriblement désolé de venir vous importuner… mais il est temps. Votre séjour ici s'arrête… pour le bien du sorcier.
Draco se releva d'un bond et lui demanda d'approcher.
- Que se passe-t-il !?
- Le Conseil est devenu incontrôlable. Ils en sont arrivés à la conclusion que le sorcier, par on ne sait quelle magie vous a privé de votre raison et qu'il veut renverser le Conseil.
Harry écarquilla les yeux. Il connaissait à peine ce Conseil. Il n'aurait jamais eu l'âme à le voir à ses pieds… Il n'eut le temps de parler que Rogue continua en s'approchant de lui.
- Tu es en danger, tu ne peux rester ici… Sinon, non content du ministère, tu auras les vampires sur le dos.
Puis il revint sur ses pas et s'adressa au deux.
- Prenez l'enfant et partez… Gardez-le précieusement jusqu'à ce qu'il soit à maturité, vous pourrez revenir après.
- Nous ne reviendrons pas… Murmura Harry. Je dois encore mettre mon fils et mon amour en sécurité… tant que je serais en vie, ce sera l'unique priorité… Je connais un endroit, où le temps s'arrête. C'est un bon endroit mais nous ne pouvons y aller maintenant, nous devons attendre que l'enfant grandisse.
Draco hocha la tête même s'il n'avait pas tout compris puis il se tourna vers Severus.
- Merci de ton aide, Severus… Je te revaudrais ça.
Le Grand Conseiller hocha facilement la tête puis fit de même face à Harry puis une troisième fois pour l'enfant. Enfin il se déplaça jusqu'à la porte avant de se retourner une dernière fois.
- J'ai fait amener un cocher, c'est une de mes connaissances. Il n'y a pas plus fidèle ! Il vous attend dehors, partez vite…
Draco hocha et quand il fut parti, le vampire se tourna vers le brun.
- Penses-tu pouvoir te lever ?
Harry hocha la tête. Il obéit tranquillement, faisant attention au petit qui le regardait de ses grands yeux gris.
- Partons maintenant, s'il te plait Draco. Je ne veux pas que mon fils soit privé de ses pouvoirs.
- J'étais certain de cela. Oui, partons…
Le bébé dans les bras d'Harry se trémoussa soudainement et éclata en sanglot. Harry fut très triste à ce moment là. Il le berça lentement et le caressa pour qu'il se calme. Le blond s'approcha de lui puis soupira.
- Je n'ai pas eu le temps de lui donner à manger. Nous le ferons en route.
Harry acquiesça et les deux hommes sortirent de la pièce. Draco prit les sacs ainsi que Harry dans ses bras et courut vers la sortie. Il ne voulait pas que quiconque les arrête. Ils sortirent sans encombre et comme promis un cocher les attendait un peu plus loin, debout devant un magnifique carrosse tout en bronze. Le vampire détailla beaucoup plus le cocher. Celui-ci semblait très jeune, et pourtant possédait des cheveux d'un gris perçant et des yeux de la même couleur. Ce qui dérangeait le plus, c'était son aura… très anormale… Draco n'en avait jamais senti de même.
- Tu n'es pas vampire, attaqua-t-il directement.
L'homme sourit.
- Non. Mais je suis un ami de Severus… il me fait confiance…
Il se tourna et ouvrit la porte.
- Ne vous inquiétez pas, je connais un endroit où vous cacher pour l'instant.
Le brun hocha la tête et grimpa avec le bébé qui pleurait toujours mais silencieusement. Draco hésita un moment devant le sourire du gris avant de finir par hocher la tête et de monter dans l'appareil. Il sourit à son amour et celui-ci se pressa contre lui avant de sursauter brusquement.
- Et tu sais !?
- Non, mon ange.
- Les voix ! Je ne les attends plus ! Ma tête est vide, j'ai tout oublié…
Devant l'air heureux du brun, le blond éclata de rire. Dehors le cocher fit le tour de la voiture et sortit un corps de derrière. Il le prit sur son épaule, en sac à pomme de terre et avança de quelque mètre. Il le jeta alors brusquement derrière un arbre. Il savait que le Roi des vampires ne l'aurait pas sentit parce que le corps de ce vampire n'était dès à présent qu'une enveloppe vide. Ses yeux tout blancs le prouvaient. Le cocher revint ensuite sur ses pas, un sourire satisfait sur le visage et s'installa à l'avant, prenant les rênes. Enfin, dans un grand coup de courroie mêlé à un petit rire, les chevaux partirent en trombe…
