Antoine ouvrit doucement la porte et observa les environs plongés dans l'obscurité. Les lumières tamisées se joignaient à la lueur vivace qui émanait du bureau des infirmières placé au fond du couloir. Comme ce qu'avait annoncé sa compagne, elles étaient deux. Il repéra également la chambre n°32, vide depuis hier après le départ de Lucien, ainsi que la chambre d'Henriette placée directement à proximité du bureau lumineux. Une fois ce repérage effectué, il devait passer à l'action, mais… sans se faire repérer. Et là se trouvait la tâche la plus ardue de sa mission. Puisque bien connu du service, son déguisement de médecin ne suffirait sûrement pas à le faire passer totalement incognito.
Il fit quelque pas silencieux lorsqu'il sursauta à l'écoute d'un bip qui retentit. Il leva les yeux et aperçut l'interrupteur rouge clignoter au-dessus de la chambre d'en face. Antoine paniqua et ouvrit la première porte qui se trouvait à sa gauche. Rapidement, il comprit qu'il venait d'atterrir dans le local où se stockaient les draps et serviettes pour le service. C'était donc là que sa compagne, avec la complicité d'Henriette, était venue se fournir pour le faire discrètement rentrer la nuit. Il hocha la tête de gauche à droite, repensant à cette montée éprouvante qu'il avait subie sous les rires de Candice. Depuis le hublot de la porte, Antoine aperçut l'infirmière rentrer dans la chambre. Quelques minutes plus tard, un second bip résonna. Le clignotement apparu en haut de la chambre d'à côté. Les deux infirmières étaient donc désormais occupées.
Antoine hésita. Deux solutions s'offraient à lui :
Courir jusqu'à la chambre d'Henriette en priant pour qu'aucune infirmière ne sorte.
Attendre la sortie des infirmières et trouver un autre moyen pour gagner son point de destination.
Une minute plus tard, aucune des deux n'était ressortie. Antoine jura entre ses dents, ouvrit la porte et courut jusqu'au bout du couloir. Il fit les derniers mètres en marche rapide à reculons, fier d'avoir réussi son coup, lorsqu'il heurta quelque chose. Le commissaire manqua de tomber et se retourna rapidement. « Vous êtes fou ou bien ? » entendit-il chuchoter avec l'accent sétois. Il dévisagea le grand-père qui avait failli le faire tomber avec sa canne. Habillé en robe de chambre, la main sur la poignée de la porte, il s'apprêtait à rentrer chez Henriette. Le commissaire fronça les sourcils et entendant du bruit de l'autre côté du couloir, il ouvrit rapidement la porte et y pénétra avec le grand-père.
Instantanément, Henriette alluma sa lampe de chevet.
« Au voleur ! s'écria-t-elle, prête à se défendre.
- NON ! C'est moi. C'est Antoine !
- AH ! Vous avez réussi à monter finalement ? André ? Mais qu'est-ce que vous faites là vous ?
- Je crois qu'on tient notre voleur…
- Pardon ? C'EST VOUS ?
- Parlez moins fort quand même… J'vous signale que j'suis pas censé être là moi.
- Commissaire, passez-lui les menottes ! ordonna Henriette.
- Commissaire ? s'embrouilla le grand-père pris en flagrant délit.
- Oui… Alors, on vous écoute. Vous nous expliquez ?
- D'accord… C'est moi qui vole vos bijoux… C'est pour offrir à Marianne.
- Marianne ? La chambre 22 ? demanda Henriette outrée.
- Oui… Je n'ai rien à lui offrir donc… c'est la seule chose que j'ai trouvée pour lui montrer mon amour.
- C'est une blague ? lâcha Antoine complètement dérouté par la situation. Donc vous avez fait toute cette mascarade pour… ça ? … Je le crois pas !
- Si j'avais su ! Je serai allée régler mes comptes moi-même, tiens ! clama Henriette. Donc vous l'embarquez ?
- On règlera ça demain ! bougonna-t-il. André vous allez occuper les infirmières. Histoire que je puisse repartir.
Henriette souffla.
- Allez André ! Zou ! Écoutez-le, vous en avez déjà assez fait me semble-t-il ! »
Le grand-père acquiesça et se dirigea vers la sortie de la chambre. Il ouvrit doucement la porte et aperçut l'une des deux infirmières de retour au bureau. Il sortit discrètement et s'y dirigea afin de l'occuper le temps qu'Antoine rejoigne la chambre de sa compagne. Le commissaire attendit quelques minutes tout en observant André à l'action. Une fois qu'elle eut le dos tourné, il sortit précipitamment et traversa le couloir en trombe pour gagner la chambre n°36.
Candice sursauta en entendant la porte s'ouvrir :
« Déjà !? s'exclama-t-elle surprise en allumant la lumière.
- Ouais déjà… ouais ! affirma-t-il en retirant sa blouse.
- Qu'est-ce qu'il s'est passé ? demanda-t-elle intriguée.
- Il se passe que j'ai failli tomber sur André en voulant entrer chez Henriette, expliqua-t-il en s'asseyant sur le lit.
- André ? Mais pourquoi ?
- C'est lui le voleur ! Tout ça parce qu'il voulait pécho une autre grand-mère… lâcha-t-il en roulant des yeux.
Candice éclata de rire.
- Il… Il volait les bijoux d'Henriette pour l'offrir à son amoureuse ? C'est mignon…
- Ouais… Donc rien à voir avec l'enquête quoi ! J'ai fait tout ça pour rien… lâcha-t-il la moue boudeuse.
- Hum… Moi je trouve que c'était plutôt amusant cette petite histoire clandestine… précisa-t-elle dans un sourire.
Antoine lui lâcha un regard noir.
- Bon maintenant faut que je redescende…
- Bah après… maintenant que t'es là, tu peux bien rester un peu… proposa-t-elle avec un regard charmeur.
- On va se faire choper Candice…
- Justement, c'est ce qui rend le moment encore plus savoureux ! Non ? argumenta-t-elle en souriant.
- Ok… rétorqua-t-il en s'approchant d'elle. »
Antoine l'embrassa tendrement avant de se relever. Il alla décrocher l'échelle de draps de la rambarde et la tira vers l'intérieur de la chambre. Il referma la fenêtre et vint s'installer aux côtés de sa compagne qui s'était décalée pour lui faire une place. Quelque peu à l'étroit dans ce lit une place, le commissaire passa son bras gauche sous la tête de Candice confortablement lovée dans ses bras. Encerclé, il souriait en sentant son souffle chaud dans son cou. Un silence chaleureux envahissait la pièce lorsqu'elle décida de le briser : « Tu vois que t'es pas venu pour rien… » lâcha-t-elle en embrassant son cou. Antoine éclata de rire avant de resserrer ses bras autour d'elle. Il l'embrassa à son tour en guise d'approbation et lui souhaite bonne nuit. Effectivement, Antoine Dumas n'était pas venu pour rien.
Le lendemain matin, Candice ouvrit les yeux et les posa sur son partenaire encore endormi. Elle l'observa en souriant avant d'apercevoir l'heure sur l'horloge : 6h50. À cette heure-là, les infirmières de jour avaient fait leur grand retour et commençaient leur ronde matinale. Candice paniqua. Elle caressa le torse de son compagnon pardessus sa chemise et déposa des baisers sur sa joue pour le réveiller doucement. Après quelques bougonnements, il ouvrit les yeux et rencontra ceux de Candice.
« Faut que tu y ailles…
- Il est quelle heure ? demanda-t-il en émergeant.
- Presque 7h…
- Oh putain ! s'exclama-t-il soudainement paniqué. Je descends par où ?
- Essaye par la sortie principale… À cette heure-là ça fera moins bizarre, lui conseilla-t-elle en l'observant remettre ses chaussures.
- Ok ! Bon j'y vais ! déclara-t-il en s'approchant d'elle.
Candice acquiesça.
- Et merci… pour cette nuit…
- Avec plaisir, mon amour ! affirma-t-il en l'embrassant tendrement »
