Trois semaines plus tard
« Bien récapitulons ! Après que le lieutenant N'Dongo ait voulu intervenir, que s'est-il passé ?
- Pffff. Ça fait deux fois que je vous le répète ! s'agaça le commissaire Dumas face aux deux collègues de l'IGPN.
- Et bien comme on dit… Jamais deux sans trois ! Alors, nous vous écoutons.
Antoine prit une grande inspiration et réitéra son récit.
- Comme je vous l'ai déjà dit, Monge a totalement vrillé. Personne contrôlait plus rien. Il a menacé tout le monde, un par un, en nous braquant avec son arme. C'est à moi qu'il en voulait…
- Donc le brigadier Monge pointait son arme sur vous ?
- Non ! s'emporta-t-il, Enfin si mais… Au moment où il a tiré, elle s'est interposée…
Antoine baissa la tête.
- Vous voulez parler du commandant Renoir ?
- Oui… confessa-t-il le regard dur.
- Et comment expliquez-vous son geste ?
- Je… Je sais pas… On est une équipe solidaire et elle a voulu protéger l'un des siens, c'est tout !, mentit-il. On aurait tous fait ça à sa place. Et si la lieutenant Da Sylva a tiré sur Monge c'est en légitime défense. Il avait déjà blessé quelqu'un ! On pouvait pas prendre le risque que quelqu'un d'autre y passe.
- Oui on sait oui… C'est vrai que ça vous connaît vous les balles qui se perdent… Sa collègue leva les yeux au ciel d'exaspération. »
C'était le deuxième interrogatoire que subissait le commissaire Dumas en trois semaines. Les deux compères de l'IGPN étaient tout bonnement insupportables. Ils étaient méprisants, intolérants et surtout incompréhensifs. À chaque fois il devait se replonger dans ces souvenirs chargés de douleurs. À chaque fois il revoyait sa chute. Et à chaque fois, ses tripes se remuaient.
Trois semaines qu'elle était inerte.
Trois semaines qu'il alternait entre les journées à la BSU, les visites à l'hôpital et les soirées chez son ex-partenaire.
Trois semaines qu'il s'était oublié, lui, pris en otage par les remords.
Il sortit de la salle d'interrogatoire et rejoignit son bureau de nouveau rendu praticable. Il avala un antidouleur pour soulager la migraine qui ne le quittait pas depuis plusieurs jours et déverrouilla son téléphone : « Emma – 3 appels manqués- 1h ». Inquiet, il se précipita dans son journal d'appels et tapota sur son écran.
« Emma ? Qu'est-ce qui se passe ? Tu m'as appelé ?
- Elle s'est réveillée.
- Quoi ? Je…
- On est avec elle là, le coupa-t-elle.
- Ok ! Super ! balbutia-t-il sans réellement réaliser la situation.
- Tu nous rejoins ?
- Je… J'arrive ! lâcha-t-il avant de raccrocher. »
La fratrie Renoir était dans le grand hall de l'hôpital, à proximité du distributeur. Ils aperçurent Antoine arriver d'un pas déterminé et l'interceptèrent avant qu'il ne monte la voir.
« Ah vous êtes là ! Alors comment elle va ?
- Ça va… Elle est un peu sonnée mais ça va… Elle s'est endormie alors on est descendus faire une pause.
- Ok… Bon j'y vais ! déclara-t-il en s'éclipsant dans la cage d'escalier.
- Vous croyez qu'un jour ils arrêteront de faire de la merde tous les deux ? demanda Léo.
- J'espère… chuchota Emma en soufflant sur son chocolat chaud »
Impatient, le commissaire grimpa les marches quatre par quatre. À mesure qu'il s'approchait, il sentait son cœur exploser dans sa poitrine. Traduction littérale d'un parfait mélange de stress, d'appréhension et d'excitation. Antoine Dumas était transcendé par un flot d'émotions qui le portait jusqu'à cette chambre qu'il avait tant côtoyé ces trois dernières semaines.
Il arriva devant la porte vitrée et l'aperçut, allongée sur son lit, l'air paisible. Il observa l'absence du tuyau qui, pendant trois semaines, avait élu domicile dans sa bouche et enclencha la poignée. Il pénétra dans la chambre en silence et s'approcha doucement du lit. Candice était toujours immobile, un léger sourire sur son visage. Il la fixait, les yeux embués puis se décida à prendre sa main. Il enlaça leurs doigts et s'assit sur le bord du lit.
Candice émergea progressivement, réveillée par les douces caresses qu'elle ressentait sur sa main. Elle ouvrit ses yeux et rencontra les siens. Il souriait. Elle rencontra le même air béat qu'il arpentait lorsqu'il l'observait dormir… avant… Avant cette histoire de distance. Avant ce retour au stade de l'amitié. Avant de l'avoir tant de fois repoussé alors qu'il essayait simplement d'obtenir un peu d'attention et d'affection de sa part.
Elle se mit à sourire fébrilement à son tour et l'observa replacer correctement ses mèches blondes. Elle sentit la chaleur de sa main se poser sur sa joue. Il lui avait tellement manqué.
« J'ai eu tellement peur… Plus jamais tu me refais ça ! Candice acquiesça doucement avant de sentir ses larmes monter. Eh ! Tout va bien… D'accord ? essaya-t-il de la rassurer en essuyant ses larmes qui coulaient.
- Pardon… parvint-elle à chuchoter.
- Pardon pour quoi ? demanda-t-il sans comprendre.
Candice tourna la tête à droite et ferma ses yeux pour retenir ses larmes à nouveau.
- Madame Renoir ?
- Oui ? demanda Antoine en se retournant vers l'infirmier.
- Je viens pour vos soins et après je vous emmène faire des examens. Je suis désolé mais je vais devoir vous l'emprunter ! déclara-t-il en s'adressant à Antoine.
- Ok… Je peux attendre ici ?
- Revenez demain plutôt… Il est déjà 17h30… Puis elle risque d'être fatiguée.
Antoine se retourna à nouveau vers elle. Il s'approcha et déposa un baiser au coin de ses lèvres.
- Je reviens demain hein ! Je m'occupe des enfants, ok ?
Candice acquiesça en souriant avant de l'observer quitter sa chambre d'hôpital.
- Allez ! On est partis pour les soins ! déclara l'infirmier en s'approchant de sa perfusion.
Candice souriait à Antoine qui s'était arrêté derrière la vitre. L'infirmier se retourna également avant qu'il ne quitte les lieux.
- Beau mec hein ! Vous devez en faire des jalouses ! Attention parce que j'ai déjà deux/trois collègues qui l'ont repéré… Bon en même temps, ça fait trois semaines qu'il vient tous les jours. J'vous dis pas le nombre de fois où on a dû le mettre dehors de force. Il est tenace hein !, confessa l'infirmier assez bavard. »
La blonde ne répondit rien, se contentant de sourire à l'écoute de ce discours. Il avait dû avoir tellement peur… Et encore une fois, il n'avait pas dérogé à sa fidélité. Antoine Dumas était venu tous les jours alors qu'elle n'avait cessé de le repousser, à contrecœur. Et encore une fois il lui prouvait qu'il l'aimait alors qu'elle n'avait cessé de prétendre que ce n'était plus réciproque. Et encore une fois, Candice Renoir avait fait n'importe quoi...
Plongée dans ses pensées, elle ne vit pas le médecin entrer dans sa chambre. Il la salua et demanda à l'infirmier les constantes de sa patiente.
« Bien ! Madame Renoir, comment vous sentez-vous ?
- Ça va… J'ai un peu mal à la tête mais ça va… prononça-t-elle à voix basse.
- C'est normal ! C'est un reste de la sédation. Vous risquez d'être assez fatiguée ces prochains jours.
- D'accord… acquiesça-t-elle.
- Pour l'instant, le mot d'ordre c'est 'repos' ! Après trois semaines de coma, ne vous attendez pas à faire des folies. Vous n'avez mal nulle part ailleurs ?
- Hum… Non… Ça me tire un peu quand je bouge mais ça va…
- Au-dessus de la poitrine ? demanda-t-il en observant l'endroit qu'elle lui montrait.
- Oui…
- C'est normal aussi ! C'est dû à l'opération. Vous savez, en toute honnêteté… C'est un miracle que vous soyez encore parmi nous. Heureusement qu'on vous a pris en charge à temps. »
