21h30. Depuis la cuisine, Antoine observait les enfants de son ex-compagne. Léo s'était endormi, Martin discutait avec Jules à travers son ordinateur et Emma était lovée dans les bras de Sacha. Il avala une gorgée de son verre, l'air pensif. Ce genre de soirée avait rythmé son quotidien pendant ces trois dernières semaines. Si bien qu'il s'y était conformé. Finalement, cette épreuve avait eu au moins le mérite de resserrer leurs liens.

Ils avaient eu besoin de lui.

Il avait eu besoin d'eux.

Emma l'observa avaler son verre d'une traite et sortir affronter l'air frais sur la terrasse. Elle regarda son compagnon qui, d'un regard approbateur, l'invita à le rejoindre. Elle réajusta son plaid sur ses épaules et sortit à son tour.

« Ça va ? demanda-t-elle en s'asseyant à ses côtés.

- Ça va ouais ! affirma-t-il surpris.

- La journée a été riche en émotions…

Antoine acquiesça. Le silence s'installa.

- C'est de ma faute…

- Arrête ! Dis pas n'importe quoi !

- Si… C'est pas elle qu'aurait dû être dans ce lit d'hôpital. C'est moi… La balle, elle était pour moi.

Emma encaissa, commençant à comprendre le geste de sa mère.

- Et ça t'étonne ? lâcha-t-elle avec fermeté.

- De quoi ?

- Son geste. Ça t'étonne ? Non parce que perso… je connais quelqu'un qu'à fait exactement pareil… y a quelques années.

Antoine esquissa un sourire, repensant à cette balle qui l'avait faite sombrer dans l'addiction quelques années plus tôt.

- Mais là c'est pas pareil…

- Les circonstances sont peut-être pas les mêmes mais si maman a fait ça c'est pas pour rien. Elle t'aime tu sais…

- Ouais… répondit-il peu convaincu.

- Alors parlez-vous, au lieu de faire n'importe quoi… lâcha-t-elle en se levant.

Antoine Dumas ne bougea pas, n'osant pas regarder la brune qui s'éclipsait derrière lui. Elle finit par l'interpeller une dernière fois.

- Oui ? demanda-t-il en se retournant.

- Merci d'être là… lâcha-t-elle en tournant les talons »

. . . . .

Assis sur le bord du lit de Candice, Antoine avait niché sa tête dans le creux de son cou. Elle souriait, prenant soin de caresser son dos pour le rassurer. À cet instant précis, dans cette chambre d'hôpital, les 1m20 de distance théorisés par Edward Hall n'existaient plus. Aucun ne parlait, seule la tendresse s'exprimait. Pourtant, tous les deux savaient qu'une discussion devait avoir lieu. Mais aucun n'entamait le sujet. Antoine ne voulait pas la brusquer et Candice voulait simplement profiter de lui. Il resserra son étreinte lorsqu'il la sentit se crisper.

« Pardon… T'as mal ? demanda Antoine en se remettant assis face à elle.

- Un peu… grimaça-t-elle en touchant sa plaie.

- Fais-voir ! ordonna-t-il inquiet. Candice rigola, Quoi ?

- Rien… lui répondit-elle tout sourire.

- Tu veux que j'appelle le médecin ? On sait jamais si…

- Antoine ! le coupa-t-elle en souriant, Arrête de t'inquiéter comme ça… Tout va bien !

- Désolé… C'est juste que… Fin tu m'as fait peur quoi !, avoua-t-il un peu gêné.

- Je sais…

- T'aurais dû laisser Monge me tirer dessus… confessa-t-il en baissant la tête.

- Arrête…

- Non… C'était à moi d'assumer la merde dans laquelle je vous ai tous mis…

- Ce qui est fait, est fait, Antoine. Tout se termine presque bien… C'est ce qui compte non ? lâcha-t-elle avec douceur en caressant son avant-bras.

- Si tu le dis… rétorqua-t-il peu convaincu.

- Et les autres ? Comment ils vont ?, demanda-t-elle pour changer de sujet.

- Ça va… Tout le monde se remet doucement… Chrystelle a dû faire quelques séances chez le psy mais elle commence à accepter son geste… Puis, Val est revenue parmi nous mais c'est plutôt calme en ce moment !

- Tant mieux…

- L'IGPN arrête pas de nous interroger pour avoir notre version des faits… C'est fatiguant… Ils attendaient que tu te réveilles pour venir te voir… Donc j'pense que tu risques d'avoir de la visite prochainement...

- Super… répondit-elle ironiquement.

Candice esquissa un sourire lorsqu'Antoine remit une mèche blonde derrière son oreille. Il fut interrompu par son téléphone portable.

- Dumas ? décrocha-t-il en la fixant, Ok ! Très bien, j'arrive !

- Calme tu disais… plaisanta-t-elle doucement.

- On dirait que les affaires reprennent ! Antoine marqua un temps. Bon je… j'dois y aller. À plus tard !

- Oui… murmura-t-elle avec une légère déception. »

Candice l'observa quitter la chambre d'hôpital légèrement frustrée que cette entrevue se soit écourtée. Elle était tellement bien dans ses bras… Elle se sentait tellement protégée, tellement aimée. Pourtant, la commandante n'avait pas hésité à le quitter, décidant de « choisir son boulot », pour reprendre les mots de son ex-compagnon. En se convainquant que son travail était la clé de son bonheur, elle omettait en réalité, qu'il passait également par lui. Par sa présence, à ses côtés. Et maintenant, elle regrettait. Elle regrettait d'avoir cru faire le bon choix. Elle regrettait d'avoir perdu tout ce temps sans lui. Elle regrettait ses mots, ses gestes manqués et ses silences. Cet évènement aura au moins eu le mérite de changer définitivement sa vision des choses : la vie était courte et il fallait s'emparer du bonheur lorsqu'il se présentait. Depuis le fond de son lit d'hôpital, Candice Renoir en était désormais certaine, Antoine Dumas représentait et représenterait une grande partie du reste de sa vie.

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In situ, le commissaire fut accueilli par son équipe. Les membres de cette dernière s'empressèrent de le questionner sur l'état de santé Candice. Il les rassura et changea de sujet, ne voulant s'éterniser dessus.

« Bon du coup, la dame nous a appelé en panique. Y aurait deux hommes qui seraient rentrés cagoulés et qui l'auraient braqué pour récupérer la caisse et quelques bijoux, expliqua Val.

- Laisse-moi deviner, y avait personne dans la boutique au moment des faits, ils ont récupéré le butin et sont partis en moto et évidemment personne n'a pu les identifier, lâcha Antoine.

- Ouais… On est exactement sur le même mode opératoire que celle de la semaine dernière.

- Sauf que là, on est à Frontignan. La semaine dernière, ils s'en sont pris à une bijouterie sétoise ! Pourtant y en avait d'autres… Pourquoi changer de ville ? s'interrogea Mehdi.

- Pour éviter de se faire repérer sûrement.

- Et pourtant… Ils doivent forcément faire du repérage avant de passer à l'action…

- Vous avez interrogé la responsable ?

- Oui ! s'exclama Ismaël, Elle a rien vu… Elle est un peu secouée par contre, ils l'ont emmené à l'hôpital par précaution.

- Salut Nathalie !

- Ah salut Antoine ! Alors, comment va Candice ? demanda-t-elle inquiète.

- Ça va… Elle est fatiguée mais c'est normal…

- Ok… Super ! J'essaierai de passer la voir demain…

Antoine acquiesça.

- Bon ! Et sinon t'as trouvé des trucs intéressants ?

- Y a plusieurs empreintes mais à mon avis, entre les clients, les vendeuses et les agents d'entretien… ça donnera pas grand-chose !

- Ouais… marmonna-t-il. Et je suppose que l'enquête de voisinage n'a rien donné non plus…

- Non ! confirma Marquez, y a juste une voisine qui affirme avoir entendu le bruit de la moto mais sinon RAS.

- Donc c'est super… On a rien quoi ! s'agaça Antoine en sortant de la bijouterie.

- Il a pas l'air bien quand même… observa Val.

- Bah c'est normal, Candice est à l'hôpital… répondit Mehdi.

- D'ailleurs si vous voulez on peut passer la voir ce soir, proposa la jeune blonde.

- Allez-y tous les deux ! J'irai demain moi. Ça risque de faire beaucoup si on y va à quatre, précisa Nathalie.

- T'as raison !"