Candice passa la grande porte d'entrée du commissariat le sourire aux lèvres. Elle salua ses collègues qui exprimaient tour à tour leur joie de la revoir dans ces locaux. Elle s'arrêta en bas du grand escalier et prit une grande respiration avant de grimper les marches en souriant. Arrivée devant la porte de l'openspace, elle perdit son sourire en apercevant qu'il était vide. Elle y pénétra et fit quelques pas, observant son bureau resté tel qu'elle l'avait laissé avant le drame. Elle tourna légèrement la tête et son regard s'accrocha aux quelques éléments d'informations d'enquête collés sur le tableau transparent. Elle fronça les sourcils et sortit brusquement son téléphone portable pour prendre des photos. Elle eut à peine le temps de le ranger qu'elle entendit son prénom.
« Candiiiice ! Mais qu'est-ce que tu fais là ? lâcha Mehdi tout sourire.
- Euh… Bah je… Je passais dans le coin et je me suis dit que j'allais venir vous faire un coucou ! mentit-elle en souriant à son tour. T'es tout seul ?
- Les autres sont dans la salle de repos. Et Antoine est en réunion.
- Ah d'accord ! Je vais leur dire bonjour alors ! répondit-elle en sortant de la pièce. »
Elle débarqua dans la salle de repos sous les yeux ébahis de ses collègues qui ne s'attendaient pas à la voir arriver. Elle salua tout le monde et resta une quinzaine de minutes à discuter avec eux avant d'annoncer qu'elle allait attendre Antoine dans son bureau.
« C'est bizarre quand même… constata Val.
- De quoi ? demanda Marquez.
- Elle nous a même pas posé de question sur l'enquête en cours… s'étonna-t-elle.
- Oh bah c'est normal ! Elle est complètement déconnectée du taf depuis Monge…
- Ouais… rétorqua Val suspicieuse »
Candice toqua à la porte du bureau d'Antoine pour s'assurer qu'il était vide. Face au silence, elle l'ouvrit et entra. À peine eut elle refermé la porte que son regard s'embrouilla. C'était la première fois que la commandante revenait dans ce bureau qui avait failli lui coûter sa vie. Elle ferma les yeux quelques secondes, voyant les dernières images de la folie du brigadier. Elle respira en se forçant à sourire et alla prendre place sur le siège d'Antoine, espérant que sa réunion ne s'éternise pas.
Une dizaine de minutes plus tard, le commissaire n'était toujours pas revenu. La commandante commençait à s'impatienter sévèrement. Elle joua avec son siège et ouvrit les tiroirs de son bureau. Elle aperçut un bloc de post-it et eut une idée. Elle griffonna quelques mots dessus et le dissimula sur le dossier posé devant elle, imitant le geste de son compagnon lorsqu'ils avaient décidé de vivre leur histoire en toute clandestinité. Fière d'elle, elle sourit en tapotant sur la première page du dossier lorsqu'elle se rendit compte qu'il s'agissait de celui de l'affaire en cours. Intriguée, elle ne put s'empêcher de le feuilleter et de prendre quelques pages en photos. La blonde était plongée en pleine lecture du compte-rendu de Nathalie lorsqu'Antoine fit irruption dans la pièce. Elle referma furtivement le dossier, et se leva rapidement du siège.
« Candice ? s'étonna-t-il.
- Surprise ! clama-t-elle en souriant.
- Qu'est-ce que tu fais là ? s'agaça-t-il en s'approchant d'elle.
- Oh bah sympa… Cache ta joie ! bouda-t-elle vexée de sa réaction.
- Mais non ! Évidemment que ça me fait plaisir de te voir ! rétorqua-t-il en l'embrassant.
- Mais ? attendit-elle en le fixant.
- Tu sais bien qu'on t'a interdit de remettre les pieds ici le temps de ta convalescence ! Si on te chope ici tu vas encore te faire engueuler. Tu le fais exprès ou quoi ? s'emporta-t-il légèrement.
- Roooh ! Ça va ! Puis… Puis de toute façon j'ai une excuse ! mentit-elle.
- Ah bon ?
- Oui ! Je… J'ai rendez-vous avec Paul Perier !, inventa-t-elle sur le coup de la panique.
- Pourquoi tu m'as rien dit ? s'étonna-t-il.
- Eh bah… Parce que je voulais faire une surprise à mon commissaire préféré.
- Hum… rétorqua-t-il en plissant les yeux, peu convaincu par son histoire.
- D'ailleurs je vais y aller ! Ouh là ! Oui je suis en retard ! fit-elle mine de paniquer en regardant sa montre.
- Bah attend ! Je t'accompagne ! lâcha-t-il en la retenant par le bras.
- Nooooon ! Tu sais, c'est pas la peine !
- Si si ! En plus je dois descendre deux/trois enveloppes à l'accueil !
- D'accord… accepta-t-elle résignée en souriant faussement. »
Le commissaire s'empara de quelques enveloppes et posa sa main dans le bas de son dos pour l'entraîner vers la sortie de son bureau. Il l'embrassa tendrement avant d'ouvrir la porte et la laissa passer devant lui. Ils marchaient en tant que collègues dans le long couloir de la BSU puis descendirent les escaliers. Arrivés en bas, Candice essaya de le dissuader de l'accompagner jusqu'à sa porte mais son partenaire insista. Acculée, elle marcha à ses côtés jusqu'à l'endroit de sa fausse consultation. Elle accepta le soutien d'Antoine et ouvrit la porte sans toquer. Elle la referma rapidement, pensant trouver un bureau vide mais se heurta au psy qui la regardait perplexe. Elle s'appuya le dos contre la porte et opta pour un large sourire gêné.
« Commandant ? » lâcha-t-il dans l'incompréhension.
. . . . .
De retour dans l'openspace, Antoine demanda un briefe à son équipe.
« Alors ! Qu'est-ce que ça a donné ?
- Ah Antoine ! T'as vu Candice ? Elle t'attendait dans ton bureau.
- Oui !
- Elle a l'air en forme hein ! déclara Mehdi.
- Ouais sauf qu'après elle va encore se plaindre qu'elle se fait engueuler… Elle a pas le droit d'être là normalement ! J'suis sûre que c'était pour venir fouiner !
- Bon Val ! la réprimanda doucement Antoine. Faut la comprendre aussi, ça fait des semaines qu'elle est enfermée et… c'est Candice quoi ! Elle tient pas en place !
- Eh oui… renchérit Mehdi.
- Bon alors revenons-en à l'enquête. Je vous écoute !
- Bon a priori, il pêchait souvent là-bas donc tout le monde le connaissait. Tout le monde le décrit comme un mec sympa.
- Il pêchait à quai ? demanda Antoine.
- Euh… Oui ! Apparemment. Il avait pas de barque, ni de bateau…
- Et l'association, vous l'avez contactée ?
- Euh… Non pas encore…
- Bon Mehdi ! Viens avec moi, on va aller sur place. Chope moi l'adresse, je t'attends en bas ! ordonna le commissaire »
. . . . .
« Ah ! Bonjour ! lâcha-t-elle dans un éclat de rire suraigu.
- On avait pas rendez-vous, si ?
- Nooooooon !
- Alors… Qu'est-ce que vous…faites là ? demanda-t-il perdu.
Candice se décolla de la porte et s'assit sur la chaise.
- Je… OK ! J'ai menti lâcha-t-elle rapidement. Mais vous comprenez, j'étouffe ! Ça m'oppresseuuuuh ! expliqua-t-elle en agitant ses mains. Et je l'aime tellement que… Fin je peux pas m'en empêcher quoi ! C'est… PLUS FORT QUE MOI ! s'écria-t-elle.
Paul Perier l'observa en plissant les yeux.
- Et quand je le pratique pas… J'ai l'impression de rouiller quoi ! s'énerva-t-elle.
- Attendez ! J'ai du mal à vous suivre ! Vous parlez de quoi ?
- Puis, J'suis une femme libre moi ! J'ai besoin d'action ! J'ai besoin de viiiiiivre ! renchérit-elle sans répondre à la question du psy.
- Votre relation amoureuse actuelle vous oppresse ? Je croyais que tout était terminé ?
- MAIS NON ! J'vous parle de mon métier !
- AH ! Pardonnez-moi mais c'était pas très clair…
- Je ne supporte plus l'enferment ! Mais pourtant… Une autre partie de moi sait que c'est la seule chose à faire. Vous voyez ?
- Donc si je comprends bien : il y a deux « vous » ?
- EXACTEMENT ! D'un côté il y a le « moi » qui me dit de rester sagement au repos et de l'autre… le « moi » qui ne PEUT PAS rester en place.
- Et au final… Lequel vous ressemble le plus ?
- Eh bah le… Mais c'est ça ! lâcha-t-elle éclairée par une idée soudaine. Si l'un des deux me ressemble trop… C'est à moi de changer ! VOUS ÊTES GÉNIAL ! Merci ! s'exclama-t-elle en se levant en furie.
- Alors là… J'ai rien compris… affirma-t-il en entendant la porte se refermer. »
