De l'autre côté du quartier, Antoine rejoignit Mehdi qui venait d'interroger l'un des plaisanciers accostés au bord de l'étang.

« C'est bon ! Problème réglé ! lâcha Antoine encore énervé.

- En vrai il est classe son déguisement. Même toi tu l'avais pas reconnu !

Antoine roula des yeux.

- Bon Mehdi ! Tu vas pas la soutenir non plus ! Elle a pas le droit d'enquêter, elle a pas le droit d'enquêter. Point.

- Pardon… C'est pas ce que je voulais dire.

- T'as pu interroger quelqu'un ?

- Ouais, je viens d'interroger le monsieur là-bas mais encore une fois rien à signaler…

- Bon bah je me charge des deux à droite et toi tu fais les deux derniers là-bas, conclut le commissaire en s'éloignant. »

Les deux collègues vaquèrent à leurs occupations pendant une heure au bout de laquelle ils se rejoignirent à nouveau. Aucun n'avait d'éléments probants. Face à ce constat, Antoine décida de rentrer à la BSU. Il chargea Mehdi de prévenir Val afin qu'ils se rendent tous les deux aux Halles sur le lieu de travail de Cédric. En parallèle, le commissaire chargea Ismaël et Marquez de se rendre à son domicile.

15h. Les Halles étaient déjà closes à cette heure de l'après-midi. Mais les deux collègues avaient toujours l'espoir de rencontrer le poissonnier qui avait embauché leur victime. Ils s'approchèrent de la grande place marquée par une forte affluence. Le soleil était au rendez-vous et l'air ambiant étant plutôt tiède, les bars juxtaposés autour étaient pris d'assaut. Ils enfilèrent leur brassard et pénétrèrent dans le bâtiment. Rapidement, ils repérèrent le lieu de travail de Cédric.

« Putain ! grommela Mehdi.

- Bah qu'est-ce que t'as ? s'étonna Val.

- Candice…

- Quoi Candice ?

- Là ! Devant nous !

- Hein ? Mais tu déconnes…

- Décidément… lâcha la flic qui s'approcha d'eux.

- Qu'est-ce que tu fais là ? Antoine va te tuer.

- Bah non puisqu'il le saura pas…

- Parce que tu veux qu'on lui mente pour te couvrir ? s'indigna Val, Non mais c'est une blague ?

- Mais je fais rien de mal ! Au contraire même ! Je vous aide. Vous devriez être contents.

- Sauf que t'as pas le droit Candice !

- Mais personne me reconnaît ! Même Antoine m'a pas reconnu ! Sérieusement… Je passe inaperçu là ! Je comprends même pas qu'il se soit énervé comme ça… bouda-t-elle.

Mehdi rigola jaune.

- Mais parce que tu fais n'importe quoi ! Depuis l'IGPN il flippe. T'es sur la sellette et au moindre faux pas… Bah tu sautes.

- Ouais puis là t'as pas les autorisations pour reprendre… rajouta la blonde.

- Ok. On va faire un deal. Je vous donne mes infos et en échange, vous, vous ne dites rien ?

Val et Mehdi se regardèrent hésitants.

- Ok ! Mais à une condition tentèrent-ils de négocier.

- Laquelle ?

- Tu arrêtes de te mêler de l'enquête et tu rentres chez toi.

Candice marqua un temps pour réfléchir.

- Ok ! accepta-t-elle finalement.

- Bien. On t'écoute., annonça Val »

. . . . .

Du côté de la BSU, les quatre collègues venaient de se rejoindre dans l'openspace afin de débriefer sur leurs tâches respectives. Ils attendirent leur supérieur et commencèrent à discuter.

« Donc nous avec Mehdi on a réussi à intercepter le poissonnier. On est désolés d'avance mais ça n'a pas donné grand-chose. Le mec était plutôt content de Cédric…

- Il a juste précisé que ces derniers temps il était un peu ailleurs, ajouta Mehdi. Il avait du l'engueuler plusieurs fois parce qu'il faisait n'importe quoi avec les commandes des clients.

- Ok… Bon rien de concluant encore… Et vous ? demanda-t-il en se tournant vers Marquez et Ismaël.

- Alors nous ! On tient peut-être un truc ! s'exclama Ismaël en se frottant les mains.

- Ah ! Allez-y !

- Bon c'était un petit appartement de type étudiant donc ça a été simple à fouiller. On a récupéré son ordinateur ! précisa-t-il en le tendant vers Val.

- Y avait pas mal de photos accrochées au mur. Il était avec une fille apparemment. Une certaine Gaëlle, d'après ce qui était écrit derrière la photo. Expliqua Marquez en montrant la photo qu'il avait accrochée au tableau transparent.

- C'est bien ça !

- Vous avez essayé de la contacter ? demanda Val.

- Non ! On a pas retrouvé son téléphone portable et on te laisse cracker le code pour ouvrir l'ordi !

- On fera ça demain ! Vu l'heure ça servira à rien… On pourra pas la contacter. Rentrez chez vous. On avancera pas plus pour ce soir, ordonna Antoine reconnaissant de leur travail. »

Le commissaire sortit de la pièce et se rendit dans son bureau, toujours agacé par le comportement désinvolte de sa compagne. Il faisait tout pour la protéger alors qu'elle était dans le nez de l'IGPN depuis des mois. Il faisait tout pour qu'elle garde sa place, à ses côtés. Mais elle faisait tout pour se faire griller aux yeux de la hiérarchie, outrepassant ses règles. Alors oui, Antoine Dumas savait qu'elle n'avait pas voulu mal faire et que ses intentions étaient bonnes. Mais il n'avait pas pu s'empêcher de démarrer au quart de tour et de lui dire ses quatre vérités.

Fatigué de tergiverser sur cette situation, il se plongea dans le travail administratif et ouvrit le dossier qui trônait au milieu de son bureau depuis le début de l'enquête. Son regard s'accrocha sur un carré rose collé sur le dos de la page de couverture du dossier. Il le décolla et se mit à sourire doucement en le lisant avant d'hocher la tête de gauche à droite.

. . . . .

Respectant le pacte qu'elle venait de sceller avec ses collègues, la commandante rentra chez elle. Elle ouvrit la porte d'entrée de sa maison et se dépêcha de traverser le salon pour gagner sa chambre.

« Qu'est-ce que c'est que ça ? demanda Emma choquée de l'accoutrement de sa mère.

- Oh tu vas pas t'y mettre toi aussi ! s'agaça-t-elle en se dirigeant vers sa chambre.

- Elle est chelou non ? demanda Sacha.

- J'sais pas… La dernière fois que je l'ai vu comme ça… Elle était en dépression. Constata Emma légèrement inquiète. »

Candice ressortit de sa chambre en milieu de soirée, démaquillée, sans perruque et avec ses tenues fétiches. Emma et Sacha se regardèrent perplexes.

« Mais qu'est-ce que tu fais ? s'offusqua sa fille en l'observant se diriger vers la cuisine.

Candice leva les yeux au ciel.

- Je t'en pose des questions moi !?

- Attends… Me dis pas que… Tu t'es déguisée pour enquêter en cachette !?

- Mais ça marchait super bien en plus ! Même Antoine m'a pas reconnu ! se justifia la commandante en se servant un verre de vin.

- Tu m'étonnes… lâcha Sacha avant de se prendre un coup de coude de sa compagne.

- J'ai obtenu plein d'infos en plus ! marmonna-t-elle en ouvrant le réfrigérateur.

- Et vu ta tête… Tu t'es fait engueuler…

- Si vous cherchez le repas, il est dans le four. Précisa Sacha à sa belle-mère.

- Ok… acquiesça-t-elle en se dirigeant vers le canapé le verre de vin à la main.

- T'auras vraiment tout fait… lâcha sa fille en la regardant.

- Oui bon ça va !

- Bon bah je vais pouvoir aller mettre la table ! lança Sacha étrangement enjoué.

- Qu'est-ce qui lui prend ? demanda Candice à sa fille.

- Je lui ai fait comprendre qu'être père impliquait d'avoir de nouvelles responsabilités… et je crois que ça a marché ! expliqua-t-elle en l'observant fièrement.

- Ô miracle ! répondit sa mère en avalant une gorgée de vin.

- Je rajoute un couvert pour Antoine ou pas ? demanda-t-il depuis la cuisine

- Non…

- Laisse-moi deviner… Il te fait la gueule ? Candice acquiesça. En même temps… C'est compréhensible !

- Il m'a même pas laisser le temps de m'expliquer…

- Bah va le voir ! »

La commandante marqua un temps avant d'avaler son verre d'une traite et de se lever en précipitation. Elle enfila sa suédine beige et sortit de chez elle en claquant la porte.

- Pour une fois que j'avais tout préparé… pesta Sacha sous les rires d'Emma. »

Elle gagna rapidement la cour d'entrée de sa maison et se stoppa net face à une voiture qui coupa le moteur. Surprise, elle s'approcha et ouvrit la portière afin de s'asseoir côté passager.