C'est de la confiance que naît la trahison

Assise dans son lit vêtue d'un pyjama à motifs bleu, la commandante profitait de son repos en dévorant un roman policier. Attentive, elle grogna lorsqu'une sonnerie de téléphone retentit dans la pièce. Elle retourna son livre pour ne pas perdre la page et se pencha vers sa table de nuit. Elle décrocha rapidement, le sourire aux lèvres.

« Me dis pas que t'es déjà là ! commença-t-elle à paniquer en regardant l'heure.

- Euh non… Justement je suis désolé, mais je vais pas pouvoir passer… répondit Antoine légèrement déçu.

- Ah bon… Pourquoi ? lâcha-t-elle visiblement déçue.

- On vient de nous appeler là. Ils ont retrouvé un corps à la pointe courte donc faut que j'y aille…

- T'es eu plus de détails ? l'interrogea-t-elle curieuse.

- Non… Enfin apparemment ce serait un pêcheur du coin.

- Peut-être qu'il faudrait mieux que je passe non ? On sait jamais si…

- Candice ! la coupa-t-il.

- Quoi !?

- Qu'est-ce qu'on a dit?

- Oui je sais… J'ai encore 10 jours d'arrêt. Et je dois me reposer! Tu me répètes ça tous les jours depuis que je suis sortie...

- Voilà ! Donc tu te reposes !

- Mais je me sens en pleine forme. Je te jure !

- Peut-être. Sauf que légalement c'est pas possible. Donc, tant que t'as pas les autorisations du médecin, tu restes chez toi pour éviter les problèmes.

- Pffff souffla-t-elle d'une moue enfantine.

- Bon ! Faut que je te laisse, j'arrive sur place.

- Ok… Bon courage alors !

- Merci. Je t'embrasse

- Oui. Bisous. »

Candice raccrocha et posa le téléphone sur son lit. Cela faisait dix jours que la commandante était sortie de l'hôpital. Dix jours qu'elle restait enfermée chez elle à s'ennuyer aux côtés de sa fille qui s'embrouillait quotidiennement avec le futur père de son bébé. Là était bien le seul point positif. Elle se sentait enfin rassurée de pouvoir suivre la grossesse d'Emma avec attention.

« T'es encore en pyjama ? s'exclama Léo surpris en arrivant dans sa chambre, Tu devais pas sortir ?

- Oui et non… Léo la regarda perplexe attendant davantage d'explications, Oui je suis encore en pyjama et non je ne sors plus...

- Ah ok… Pas la peine de t'énerver…

- Qu'est-ce qui se passe ? intervint Emma en arrivant à son tour.

- Maman est énervée parce qu'Antoine a refusé qu'elle vienne travailler.

- Léo ! s'énerva sa mère. Tu écoutes aux portes maintenant ?

- Bah… Techniquement elle était pas fermée… se justifia-t-il en quittant la pièce »

Emma haussa les épaules et quitta la pièce à son tour, laissant sa mère qui s'affala contre ses oreillers tout en soufflant.

. . . . .

« Ah salut Antoine ! lâcha Val en le voyant s'approcher.

- Qu'est-ce qu'on a ?

- Cédric Dollet, 26 ans. Il bossait dans une association qui milite en faveur de l'écologie : « Sèt'écolo ».

- Ah oui ! Je connais cette assoc'. Ils distribuent des prospectus aux Halles le dimanche midi ! précisa Mehdi.

- C'est sa barque ?

- Non. Affirma Ismaël, Elle appartient à un certain Guillaume Germier. On l'a contacté, on attend de ses nouvelles.

- Bon bah le constat est sans appel, commença Nathalie, Il a reçu un violent coup sur le crâne. Ça lui a été fatal. Et ! On a l'arme du crime ! précisa-t-elle en apportant un gros rondin de bois.

- Donc y a pas eu préméditation… conclut Marquez.

- Y a des traces exploitables ? demanda Antoine.

- Pour l'instant rien à signaler… Je dirai qu'il est mort hier soir vers 21h. Mais vu le temps de chien qu'il a fait cette nuit…

- Ouais…

- Et personne n'a rien remarqué avant 11h du matin ? s'étonna Mehdi.

- Faut croire que non…

- Bon. Merci Nathalie, tu nous tiens au courant si y a du nouveau.

- Aucun problème chef ! lâcha-t-elle en mimant le geste.

- Et nous on se charge d'interroger les environs ! le devança Val.

- Exactement ! affirma Antoine en souriant. À tout à l'heure. »

. . . . .

« Non mais ! Sacha ! Change de chaîne. Je le répèterai pas trois fois ! ordonna Emma d'un ton autoritaire.

- C'est hors de question !

- Pardon ? Je te signale que la dernière fois…

- Eh beh ça promet tous les deux ! la coupa Candice en débarquant dans le salon.

- Même le bébé il sera plus mature qu'elle ! lâcha Léo en rigolant fortement.

- Gn ! Gn ! Gn ! répliqua Emma à son frère.

- Ridicule… chuchota-t-il en réponse.

- Mais ! Tu vas où comme ça ? s'étonna Emma en observant sa mère qui fixait son sac à main sur son épaule.

- Euh… J'vais me promener !

- Avec ton manteau rose et tes compensés ?

- Bah… oui !

- On te connaît maman ! Le médecin a dit repos ! s'agaça Léo.

- Oh ! Ça va tous les deux ! J'ai l'impression d'entendre Antoine là!

- Bah oui, puisqu'il a raison.

- Mais ça fait dix jours que je suis enfermée ici, j'ai bien le droit de m'aérer l'esprit en ville. Non ?

- Mais bien sûr…. Prends-nous pour des quiches aussi !

- Allez ! À tout à l'heure les enfants ! cria-t-elle depuis l'entrée de chez elle avant de refermer la porte.

- J'te parie 10 euros qu'elle est partie fouiner à la BSU ! s'exclama la brunette en hochant la tête de gauche à droite. »

Candice grimpa dans sa voiture et s'installa sur son siège avant, le sourire scotché sur son visage. Elle s'observa à travers le rétroviseur intérieur de sa voiture et alluma le moteur en rigolant, heureuse d'enfin sortir de chez elle.

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Dans l'openspace de la BSU, l'équipe debriefait des multiples interrogatoires réalisés plus tôt dans la journée. À chaque passage, chacun d'entre eux rajoutait des éléments sur le tableau transparent qui trônait devant le bureau clos de la commandante. Mais seuls quelques éléments paraissaient intéressants.

« Bon bah pour résumé : le mec était bien connu des locaux puisqu'il venait souvent pêcher sur les quais.

- Pourtant il habitant en centre-ville, non ? demanda Ismaël.

- Ouais mais avec les nouvelles réglementations de la mairie… Il a sûrement du changer d'endroit ! précisa Marquez.

- Pas faux ! Et moi le proprio de la barque était pas chez lui. Je l'ai appelé, il était dans sa maison de vacances dans les Cévennes… expliqua Mehdi.

- Donc on a rien quoi… déclara Val désespéré.

- Bon. En attendant qu'Antoine finisse sa réunion on peut prendre une pause non ? proposa Mehdi.

- Carrément ! lâcha Ismaël en enclencha le pas vers la salle de détente. »