Après un copieux repas, les deux adolescents décidèrent de se promener sur la lande balayée par les vents. Alfred s'était longtemps plaint du peu de magasins, et petit à petit la conversation avait dévié vers leurs ''pouvoirs''. Arthur pensait qu'il s'agissait de pouvoirs ancestraux dont ils auraient hérité, et Alfred qu'ils étaient en réalité des extra-terrestres venus de Krypton pour détruire la Terre, ou encore des Seigneurs du Temps sans le savoir. Deux explications aussi étriquées qu'irréalistes, ce qui ne laissait qu'une seule explication : ils étaient des mutants qui ne tarderaient pas à être trouvés par un monsieur chauve en fauteuil roulant et sa pote rouquine, selon Alf. D'ailleurs, Alf, n'était-ce pas un prénom d'extra-terrestre ?
Soudain, Arthur sentit qu'on les observait et il se retourna précipitamment. Mais il n'y avait que l'herbe rase à perte de vue, et un corbeau qui les observa quelques secondes avant de s'envoler.
« Y'avais quoi Art ?
- Rien… on rentre ? J'ai mal aux pieds.
- Tu veux que je te porte, princesse ? se moqua Alfred.
- Non.. hey ! Qu'est-ce que tu fous ?
- Ben, je te porte.
- Lâches-moi tout de suite !
- Ma petite chérie veut faire la grande ? C'est bien ma fifille ça, déclara l'autre en riant.
- Si à trois tu m'as pas posé par terre je vais te le faire amèrement regretter !
- Oh, ça va princesse, décrispes-toi, je sais bien que t'es anglishe, mais quand même.
- De une on dit anglais, et de deux m'appelles pas princesse.
- Ok. Princesse ! »
Sur ce il partit en courant, essuyant une volée d'insultes et de coups de son ami. Qui, beaucoup moins endurant, retourna en nage chez lui avec un Alfred en pleine forme, prêt pour une autre course-poursuite. Cependant… une fumée sombre fit cesser leurs enfantillages. Ils se précipitèrent vers la maison dévorée par des flammes voraces. La fumée leur brûlait les yeux et la gorge, et la mère de Arthur se précipita vers lui pour le prendre dans ses bras. Le blond était en état de choc et le brasier avait envahi ses prunelles rougies Alfred ne sachant que dire, il se contenta de serrer ses doigts glacés dans sa propre main.
Les pompiers arrivèrent peu après et éteignirent l'incendie, cependant il ne restait plus rien de la charmante maison des Kirkland, sinon un squelette noirci de bois et de cendres. Arthur sortit alors de sa transe et se précipita dans les bras de son ami qui perdit légèrement l'équilibre mais le réceptionna en douceur. Du réconfort, voilà ce dont il avait besoin…
Le portable de Alfred sonna et il entendit sa mère à l'autre bout du fil.
« Alfie, où es-tu ?
- Je suis chez Arthur, mon correspondant, mais… sa maison a brûlé…
- Oh mon dieu ! Vous allez bien au moins ?
- Oui, t'inquiètes… je crois que je vais ramener Arthur à la maison, il est en état de choc. Les déménageurs ont fini ?
- Oui, tu te souviens du chemin à prendre ?
- J'ai un GPS, ça ira.
- Ok, à tout de suite. »
Le blond se tourna vers le reste de la famille Kirkland.
« Vous voulez venir chez moi ce soir ?
- Alfred, c'est très gentil mais nous allons gêner… refusa poliment Mrs. Kirkland.
- Pas du tout, la maison est grande, venez.
- Et bien… je vais voir avec Richard, mais Tuture et Willy peuvent y aller avec toi.
- D'accord, venez les gars. »
Une fois arrivés, la mère de Alfred -une grande blonde aux yeux bleus à l'air tracassé- les accueillit en déplorant qu'une telle catastrophe soit arrivée alors même qu'ils venaient d'emménager. Puis ce fut au tour de son père de crier aux grands dieux, quelle infamie. Alfiechoupinounet-tun'asrien ? conduisit ensuite ses amis vers la pièce qu'on lui avait désignée comme sa chambre. Une grande pièce blanche et stérile, pour l'instant propre et rangée (pour l'instant). Les garçons s'installèrent, et Alfred remarqua alors que non seulement Arthur ne l'avait pas lâché, mais en plus il s'était endormi contre son épaule quand il s'était assis pour parler avec William…
« Arthur a vraiment été choqué, je l'ai jamais vu dans un tel état, même le jour où je lui ai fait manger des vers de terre, constata Will.
- Je vais le mettre dans mon lit, tu veux du thé ?
- Plutôt du whiskey… quoi que ton père risque de gueuler…
- Aucun risque, il sera si fier que son fils apprécie le vrai alcool, répondit Alfred en levant les yeux au ciel. »
Après avoir couché le blondinet, les deux adolescents discutèrent de tout et de rien en buvant le liquide ambré. Au début ils s'étaient un peu étouffés à cause de la brûlure de l'alcool, mais plus ils en buvaient, plus ça allait. La conversation qui depuis longtemps avait dévié dévia encore plus…
« Tu l'as déjà fait toi ?
- Moi ? Bah non, t'es con Will.
- Ben, t'as 16 ans mon pote, et t'as jamais touché une fille ? A ton âge j'avais déjà eu plein de copines… et de copains, s'esclaffa le roux.
- C'est quoi le mieux ? fit l'autre en ricanant.
- … hmm… les gars. C'est plus trippant.
- Ah bon ?
- Ouais, mais si t'es dessous. T'as déjà même jeus, pardon, juste embrassé quelqu'un ?
- Nope.
- T'as envie d'essayer ?
- Mouais, mais pas avec toi. Avec Arthur, fit le blond en titubant jusqu'au lit. »
Ledit Arthur commençait à se réveiller sans trop savoir où il était, quand soudain un Alfred plus qu'éméché se pencha sur lui et l'embrassa maladroitement, mais en appuyant de tout son poids sur lui. Il le repoussa vivement en rougissant violemment tandis que Will, ivre mort, riait comme un âne bâté.
Le coup de poing partit tout seul et expédia Alfred sur Will qui s'effondrèrent tous deux, l'un assommé et l'autre à cause du whiskey. Arthur se remit alors dans le lit et tenta de se rendormir, sans pouvoir effacer de sa mémoire ce baiser langoureux que lui avait donné son meilleur ami… et sans pouvoir ralentir les battements frénétiques de son cœur…
Au-dehors, un vol de corbeaux se posa sur le gazon. Ils attendaient depuis longtemps déjà que les dragons soient réunis, et bientôt, parviendraient à leurs fins…
