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Antoine s'impatientait dans le grand hall de l'accueil en attendant son brigadier. Mehdi déboula en trombe dans les escaliers, l'adresse à la main. Essoufflée, il s'excusa auprès de son supérieur.

« Qu'est-ce que tu foutais ? Ça fait vingt minutes que je t'attends !

- Oui je sais excuse-moi, c'est Justine qui m'a appelé…

- Oui bon ! le coupa-t-il. On y va ! Sinon on va jamais partir.

- Ok… lâcha Mehdi en suivant Antoine »

Le gyrophare allumé pour gagner du temps, les deux collègues débarquèrent à l'association une vingtaine de minutes plus tard. Ils entrèrent dans une grande pièce à la décoration moderne et furent accueillis par deux jeunes blondes vêtues d'un tee-shirt vert.

« Bonjour ! On peut vous aider ? demandèrent-elles gênées.

- Bonjour. Commissaire Dumas de la BSU de Sète et brigadier Badhou, les présenta-t-il en sortant sa carte de police. On voudrait s'entretenir avec votre chef, s'il-vous-plaît.

-Euh… D'accord. Très bien on va le prévenir. »

Les deux jeunes blondes disparurent dans le couloir du fond. Ils observèrent la décoration et reconnurent leur victime sur les photographies qui trônaient au milieu des murs. Ils entendirent un « Encore ? » et se regardèrent, plongés dans l'incompréhension. L'homme apparut et se planta devant eux les bras croisés.

« C'est pour Cédric ?

- Oui… Vous êtes au courant ?

- Évidemment ! Tout le monde ne parle que de ça.

- Ok… Et vous le trouviez comment ces derniers temps ?

- Encore faudrait-il l'avoir vu ! Ça faisait quelques temps qu'il se faisait distant. Il venait moins souvent…

- Vous savez pourquoi ?

- Non… Enfin il passait tout son temps à la pointe courte pour pêcher. Et il bossait de temps en temps dans une poissonnerie des Halles.

- Il était proche de quelqu'un ici ?

- Euuuh… Faut demander à Marine. C'est elle qui vous a accueilli. Marine ! l'appela-t-il à travers le couloir.

- Est-ce que Cédric avait des problèmes ces derniers temps ? demanda Antoine à la demoiselle.

- Je sais pas trop… Il s'était un peu éloigné… Il s'était investi dans un projet pour réduire la pollution en ville mais il lâchait au fur et à mesure. Il était moins présent… Puis il avait rencontré de nouvelles personnes depuis qu'il pêchait là-bas. Il y passait tout son temps. Enfin c'était plus le même quoi.

- C'est les plaisanciers qui devaient être contents… lâcha le chef de l'association.

- Les plaisanciers ? s'étonna Mehdi.

- Bah oui ! Y a un conflit entre les plaisanciers et ceux qui pêchent à quai. Beaucoup se plaignent des pêcheurs qui respectent pas les réglementations de la mairie. Y en a qui refusent de relever les cannes…

- Bien… On vous remercie pour ces précisions.

- Mais votre collègue vous en a pas parlé ? les interrogea le chef.

- Notre collègue ?

- Bah oui ! Y a une flic qu'est passée y a même pas quinze minutes. Elle nous a posé les mêmes questions que vous.

- Elle vous a donné son nom ?

- Euh. Non. Je crois pas. Elle a simplement montré sa carte.

- Vous pouvez nous la décrire ? demanda Antoine agacé en pensant à sa compagne.

- Bah c'était une grande, cheveux brun/roux. Elle était habillée tout en noir.

- Ok ! répondit Antoine perplexe. »

Les deux collègues sortirent de l'association et se regardèrent.

« C'est qui cette flic ? lâcha Antoine plongé dans l'incompréhension.

- J'en sais rien…

- Puis surtout comment est-ce qu'elle est au courant de l'enquête ?

- Tu penses que c'est Leclerc ?

- Elle m'aurait prévenu quand même ! Quoique la description correspond… réfléchit Antoine.

- Bon qu'est-ce ce qu'on fait ?

- On va à la pointe courte. J'aimerai bien questionner les plaisanciers qui sont sur place.

- Ok ! conclut Mehdi en ouvrant la portière de la voiture. »

Garés à proximité du quartier, les deux hommes sortirent de la voiture et marchèrent le long des quais. Ils aperçurent au loin un plaisancier qui semblait conclure une discussion avec une femme.

« Grande. Plutôt rousse. Fringues noires… Tu penses à ce que je pense ? demanda Antoine.

- Carrément ! lâcha Mehdi en accélérant le pas. »

La grande rousse remercia son interlocuteur et le salua avant de se retourner. Elle aperçut les deux hommes s'approcher d'elle et s'arrêta net.

« C'est pas Leclerc ça ! constata Antoine.

- Putain mais c'est qui ? demanda Mehdi en plissant les yeux pour essayer de mieux voir. »

Ils se trouvaient désormais à moins d'une dizaine de mètres d'elle. Pourtant, aucun des deux ne parvenait à mettre un nom sur ce visage qui leur semblait si inconnu. Antoine sortit rapidement sa carte et l'interpella.

« POLICE ! On peut savoir ce que vous faites là ? demanda-t-il autoritaire.

Elle éclata de rire.

- Oh putain… bredouilla Mehdi l'ayant reconnu.

- Eh coucou ! lâcha-t-elle en rigolant nerveusement.

- CANDICE ?!

La commandante perdit son sourire en sentant la colère de son compagnon.

- Je passe inaperçu hein ! tenta-t-elle en lui souriant.

- Mais tu joues à quoi au juste ? On t'a interdit de bosser bordel !

- Bon… Je vous laisse… J'vais voir les bateaux là-bas… bredouilla le brigadier en s'éclipsant gêné.

- Je te jure Antoine, je me ferais toute petite. Regarde la preuve tu m'as même pas reconnu !

- Mais j'en ai rien à faire de ça Candice ! C'est pas ça le problème. Antoine marqua un temps. Candice n'osait plus rien dire. En fait, ta mutation, tu fais tout pour l'avoir. C'est ça ?

- Noooon ! Je te jure je…

- JE QUOI ? Tu te pointes à la BSU tout sourire. Tu me mens droit dans les yeux en prétextant un rendez-vous avec le psy. Et je te retrouve là, au milieu de mon enquête avec un déguisement ridicule ! Mais on peut pas te faire confiance en fait ?

- Ok je t'ai menti mais… J'ai pas pu m'en empêcher… Mais je…

- MAIS JE QUOI ? s'emporta-t-il. Tu sais quoi Candice ? Tu m'emmerdes ! Voilà ! Donc maintenant, tu pars d'ici et tu rentres chez toi. C'est clair ? »

Candice acquiesça avant de l'observer s'éloigner auprès de son autre collègue. Il était tellement énervé après elle. Pourtant la flic avait du mal à comprendre. Ce n'était pas la première fois qu'elle se mettait dans de telles situations et il y en avait eu des biens pires...

Décontenancée par cette altercation avec son compagnon, elle tourna les talons la moue boudeuse. « En plus j'avais des infos… » marmonna-t-elle dans ses moustaches en s'approchant de sa voiture. Elle s'observa dans la glace. Encore une fois elle ne comprenait pas sa réaction. Elle était méconnaissable, et même lui, son compagnon, n'avait pas réussi à la reconnaître. C'était donc qu'elle n'était pas si ridicule que ça. Elle souffla, grimpa dans sa voiture et s'enfonça dans son siège.