Chapitre 9 : Le pouvoir d'un vampire.


Le lendemain, une fois de plus, Harry se réveilla le premier. Il caressa un moment le doux et froid visage du vampire, cachant à peine son sourire. Il se leva ensuite et traversa la pièce, appelant des habits qu'il revêtit, puis ouvrit la porte qui menait à la chambre d'à côté. Mais là, grosse surprise, celle-ci était bien évidemment vide. Sans suivi d'une course poursuite à travers toute la Cage pour retrouver son enfant et alors qu'il perdait patience, il se rappela que le petit homme était le seul autre sorcier de l'endroit. Harry s'assit par terre, en tailleur, et ferma les yeux. Il se concentra et l'espace d'une seconde plus tard, il avait déjà retrouvé son fils. Il suivit ensuite son aura qui le conduisit vers la chambre de Cross.

Il n'avait pas hésité une seule seconde pour parvenir jusque là cependant, une fois devant la porte, il s'arrêta et se surprit à douter. Qu'allait-il trouver derrière ? Et surtout, pourquoi son fils était venu jusqu'ici ? Avait-il changé ? Oui, sûrement. Il avait peur de se retrouver déjà devant un jeune homme de son âge… Le temps fut beaucoup trop court entre sa naissance et sa taille adulte. D'habitude, les parents normaux avaient des années pour faire face à l'évolution de leur enfant, mais Harry, étant loin d'être un père normal, n'avait eu que quatre petits jours… Il ne voulait pas que Gabriel grandisse trop vite… Il savait que dans maximum deux semaines, toutes traces d'enfance auront disparu du visage et de l'esprit de son fils, comme s'il n'avait jamais existé, mais là… c'était trop tôt.

Le pauvre ne savait rien de son propre fils, il ne savait pas pour son don, il ne savait pas que son esprit était déjà bien rempli… Il ne savait pas que Cross était dans cette chambre… Il ne tarderait pas à tout découvrir mais s'il l'avait su à ce moment-là, pour sûr, il aurait fait demi-tour et serait aller réveiller son amant correctement. Mais si nous devons creuser un petit peu, nous saurions qu'Harry n'était pas là que pour son fils… Il fuyait les moments seuls avec son homme. C'était lâche certes mais c'était le seul moyen de remettre à plus tard une discussion qu'il redoutait… Mais qu'importe (nous y reviendrons plus tard). Harry se trouvait donc là devant la porte, et enfin il décida d'entrer. Il fut content de ne pas la trouver fermer à clef, cependant à l'intérieur, il faisait nuit noire, il n'arrivait à y voir.

- Papa ? Entendit-il.

Harry eut un soulagement énorme quand il entendit cette voix mi-enfant, mi-adolescente. Cela voulait dire que son bébé n'était pas encore totalement adulte. Quelques secondes après, il fut à nouveau rassuré quand Gabriel le prit par la taille. Juste sa tête dépassait de celle-ci, justement… Le brun caressa le haut de son crâne avec douceur. Le petit se détendit énormément près de lui.

- Tu brûles, Papa !

- Excuse-moi…

- Non, c'est bon ! C'est vraiment bon !

C'est alors que le brun sentit une autre présence, il alluma une boule de lumière qui flotta près de Gabriel. Harry se mordit la lèvre, son visage avait tant changé, il ressemblait à un enfant de onze à douze ans. Mince, les cheveux un peu plus longs, sa peau pâle comme un diamant… Il commençait déjà à perdre ses mimiques enfantines. Et cela ne faisait que quatre jours ! Décidemment, pensa Harry, leur petite famille sortait vraiment du lot ! Gabriel lui fit un grand sourire et le brun lui répondit de la même façon. Qu'est-ce qu'il était mignon ainsi ! Le père se penchant sur le fils et l'embrassa sur le front le plus tendrement possible.

- Bonsoir, chéri…

- Bonsoir, mon papa !

Harry sourit. Enfin il daigna lever les yeux vers les alentours et put apercevoir dans le lit Cross, habillé de la même façon que la nuit dernière. Il était assis sur le rebord du lit et attendait patiemment qu'on fasse attention à lui. Le brun rougit énormément.

- Oh ! Bonsoir !

- Bonsoir…

- Peut-on m'expliquer ce que tout cela veut dire ? Comment se fait-il que mon enfant soit ici.

- C'est de ma faute, Papa. Je m'ennuyais alors je suis venu ici…

- Et… c'est aussi de la mienne, je n'ai pas cherché à le renvoyer… Enfin, cela ne m'a pas dérangé de l'avoir à mes côtés.

- Alors dans ce cas, je devrais te remercier pour avoir pris soin de lui. Vous avez bien dormi, tous les deux, j'espère ?

Gabriel hocha la tête et Cross en fit de même. Il se leva ensuite et passa devant les deux autres en murmurant :

- Je vais prendre une douche, si vous voulez bien m'excuser…

- Nous allons faire de même. Allons réveiller ton père.

- D'accord…

Le petit eut un pincement au cœur mais ne laissa rien paraître. Il regardait cependant son père avec insistance… Il était si triste et avait si peur. Il aurait tout donné pour lui ôter un peu de sa peur. Il se dit alors que le seul moyen pour lui c'était de parler à son père. Il devait absolument le lui dire parce que son papa ne semblait ne rien vouloir dire. Et il savait d'ors et déjà qu'il n'était pas bon de s'enfermer ainsi dans le silence. Il le savait car il le voyait, il le sentait et il l'entendait… son père humain souffrait… énormément… Cependant s'il voulait parler de cela il devait d'abord dire à ses deux pères le don qui lui avait été octroyé. Et surtout, il devait parler de ce qu'il savait… c'est-à-dire tout. Il avait vraiment peur de les gêner, mais il n'avait d'autre choix. Il y a des choses qui ne vont mieux que si on en parle ! Et il le voyait très bien avec son père.

Arrivé devant la chambre du couple, Draco les attendait assis sur le lit se frottant les yeux. Il sourit en les voyant et ouvrit ses bras. Gabriel fut le premier à le rejoindre grâce à sa vitesse de vampire. Harry lui prit le temps d'un geste pour allumer toutes les bougies de l'endroit avant d'aller serrer ses deux amours. Il embrassa sans embarras son homme et proposa d'aller prendre une douche tous ensemble, proposition très bien accueillie autant par son homme que par son fils ! La veille, il avait déjà repéré une des douches les plus grandes, possédant une baignoire immense. Le temps que l'eau monte et que son blond questionne leur enfant sur sa nuit, Harry était allé chercher des vêtements propres pour eux. Quand il revint, Gabriel était déjà nu et dans l'eau, s'amusant avec la mousse.

Draco se déshabilla à son tour, offrant une des plus belles vues à Harry (qui ne se priva pas de regarder) avant d'entrer dans la baignoire/piscine. Enfin, le brun les rejoint en prenant soin de ne rien laisser parterre, juste au cas où l'eau déborderait, qu'elle ne mouille pas leurs habits. Draco et Harry se sourirent pendant un moment alors que Gabriel remplissait la pièce de ses rires. Il prenait de la mousse et la mettait sur sa tête et celles de ces pères, geste totalement anodin mais qui l'amusait énormément. Cependant, et ça les deux adultes le remarquèrent entre deux regards énamourés, il rougissait de plus en plus… (Et pour un vampire, je vous assure ce n'est pas très facile, demi soit-il.) Et bientôt, il n'arrivait même plus à rire.

- Et bien, Gabriel… Que t'arrive-t-il ?

- J'ai… quelque chose vous dire. Plusieurs en faite… des tonnes ! Pleins… Mais… je ne sais par où commencer.

Harry derrière lui, prit un peu de savon et lui frotta les cheveux. Cela redonna le sourire à son fils qui se laissa savonner le dos.

- Commence par le début, petit héritier, fit Draco en prenant ses mains et en les lavant.

Gabriel rit un peu plus quand il lui chatouilla les pieds pour les laver puis se mordit la lèvre.

- Mais où est le début ? Je n'en sais rien… Alors je vais vous dire ce qui me vient… Un peu à la va-vite… J'ai… je me suis demandé pourquoi tu m'appelais « héritier ». Mais maintenant je le sais… Je me suis demandé pourquoi vous pensiez que j'évoluais trop vite… mais maintenant je le sais… Je me suis demandé… qu'est-ce qu'était un enfant normal et si j'en étais un ? Mais maintenant… je le sais… Je me suis demandé ce qu'était un vampire, un sorcier pur… une prophétie… Mais… Je le sais ! Je sais tout…

Draco fronça les sourcils. Il cessa tout geste et murmura.

- Mais… comment tu sais tout ça !

Il leva le regard vers Harry qui hocha négativement la tête sans comprendre. Puis il se souvint qu'il avait passé la nuit avec Cross alors il lui demanda si c'était lui qui lui avait tout dit mais Gabriel lui dit non.

- Cross n'a pas voulu répondre à mes questions. Il m'a dit d'attendre et de patienter que se soit vous qui me disiez tout ça… Moi je voulais attendre, je voulais que vous m'appreniez, que vous m'éduquiez… mais ce n'est pas ma faute. Les réponses viennent d'elles-mêmes…

- Mais comment, fit doucement son père humain.

Le petit se retourna et se releva légèrement. Il pressa alors un doigt sur sa tempe et tapota légèrement dessus.

- Là-dedans…

Il se réinstalla et attendit en se mordant la lèvre. Bientôt il sursauta brusquement, Draco venait d'éclater de rire. Pour ses deux petits hommes, ce fut comme une douce caresse sur leur peau, son rire cristallin était vraiment la plus belle chose au monde ! Harry sourit.

- Qu'y a-t-il ?

- Notre enfant est légiliment… C'est une surprise ! Rappelle-toi, mon amour, je t'ai dit que chaque vampire reçoit un don à sa « naissance ». Habituellement, quand il est mordu ! Mais pour nous c'est à notre réelle naissance ! Cela explique tout ! Voilà pourquoi il évolue si vite ! Il se fixe sur notre façon de parler quand nous pensons… Et s'aide de nos pensées et de nos souvenirs ! Je n'ai vu que deux légiliments de toute ma vie ! C'est très rare. Et le deuxième est juste devant moi ! Finit-il en lui offrant un clin d'œil.

Gabriel sourit de toutes ses dents. Il était vraiment heureux. Il ne l'avait pas mal pris. Cependant il remarqua que son autre père n'avait pas bougé, il ne les regardait même pas, plongé dans ses pensées. Pensées que Gabriel pouvait parfaitement entendre ! Il doutait énormément et surtout… il avait encore peur… Elle était maintenant très présente. C'est alors qu'il releva la tête vers son fils se disant qu'il l'entendait ! Le petit lui fit un petit sourire d'excuse et Harry se mordit la lèvre, baissant les yeux. Il avait les larmes aux yeux mais les refoulait le plus possible. Voulant détendre l'atmosphère, Gabriel se risqua à dire :

- Si j'ai autant rougi tout à l'heure, quand nous sommes entré dans ce bain, c'est parce que… Parce que… vos pensées étaient… bizarres !

Alors que Draco riait pour la deuxième fois, Harry se mit à rougir comme une écrevisse. Il plaça ses deux mains devant sa bouche, mais ayant oublié qu'elles étaient pleines de mousse, il s'en mit partout sur le visage et en avala même un peu. Il toussota comme un malade, faisant éclater de rire ses deux hommes. Peu importe les minutes qui s'écoulèrent et le nombre de fois où Gabriel lui jura que ce n'était pas grave, Harry resta rouge de honte tout le reste du bain. Draco lui lança un clin d'œil amusé que le brun répondit avec un petit sourire.

- Mon fils, tu es légiliment mais pour l'instant tu ne sais contrôler ton pouvoir, bientôt tu y arriveras…

- Qu'est-ce que cela changera ?

- Tu pourras alors décider si tu souhaites ou non entendre les pensées des gens…

- Ah… Mais mon pouvoir ne marche pas à chaque fois.

- Comment ça ?

- Je n'arrive à lire les pensées de Cross… Son esprit me reste totalement inconnu.

- Oh… Peut-être devrions-nous sortir d'ici et faire quelques tests… Ainsi nous pourrions de suite te former ! Qu'en dis-tu Harry ?

- Euh… oui… Il faudra sûrement sortir de toute manière, tu n'as pas prévu Cross, il ne reste pratiquement plus rien à manger. Si nous devons rester une semaine de plus, il faut que nous ravitaillions.

- Oui, c'est vrai. Sortons alors.

Harry hocha et se leva, il déboucha la baignoire et ensorcela le pommeau pour qu'il rince convenablement leur fils. Ils s'occupèrent du petit d'abord qui sortit ensuite et s'enroula dans une serviette. Puis les pères se rincèrent sagement quoique l'envie fût là. Gabriel les regarda faire avec un sourire puis soudain il s'exclama dans un cri :

- Moi aussi, je vous aime !

Harry et Draco sursautèrent puis sourirent. Ils sortirent à leur tour se vêtirent de serviettes et prirent Gabriel dans leurs bras. On aurait pu prendre une photo de ce si beau moment (mais on se rappela à temps que tous ce que nous verrions, c'est un Harry plus heureux que jamais serrant du vide !). Par la suite, la petite famille revêtit des habits puis sortit de là. En tout, une heure s'était écoulée. Mais qu'importe le temps tant qu'il pouvait profiter d'un moment comme celui-ci… car Harry savait que bientôt, Gabriel serait devenu trop grand pour cela. Il rougit à nouveau en pensant que leur fils avait pu entendre ses pensées mal placées dans son esprit ! Mais se rappelant rapidement qu'il pouvait toujours l'entendre, il limita les informations qui passaient dans son esprit.

Ils retrouvèrent Cross à l'odeur, celui-ci était dans une des cuisines. En les voyant entrer, il se gratta la tête.

- Bonsoir, Monsieur Malfoy, je suis désolé de vous dire ça, mais il va falloir que nous allions dehors pour…

- … un ravitaillement ? Le coupa Draco. Oui, nous en discutions justement !

- Je propose que Père et moi y allions et Cross restera avec Papa. Comme ça, nous courrons très vite ! J'ai vraiment envie d'apprendre !

Draco haussa les épaules.

- Moi ça me va ! Harry, ça ne te dérange pas ?

Le brun ouvrit la bouche puis la referma.

- Non… non. Revenez vite alors !

Gabriel vint jusqu'à lui et le fit se baisser pour lui déposer un bisou sur la joue.

- Promis !

Draco l'embrassa tendrement sur les lèvres puis se tourna vers Cross.

- Et toi, n'oses pas toucher à mon amant !

Harry rit et le poussa.

- Allez pars, pars…

- Eh, je ne plaisante pas !

- C'est ça, c'est ça !

Draco entendit le rire d'Harry avant de le quitter. Gabriel, un grand sourire aux lèvres, le suivait à quelques pas. Ils revinrent dans le salon puis prirent le seul couloir qui n'avait aucun autre à ses côtés. C'était le seul moyen de se rappeler où était la sortie. Ils marchèrent jusqu'à elle mais Draco s'arrêta subitement. Gabriel s'avança et ouvrit la porte. Il vint ensuite prendre la main de son père. Celui-ci détourna les yeux vers lui et remarqua son doux sourire.

- Nous irons vite, ne t'inquiètes pas.

- Excuse-moi… Cela doit vraiment être dur pour toi.

Gabriel cessa de sourire alors qu'un voile de tristesse passa sur son visage. Il hocha la tête et le fit sortir de la Cage.

- Il faut que je te dise… mais éloignons-nous d'ici tout d'abord…

Draco obéit en fronçant des sourcils. Il prit son enfant dans ses bras et usa d'un peu de sa vitesse. Il ne se soucia pas des effets secondaires sachant qu'il n'y en aurait aucun sur son fils. Quelques instants plus tard, ils furent suffisamment loin de la Cage mais pas encore près d'un village. Cependant, Draco s'arrêta là car son fils l'avait bien trop intrigué. Quand Gabriel rouvrit les yeux (ils les avaient fermés car cela lui donnait le tournis), il demanda immédiatement où est-ce qu'ils étaient. Son père le posa à terre et répondit :

- J'ai fait un petit bout de chemin. Nous parlerons pendant le reste puis une fois les courses faîtes, je t'apprendrais à te déplacer plus vite. Du moins, je t'apprendrais à ne pas t'écraser contre un arbre.

Gabriel rit légèrement puis redevint sérieux.

- Est-ce que… cela te dérange que je puisse entendre tes pensées ? Demanda-t-il très inquiet.

Son père rit en passant sa main dans ses cheveux bruns blonds.

- Si tu peux le lire, tu as ta réponse, non ?

Gabriel eut un sourire soulagé. Il hocha la tête.

- Je crois que cela ne plait pas vraiment à Papa…

- Comment ? Mais non tu dois…

- Il ne veut pas m'inquiéter. Il ne veut que personne ne sache, surtout pas toi !

Draco ne dit rien pendant un moment, mais Gabriel savait ce qu'il pensait. Devait-il attendre que son homme lui parle ou s'était à lui de régler les choses. Il finit par choisir et arrêta son fils. Il s'accroupit devant lui. Pour la première fois, Gabriel put regarder de haut son père.

- Dis-moi ce qui se passe.

- Tu aimes Papa pas vrai ? Tu ne le quitteras jamais, n'est-ce pas !?

- Il n'y a aucune chance pour que cela arrive. Pourquoi penses-tu que je puisse le quitter ?

- Ce n'est pas moi qui le pense mais lui ! Je voulais savoir pourquoi mais il a fermé son esprit avant que je puisse le faire. Tout ce que j'ai pu entendre c'est qu'il avait peur. Il a toujours peur ! Tout le temps ! Et là, c'est pire… Quand il a su que je pouvais lire dans son esprit, il était effrayé… Alors il l'a caché, espérant que je n'ai jamais vu cette partie de lui.

Draco écarquilla les yeux. Sur les joues de l'enfant, des larmes rouge sang s'étaient mises à couler. Le petit s'effondra sur le corps du vampire qui le reçut étroitement serré dans ses bras. Il frotta sa main contre son dos en lui chuchotant des paroles réconfortantes.

- Il faut que tu fasses quelque chose ! Je voulais savoir pourquoi il avait si mal mais il n'a pas voulu… Il ne m'a pas laissé le temps.

- Shht… calme-toi, tu n'as pas à t'en faire. Je parlerais à ton père dès cette nuit, d'accord ? Et je découvrirais pourquoi il pense que je veux le quitter. De ce côté-là, tu n'as aucun doute à te faire. Je vous aime vraiment trop tout les deux pour vous perdre ! Tu sais… j'ai une confession à te faire… Pendant un moment…

- Je sais… Je l'ai vu… Mais je sais aussi que si j'avais tué mon père, je ne me le serais jamais pardonné…

- Décidément, murmura Draco avec un sourire, tu n'étais vraiment pas né pour être un Dernier des Vampires tout à fait traditionnel !

- Pourquoi cela ?

- Parce que même si Harry était mort et que nous avions effacé tes souvenirs tu aurais tout lu dans mes pensées ! Et… tu n'aurais pas vu de belles choses.

- Je préfère que tout soit ainsi… J'aime ma vie. Mais guéris Papa… s'il te plait.

Le Roi se releva légèrement et embrassa son fils sur la joue. Il essuya un peu ses larmes d'un chiffon qu'il avait sorti de sa poche.

- Ne t'inquiète pas. Je le ferai quand nous rentrerons ! Allons-y…


Revenons-en aux deux vivants restés dans la Cage. Ils avaient préparés de quoi manger, surtout Cross qui s'était révélé être bon en la matière. Harry, perdu dans les limbes de ses pensées, ne lui avait parlé que brièvement. Il n'avait de cesse que de se demander si Gabriel avait lu toutes ses pensées, surtout celles concernant le problème qu'il avait avec Draco et qui le mettait très mal à l'aise. Et maintenant il doutait. Peut-être n'aurait-il pas dû donner son accord à ses deux hommes et partir avec Draco. Et si son fils révélait tout à Draco ? Il n'appréhendait pas du tout sa réaction… Il soupira bruyamment ce qui fit réagir Cross non loin de lui.

Celui-ci aussi était dans une longue conversation avec lui-même. Il releva la tête vers Harry et se dit qu'il devait sûrement profiter de la situation pour lui parler. Il devait tout lui dire. Peut-être serait-il mal accueilli mais au moins ce serait un plus pour leur relation. Quoique, maintenant qu'il commençait à connaître un peu mieux ses trois (merveilleux) personnages, il savait qu'Harry prendrait le temps de l'écouter jusqu'à la fin avant de juger. Alors il se déplaça jusqu'à la table où le brun s'était installé et s'assit sur une chaise en face de lui.

- Euh… Je ne sais par où commencer, mais j'aimerais beaucoup vous parler… de plusieurs choses qui se sont passées ici même et ailleurs…

Harry se remit droit sur sa chaise, le dos bien contre et sourit légèrement.

- D'abord, appelle moi Harry et tutoies-moi s'il te plait. Je n'ai que vingt et un ans ! Ne me fais pas plus vieux que je ne le parais, rit-il. Maintenant, parles donc et commences toujours par le début…

- Oui mais, murmura le gris alors que son regard se faisait trouble tant la tristesse le prenait. Il y a eu tellement de début avec moi… Je crois que je ferais mieux de commencer par ici.

- Ici ?

- Cet endroit qui s'appelle la Cage. Tu sais si je la connais bien c'est parce que j'y ai vécu… pendant plus de quatre siècle !

- Quoi ?

Harry n'en revenait pas face à cette révélation. Ainsi donc, ce jeune homme à l'aura très bizarre était non seulement doté d'immortalité mais aussi était environ du même âge que Draco. Il attendit, avec une impatience qu'il ne s'expliquait pas, la suite.

- Oui… C'est vrai que je ne le fais pas vraiment mais je dois avoir dans les cinq cent ans, je ne me rappelle pas exactement combien. Je suis né ici même et c'est ici qu'a été ma maison ainsi que celle de toute ma race. Nous étions… une sorte d'espèce d'abeille, vivant regroupés et tous ensembles. Parfois certains partaient et ne revenaient jamais mais ils étaient peu.

- Vous… étiez beaucoup ?

- Non. Notre race est très rare. Nous devions être sept cent… peut-être plus… bien sûr, sans compter ceux qui ne vivait pas dans la Cage. Mais nous naissions tous avec ce besoin constant de protéger les siens, de les retrouver et surtout de venir ici.

- Vous naissiez ? Cela veut dire… que maintenant ce n'est plus le cas ?

Cross hocha douloureusement la tête.

- Il y a un peu plus d'un siècle… les sorciers ont trouvés notre cachette… Ils nous ont décimé les uns après les autres. Nous, peuple pacifique, nous ne savions pas nous battre. Et ils nous ont tous tué…

- Euh… tous ? Je veux dire… pas toi non ? Puisque…

- Si… Je n'ai pas réchappé de ce massacre.

- Alors tu es bien un fantôme…

- Un fantôme ? Il rit légèrement. Non. J'ai omis de te révéler ma race.

- Oui, quelle est-elle ?

- Je suis un voleur d'âme, plus communément appelé vdA.

Harry ouvrit la bouche en grand.

- Oui… Je l'ai lu dans un livre. Cette espèce se nourrit d'âme pour survivre. Il les conserve dans leur propre âme… Et à leur mort, use une d'elle et se réintègre dans un autre corps avec l'intégralité de leur connaissance. Mais j'ai aussi lu qu'elle était en voie d'extinction !

- A cause de vous… Vous les sorciers. Je te l'ai dit Harry, tout est une histoire de race !

- Mais comment les sorciers ont-ils pu vous tuer si vous aviez des âmes en réserve ?

- A cause de nos corps… Quand nous nous réincarnons, nous retrouvons nos mêmes corps ! Et comme ceux qui ont été tué sont restés dans la Cage, ils pouvaient non seulement savoir lesquels sont vraiment mort et lesquels ils devaient traquer.

- Comment ?

Cross trembla légèrement.

- Les vdA morts ont des yeux sous leurs paupières… Parce que les yeux sont le reflet de l'âme.

Harry se mordit la lèvre, parler de tout ça devait sûrement l'embêter. Cependant il continua.

- Quand nous réapparaissons, nous pouvons choisir le lieu. Habituellement, c'est tout près de nos corps pour les brûler ou les enterrer. Mais pas cette fois. Plusieurs vdA qui n'avaient pas d'âmes en surplus sont morts lors du génocide… des amis à moi… Ma mère… Elle n'avait jamais voulu avoir d'âme en elle. Parce qu'elle ne supportait pas leur cri.

- Vous… les attendez ?

- Oui. Nous avalons leur essence, tout ce qui fait eux, ainsi que leur souvenir et donc c'est comme s'il était toujours en vie mais sans aucun contrôle du corps. Et bien sûr ils tapent, ils crient, ils pleurent… Ma mère ne pouvait pas le supporter…

- Et toi… le supportes-tu ?

- J'arrive à les faire taire. Je crois que c'est pour ça que Gabriel n'arrive pas à lire mon esprit… Je l'ai totalement fermé et mis tellement de verrou qu'aucun d'eux n'arrivent à passer. Mais c'est très dur et cela peut prendre des jours voir des semaines pour un seul d'entre eux.

- Hum… Est-ce dur de… d'avaler une âme ?

- Aussi facile que pour toi d'allumer une bougie. Tu es là, devant moi… puis l'espace de quelques secondes plus tard… tu es en moi. Aucune espèce ne peut nous résister. Mais le truc c'est… d'approcher la personne ! Car il faut un contact physique pour pouvoir absorber.

- Vous avez d'autre pouvoir ? demanda Harry décidément très curieux.

- Celui là est déjà immense mais oui… nous arrivons à nous régénérer rapidement. Coupez-nous un membre et, si nous ne mourrons pas, nous arrivons à le faire repousser d'ici le jour suivant. Nous pouvons aussi faire cela chez d'autre personne vivante ou non. Et dernier point, nous pouvons prélevez une âme mais aussi la remettre à sa place. Mais ça ne sait jamais vu encore.

Harry était époustouflé. Il se demandait encore pourquoi il lui racontait tout ça mais il avait l'étrange sensation qu'il n'allait pas tardé à le savoir. Pressé il demanda alors

- Qu'as-tu fais, une fois qu'ils vous ont petit à petit détruits ?

- Au début, je me suis conduis en lâche et je me suis terré. Les semaines ont passées avant que je décide de sortir de ma cachette et que je fasse quelque chose. J'ai mené une courte enquête qui m'a donné les coupables du génocide, un certain ministère…

- Encore et toujours eux, cracha Harry en colère.

- Oui je sais. Même si pas mal de notre instinct a été annihilé, j'ai gardé une chose, je devais à tout prix protéger le restant de mon espèce si peu soit-il. Alors je suis allé les voir, et je leur ai dit qui j'étais.

- C'est vrai ? Mais… ils ne t'ont pas tué ?

- Non parce que je me suis vendu. Je leur ai dit les pouvoirs que j'avais et que je pouvais tuer n'importe qui juste en le touchant. Et je leur ai proposé de tuer pour eux… en échange ils laissaient mon espèce vivre en paix. Ils ont accepté et j'ai débuté les massacres. Ils me donnaient des fiches avec des noms, des photos… Et j'y allais… Même si je n'en avais pas envie… Même si cela faisait mal. J'y allais parce qu'en compensation, je voyais les miens recommencer à grandir. Et d'une dizaine passer à une vingtaine… Pendant plus d'un siècle j'ai tué pour eux. Et il y a peu, ils m'ont donné une fiche avec trois prénoms dessus.

- Les nôtres, n'est-ce pas ?

Cross hocha la tête.

- Il y avait marqué Harry Potter, Draco Malfoy et un bébé. Je suppose que si j'étais intervenu un peu plus tard, je n'aurais pas compris que le bébé était en faite Gabriel car il aurait eu l'apparence d'un adulte !

- Mais attends… tu n'es donc pas… la connaissance du Grand conseiller Severus Rogue ?

- Non. Je l'ai volé et tué, juste avant votre arrivée. J'ai prélevé un peu de ses souvenirs, les derniers, et comme cela j'ai pu me faire passer pour lui. J'ai eu de la chance que le Roi des vampires ne semblait pas le connaître.

- Pourquoi… pourquoi tu ne nous as pas tués ? Pourquoi me racontes-tu tout cela plutôt que de faire ce que tu dois faire.

- Je ne sais pas ! Je savais que je devais voler un enfant, pour moi c'était impossible ! Alors j'ai décidé de l'empoisonner ou de le tuer, l'avoir dans ma tête même juste une semaine, c'était impossible. Mais quand j'ai eu l'occasion de le faire, je ne l'ai pas fait… Et dieu que j'en eues des occasions… Chaque fois, je me suis défilé. C'est son regard qui me tuait ! Je ne sais pas comme il a fait, je ne sais pas ce qu'il s'est passé. Dans ma tête, il n'y avait rien, le vide… Mais je n'ai pas pu le tuer… Cette impossibilité m'a fait trembler, j'avais envie d'hurler que j'étais stupide, qu'à cause de moi, mon espèce allait mourir… Et puis il est venu dans ma chambre. Il m'a dit que je lui appartenais, et j'ai cessé de me battre. Rendre les armes face à un enfant, tout aussi bizarre soit-il, c'est… insultant non ?

Harry hocha négativement alors qu'un sourire s'étendait sur ces lèvres.

- Tu ne sais pas ce qu'il se passe chez toi, n'est-ce pas ?

Ce fut au tour de Cross d'hocher. Il baissa les yeux alors qu'Harry se pencha sur lui.

- Tu es tombé amoureux. Lui chuchota-t-il avant de se remettre en place. Est-ce la première fois ? À ton regard si hagard, je peux comprendre que oui !

- Je… Je ne sais pas ce que c'est… Je n'ai jamais aimé… Je sais juste que… lorsqu'il m'a dit que j'étais sien… Je me sentais… bien et heureux.

- Parce que tu as vécu toute ta vie dans les meurtres et le désespoir, tu as perdu le goût de l'amour… Mais si tu continues à fréquenter mon fils, cela risque de revenir plus facilement que tu ne le penses…

- Cela… ne te dérange pas ?

- Pas le moins du monde, mais je vais te surveiller, attention. Cependant, la personne que tu vas devoir convaincre, c'est Draco. Et tu devras commencer comme tu l'as fait à l'instant ! Il faudra que tu lui dises tout ! Quand il reviendra, Va le voir directement… Cela sera plus prudent.

- Merci…

- De quoi ?

- De m'avoir écouté… Et de m'accepter !

Harry rit.

- Je connais un homme qui a été mon professeur et qui me disait que rien n'est plus beau sur Terre que l'amour. (On parle ici du professeur Albus Dumbledore, vivant à l'orphelinat où Harry a été placé après la mort de ses parents. Il n'apparaîtra que dans bien longtemps.) Si tu promets de rendre heureux un peu plus chaque jour mon fils, je ne vois pas pourquoi je m'en opposerais. Cependant je pense que tu devras patienter encore un peu, il n'est pas encore tout à fait adulte !

- C'est vrai… J'appréhende grandement ce moment.

- Il arrivera, toujours au moment le plus propice si tu sais patienter !

Cross se leva avec un sourire… un vrai sourire. Cela faisait tellement longtemps qu'il n'avait pas eu de conversation comme celle là, pouvoir se vider et tout dire lui faisait du bien. Et puis il savait qu'il pouvait avoir confiance au sorcier pur. Et puis il se rappela son soupir et son air déconfit, se fut à son tour de poser les questions.

- Grâce au vampire que j'ai volé, j'ai appris pas mal de chose sur les vampires et le Dernier des Vampires… J'aimerais savoir, en tant que sorcier pur, es-tu heureux ?

Harry réfléchit un long moment. L'était-il ? S'il n'y avait pas eu cette gêne continuelle de savoir qu'un jour il allait mourir… s'il n'y avait pas eu la peur de retomber enceint… Oui il l'aurait été. Cependant, il avait un fils magnifique, un homme qui l'aime plus que tout au monde…

- Oui, je le suis ! Assura-t-il en souriant. Jamais je n'échangerais ma vie avec une autre…

- Même si les deux hommes que tu aimes sont immortels et toi non ? Et que tu ne peux le devenir parce que tu es pur ?

- Oui… même ! Je vais vivre ma vie à fond et aimer chaque moment, profiter d'eux chaque seconde… les aimer un peu plus… tant que je serais là pour le faire !

- J'aimerais être aussi fort que toi…

- Ce n'est pas une question de force ou de courage… mais d'amour…

C'était totalement vrai ! Comment Harry avait-il pu sombrer dans la peur et laisser la tristesse le reprendre. Peu importe ce qu'il pouvait arriver, peu importe s'il devait faire preuve d'abstinence pendant longtemps, voire toujours ! Ce n'est pas la faute de son homme, c'est de la sienne ! Alors c'est à lui de tout faire pour que Draco lui reste ! C'est à lui de lui prouver qu'il l'aime et qu'il serait prêt à faire n'importe quoi. Il ne fallait plus qu'il fuie ! Et comme la première fois qu'il l'avait fait il se reprit et s'assura ne plus se cacher ou cacher ! Dès le retour de Draco, il lui avouerait tout… Le pauvre en aura des choses à savoir !

- C'est à moi de te remercier, maintenant !

- Pourquoi ?

- Pour m'avoir ouvert les yeux !