Trois jours qu'Antoine n'était pas revenu la voir. Elle avait essayé de l'appeler plusieurs fois mais leurs échanges se trouvaient bien souvent entravés par un dérangement quelconque. À plusieurs reprises la commandante avait sous-entendu son envie de le voir mais cet appel implicite restait lettre-morte. Candice ne comprenait son absence, lui qui pourtant, d'après les infirmiers, était venu tous les jours avant son réveil.
Plongée dans sa lecture, la blonde sursauta lorsque l'on frappa à la porte. Elle releva la tête et l'aperçut entrer, souriant.
« Ah quand même ! lâcha-t-elle en le voyant s'approcher.
- Oui… désolé… j'étais pas mal occupé. On est sur une enquête compliquée… Fin c'est pas facile quoi…, tenta-t-il pour se justifier.
- Ok… répondit-elle dubitative.
- Ça va toi ?
- Oui ça va… Les journées sont longues mais les enfants m'ont ramené des occupations, précisa-t-elle en montrant la pile de livre sur sa table de nuit. Et je vais bientôt commencer mes séances de kiné aussi, renchérit-elle.
Antoine ne la regardait pas et se contentait de fixer le mouvement des courbes du monitoring auquel elle était reliée.
- Bon bah c'est super tout ça ! répondit-il dans un air faussement enjoué.
- T'es sûr que ça va ?
- Euh… bah oui, pourquoi ?
- Je sais pas, je te sens ailleurs…
- Non mais… Fin' c'est juste que… Te voir là comme ça c'est… Enfin c'est pas facile quoi.
Candice fronça les sourcils.
- Mais je vais bien Antoine ! Je t'assure ! T'as pas à t'inquiéter ! affirma-t-elle en lui tendant sa main alors qu'il était resté debout à côté depuis le début.
- Pourquoi t'as fait ça Candice ? lâcha-t-il durement sans se saisir de sa main tendue.
- De quoi tu parles ? fit-elle mine de ne pas comprendre.
- Monge…
Elle soupira bruyamment.
- Écoute Antoine, ce qui est fait, est fait. Et si c'était à refaire, j'hésiterais pas. Arrête de culpabiliser !
- T'as failli mourir putain… bredouilla-t-il les larmes aux yeux.
- Oui. Mais c'était la seule solution pour éviter que toi, tu y passes. Vu l'angle d'où Monge tirait, tu t'en serais pas sorti Antoine. Puis t'avais déjà été blessé… Et… Candice marqua un temps, les larmes aux yeux à son tour. Je pouvais pas m'imaginer vivre sans toi. Elle le vit baisser la tête. Antoine ?
- Hum ?
- Viens… lui demanda-t-elle en montrant le bord de son lit. Il s'exécuta. Je vais bien, ok ? C'est tout ce qui compte ! le rassura-telle.
- Ok… chuchota-t-il en acquiesçant. »
Ils se fixaient, silencieux. Antoine baissa rapidement le regard et récupéra sa moue gênée qui la faisait tant craquer. Le commissaire n'entreprit aucun geste affectif envers sa commandante. Elle comprit que cette distance qu'il s'obligeait à respecter résultait de la règle de distanciation qu'elle lui avait imposée. Elle appréciait tellement le respect qu'il avait pour elle. Elle l'aimait tellement, tout simplement. Candice se mit à sourire et osa se saisir de sa main. Doucement, elle entrelaça ses doigts dans les siens; geste qui força le commissaire à la regarder.
« Et je… Je voulais te demander pardon… Antoine hocha la tête ne comprenant pas où elle voulait en venir. J'ai pas été honnête avec toi… Je… J'aurais dû te dire la vérité plutôt que de t'imposer cette histoire de distance… Et…
- Et ? la força-t-il à continuer voyant qu'elle avait du mal.
- M'éloigner de toi ça m'a fait prendre conscience de certaines choses.
- Lesquelles ? demanda-t-il inquiet.
- J'aime mon boulot plus que tout tu vois… Mais je… Je peux pas vivre sans toi. Alors si tu veux bien… Peut-être que… Fin' on pourrait essayer de trouver une solution, ensemble.
- Je sais pas… Antoine marqua un temps, Parce que tu vois… Il la vit perdre son sourire, J'avais commencé à m'y habituer moi à ces 1m20 de distance… répondit-il ironiquement.
- T'es con ! lâcha-t-elle en l'attirant vers elle.
- Eh ! J'ai pas dit oui ! continua-t-il en rigolant
- Chhhut ! ordonna-t-elle en approchant son visage du sien.»
. . . . .
« C'est bon ? Vous êtes prêts ?
- Ouais. Tout est en place.
- Bien. Donc on attend maintenant… »
Bien installé au fond de son siège conducteur, le commissaire supervisait cette mission nocturne. Val, Mehdi et un brigadier stagnaient dans un fourgon à proximité de sa voiture, Marquez et Ismaël quant à eux, campaient de l'autre côté du boulevard dans un café.
Dix jours que la seconde bijouterie avait été braquée. Dix jours qu'ils avaient entrepris une mission de surveillance devant les bijouteries de la région. Ce dispositif avait coûté cher à la brigade, mais le commissaire en avait fait une priorité absolue. Mais les talents de sa commandante manquaient inexorablement... Elle qui avait toujours le don de deviner ce petit « truc » qui clochait était aux abonnés absents, contrainte de rester dans la chambre de cette clinique dans laquelle elle avait été placée pour sa rééducation. Ses rares activités diurnes se limitaient à des balades dans les jardins de la clinique ou à des discussions quelque peu ennuyantes avec les patients de son service.
Antoine luttait contre le sommeil lorsqu'il sentit son téléphone vibrer. Le commissaire s'empressa de décrocher :
« Bonjour commissaire.
- Bonjour commandant. Comment allez-vous ? demanda-t-il d'un ton doux.
- Ça va… Enfin… Je vous ai attendu toute la journée…
- Ouais… Je sais… J'suis désolé, j'ai pas eu une minute à moi ! J'ai enchaîné réunion sur réunion toute la journée.
- Ça fait quand même déjà deux jours que t'es pas venu… affirma-t-elle d'un ton boudeur.
- Et… Tu t'ennuies !
- Bah évidemment.
- Tu sais que t'en as encore pour au moins…
- Un mois ! Oui je sais… souffla-t-elle. T'es où là ? J'entends des grésillements.
- C'est le talkie. On est en planque.
- Ah bon ? C'est pour les bijouteries ?
- Bah oui… Ça fait dix jours qu'on attend que les mecs se pointent... Ce matin Mehdi a repéré deux jeunes qui se sont assis sur le banc devant. Donc on attend, voir si c'était bien eux.
- Ouais… Vous ne vous ennuyez pas quoi…
- Candice…
- Bah quoi ? C'est vrai ! Je passe mes journées à parler du chien d'Henriette ou à jouer au scrabble avec Jean-René… s'indigna-t-elle.
Antoine éclata de rire.
- Promis, j'essaye de passer demain ! Ok ?
- Ok…
- Bonne nuit. Je t'embrasse.
- Oui. Moi aussi, conclut-elle avant de raccrocher. »
Candice raccrocha son téléphone, la moue boudeuse. Contrariée, elle tira la couette sur elle et s'empara du livre qu'elle avait entamé la veille. La commandante était plongée dans sa lecture lorsque sa porte de chambre s'ouvrit subitement.
« Henriette ? s'exclama-t-elle paniquée. Mais ça va pas ! Vous m'avez fait peur !
- Je sais ! Je sais ! Excusez-moi ! chuchota la vieille dame appuyée sur sa canne.
- Qu'est-ce qui se passe ?
- Dites, c'est bien vous Candice qu'êtes de la police ?
- Euh… Oui pourquoi…
- Parfait. J'aurais besoin de vous pour une affaire.
- Une… affaire ? demanda-t-elle suspicieuse. Et pourquoi vous chuchotez comme ça ?
- Sait-on jamais ! Les murs ont des oreilles.
- Bah allez-y, je vous écoute.
- On me vole mes bijoux ! »
